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Full text of "Bulletin de la Société archéologique, historique, littéraire & scientifique du Gers"

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BULLETIN 



DE LA 



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SOCIETE ARCIIEOLOCtIQUE DU TtERS 



BULLETIN 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 

DU GERS 



CINQUIEME ANNÉE 



AUCH 

llll')!IMi;l!IH niiKVETEK IJÎIINCK (1J<M AI.'AIX 









SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE 



DU GERS 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 



PRESIDENCE DE M. CHARLES PALANQUE, VICE-PRESIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M. Mauroux, lieutenant au 9°"® chasseurs, présenté par 
MM. Bluem et Pagel; 

M. Telmon, propriétaire à Fleurance, présenté par MM. La- 
gleîze et Despaux. 

M. Chêne, vétérinaire à Auch, présenté par MM. Barada et 
Branet. 

M. Despaux rend compte de Tétat des finances de la Société. 

Outre la publication du Bulletin, la Société a réédité la Notice 
de Sainte-Marie^ de Sentetz, dont la vente a déjà à peu près 
couvert les frais. Le nombre des membres s'accroît toujours, il 
dépasse actuellement trois cents. 



6 SOCIIÈTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 



RECETTES. 

En caisse 478 85 

Recettes 1.698 20 



DÉPENSES. 

Dépenses 1.790 85 



Total 1.790 85 



Total 2.067 05 

Reste en Caisse 276 fr. 20. 

M. Sance vient de découvrir à Saint-Soulan une défense de 
mastodonte. C'est dans une sablière que ce beau spécimen de la 
faune antédiluvienne a été trouvé. Ses grandes dimensions indi- 
quent que cette défense appartenait à un animal adulte; elle 
mesure en effet 1°" 15 cent, de longueur et 0°" 37 cent, à la base. 
Le fragment qui manque à son extrémité, et qui était d'environ 
0°*60 cent., fut trouvé et brisé il y a quelques mois par des pres- 
tataires en extrayant du sable de mine. C'est la troisième ou 
quatrième défense que l'on trouve sur le même mamelon. 

La formation géologique des coteaux de Saint-Soulan est en 
tous points semblable à celle de la colline de Sansan, si célèbre 
au point de vue paléontologique. 

M. Sance espère d'ici peu de temps enrichir considérablement 
son petit musée, car on trouve dans cette commune de nombreux 
débris de toute la faune antédiluvienne; il nous fera part de ses 
trouvailles au fur et à mesure qu'elles se produiront. 

M. A. Lavergne rend compte du cinquantenaire de la Société 
académique des Hautes-Pyrénées, célébré le 5 décembre 1903, 
auquel elle a invité les présidents des sociétés savantes de la 
Novempopulanie. M. Lauzun s'étant excusé, M. Lavergne a eu 
l'honneur de prendre sa place. 

Après le banquet d'usage a eu lieu une très belle séance 
publique. Devant un nombreux et brillant auditoire, chacun a 
iarlé de la société qu'il représentait. Pour son compte, en faisant 
'éloge de notre compagnie, M. Lavergne a insisté sur son carac- 
tère principal : celui d'être une société largement et libéralement 
ouverte. 

L'organisateur, le boute-en-train de cette fête était M. Paul 
Labrouche, ancien archiviste des Hautes-Pyrénées, le plus actif. 



SIÊANCB DU 9 JANVIER 1904. 



le plus ingénieux et le plus spirituel secrétaire qu'eut jamais 
société savante. 

M. Paul Labrouche trouve avec raison que nos sociétés et les 
gens d'étude qui les composent ne se connaissent pas assez. 
Nous échangeons nos publications et nos volumes; nos fascicules 
vont plus ou moins régulièrement prendre place sur des rayons 
011 ils dorment dans le plus profond oubli, et... c'est tout. 
Franchement ce n'est pas assez. Il faut que nos œuvres soient 
connues de toute la patrie gasconne, depuis la Garonne jusqu'aux 
Pyrénées, depuis la vallée du Salât jusqu'aux bords de l'Océan. 
Et puis, il est bon que les travailleurs se voient et se connaissent, 
que, par des relations suivies, ils ne laissent jamais refroidir le 
goût et l'entrain au travail, qu'ils maintiennent toujours bien 
chauds ces sentiments d'estime et de bonne confraternité qui 
donnent tant de charme à nos études. 

De là, cette double conclusion : chaque société devrait publier 
la bibliographie des autres sociétés de la région pour faire 
connaître les œuvres; les membres des sociétés seraient invités 
tous les ans chez l'une d'elles, à tour de rôle, afin que les savants 
puissent se connaître. 

Assurément, nous applaudissons de bien bon cœur à ces 
projets, mais nous ne pourrons leur donner notre adhésion 
définitive que le jour où ils seront bien précisés. L'été prochain, 
M. Labrouche doit nous convoquer à la première réunion géné- 
rale des sociétés savantes du Sud-Ouest. Nous espérons que là 
seront formulées des règles si pratiques et si sages qu'elles 
seront acceptées avec empressement par toute la Gascogne. 

Deux ouvrages sont offerts à la Société : 

Parftims épars^ de W" Burgalat, suite de gracieux poèmes, 
élégamment édités. 

La Vasœnte, de M. de Jaurgain, en deux forts volumes, 
ouvrage concernant les origines de notre province, où l'auteur 
fait preuve d'une connaissance approfondie des sources et, par 
ses recherches ardues, jette enfin quelque lumière sur une période 
si obscure de notre histoire. 



8 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

La Société remercie bien vivement les généreux donateurs. Il 
sera prochainement rendu compte de leurs travaux. 

La date du banquet annuel est fixée au samedi 6 février. 



COMMUNICATIONS. 



Visite de Mgrr le duc de Rohan- Chabot, comte d'Astarao, 
dans sa bonne ville de Masseube, en l'an 1771, 

Par m. P.-E. Chanchus. 

Le comté d'Astarac, après avoir été sous la domination de la 
famille de ce nom, passa successivement sous celle de plusieurs 
autres et enfin appartint, au xviii® siècle, au duc de Rohan- 
Chabot. 

Ce duc \ si Ton en croit les archives de Masseube, fut très aimé 
de ses sujets. A chaque page on trouve de pompeux éloges sur 
son compte, et ces éloges m*ont paru très sincères. Je n'en veux 
d'autre preuve que la façon dont le duc fut reçu à Masseube lors 
de la visite qu'il lui fit en 1771. 

Tout d'abord une délibération du corps de ville, en date du 
14 juillet 1771, nous apprend « que MM. les consuls sont 
(n instruits que M^ le duc et Madame la duchesse de Rohan 
« doivent arriver dans ce pays au commencement du mois d'août 
a prochain, et qu'il convient de faire des diligences pour les 
« recevoir et leur faire les honneurs dont on sera capable, en 
« reconnaissance des bontés qu'ils ont toujours eues pour nous 
ce dans toutes les occasions y>. 

Quelques jours après, la ce cloche du conseil » convoquait tous 
les habitants de la communauté à l'hôtel de ville. Les nota- 
bles avaient appris que l'arrivée du duc et de la duchesse de 

* Louis-Antoiae-Auguste duc de Roban-Chabot, avait épousé, le 12 avril 1757, 
RIisabetb-LouiBe de La Rocbefoucauld. 



SIÈANCE DU 9 JANVIER 1904. 9 

Rohan à Mirande était prochaine et qu'il fallait délibérer sur les 
mesures à prendre afin de manifester à Leurs Altesses le profond 
dévouement de la ville de Masseube. Après une longue délibéra- 
tion, il fut arrêté d'une commune voix : 

Que rassemblée est instruite de l'arrivée de leurs altesses dans ce pays, et 
que, pénétrée des sentiments qu'elle a pour leurs altesses, elle doit mettre tout 
en usage pour tâcher de s'acquitter envers elles autant que faire se pourra 
des devoirs auxquels elle se connaît assujettie, qu'en cela elle ne fera que 
répondre aux vues de chacun des habitants, des cœurs desquels l'assemblée 
est aussi l'interprète et l'organe. En conséquence il a été délibéré que dès le 
moment de l'arrivée de leurs altesses dans la ville de Mirande, où elles doivent 
faire leur rézidence principale pendant le séjour dans ce pays, MM. Courtade 
père et Nassans ayné, notables du conseil politique, que l'assemblée prie 
d'accepter la députation qu'elle fait de leurs personnes, se rendront auprès de 
mond. seigneur et de madame la duchesse de Rohan pour leur exprimer, dans 
les meilleurs termes, le désir qu'aurait la communauté de s'acquitter de son 
devoir envers leurs altesses, et les assurer du zelle, de l'amour et de tons les 
sentiments dont tous les habitants se sentent pénétrés; que si dans les occa- 
sions, les faits ne répondent pas à ces mêmes sentiments, c'est à leur insuffi- 
sance qu'il faut l'attribuer et non à leur cœur et à leurs intentions, l'assem- 
blée laissant aux lumières et à la prudence de MM. Courtade et Nassans le 
soin de marquer en toutes choses les vues de la communauté et l'objet qu'elle 
se propose. 

Mais ce n'est pas tout, une idée vient de germer dans le cœur 
des braves bourgeois de la ville : il y a si longtemps que Mas- 
seube n'a pas eu la visite de son seigneur, si on le suppliait de 
venir passer une journée dans sa bonne ville si fidèle ? Lui qui si 
souvent lui a témoigné sa sympathie, il ne pourrait refuser. Les 
députés désignés adresseront la supplique et nul doute qu'elle 
ne soit favorablement accueillie. Bientôt, prenant leur désir pour 
une certitude, tous sourient à l'idée de recevoir et de fêter leur 
seigneur. Sans doute la misère est bien profonde, et les dépenses 
qu'entraînera cette réception seront considérables, mais qu'est 
cela devant le grand honneur que la ville va recevoir ce jour 
déjà impatiemment attendu. On n'a pas d'argent à la commu- 
nauté, mais on demandera la permission de lever un impôt 
extraordinaire ; on se privera ensuite durant de longs mois, mais 



10 SOCIÉTÉ ABCHIÉOLOOIQUE DU GERS. 

qu'importe, on connaît les privations et la misère. Chacun 
d'ailleurs y mettra du sien, et tous font assaut de générosité 
pour offrir, qui des armes, qui un logement, qui des costumes, etc. 
On va même, quoique rien ne soit sûr encore, jusqu'à dresser 
le programme de la réception et des fêtes qu'on donnera ce 
jour-là. Ce programme, le voici tel que le donne la délibération : 

On s'est d'abord proposé de former une compagnie de jeunes gens, dans le 
plus grand nombre possible, qui devront être habillés uniformément pour 
servir à la garde de leurs altesses, lorsqu'elles arriveront dans la présente 
ville. Il s'en est présenté un certain nombre dont chacun a offert de faire la 
dépense de l'habit, après que l'ordonnance de l'habillement sera déterminée, et 
à cet égard il a été arrêté qu'il sera formé une compagnie d'hommes à cheval 
dont l'uniforme sera d'une étoffe jaune avec des revers, parements et collets 
couleur de roze, l'habit fait en forme de frac doublé de gris, la culotte jaune 
de même et veste blanche. Les boutons de l'habit et culotte blancs, les 
jarretières blanches, une épaulette du côté gauche, blanche de même, en 
observant de la mettre simple et sans frange pour ne pas les assimiler à celles 
des officiers. Le chapeau sera uni, monté de coupe de la manière qui sera 
réglée par le commandant de la troupe; une cocarde blanche avec un lien 
couleur de roze, le tour du col rouge et sans plis. La troupe sera en bottes, 
armée d'épées ou sabres ainsi que le commandant le trouvera à propos et 
selon que les circonstances le luj permettront. Les chevaux seront enhar- 
nachés d'une selle avec une housse rouge bordée d'une forme de galon blanc, 
les chaperons des pistolets de même, laissant à la vigilance et à la perspicacité 
du commandant le soin de veiller à l'uniformité et à l'exactitude de tout ce 
qu'il jugera devra être observé au surplus. 

Et pour mieux remplir les vues de la communauté à cet égard, elle prie 
M. Courtade fils, consul du corps de ville qu'elle nomme à cet effet, de 
commander lad. troupe et de donner à cet effet les règlements de service les 
plus convenables; de nommer et d'établir les officiers et autres dont il jugera 
avoir besoin pour la parfaite exécution de ce projet. L'officier commandant 
sera distingué par deux épaulettes d'argent garnies de franges et par un 
plumet blanc au chapeau et une cocarde de ruban blanc à trois rangs. Le 
lieutenant sera de même, à cela près qu'il n'aura qu'une épaulette du côté 
gauche, les priant d'ailleurs d'orner leurs habits de manière encore à se 
distinguer par cela et ainsi qu'ils verront le plus convenable, sans pourtant 
altérer en rien l'uniformité qui doit scrupuleusement être observée. Pour le 
porte-étendard le commandant aura l'attention de donner la préférence à 
celuy qui voudra de son chef en faire la dépense, et, s'il s'en trouve plusieurs, 
il préférera celuy qu'il jugera préférable par sa figure, la beauté de son 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. tl 

cheyal, et par ce qui en rendra la vne plus agréable, sans pourtant que 
l'assemblée prétende restreindre la liberté de son choix, qu'elle lui laisse 
entièrement. L'étendard sera fait en la forme requise et sera blanc. 

En second lien, il sera formé une antre compagnie habillée de bleu et en 
aussi grand nombre que possible, aux ordres de M... qui sera réglée et équipée 
de la meilleure manière que les circonstances le permettront, et comme ladite 
compagnie en uniforme bleu pourra n'être pas aussi nombreuse que la 
communauté le désirerait, il en sera formé une troisième de tous les hommes 
en état de porter les armes dans la communauté; elle sera une dépendance de 
la première et qui sera commandée par un lieutenant de l'officier de l'infan- 
terie, lesquels officiers régleront du mieux qu'il sera possible l'ordre de leur 
troupe qui sera accompagnée par des instruments et tambours en aussi grand 
nombre qu'il s'en pourra trouver, réglant à leur égard ce qui déjà a été réglé 
pour le commandant de la cavalerie. MM. les consuls ayant donné ordre à 
tous les particuliers d'apporter leurs armes, ils feront exécuter cet ordre 
incessamment et pourvoiront, aux frais de la communauté, à ce que lesdites 
armes soient mises en bon état. Ensuite elles seront données au commandant 
de l'infanterie pour qu'il les distribue à sa troupe à laquelle la communauté 
fournira deux quarts de poudre pour chaque fusilier et une plus grande 
quantité si le cas le requiert. Le commandant de l'infanterie aura attention 
entre autres choses que sa troupe soit coiffée principalement d'une manière 
uniforme par la coupe du chapeau, la communauté arrêtant de fournir à 
chacun des soldats en uniforme bleu une cocarde de bazîn rayée attachée avec 
un ruban de fil rouge. Cette troupe aura un drapeau cramoisi et blanc pour 
répondre aux couleurs de leurs altesses. 

Voilà donc pour les personnages, voyons maintenant la scène 
et ses décors : 

Il sera construit aux frais de la communauté, pour le jour de l'entrée de 
leurs altesses dans cette ville, à la porte du Nord d'icelle, un arc de triomphe 
fort élevé dans la meilleure et la plus agréable forme, à la diligence et soins 
de MM. les consuls et aux frais de la communauté. Ledit arc de triomphe 
sera orné de banderolles, obélisques, couronnes, etc., le tout en verdure^ sur 
lequel on ménagera des places pour mettre des pots à feu et autres choses 
propres à exécuter l'illumination générale que la communauté se propose de 
faire. Il sera formé en outre un autre arc de triomphe pareillement orné sur la 
porte de l'hôtel de leurs altesses, qui sera dans l'intérieur orné le plus 
convenablement possible, en observant entr'autres choses de mettre à 
l'antichambre qui précédera l'appartement de leurs altessses un dais dans la 
forme ordinaire et requise. 

Et comme cette réception entraînera avec elle un train qu'il serait difficile 
de régler si les rues ou avenues n'étaient pas parfaitement libres, l'assemblée 



12 SOCléré ARCH^OLOOIQUB DU OERS. 

prie MM. les consals de mefctte tonte la vigilance et tonte Texactitnde dont 
ils sont capables ponr faire enlever sans delay tont ce qni pent contribner à 
les embarrasser. 

Ponr parvenir à Texécntion de Tillumination projetée, il sera fait, par la 
diligence de MM. les consuls et anx frais de la communauté, un certain 
nombre de pots à feu qui seront placés par leurs ordres le plus convenable- 
ment et dans les lieux les plus apparents pour favoriser davantage ce que 
chacun des particuliers fera dans sa maison, ce qui sera vraisemblablement 
exécuté suivant le vœu général en mettant à chaque croisée un certain 
nombre de lumières ou lampions ornées le mieux qu'il se pourra et suivant 
que les facultés de chacun pourront le permettre. 

Ladite illumination devra être commencée à rentrée de la nuit et suivie 
immédiatement et sans délaj d'un feu de joye qu'on placera à l'entrée de la 
ville et près de l'arc de triomphe qui aura été construit. On mettra à ce feu 
toute la magnificence que le lieu et les circonstances le permettront; il sera 
orné avec les banderolles et des fleurs et allumé ou par leurs altesses elles- 
mêmes, à qui MM. les consuls sont chargés de l'offrir, ou par les différents 
ordres qui seront dans les cas d'être de cette cérémonie, comme MM. les 
officiers de justice, magistrats, corps politique et antres notables, suivis ou 
précédés des troupes qui feront des décharges de mousqueterie. 

Voilà donc la scène et les personnages, voici enfin l'action 
elle-même telle qu'elle est comprise dans la délibération : 

Le commandant de la cavalerie partira avec sa troupe qu'il rangera comme 
il jugera à propos, ayant avec elles un ou deux trompettes que la communauté 
aura habillé à la livrée de leurs altesses. Cette troupe, disons-nous, ira aussi 
loin que le commandant le voudra, et lors de la rencontre de leurs altesses, le 
chef de la troupe leur parlera et recevra leurs ordres, qu'il exécutera et fera 
exécuter de point en point. Il y a apparence que le commandant rangera sa 
troupe de manière à faire précéder et suivre le carosse, et que luy à la portière 
de gauche se tiendra à portée de recevoir les ordres que leurs altesses devront 
luy donner. Ils marcheront dans cet ordre jusqu'à ce que MM. les consuls 
arriveront à la tête du Corps de ville et de toute la bourgeoisie, et lorsque 
MM. les consuls ayant mis pied à* terre se disposeront à s'approcher du 
carosse, le commandant de la cavalerie donnera ordre à sa troupe de favorizer 
l'abord aux magistrats. M. le premier consul haranguera leurs altesses et 
exprimera le regret de la communauté de ne pouvoir pas donner à leurs 
altesses des marques plus éclatantes de son respect pour elles et du dézir 
qu'elle aura toujours de leur plaire, et que la partie des devoirs qu'elle a 
l'honneur de remplir aujourd'huy est exactement l'expression du sentiment le 
plus sincère. Son discours fini, la cavalerie fera de nouveau place à MM. les 
consuls pour aller reprendre leur place et remonter à cheval, le premier 



siiLNCB DU 9 JANVIER 1904. 13 

coDsnl ayant resté à la portière droite du carrosse, les antres ayant rejoint le 
corps de la bourgeoisie pour être à leur tête, après quoy le corps de ville 
marchera, chacun des cavaliers avant repris son rang et tous les postes 
jusque là étant remplis on aura attention de ne pas déranger et gêner la 
marche quy aura été déjà établie. Le corps de ville devra joindre le carrosse 
à peu près au cartier qu'on appelle FArmuré. 

Les choses dans cet état on avancera jusqu'à ce que Ton rencontrera le 
corps de Tinfanterie qui sera rangée en haye depuis la porte de l'hôtel jusqu'à 
la porte de la ville, ou plus loin s'il est possible, et alors si leurs altesses se 
déterminent à sortir du carrosse, quatre valets de ville présenteront aux 
quatr^ consuls un daiz formé à cet e&et qui de leur côté l'offriront à leurs 
altesses; l'infanterie formant la haye jusqu'au lieu où leurs altesses devront 
descendre. Si leurs altesses veulent, suivant l'uzage, descendre à l'églize, le 
commandant de la cavalerie donnera ordre qu'elles puissent y arriver au 
milieu de l'infanterie qui formera une haye de chaque côté, et de là on les 
conduira dans le même ordre jusqu'à leur logement. Il faut pourtant observer 
qu'avant l'entrée de la ville une troupe de jeunes bergères, habillées le plus 
proprement possible, portant des présents, des fruits et des fleurs viendront 
les offrir à Madame la duchesse, et le commandant de la cavalerie aura soin de 
donner des ordres pour leur faciliter Tabord; leur offrande sera faite d'une 
manière honnête et galante et sur le ton naïf et champêtre, elles chanteront 
quelque couplet suivant ce qui sera prescrit, et accompagneront leurs altesses 
jusques à ce qu'elles soient descendues à leur logement, en observant de les 
précéder d'un peu loin, afin que tout le monde trouve sa place. 

Si au contraire leurs altesses ne quittent point leur carrosse, le commandant 
aura l'attention de s'instruire si elles doivent aller à l'églize ou non et réglera 
en conséquence la manière de les accompagner. MM. les consuls pour cela 
sont priés de faire construire un banc très distingué pour recevoir leurs 
altesses lorsqu'elles iront à l'églize; chacun de MM. les officiers prendront 
leur rang à la suite de leurs altesses et les accompagneront jusques à ce 
qu'elles soient rendues à leur logement. Toutes les cloches seront mizes à la 
volée et sonneront aussy longtemps que la cérémonie de Fentrée durera. Dans 
le moment de l'arrivée le commandant de la cavalerie établira un corps de 
garde pris dans sa troupe et subsidiairement dans la troupe à pied par 
lequel il fera monter une garde très exacte à pied de la manière dont il jugera 
à propos. Il sera établi dans une des salles de la e^zerne un arsenal où seront 
déposées toutes les armes, à la porte duquel il sera mis un sentinelle qui sera 
relevé ainsy que le commandant le jugera à propos, ce qui subsistera pendant 
tout le temps du séjour de leurs altesses. 

Toutes choses étant ainsy réglées, MM. les consuls, à la tête de la bour- 
geoisie, viendront de nouveau rendre leurs hommages à leurs altesses, leur 
diront, M. le premier consul portant la parole, combien la communauté se 
félicite de l'honneur qu'elle a de les voir actuellement, exprimant les divers 



14 SOOI^T^ ABOH^OLOOIQUB DU GEB8. 

sentiments dont eux-mêmes ainsy que tous les habitants sont pénétrés, et ils 
prendront la liberté de leur donner, ayant le soin de Texcnzer de rinsnfSsance 
et du peu de ressources qu'on a communément en province. MM. les consuls 
auront eu soin de pourvoir à toutes les choses nécessaires à cette fête, de 
quoy l'assemblée espère qu'ils voudront bien se charger, les priant de mettre 
à tous ces préparatife tout l'agrément qu'on pourra trouver dans ce pays. 

Après le soupe, MM. les consuls auront eu l'attention de se procurer des 
instruments pour un bal quy se donnera dans une salle préparée à cet effet, 
que leurs altesses y assistent ou n'y assistent point. Les jours suivants on 
suivra le même ordre qui aura été exécuté jusqu'au départ de leurs altesses, 
pour lequel on observera le même ordre quy a été marqué pour la réception. 

Telle est Tordonnance de cette fête que les Massylvains vou- 
lurent rendre si inî posante et qui dut compter dans les fastes de 
leur histoire locale. 

Tout se passa selon la prévision des consuls. Les deux 
ambassadeurs, MM. Courtade et Nassans, s'acquittèrent conscien- 
cieusement de leur députation, et le 22 août, étant de retour, ils 
firent la relation de leur voyage devant la communauté assemblée 
à cet effet. 

M® Courtade, prenant la parole, a dit qu'hyer matin ils partirent en voiture 
suivant le dezir de la communauté; qu'étant arrivés à Mirande, ils furent 
présentés à leurs altesses par M. Bourdonier;que ledit M® Courtade ayant fait 
le compliment par luy préparé, M^ le duc et Madame la duchesse y répon- 
dirent de la manière la plus obligeante. Il leur fut permis de s'asseoir et alors 
on témoigna à leurs altesses le dézir qu'avaient les habitants de Masseube de 
voir leur seigneur. Il fut répondu et promis qu'aussitôt que les chaleurs 
excessives auraient cédé, leurs altesses se proposaient de donner satisfaction à 
la communauté, que ensuite Madame la duchesse s'étant levée et les députés 
prenant leur congé ils furent retenus à dîner. Ayant témoigné à M. de Carolle 
le désir qu'aurait la communauté d'offrir un souper à leurs altesses, ce 
seigneur se chargea de le proposer. Il le fit d'une manière si adroite et si 
polie que le souper fut âgreé et il fut permis à M. de Carolle de prévenir la 
ville de Masseube du jour de l'arrivée, que ne restant plus rien à faire pour 
remplir leur députation ils se sont retirés anjonrd'huy. 

Ce fut, comme on le pense, une nouvelle explosion d'enthou- 
siasme à l'adresse des ambassadeurs et surtout des seigneurs. 
Mais il fallait augmenter le programme d'un article de plus: le 
a soupe ». Naturellement, on convint de le faire digne en tous 



SEANCE DU 9 JANVIER 1904. 15 

points des nobles hôtes à qui il était destiné. On chargea les 
consuls de se mettre en quête d'un bon cuisinier capable de 
préparer un tel repas. 

Puis on songea à donner une compagnie à leurs altesses 
pendant le ce soupe ï>, et il fut convenu que l'un des consuls se 
rendrait auprès des principaux seigneurs de la région pour les 
inviter audit repas. 

J'aurais bien voulu connaître le nom de ces principaux 
seigneurs de la région, cela m'a été impossible, car le procès- 
verbal de la délibération est brusquement interrompu et ne se 
continue pas, ne laissant connaître que le nom du premier des 
convives : M^ le duc de Mazarin \ 

Enfin, une délibération postérieure aux précédentes nous 
apprend que les consuls ont été prévenus par M. Bourdonier que 
leurs altesses arriveront dans la ville de Masseube « mardy 
« prochain, 3 septembre 1771, vers cinq ou six heures du soir ». 

Il est à croire que tout dut se passer selon les désirs et les 
prévisions de la communauté. Toutefois, rien ne mentionne dans 
la suite du cahier des archives de quelle façon la fête eut lieu. 

Une dernière délibération, du 13 octobre 1771, nous apprend 
que les consuls de Masseube ayant appris que leurs altesses, 
M^ le duc et Madame la duchesse, devaient quitter le quatre du 
mois prochain, on devra pour ce jour leur députer deux ambassa- 
deurs pour leur dire « combien la communauté est sensible de 
<£ l'honneur que lui ont fait leurs altesses de venir dans cette 
n ville pour être témoins du zèle de ses habitants et leur témoi- 
(( gner les sentiments de reconnaissance de la communauté et 
a rétendue du bonheur qu'elle souhaite à leurs altesses dans le 
« voyage qu'elles vont entreprendre ». 

Ainsi figure dans les archives de Masseube la relation de la 
visite que lui fit son seigneur en 1771. 

* Louis-Marie-Guy d'Aumont, marié le 2 décembre 1747, à Louise-Jeanne de Durfort- 
Duras, duchesse de Mazarin. II était appelé le duc de Mazarin à la suite de ce mariage 
(La Chenaye- Desbois, t. VII). 



16 soci]£t]£ aroh^ologique du gers. 

Jean-François Bladé, 
Par m. a. Layergne. 

(Suite et fin * J 
III. 

Revenu de Paris et fixé à Lectoure vers le commencement de 
TErapire, Bladé se trouva éloigné du foyer oii s'était développé 
son brillant esprit; son enthousiasme littéraire se refroidit. En 
province, un esprit vif et sérieux ne peut guère exercer son acti- 
vité que dans l'agriculture ou dans Tétude de l'histoire locale. 
Bladé se persuada qu'il avait une vocation invincible pour 
celle-ci. 

Le passé de mon étroite patrie, dit-il, ne m'était apparu que partiellement... 
défiguré par des compilations incomplètes et sans critique, lorsque le hasard 
fit tomber entre mes mains, F année dernière, un recueil de documents origi- 
naux. Ce fut comme une illumination soudaine; je lus et relus d'arrache-pied. 
Quand je voulus m'arrêter et revenir sur mes pas, il était trop tard. Je 
compris que j'appartenais pour toujours à ce monde pâle des souvenirs, plus 
vivant et plus fier que notre présent ^ 

C'est ainsi qu'il écrivait en 1860, faisant remonter à Tannée 
précédente le commencement d'études historiques qui devaient 
absorber la plus grande partie de son existence. 

Son premier ouvrage est bien l'un des plus brillants qu'il ait 
écrits : 

Pierre de Lobanner et les quatre chartss de Mont-de-Marmn, — Paris, 
Dumoulin; Auch, impr. F. Foix, 1861, in-8°, 119 pp. [Extr. de la Revus 
d'Aquitaine, Y et VI.] 

Là, Bladé prouve la fausseté de ces chartes et nomme le faus- 
saire. Sa démonstration est complète, accablante et relevée par 
un esprit d'une originalité saisissante. L'auteur est tout à fait 
dans son élément; car l'une des plus grandes joies de sa vie a été 
la disqualification, si je puis ainsi parler, des chartes, des idées et 

» Voir Bulletin, 1903, pp. 158, 254. 
' Revue de Gascogne^ I, p. 72. 



SEANCE DU 9 JANVIER 1904. 17 

des faits trop facilement acceptés par les savants. Et il ne 
manqua jamais une occasion d*assainir ainsi l'histoire. 

Salusie du Bartas, documents inédits publiés par J.-F. Bladé et Philippe 
Tamibsy de Labboqub. — Agen, impr. Prosper Noubel, 1864, in-8^ 22 pp. 
[Eitr. de la RevtM cF Aquitaine^ VIII.] 

Dans cette œuvre, Bladé a fourni le testament du poète \ 
Pour en finir avec les opuscules publiés en dehors de ses prin- 
cipaux travaux historiques et géographiques, je dois mentionner 
sa collaboration à la Bévue dC Aquitaine^ à la Revue de Gascogne 
et à la Revue de VAgenais^ quelques articles insérés dans la 
nouvelle édition de V Histoire générale de Languedoc et enfin sa 
Notice historique sur la compagnie des sapeurs-pompiers d! Agen. 
— Agen, impr. agenaise, 1899, in-8**, 40 pp. 

Sapeur-pompier lui-même, mais honoraire^ Bladé a écrit l'his- 
toire de son utile et honorable compagnie. On y trouvera le récit 
d'un incendie à Lectoure, sous la monarchie de juillet. 

Notre compatriote, qui était avocat et qui avait l'ambition 
d'entrer dans la magistrature, ne pouvait négliger l'histoire du 
droit. Il a donné une vue générale de cette partie de notre 
histoire dans l'importante Introduction des Coutumes munici- 
pales du département du Oers (pp. xiii à xxxvi). 

Bladé avait déjà publié sept coutumes dans le Bulletin du 
Comité dhistoire et d'archéologie qui forme les premiers volumes 
de la Revue de Gascogne. Deux ont été tirées à part : 

Coutumes éCAvré et du Mas. — Auch, impr. Foix, 1862. 
Coutumes de Mauroux, vicomte de Lomagne. — Id. 

Les autres cinq coutumes sont celles de Cazères (vicomte de 
Marsan et de Sarraguzan (comté d'Astarac), publiées en 1862, 
de Gaudoux (comté de Fezensac) et de Bivhs (vicomte de Loma- 
gne), publiées en 1863, enfin celles à'Auhiet^ en 1864. 

* Ce document a été publié depuis, et d'une façon pins correcte, par M. Parfouru, 
archiviste du <j}er8, dans Saluste du Bartas, par Olivier de GourcufE et Paul Bénétriz 
(Auch, 1890, p. 67). 



18 SOCIÉTÉ ARCHéOLOQIQUE DU GERS. 

Puis parurent : 

Coutumes municipales du département du Gers. Première série. — Paris, 
Durand; Auch, impr. Foix, 1864, in-8^ xxxvi, xxxvii-255 pp. 

L'auteur n'était point doué de l'attention patiente et minu- 
tieuse nécessaire pour veiller à la correction des textes. Il a 
reconnu lui-même les imperfections de ce recueil \ qu'il n'a pas 
continué. 

En 1869, Bladé présenta à l'Académie de législation de Tou- 
louse le volumineux manuscrit de ses Études sur Vancien droit 
en Gascogne. Cette société lui accorda l'une de ses principales 
distinctions. Mais cet ouvrage ne fut jamais mis au point pour 
être imprimé. 

Un dernier mémoire me semble devoir être classé avec les 
travaux sur l'ancien droit : 

Essai sur F histoire de la transhumance dans les Pyrénées françaises. — 
Paris, Ernest Leroox, 1893, in-8°, 15 pp. [Extr. du Bulletin de Géographie 
hist.y 1892.] Ce mémoire avaib déjà paru, en 1874, dans la Revue de Gascogne. 

Ses études sur l'Andorre sont considérables et méritent plus 
qu'une simple mention. Intrigué par ce petit état pyrénéen qui 
se gouverne lui-même sous la dépendance du préfet de l'Ariège, 
au civil, et de l'évêque d'Urgel, pour les affaires religieuses, Bladé 
fit deux voyages dans cette vallée. Le second, 1869, dura six 
semaines qui furent employées à l'étude des archives jusqu'alors 
fermées aux étrangers. Il fit tirer une copie du Politar Andorra 
et de toutes les pièces qui présentent un véritable intérêt. 

A son retour, il fit insérer dans les Mémoires de V Académie des 
sciences^ inscriptions et belles-lettres de Toulouse * une étude sur 
les Sources de l'histoire de F Andorre. Puis il écrivit un grand 
ouvrage inédit sur V Histoire des institutions de la vallée dH An- 
dorre^ dont le manuscrit est déposé aux archives du ministère des 
affaires étrangères. 

^ Reume de Gascogne, 1901, p. ô. 
» Idem, 1869, p. 361. 



SIÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 19 

Le 16 mai 1871, Bladé donna lecture à la Société archéolo- 
gique du Midi du chapitre iv de cette histoire, intitulé : Les comtes 
d! Urgel et les vicomtes de Castelho. L'année suivante, il soumit à 
la même société le projet d'une carte des vallées d'Andorre. 
Enfin, un peu plus tard, il inséra dans Y Histoire générale de 
Languedoc ^ une notice sur V Église d! Urgel. 

Les trois opuscules suivants ont paru en brochures : 

Notice sur les Mostasas dé la valUê (T Andorre. — Toulouse, Bonnal et 
Gibrac, s. d., in-8^ 7 pp. [Extr. du Recueil de F Académie de législation de 
Toulouse, 1878.] 

Études Géographiques sur la vallée â^ Andorre. — Paris, Joseph Baer, 
Toulouse, impr. Bonnal et Gibrac, 1875, in-8% IX-104 pp. et une carte.. 

Cet ouvrage se compose de trois mémoires : les deux premiers 
s'occupent des limites du côté de la France et du côté de l'Espa- 
gne; le dernier, de la géographie proprement dite. 

Révolutions Andorranes^ histoire d'une maison de jeu. — Agen, impr. Lamj, 
1879, in-S^ 87 pp. [Extr. de la Rsvue de VAgmais.l 

Quelques ambitieux, pour s'emparer du pouvoir dans cet état 
minuscule, exploitèrent la cupidité populaire. Ils firent croire 
qu'ils allaient bâtir un casino pour attirer les étrangers. On 
devait y jouer gros. Et les pauvres gens des vallées caressèrent 
la douce espérance d'écorcher les nombreux pontes venus de tous 
les points de l'univers. Ces intrigues misérables, ces luttes, dans 
lesquelles les coups de langue firent plus de mal que les coups 
de fusil, sont merveilleusement relevées par la brillante verve du 
conteur. 

Nous voici arrivés à la grande entreprise de Bladé : son 
Histoire et sa Géographie historique de la Gascogne. Pour elle, il 
a condamné son brillant esprit à des études pénibles et souvent 
arides qui ont duré plus de quarante ans, et il est mort sans avoir 
achevé la première partie de son œuvre. Cependant, les nom- 
breux fragments qu'il a publiés donnent une idée de l'importance 

» T. IV, pp. 900 à 911. 



20 SOCléTÉ ARCHJ^OLOGIQUE DU GERS. 

de ses projets. J'ai essayé de faire connaître son Histoire jusqu'à 
la féodalité, dans la Revue de Gascogne^ en 1896, 1897 et 1900, 
et sa Géographie historique^ dans un article plus récent du même 
recueil. Je vais essayer de refaire cette bibliographie en l'abré- 
geant beaucoup et en la complétant quelque peu. 

Bladé a publié dans la Revue de Gascogne une préface de son 
œuvre \ Elle doit être complétée par les articles qu'il écrivait, 
avec Tenthousiasme de la jeunesse, au début de sa vocation histo- 
rique, et surtout par son Introduction aux coutumes municipales 
du Gers^ Dans ces écrits, il exposait, avec une chaleur commu- 
nicative, un immense programme que son imagination de poète 
lui montrait promptement et facilement réalisé. 

Hanté par la préoccupation de remonter aux origines, il pensa 
d'abord à la géologie et au préhistorique. Le Courrier du Gers^ 
de 1866, et Le Journal du Gers^ de 1867, contiennent des arti- 
cles intitulés : De V ancienneté de Vhomme dans le sud-ouest de la 
France et Ethnologie de la Gascogne. Mais il abandonna bientôt, 
et avec raison, ces études aux spécialistes, et il aborda brave- 
ment la Question Ibérienne. Notre intrépide compatriote com- 
mença par une charge à fond sur un audacieux savant, agrégé de 
la Faculté de médecine de Paris, professeur à la Faculté des 
sciences de Bordeaux, M. Baudrimont, qui s'était passé l'inno- 
cente fantaisie de faire une Histoire des Basques^; puis il publia : 

Dissertation sur les charhts héroïques des Basques. — Paris, Franck; Anch, 
impr. F. Foix, 1866, in-8°, 60 pp. [Extr. de la Rêvue de Gascogne.'] 

Études sur V origine des Basques, — Paris, Franck; Toulouse, impr. Bonnal 
et Gibrac, 1869, in-8°, iv-549. 

d Ces cinq cents pages », a dit M. Couture de ce dernier 
ouvrage, a: démontrent les erreurs de presque tous les savants qui 
« se sont occupés des Basques depuis un siècle, et n'apprennent 
<c rien de formel sur l'origine de ce peuple *. y> 

» T. XXXIII, 1892, pp. 29, 33 et 116. 

' Introduction à V histoire générale de V Aquitaine, Revue de Gasc.y I, p. 68. — Sources 
de r histoire de la Gascogne et Rev, de Gasc, V, p. 5. 
' Revue de Gascogne, VI, pp. 485 et 607, VII, p. 16. 
* 7rf., X, p. 495. 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 21 



Bladé eut à subir de plus cuisantes critiques, car il a écrit lui- 
même : « Mes Études sur V origine des Basques déchaînèrent sur 
a ma tête les tonnerres et les carreaux de la critique ^ . . un véri- 
« table cyclone de censures, formulées en langues diverses, dont 
a la majorité m'est inconnue ^ » 

Il se contenta de répondre à MM. de Charencey, Boudard et 
Davezac : 

Défense dès Études sur Vorigine des Basques, — Paris, A. Lefranck, s. d. 
(1870), in.8^ 16 pp. 

Plus tard, Bladé a modifié ses premières idées et arrêté son 
opinion définitive. 

Les Ibères. — S. 1. n. d. (Agen, impr. veuve Lumy, 1881), iii-8^ 40 pp. 
[Extr. de la Revue de VAgenais.l 

Voici la liste des mémoires relatifs à l'époque romaine, suivant 
l'ordre que leur aurait probablement donné Bladé dans son 
histoire de la Gascogne : 

U Aquitaine avant Auguste, — Agen, impr. veuve Lamy, 1886, in-8** 28 pp. 
[Extr. de la Revus de VAgenais,'] 

Oéographie historique de F Aquitaine autonome, — Paris, E. Leroux, s. d. 
(1893), in-8", 86 pp. [Extr. des Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux.} 

Les institutions de F Aquitaine avant la conquête des Romains, — Auch, 
impr. 6. Foix, 1886, in-8^ 15 pp. [Extr. de la Revue de Gascogne,} 

Le Sud-Ouest de la Gaule sous le haut et k bas Empire. — Agen, impr. 
veuve Lamj, 1886, in-8^ 35 pp. [Extr. du Recueil de la Société cF Agriculture, 
Sciences et Arts âCAgen.'] 

Les Nitiobriges. — Agen, impr. veuve Lamy, s. d. (1898), în-8°, 18 pp. 
[Extr. de la Revue de VAgenais.} 

Les Tolosates et les Bituriges Vivisei, — Agen, impr. veuve Lamy, s. d. 
(1893), in-8^ 23 pp. [Extr. de la Revue de VAgenais,} 

Les Convenae et les Gonsoranni. — Toulouse, Ed. Privât, 1893, in-8'*, 
27 pp. [Extr. de la Revue des Pyrénées.} 

Oéographie politique du sud-ouest de la Gaule pendant la domination 
Romaine. — Toulouse, Ed. Privât, 1893, in-8% 116 pp. [Extr, des Annales 
du Midi.} 

* Blad^, Contes populaires^ I, p. vu. 
' Id., Revue de Gascogne, 1901 , p. 5. 



22 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERÔ. 

Mémairé sur Vhistoire religieuse dé la Novempopulanie romaine. — 
Bordeaux, ChoUet; Agen, impr. veuve Lamy, 1885, iu-8**, 29 pp. [Extr. de la 

Revue dé FAgenais.^ 

Littérature et mœurs de la Novetnpopulanie romaine, — Articles publiés 
par V Avenir de Lot-et-Garonne ; ils n'ont point été tirés à part. 

Épigraphie antique de la Gascogne, — Bordeaux, GhoUet; Agen, impr. 
veuve Lamy, 1885, in-8% xv-221 pp. [Extr. du Recueil dé la Société i Agri- 
culture^ Sciences et Arts d^Agen.'] 

Les mémoires sur l'époque qui s'étend depuis l'invasion des 
barbares jusqu'à la création du royaume d'Aquitaine par Charle- 
magne, sont les suivants : 

La Novempopulanie depuis Tinvasion des barbares jusqu'à la bataille de 
Vouillé, — Auch, impr. G. Foix, 1888, in-8S 70 pp. [Extr. de la Revue de 
Gascogne ^] 

La Gascogne sous les rois mérovingiens, — Deux articles publiés en 1887 et 
1888 dans la Revue de VAgmais et non tirés à part. 

Géographie historique de la Vasconie espagnols jusqu'à la fin de la domina- 
tion romaine. — Auch, impr. G. Foix, 1891, in-8®, 67 pp. [Extr. de la Revue 
de Gascogm."] 

Les Vascons avant leur établissement en Novempopulanie. — Agen, impr. 
veuve Lamy, 1901, in-8®, 38 pp. [Extr. de la Revt^ de VAgenais.'] 

La Vasconie cispyrénèenne jusqu'à la mort de Dagobert I^, — Le Puy, impr. 
Marchessou fils, 1891, in-8% 124 pp. [Extr. des Annales de la Faculté des 
lettres de Bordeaux,^ 

L'Aquitaine et la Vasconie cispyrénéenne, depuis la Toort de Dagobert /«■ 
jusqu'à Vépoque du duc Eudes. — Le Puy, impr. Marchessou fils, 1891, in-8**, 
148 pp. [Extr. des Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux.] 

Eudes^ duc d'Aquitaine. — Toulouse, impr. Douladoure, s. d., in-8^ 58 pp. 
[Extr. des Annales du Midi.'] 

Fin du premier duché d'Aquitaine. — Le Puy, impr. Marchessou fils, 1892, 
in-8% 114 pp. [Extr. des Annales de la Faculté des lettres de Bordea^ix.] 

La charte SAlaon et ses neuf confirmations, — S. 1. n. d. (Agen, impr. veuve 
Lamy, 1891), in-8^ 10 pp. [Extr. de la Revue de VAgencds,] 

La Gascogne et Us pays limitrophes dans la légende carolingienne. — Auch, 
impr. G. Poix, 1890, in-8^ [Extr. de la Rew^ de Gascogne,] 

^ Bladé a publié dans la Rews de Gascogne deux travaux qui peuvent servir 
d'appendice à ce mémoire : Les Wiaigoths jusqu'à Vépoque d'Alaric (1861, p. 334, 
1862, pp. 42, 164, 485); Les Wandales et lés Alaina jusqu'à leur invasion en Gaule 
(1863, pp. 425 et 600). 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 23 

Oéographie historiqtM du sud-ouest de la Gaule, depuis la fin de la domina- 
tion romains jusqu'à la création du royaume d Aquitaine, — Paris, Ernest 
Leroax, 1898,41 pp. [Extr. des Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux.'] 

Géographie politique du sud-ouest de la Gaule franque, d'après le cosmo- 
graphe anonyme de Ravenne. — S. 1. n. d., in-8^ 24 pp. [Extr. de la Revue de 
Géographie.'] 

Sur les temps qui vont de rérectiou du royaume d'Aquitaine 
au profit de Louis le Débonnaire (778) jusqu'à la féodalité, Bladé 
a publié les mémoires que je vais énumérer : 

Le sud-ouest de la Gaule franque depuis la création du royaume dC Aqui- 
taine jusqu'à la mort de Charlemagne, — Paris, Ernest Leroux, 1894, in-8S 
87 pp. [Extr. des Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux,] 

Les comtes carolingiens de Bigorre et les premiers rois de Navarre. — Agen, 
impr. Agenaise, 1897, in-8% 141 pp. [Extr. de la Revtce de VAgenais.] 

Géographie politique du sud-ouest de la Gaule franque au temps des rois 
cT Aquitaine. — Agen, impr. veuve Lamy, 1895, in-S*", 52 pp. [Extr. de la 
Revue de VAgenais.] 

Les Vascons espagnols depuis les dernières années du F/® siècle jusqu'à F ori- 
gine du royaume de Navarre. — Agen, impr. veuve Lamy, 1891, in-8% 96 pp. 
[Extr. du Recueil de la Société d'Agriculture^ Sciences et Arts (F Agen.] 

Les origines du ducM de Gascogne. — Agen, impr. Agenaise, 1897, in-8% 
93 pp. [Extr. du Recueil des travaux de la Société d'Agriculture, Sciences et 
Arts d^Agen.] 

Histoire du droit en Gascogne durant le haut Moyen-âge. — Agen, impr. 
veuve Lamy, 1887, in-8^ 38 pp. [Extr. de la Revue de VAgenais.] 

Des prétentions primatiales des métropolitains de Vienne, de Bourges et de 
Bordeaux sur la province ecclésiastique d'Auch. — Auch, impr. Q. Foix, 1897, 
in-8**, 16 pp. [Extr. de la Revue de Gascogne.] 

Influence des Métropolitains d'Éauze et des Archevêques cPAuch en Navarre 
et Aragon, depuis la conquête de l'Espagne par les Musulmans jusqu'à la fin du 
XP siècle. — Toulouse, impr. Ed. Privât, 1896, in-8^ 42 pp. [Extr. des 
Anruiles du MiM.] 

Mémoire sur VÉvêché de Rayonne. — Pau, impr. Vignancourt, 1897, in-8®, 
96 pp. [Extr. des Études historiques et religieuses du diocèse de Bayonne.] 

L'Èvêché des Gascons. — Paris, Alphonse Picard; Agen, impr. Agenaise, 
1899, in-8^ 82 pp. [La première moitié de ce mémoire a paru dans la Revue 
de VAgenais \] 

^ M. Tabbé Degert a combattu ropinion soutenue par Bladé dans ce livre. (Revue ds 
Gascoffne, 1900, pp. 6, 125, 277.) 



24 sociérjÉ archéologique du gers. 

Bladé eut encore l'ambition de faire la géographie historique 
de la Gasœgne. Très fier de ses connaissances, il avait coutume 
de dire gu^en cette matière il ne trouvait malheureusement per- 
sonne en mesure de lui apprendre quelque chose; qu'à V Institut il 
aurait voulu s instruire^ et,,, quon le consultait. 

On a dû remarquer dans la liste précédente les mémoires de 
géographie historique jusqu'à la féodalité. Voici les études qu'il 
a publiées pour les temps postérieurs. 

Il débuta en 1860 et 1861, dans la Revue de Gascogne^ par de 
fort brillants articles intitulés Géographie de V Aquitaine, Les 
paysages, les mœurs et les habitants y sont caractérisés avec ce 
brio qu'il délaissa à mesure que ses écrits devenaient plus 
savants. Mais il n'a fixé les grandes lignes de son œuvre qu'en 

1876, dans Y Esquisse dune Géographie de FAgenais et du Condo- 
mois, {Revue de VAgenais^ III.) 

Pour la géographie ecclésiastique, Bladé s'est occupé : 1*^ du 
clergé séculier; il a publié Dépendances des provinces ecclésiasti- 
ques de Toulouse et de Bordeaux dans la région cis-garonnaise 
{Revue de Gascogne^ V, 1864) et a laissé un manuscrit dans 
lequel il énumère les paroisses des diocèses qui formaient la 
province d^Auch; 2° du clergé régulier, en publiant, dans le 
Journal d'Agen^ puis dans le Conservateur du Gers (juin, juillet 
et août 1877), une liste fort importante des couvents d'hommes 
et de femmes; en insérant, en outre, dans la Revue de Gascogne 
un article sur les Ordres religieux et militaires (1877); 3^ des 
institutions hospitalières et de l'instruction publique {Journal 
du Agen et Conservateur du 26 mai 1879); 4^ des cultes dissidents: 
Géographie juive^ albigeoise et calviniste de la Gascogne. — 
Bordeaux, Lefebvre; Agen, impr. Lamy, 1877, in-8°, 35 pp. 
[Extr. de la Revue de V Agenais^ IV.] 

Pour la géographie civile il a été publié : 

La Gascogne féodale, — Revve de Gascogne, janvier 1901. 
Les grands fiefs de Gascogne. — Impr. Nationale, 1898, in-8^ 16 pp. [Extr. 
du Bulletin de Géographie historique et descriplive,'] 

Notice sur la vicomte de Bezaume, le comté de Benauges, les vicomtes de 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 25 

BrtUlhois et cFAuviîlars, et les paya de Villandraut et de Gayron. — Bordeaux, 
Lefebvre; Agen, impr. Laray, 1878, in-8°, 80 pp. [Extr. de la Revue de 
VAgenaie,'] 

La vicomte de Soûle, — Nantes, impr. E. Griinaud, 1898, in-8°, 9 pp. et une 
carte. [Extr. des comptes rendus de V Association française pour V avancement 
des sciences^ congrès de Nantes, 1898.] 

DuchéS'pairies de la Gascogne, — Revue de Gascogne^ 1901, p. 366. 

Le duché-pairie de Gramont, la seigneurie de Bidache et les vicomtes de Lou- 
vigny et SAstL — Impr. Nationale, 1898, in-8% 16 pp. [Extr. du Bulletin de 
géographie hist, et descripL ^] 

Géographie féodale des comtés de Fezensac et cP Armagnac. — Impr. Natio- 
nale, 1901, in-8^ 16 pp. [Extr. du Bulletin de géogr, hist. et descHpt.'] 

Le comté d^Aure. — Impr. Nationale, 1901, in-8% 15 pp. [Extr. du Bulletin 
de géogr. hist. et descript.] 

Géographie judiciaire de la Gascogne aux XVIP et XVIIP siècles. — 
Revue de VAgenaiSy III, 1876. 

Les Pays cF États en Gascogne. — Revv,e de Gascogne, Vil, 1866, et VIII, 
1867. 

Des anciennes subdélégations de la Gascogne. — Revtùe de Gascogne, XVII, 
1876. 

Géographie militaire de la Gascogne aux XVIP et XVIIP siècles. — Revue 
de VAgenaiSy III, 1876. 

Les sources et T embouchure de la Garonne. — Paris, Ernest Leroux, 1893, 
in-8'*, 8 pp. [Extr. du Bulletin de géogr. hist. et descript.'] 

Enfin j'ai un stock énorme de notes de Bladé sur toutes les 
parties de la géographie historique du Sud-Ouest; mais il me 
semble impossible de les utiliser. 

Là ne devait point s'arrêter l'œuvre de Bladé. Il a en effet 
souvent manifesté le projet d'écrire tout un livre sur les comtes 
d'Armagnac', « cette héroïque lignée dont la destinée fatale 
« égale en horreur ce que la légende thébaine raconte de la 
<i famille de Laïus ^ d. 



*. Ce mémoire a provoqué une réponse de M. Â. de Gramont-Lesparre sous ce titre : 
Un point d'histoire. Le duchè-pcùrie de Gramont et la souveraineté de Bidache, — 
Paris, impr. Quelquejeu, 1900, iQ-8°, 31 p. 

' Coutumes municipales. Introduction, p. ix. 

' Revue de Gascogne, I, 1860, p. 72. 



26 SOCIIÈTJÊ ARCHÉOLOGIQUE DU GBRS. 

En 1860, il pria tous ceux qui s'occupent d'histoire locale de 
lui signaler les documents inédits sur les comtes d'Armagnac \ 

En 1863, il fit, en trois articles insérés dans la Revue de Gas- 
cogne^ l'inventaire des richesses documentaires que possèdent les 
archives de Londres pour notre histoire. Il songea même un jour 
à passer le détroit pour aller chercher une ample et précieuse 
provision de renseignements inédits. 

En 1864, la Revue d! Aquitaine (t. VIII) publia son Mémoire 
sur le comté de Rodez^ les vicomtes de Creyssel, Cariât^ Murât et 
autres fiefs ^ jusqu^ à r avènement de la maison d'Armagnac, 

Mais une impitoyable logique pousse l'historien à chercher la 
raison des faits dans des faits plus anciens et à remonter jusqu'aux 
ténébreuses origines. 

Dnrnj veut écrire une histoire de France. Mais... Rome a laissé son 
empreinte souveraine sur notre langue, nos institutions et nos mœurs, et la 
nécessité lui apparaît de tracer d'abord l'histoire des Romains. Mais pour 
expliquer les Romains il faut connaître les Grecs; il publie son admirable 
histoire de la Grèce; et la mort frappe avant que l'histoire de France soit 
écrite. 

M. Perrot tient sans cesse les yeux fixés sur la Grèce radieuse comme vers 
la terre promise... Mais le flambeau de l'art se transmet d'un peuple à l'autre. 
Il faut donc traverser d'abord l'Égjpte, l'Assyrie, la Perse, la Judée, l'Asie 
mineure. Surviennent alors les complexités de la vie, l'aurore des splendeurs 
de l'Attique luit à peine et la publication paraît arrêtée ^ 

Ce sont de pareils mirages qui ont attiré notre compatriote à 
Tétude des temps les plus anciens. Malheureusement l'histoire 
antique mérovingienne et carolingienne de notre pays n'est qu'un 
fouillis de problèmes dont la solution repose sur des probabilités. 
Bladé crut en conscience ne pas devoir se dérober à cette tâche 
pleine de périls et de hasards; il espéra surpasser tous ceux qui 
l'avaient précédé, détruire toutes les erreurs... mais il s'enfonça 
et s'embarrassa, pour n'en plus sortir, dans le fourré de l'histoire 
des origines. 

Il eut un éminent contradicteur en M. de Jaurgain {La Vas- 

^ Revue de Gascogne^ I, 1860, p. 72. 

» De Lahondes, Académie des Jeux Floraux. Éloge de if. Bladé, 1903, p. 12. 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 27 

conte^). Je me garderai bien de décider lequel des deux a raison; 
car je n'ai pas une confiance exagérée en ma compétence, et puis 
je crains de me perdre, pour le reste de mes jours, au milieu des 
hypothèses qui servent à bâtir l'histoire de ces temps obscurs. 

Les dernières années de Bladé furent attristées par la mort de 
personnes chères. Après avoir vu mourir à la fleur de l'âge sa 
belle-fille, qu'il aimait beaucoup, il eut la douleur de perdre son 
vieil oncle, curé de Pergain, chez lequel il aimait à se retirer 
souvent. Bladé écrivit pieusement sa Notice sur Pierre- Prosper 
Bladé^ curé de Pergain- Taillac^. Des faits simplement contés, 
mais dans un style très personnel, forment un très bel éloge du 
vénérable prêtre qui joignait aux vertus sacerdotales l'esprit et 
les goûts gascons de son neveu. Puis ce fut Madame Bladé qui 
mourut subitement à Paris. Et notre vaillant compatriote, par un 
redoublement de travail, faisait diversion à la tristesse de son 
âme. 

Il avait bonne santé, une fortune qui lui donnait toute facilité 
pour travailler, et avec cela toutes les distinctions qu'un travail- 
leur de province peut espérer ; car il était membre correspondant 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres ' et chevalier de 
la Légion d'honneur *. Il disait partout qu'il ne ferait pas ban- 
queroute à l'histoire de la Gascogne, mais le travail lui devenait 
toujours plus difficile. Dans sa hâte, d'achever le grand ouvrage, 
il remplissait les lacunes en copiant des ouvrages de second 
ordre. Parfois il était pris par un immense découragement. 
Comme il avait peu de relations à Agen, il éprouvait le besoin 
de changer d'air, et, sous le prétexte de travailler, il s'en allait à 
Auch, à Montauban, à Toulouse, à Bordeaux, dans les Landes. 



* Pau, impr. Garet, deux beaux volumes in-8®, 1898 et 1902. 

' Âuch, impr. L. Cocharaux, 1894, in-8°, 8 pp. [Ëxtr. de la Semaine religieuse.^ 
» Depuis 1883. 

* Depuis le centenaire de l'Institut (1895). Bladé contait que, Tlnstitut ayant pro- 
posé au ministère de lui donner la croix, on trouva dans son dossier un renseignement 
politique ainsi formulé : réactionnaire pacifique^ mais que Tadjectif eut heureusement 
raison du substantif. 



28 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Comme il avait conscience de la grandeur de son œuvre, il 
s'irritait de voir les autres réussir à moins de frais, et il avait le 
tort de manifester son dépit dans un langage parfois trop vif. 
Maïs il voulait effacer toute trace de polémique dans son œuvre 
définitive. 

Cependant il pensait à la mort et il craignait qu*elle ne vînt 
trop tôt. 

. . . Mon Histoire générale de la Gascogne jusqu^à la fin de répoque ducale^ 
avant de monrir, je voudrais la donner à ceux pour qui je travaille depuis un 
demi-siècle, à ceux qui passent et passeront sur cette vieille et noble terre de 
Gascogne : Propter fratres meos etproximos mecs. Mais je n'ai pas longtemps 
à vivre. Plus je vais, plus je redoute l'heure terrible, l'heure du suprême 
jugement, et je m'y veux préparer ^ 

Après les fêtes de Pâques 1900 il se rendit à Paris, selon son 
habitude, pour voir son fils, pour travailler, pour entretenir ses 
relations littéraires; car au fond il resta toujours fidèle à sa voca- 
tion première. 

Il avait soixante-treize ans, il était droit et semblait avoir 
encore des années à vivre, a II montrait la même bonne humeur, 
« la même expansion de verve spirituelle que dans ses meilleurs 
«jours. Et cependant la mort l'attendait. La veille même du 
(( jour fatal, il causa jusqu'à une heure avancée de la nuit. Et le 
oc matin du 30 juin, après quelques heures d'une forte oppression 
« qui parut sans gravité, il rendait le dernier soupir ^ » 

Son corps repose près de celui de Madame Bladé, dans un 
cimetière parisien, loin de la terre gasconne. 



Vestiges égyptiens dans le sud-ouest de la France, 

Par m. Ch. Palanque. 

L'existence de monuments égyptiens dans les musées de 
province est aujourd'hui connue. Ce sont, pour la plupart, des 

* Revue ds Gascogne^ 1901, p. 18. 
» L. Couture, irf., 1900, p. 276. 



SÊA.NCB DU 9 JANVIER 1904. 29 

objets réunis par des collectionneurs ou achetés dans les ventes 
publiques. D'autres, au contraire, et c'est ce qu'il y a de plus 
intéressant, ont été trouvés dans le pays même. Malheureuse- 
ment, il est arrivé que ces monuments ont été négligés comme 
sans intérêt local, ou confondus dans les séries purement égyp- 
tiennes, oh leur provenance fut vite oubliée. Le musée des 
Augustins de Toulouse possède ainsi des statues isiaques, des 
bustes de Sérapis et un Horus-Harpocrate trouvés dans la 
région du Sud-Ouest \ 

Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que l'influence égyptienne 
ait pénétré dans nos régions. Comme toutes les autres provinces 
de l'Empire, après avoir subi l'hellénisme, le Sud-Ouest fut 
envahi par l'Orient. Ce fut dans la religion que s'accomplit le 
mouvement le plus sensible. Les marchands phocéens, fondateurs 
de Marseille, avaient établi dans tout le Sud-Ouest leurs comp- 
toirs commerciaux. Ils furent les propagateurs de la civilisation 
et de la religion égyptiennes, comme aussi de celle qui leur était 
propre. Ils furent aidés par les vétérans, garnisaires des bords 
du Nil, dont la naïve rudesse fiit vite conquise au charme des 
mythes orientaux. 

Bientôt, dans une société vieillie, parut une religion nouvelle, 
cherchant à se faire jour, de toutes parts, au sein d'une civilisa- 
tion épuisée. L'égyptienne Isis, l'alexandrin Sérapis disputèrent 
bientôt aux anciens dieux d'Athènes et du Capitole une croyance 
affaiblie dans les cœurs, usée dans tous les lieux. Il se fit comme 
un débordement du Nil sur toute la face du monde connu. 

L'Empire, c'était le monde, c'était Rome; la Grèce fut laissée 
de côté, et c'est d'Orient que vinrent les idées nouvelles propa- 
gées parfois par les agents les plus inattendus. La ville fut 

^ Catalogue des musées archéologiques de la ville de Toulouse, par M. Boschach, 
1892, n^ 38, 39, 29, 40 (sculpture) et 184 {épigraphie). Ces monuments proviennent 
de Martres-Tolosane, sauf le n° 38 trouvé à Auch, et l'inscription provenant de Lunax 
(Haute-Garonne). « Les divinités égyptiennes comprennent une Isis polychrome de 
c mauvais style romain, faîte sur place, en marbre des Pyrénées, un Jupiter Sérapis 
€ hellénistique, copie du il" siècle, et un Harpocrate grec. y> 

LÉON JoULiN, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane 
(BuUetin de TÂcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1899, p. 602). 



30 SOOIIÎTIÎ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

envahie par des courtisanes élégantes, au teint cuivré, aux 
lèvres larges, couvertes de bracelets d'or. Elles apportaient avec 
elles les secrets des mystères des bords du Nil et des cérémonies 
isiaques. Bientôt, de la Germanie aux colonnes d'Hercule, la 
déesse égyptienne eut ses adorateurs, ses fidèles, ses prêtres et 
ses temples. 

Le culte isiaque ^ eut une vogue extraordinaire; il fut aussi un 
des plus éprouvés par des vicissitudes de bonne et de mauvaise 
fortune, pour finir par être le plus particulièrement Tobjet des 
faveurs impériales. Tout d'abord, le sénat le proscrivit, mais 
Auguste le rétablit, et Ton vit les fières et hautaines patriciennes 
de la famille augustale se faire initier aux mystères. Les succes- 
seurs d'Auguste*^ furent non seulement les protecteurs, mais 
aussi de fervents adeptes d'Isis. Les cérémonies religieuses se 
célébrèrent avec une magnificence et une pompe extraordinaires. 

La matrone romaine elle-même, d'abord par curiosité, puis par 
dilettantisme, fut fervente adoratrice d'Isis. Sous prétexte d'as- 
sister aux mystères, elle pouvait quitter le toit domestique, et sa 
conduite devenait sacrée comme un rite. 

En Gaule, le culte nouveau fit rapidement des prosélytes, il 
eut droit de cité dans toutes les grandes villes, des temples d'Isis 
s'élevèrent magnifiques, et des fêtes splendides se célébrèrent 
aussi bien en Bretagne, que dans la Narbonnaise et tout le 
Sud-Ouest. C'est qu'Isis. était la souveraine Science, la souveraine 
Sagesse, la Gnose, suivant l'expression alexandrine. Des sociétés 
religieuses se formèrent, semblables à ces associations qui 
couvraient déjà le monde oriental. Elles portaient le nom de 
Thiases ou d'Isiaques; et, en cherchant bien, nous serions peut- 
être bien étonnés de voir dans beaucoup de nos sociétés secrètes 
ou ouvertes nombre d'usages surannés qui rappellent beaucoup 
d'antiques vestiges isiaques. 

Aujourd'hui, il n'y a plus d'initiés, il n'y a plus de profanes, 

* Il fut universel, dit Diodore, et, selon Juvénal (Sat. xii), il faisait vivre les pein- 
tres, pictores quia nescit ah Iside pasci, de la Rome impériale. 

' Othon, Domitien, Commode, Caracalla et Alexandre Sévère favorisèrent surtout le 
culte isiaque. 



SEANCE DU 9 JANVIER 1904. 31 

Isis n'a plus de fidèles depuis longtemps, son nom presque 
inconnu semble évoquer des cérémonies d'un rite spécial et des 
pratiques oh la débauche la plus effrénée devait, croit-on, régner 
en souveraine. Pourtant la science a entr'ouvert le manteau de la 
déesse, et l'on s'est aperçu qu'en cachant soigneusement sa 
sagesse^ la théologie a su maintenir tout son prestige, toute son 
autorité et toute sa force. Le dieu suprême qu'a cherché Socrate, 
celui que soupçonnaient Platon et Aristote, et que ces grands 
philosophes cherchèrent dans les panthéons égyptiens, grecs ou 
romains, n'était autre que le dieu c-aché des mystères d'Isis. La 
littérature antique, à part Plutarque et Apulée, nous donne peu 
de renseignements sur le culte isiaque à Rome et dans les pro- 
vinces de l'Empire. Et pourtant, on sent qu'à un moment donné 
une grande partie de la population vivait dans un milieu très 
imprégné d'idées égyptiennes. 

Les philosophes platoniciens, cherchant une forme au Dieu 
supérieur, trouvaient dans le culte de la déesse une sorte de 
réalisation de leur idéal. Isiaques étaient les navigateurs, les 
soldats, les vétérans, les importateurs du blé d'Egypte; isiaques, 
surtout, les femmes, par coquetterie, par mode, parce qu'il était 
de bon ton de se montrer au peuple, aux fêtes publiques que les 
initiés célébraient en l'honneur de la déesse. 

Mais, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que cette Isis n'est 
plus celle des anciens égyptiens, pas même celle que les Ptolé- 
mées avaient créée à Alexandrie. Leur politique les poussait à 
faire la fusion des divinités de la Grèce et des dieux de l'Egypte; 
de là, le culte alexandrin des Isis- Vénus, Isis-Demeter, etc. 
Les dieux égyptiens se transforment comme toute chose en ce 
monde. Isis n'est plus la terre d'Egypte, c'est la substance 
destinée à être fécondée, le féminin universel. Déjà Plutarque la 
revendiquait pour le genre humain tout entier, repoussant l'idée 
que cette divinité bienfaisante fût spéciale à l'Egypte. 

L'influence du milieu ne tarda pas à se faire sentir dans les 
représentations de la divinité à la mode; le goût italique rem- 
plaça les vieux attributs égyptiens, le disque solaire, les cornes 
symboliques, par les objets même du culte. La rigidité hiérati- 



32 SOCI^Té ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

que de la sculpture égyptienne disparut, et c'est en prêtresse 
vêtue de la longue tunique, drapée dans un manteau bordé de 
franges, aux plis harmonieux et attaché sur la poitrine par un 
nœud caractéristique, que Ton représenta désonnais la bonne 
déesse. On ne pouvait mieux faire pour adapter de la façon la 
plus heureuse les goûts artistiques du temps avec Tidée reli- 
gieuse en vogue, sans porter atteinte à l'orthodoxie de la doctrine. 

En Egypte, on adorait dans Isis la déesse mère, et si l'em- 
blème de la procréation, que le christianisme a caché comme une 
honte, était honoré, ce n'était point dans une idée de luxure 
mais bien comme le symbole de la procréation de l'acte de vie et 
de la fécondité. 

D'après Hérodote \ tous les ans, plus de sept cent mille 
pèlerins se faisaient initier aux mystères d'Isis. Il y avait de 
grandes fêtes à Bubastis et à Busiris^. On y offrait de grands 
sacrifices. Puis, après la procession de la vache nourricière, des 
jeunes filles consacrées et tenant le sistre ^ mystique et, près 
d'elles, une prêtresse portait sur son sein une urne d'or dans 
laquelle se trouvait l'attribut du culte isiaque, qui était, selon 
Apulée, (( l'effigie vénérable de la respectable déesse ». On prélu- 
dait aux initiations par des ablutions, le repos et la continence. 

Ces fêtes rivalisaient en Egypte avec les cérémonies pompeu- 
ses du culte d'Apis. 

A Rome, l'idée primitive disparut rapidement. Oubliant le pur 
concept d'Isis, un sacerdoce sans pudeur, confondant la déesse 
avec Cybèle, donna» naissance aux mystères et aux phallophories 



* HÉRODOTE, Histoires^ II, 40. 

' A Sais, où se trouvait un temple d^Isis, ane certaine nuit, toutes les lampes étaient 
allumées, et il en était ainsi dans toute TÉgypte. C'était la nuit où Isis recherchait le 
corps d'Osiris. 

^ Le sistre et aussi le tambourin se rattachaient aux cérémonies rituelles du culte 
isiaque. Pour l'Egypte antique, le principe du mal se trouvait personnifié par les ténè- 
bres. Pour pallier leur action, les peintures nous montrent et les textes nous parlent 
des instruments de musique. Les prêtres, les prêtresses agitent des sistres aux proces- 
sions de la statue d'Isis, la mère d'Horus, fils posthume d'Osiris, dont la tradition 
sacrée faisait a le vengeur de son père ]», le vainqueur de Sît, dieu du mal et de la 
nuit. 






SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 33 

religieuses. On vit dès lors, les Cabires, les Corybantes, les 
Curetés, au bruit des cymbales et autres instruments bruyants, 
avec mille contorsions indécentes, rendre les honneurs divins à 
ce qu'une fausse théodicée montrait à tous comme l'emblème de 
la déesse. Et c'est cette fable ridicule, acceptée par un peuple 
inepte et exploitée par des prêtres interlopes, qui infesta bientôt 
le monde entier. 

Les fêtes se passaient en partie dans les rues et sur les voies 
publiques, hommes et femmes accouraient de tous les points de 
la ville, tous vêtus de robes blanches en étoffîes transparentes, et 
bientôt, semblables aux fêtes florales, se déroulaient, dans l'inté- 
rieur du temple où l'on s'était rendu, des cérémonies que les 
partisans des mœurs antiques réprouvaient sévèrement. « Le 
« véritable isiaque, dit Plutarque, est celui qui, après avoir reçu 
« par la voie légale de la tradition tout ce qui s'enseigne et se 
a pratique à l'égard de la divinité, soumet ces saintes doctrines à 
(( l'examen de sa raison et s'étudie à en approfondir la vérité \ » 

Les anciennes statues égyptiennes représentent la déesse 
tenant dans ses bras son fils Horus. Les Grecs et les Romains la 
représentaient autrement, vêtue en prêtresse, d'une longue robe 
blanche et tenant d'une main le seau d'eau lustrale, et, de l'autre, 
le sistre mystique. 

Si nous en croyons un écrivain que cite M. Nicolas {Etudes 
sur le Christianisme^ 1. II, ch. iv), nos vierges noires seraient 
risis de nos aïeux portant son fils Horus; d'autres, plus modé- 
rés, y voient des statues d'Isis apportées d'Egypte, au temps des 
croisades, et consacrées à faire honorer la Vierge et l'enfant 
Jésus. L'un et l'autre de ces sentiments pourraient être admis 
sans difficulté ^ 

Dans notre Sud-Ouest, Isis avait une statue à Izaute-de-l' Hôtel 

* Plutarque, Traité d'Isis et (VOsiris^ V. 

' J. Labat, le Panthéon Isiaque et la révélation. — Revue de Gascogne, t. XII, 1871, 
p. 249. 



34 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GBRS. 

et un buste à Trebos\ Mais c'est de Martres-Tolosane * que 
proviennent les monuments du musée de Toulouse. 

Ces statues, conçues dans le goût italique, sont cotées sous les 
n""' 38 et 39. L'une d'elles mesure 1™ 70 et est exécutée en mar- 
bre à deux couleurs. La tête, les mains et les pieds sont en mar- 
bre blanc, le reste du corps en marbre de couleur grise. Bien que 
cette œuvre soit très barbare comme exécution et indique un 
travail de très basse époque, elle intéresse au point de vue reli- 
gieux et au point de vue artistique; elle est l'œuvre d'un artiste 
local, qui dut mettre à son exécution la foi qui l'animait et tout 
son art. Certes son ciseau trop malheureusement conduit ne nous 
a pas donné une œuvre exquise, mais plaçons-nous à l'époque 
où elle fut exécutée. C'est le moment oii tout sombrait dans 
l'Empire, oii la décadence s'accentuait et où tout revenait vers la 
barbarie ^. 

Une autre statue trop mutilée, hélas ! a cela d'intéressant pour 
nous, qu'elle a été trouvée à Auch. La tête et les bras man- 
quent. La déesse est debout, drapée du manteau à franges et le 
nœud traditionnel et symbolique sur la poitrine. L'œuvre est 
plus artistique, ceci dit sans parti pris, les plis des vêtements 
sont drapés naturellement et avec beaucoup d'art, sans toutefois 
s'éloigner de la tradition religieuse. Est-ce une œuvre locale ou 
d'importation? cela serait difficile à affirmer. Elle semble se 
rapprocher beaucoup des statues semblables possédées dans notre 
musée archéologique, comme taille et surtout comme facture. 
Dans son état actuel elle mesure 0°" 44, et paraît sortir du même 
atelier que la statue du rhéteur connue sous le nom d'Ausone. 
Cette question d'art n'est pas de notre compétence, contentons- 
nous seulement de signaler dans notre panthéon régional la 

* OéNAC-MoNCAUT, Histoire des peuples des États pyrénéens, ch. vu, p. 196. 

' Martres-Tolosane est située à Textrémité sud de la campagne Toulousaine, au 
point où les vallées retrécies de la Haute-Garonne et du Salât se réunissent, à peu de 
distance de Tancienne voie romaine de Toulouse à Dax, entre les deux stations de 
l'itinéraire d'Antonin, appelées Calagorris ou Galagurris et Aquœ Siccœ. 

' Fouilles de 1826 à 1842, exécutées sous la direction de Dumége, Ghambert, 
Belhomme et Vitry. 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 36 

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présence de la déesse égyptienne qui sut trouver ici des adora- 
teurs \ 

Les monuments épigraphiques sont plus rares. Un cippe voti 
trouvé à Lunax^ porte sur ses côtés latéraux Tinscription 
suivante : 

isiDi isIdi 

REG VICTRICI 

A Ists reine^ à Isù victorieuse. Ce n'est pas la première fois que 
cette dernière épithète est donnée à Isis. Sacaze copia dans 
l'église San-Stephano une inscription dédicatoire, à la dominœ 
Isidi victrici. 

Il est regrettable que le monument trop mutilé ne nous ait 
pas laissé le nom du dévot adorateur de la déesse. Ajoutons que 
Du Mège l'a complété en ajoutant une autre inscription. C'est 
une des plus correctes qu'il ait faites. C'est une invocation au 
soleil et à la lune. Or le culte isiaque est solaire; Isis, d'après 
Plutarque, étant assimilée à la lune. 

Enfin, à Saint-Cricq, près de Villeneuve-de-Marsan, une 
magnifique mosaïque fut mise à découvert. Dans un mémoire 
publié dans la Revue de Gascogne ', et ayant pour titre le 
Panthéon isiaque et la révélation^ le P. Jean Labat essaye de 
voir dans les personnages représentés, et qui sont certainement 
du panthéon romain, des représentations isiaques. Il est certain 
que ses arguments, aujourd'hui que la science est en progrès, ne 
peuvent plus se soutenir. 

Enfin Fabretti* cite un te:^te ainsi conçu : Isidi et Osiridi 
Toansionnem dedicavimus. 

Le nomd'Isis associé à celui d'Osiris est à noter. Le dieu des 

' N^ 88, cat. RoscHACH, Sculpture ancienne. 

' Du MÈGE, Mon, reL, p. 167, fig. 15. — Descr. du musée de Toulouse^ p. 48. — 
Areh. Pyr,, 3, 375 et 376. — Cénac-Moncaut, Voyage en Comminges, p. 11. — 
Castillon, Hist deapop.pyr.y t. I", 2« série, pi. m, n*» 14; t. II, p. 607. — Roschach, 
CcUalogue du musée de Toulouse, n*^ 184. — J. Saoazb, Note sur le monument épigra- 
phique de VIsle-en-Dodon, dans la Bévue de Comminges, 1888, p. 5. — Inscriptions 
antiques des Pyrénées, n^ 239. 

» Bêvue de Gascogne, t. XII, 1871, pp. 267 et 301. 

* Fabbetti, Inscriptiones, VI, 172. 



36 SOOlÉTé ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

morts égyptiens a eu, lui aussi, ses adorateurs en Gaule. La 
divine Isis ne fot pas la seule divinité importée dans notre 
province. Sérapis, ou plutôt Ostrù Hapi^^ identifié à Jupiter, 
eut aussi de nombreux adeptes, et son culte fleurit autant, sinon 
davantage, que celui d'Isis. 

Sérapis, nom hellénisé du bœuf Apis, devenu Osiris, puisque 
tout mort, fiit-il divin, devenait un Osiris, en vertu de la croyance 
égyptienne, eut un temple fameux dû à la munificence des 
Ptolémées. C'est le Sérapéum détruit après Tédit de Théodose 
(381 de J.-C.) par Théophile, patriarche d'Alexandrie, qui, lui- 
même, dirigea les travaux de destruction. Pourtant Clément 
d'Alexandrie ^ dans ses Strommates^ et saint Augustin ' avaient 
célébré la splendeur de l'édifice et raconté les magnificences et 
les pompes du culte de cette divinité fameuse, alors universelle- 
ment adorée dans tout l'Empire. 

C'est encore de Martres-Tolosane que provient un bas relief 
curieux, où la divinité étrangère est représentée suivant la 
conception égypto-latine. Ce monument aurait été placé comme 
borne à l'angle d'une rue et a beaucoup souffert. C'est un inté- 
ressant spécimen de sculpture tout inspiré d'une époque où le 
christianisme triomphant chassait les dieux de leurs temples 
séculaires. Le dieu, vêtu de la tunique et du manteau, porte les 
attributs de son caractère de divinité solaire et infernale, bien 
distinct dans les idées et les croyances orientales, mais confondus 
dans les conceptions religieuses de l'Empire agonisant. Comme 
divinité solaire, il porte sur son front un petit cône surmonté du 
disque égyptien, sur la tête le vase d'abondance de la tradition 
gréco-alexandriue. Enfin, c'est en le faisant accompagner du 
chien tricéphale, du Cerbère des grecs et des latins, que se carac- 
térise sa souveraineté infernale. 

Malgré des réparations nécessaires, on peut juger l'œuvre 

* Âsar-Hapi, Sar Apis par aphérèse. La doctrine de Sérapis était purement philoso- 
phique, c^est ce qui explique son immense succès. Le dieu des philosophes devint celui 
de la foule, dont les prêtres exploitaient la crédulité par Tapparat et la solennité des 
fêtes. 

' Clément d'Alexandrie, Strom.y p. 14. 

' S. Augustin, La cité de Dieu^ XVIII. 



j 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 37 

artistique. L'art en décadence s'y affirme, le travail est incorrect, 
grossier et barbare; il semble que le sculpteur, peut-être adepte 
de la foi nouvelle, a travaillé comme à regret et sans goût. Là 
un soin exagéré se remarque dans certaines parties du travail; 
ailleurs, au contraire, c'est tout l'opposé, les draperies sont rigi- 
des et grossières. En un mot, c'est une œuvre qui puise son seul 
intérêt dans sa présence parmi nous. 

Enfin, de Martres-Tolosarie provient aussi une autre divinité 
égyptienne: c'est Horus, enfant, celui que les Grecs ont baptisé 
Harpocrate. Plutarque {de Iside et Osiride) nous apprend que 
cette divinité dirige et rectifie les opinions faibles, imparfaites et 
inexactes que les hommes ont des dieux. C'est pour cela qu'il 
aurait le doigt sur la bouche. Là les Grecs se sont mépris en en 
faisant le dieu du silence. La conception égyptienne est tout 
autre : c'est le type du soleil levant, du renouvellement quotidien 
de la divinité, de l'éternelle jeunesse toujours renaissante dans la 
nature. 

■ 

Le monument, en marbre blanc, mesure 1°^30 de hauteur. Il 
représente le dieu enfant, avec son geste habituel : le doigt de la 
main droite à la bouche, geste symbolique beaucoup plus enfantin 
que divin. De la main gauche, il tient la corne d'abondance, 
emblème étranger à l'Egypte, importé par les Grecs. 

On la retrouve, en effet, sur les statuettes en terre cuite dites 
du Fayoum^ d'époque gréco-alexandrin e. 

Au point de vue artistique, l'œuvre, très soignée, révèle un 
très beau style. L'artiste, sans doute plus habile que ses confrères, 
a montré plus de goût et plus d'art, et semble nous apprendre 
qu'à Martres plusieurs écoles d'artistes travaillaient concurrem- 
ment à cette époque reculée. 

Ce qui est plus intéressant à noter, c'est que nous trouvons 
réunis là, en spécimens précieux, les trois divinités réunies que 
les égyptiens adoraient ensemble. C'est la triade divine d'Alydos, 
Osiris, Isis et Horus, représentés suivant le goût du temps et les 
conceptions gréco-latines. 

Il existe encore d'autres divinités égyptiennes dans les galeries. 

du musée de Toulouse, mais leur provenance étrangère est cer- 

8 



38 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

taine. Rapportées, les unes de la Grande-Grèce, par Bibent, ou 
provenant de la collection de Clarac, elles n'ont aucun intérêt 
local et ne sont à citer que pour mémoire et éviter toute confu- 
sion. 

Dans sa séance du 1®' juin 1766, à l'Académie des sciences de 
Toulouse, le marquis d'Orbessan, président à mortier au Parle- 
ment de cette ville, présentait à l'illustre compagnie un 
mémoire^ sur une idole égyptienne trouvée à Montans^ petite 
localité située sur le coteau qui borde la plaine du Tarn, entre 
Gaillac et Rabastens. 

Il s'agit d'un Anubis en bronze, de deux pouces et demi sur 
une largeur de huit lignes. Il fut découvert dans une sépulture 
malheureusement anonyme, car l'auteur ne mentionne pas de 
particularité. Elle a été trouvée (l'idole), dit-il, dans (( une sépul- 
a ture de particulier, et, soit qu'il fût romain ou gaulois, y fut 
(( sans doute placée comme un monument de son culte ». 

D'après l'auteur, elle aurait quelque rapport avec le numéro 4 
de la planche vu des antiquités de Caylus ^. 

La gravure qui accompagne le mémoire représente le dieu 
accroupi, avec la tête de chacal. 

Le président d'Orbessan fut un grand collectionneur, et son 
cabinet d'antiquités était remarquable. Mais, à sa mort, survenue 
bien avant la Révolution, tout fut dispersé et vendu aux enchè- 
res ^ Malgré nos recherches, nous n'avons pas pu arriver à savoir 
ce qu'était devenue (( l'idole égyptienne ». Il aurait été intéres- 
sant de voir et d'étudier l'objet lui-même, car, d'après les plan- 

^ Mémoire sur une idole égyptienne trouvée à Montans, lu dans une séance d^ V Aca- 
démie des sciences de Toulouse^ le 1^^ juin 1766, 14 pages. — Extrait des Variétés 
littéraires pour servir de suite aux mélanges historiques critiques de physique, cfe littéra- 
ture et de poésie. 2 vol. 111-8°. Auch, J.-P. Duprat, imprimeur, 1779. 

* A.-C. Phii. DE ÏUBiÈRE, Recueil d'antiquités égyptiennes, étrusque, grecques et 
romaines, — Paris, 1767, t. II, pi. vu. 

' De cette vente proviennent plusieurs objets acquis par la ville d'Aucb et figurant 
au musée archéologique actuellement à l'Archevêché. (Voir VHist de la ville d'Auch, 
de Lafforquk, t. II.) 



SEANCE DU 9 JANVIER 1904. 39 



ches qui accompagent le mémoire du président d'Orbessan, il 
semble représenter un cynocéphale accroupi, beaucoup plus que 
le chacal Anubis. 

Nous tenons à citer ce mémoire simplement au point de vue 
bibliographique, mais surtout à signaler que, quoique très éloi- 
gné de rOrient, notre pays, à une époque lointaine, a subi, 
comme toutes les provinces de l'Empire, Tinfluence de la religion 
d'un peuple qui se vantait d'être le plus ancien du monde. 



Reoonnalssanoe féodale et serment de fidélité passé entre 
Roger et Bernard de Noé, et les habitants de llsle-de- 
Noé (1664), 

Par m. E. Castaignon. 

Le 9 mars 1308, le seigneur de la Ylla d'Arbeyssan (aujour- 
d'hui risle-de-Noé), Hux d'Arbeyssan, octroya des coutumes qui 
ont été publiées par M. Bladé dans son ouvrage sur les coutu- 
mes du département du Gers. Los engagements réciproques des 
barons de la Ylla d'Arbeyssan et des syndics durent être 
observés jusqu'au jour oîi la famille d'Arbeyssan s'éteignit. Vers 
1564, la famille de Noé, puissante dans le Languedoc, hérita de 
tous les biens des barons d'Arbeyssan. Deux frères, Roger et 
Bernard de Noé, vinrent prendre possession des terres apparte- 
nant à la famille éteinte et octroyèrent à leur tour de nouvelles 
libertés, jurèrent fidélité aux habitants et reçurent de ces derniers 
les serments que les usages de l'époque exigeaient. 

M. le comte Francis de Noé, propriétaire du château de Noé, 
a bien voulu mettre à notre disposition une pièce authentique où 
sont énumérés les droits et devoirs réciproques des barons de 
Lisle et des manants de ce lieu. 

Nous sommes heureux de les faire connaître aux membres de 
la Société Archéologique, qui trouveront que les barons de Noé 
se sont montrés bons et généreux pour leurs nouveaux sujets. 
Nous ajouterons, à la louange des descendants de cette illustre 



40 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GBRS. 

famille, que tous ses membres ont aimé le peuple et qu'ils ont 
toujours cherché à améliorer sa situation matérielle et morale. 

RecannaisaancB generalle et serment respectif de fidélité, passée entre nobles et 
puissans seigneurs Roger de Noé et de Liste et Bernard de Noé et de Liste, 
seigneurs et barons dudit lieu en Liste, Monbemard, Coladère, Montoussin 
et autres lieux, et les consuls, manans, habitans dudit lieu de Liste. — 1564. 

Sachent tous presans et avenir qne Tan de grâce mil cinq cens soixante 
quatre et le neuvième jour du mois de novembre, régnant très chrétien prince 
Charles par la grâce de Dien roj de France, dans le lieu de Lisle d'Arbechan 
et maison et habitation dn s^ Jean Forcade marchand, dndit lieu de Lisle 
habitant, diocèze d'Auch, comté de Fezensac et sénéchaussée d'Armaignac, 
par devant nobles et pnissans seigneurs Bogé de Noé et de Lisle et Bernard 
de Noé et de Lisle, Montbernard, Ooladere, Noé, Montassin et autres lieux et 
places et en la présence de nous notaires royaux soussignés et des témoins bas 
écrits et nommés, établis et personnellement constitués les sieurs Jean de 
Lamarque, Pierre de Peyret, Pierre de Vergers et Georges de Lacassaigne, 
consuls dudit lieu de Lisle 

Lesquels consuls, tant pour eux que pour tous et chacuns les manans et 
habitans dudit lieu de Lisle, fait et juridiction d*jcelui, ont dit et remontré 
très humblement avec toute honneur et révérence quil apartient aux dits 
nobles et puissans seigneurs de Noé et de Lisle barons susdits que par leurs 
ancêtres et prédécesseurs seigneurs et barons dudit lieu de Lisle et long 
temps est passé ont été donnés et concédés auxdits consuls, manans et habi- 
tans dudit lieu de Lisle plusieurs et beaucoup de privilèges, liberthés, fran- 
chises et coutumes tant par écrit que autrement lesquelles leur ont été 
retenues, gardées, observées et jurées et aussy auroient emparés, gardés et 
defPendus envers tous et contre tous et de toutes estorsions forces et violen- 
ces quelconques et que telle est la coutume inviolablement observée audit 
lieu que les seigneurs et barons d*yceluy lieu, au commencement de leur entrée 
et prise de possession de ladite seigneurie et baronie de Lisle, jurent et pro- 
metent aux consuls, manans et habitans dudit lieu de les entretenir et garder 
en leurs privilèges, liberthés et coutumes et les defPendre de toute opression, 
force et violence et de ne venir aucunement contre lesdits estatuts, privilèges, 
franchises, liberthés et coutumes et ce fait, les consuls, manans, habitans dudit 
lieu sont tenus prêter jurement de fidélité auxdits seigneurs et barons et les 
garder, protéger et deffendre leurs personnes, fiimilles et domestiques et leurs 
biens, leur faire les honneurs, révérences qu'apartienent et ont accoutumé 
faire aux seigneurs et barons dudit Heu. 

A cause de quoy ont lesdits consuls supplié et requis lesdits de Noé et de 
Lisle, seigneurs et barons susdits, que suivant ladite bonne et louable 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 41 

contame et ainsi que raison et valoir jurer et permetre de tenir, entretenir, 
garder et laisser lesdits consuls, mànans et habitans dudit lieu de Lisle qui 
sont aprésant et qui seront au temps anciens, en leurs dits privilèges statuts, 
franchises, liberthés et coutumes écrits et non écrits en Texercisse de la 
justice haute, moyenne et basse pour quMls à l'avenir nj à jamais puissent 
contrevenir auxdits privilèges, liberthés, coutumes et exercisse de ladite 
justice et contre tous qui est dites liberthés, coutumes, privilèges, exercisse de 
ladite justice voudraient oppresser les defiendre et protéger et les j maintenir 
garder et observer tout ainsj quils par leurs prédécesseurs seigneurs et 
barons dudit lieu de Lisle ont été entretenus et gardés et mieux si faire ce 
peut, leur offrant incontinant, après ladite promesse et prestation dudit 
serment, tant eux que lesdits manans et habitans dudit lieu, leur prêter 
serment de fidélité en tel cas requis 

Lesquels de Noé et de Lisle seigneurs et barons susdits attendans et 
considérans ladite requette desdits consuls être raisonable, ont offert leur 
prêter et faire lesdits jurement et tout incontinant iBsdits de Noé et de Lisle, 
seigneurs et barons susdits, ont illec promis et juré sur le livre missal. 
Te igitur, croix, être bons seigneurs, auxdits consuls, manans et habitans dudit 
lieu qui sont aprésant et qui seront au temps avenir, deffendre leurs personnes 
et biens de toutes oppressions, les biens et droits de la république dudit lieu, 
les tenir, entrenir et garder en leurs privilèges, franchises, liberthés et 
coutumes écrites et non écrites et en Texercisse de la justice haute moyenne 
et basse tout ainsy qu'ils y sont été par si devant entretenus par les autres 
seigneurs leurs prédécesseurs et ne leur imposer ny mètre sur aucuns faits 
nouveaux ny autres charges sinon celles que lesdits manans, habitans ont 
accoutumé payer auxdits seigneurs et barons dudit lieu prédécesseurs des s" de 
Noé et de Lisle et qu'ils avoient accoutumé lever et exiger desdits manans 
et habitans; lequel jurement lesdits seigneurs barons susdits ont prêté après 
avoir veuës lesdites coutumes, privilèges et liberthés desquelles eux ont requis 
le double, étant lesdits nobles Eoger de Noé et de Lisle de genoux à terre et 
ledit noble Bernard de Noé et de Lisle assis sur un banq parce que à cause 
de sa maladie ne se peut mètre de genoux à terre pour prestation expresse 
par lesdits seigneurs faite qu'ils n'entendent déroger ny venir contre les édits 
et ordonences du roy notre sire et des secours du parlement ny aux transac- 
tions et accors que pourroient avoir été faits et accordés entre les prédéces- 
seurs desdits seigneurs de Noé et de Lisle barons dudit lieu de Lisle et les 
manans, habitans d'ycelui lieu en raison et pour prétexte desdits privilèges, 
liberthés, coutumes, exercisse de la justice, octroy et donations par eux 
auxdits manans et habitans ou d'aucuns articles desdits coutumes 

£t tout incontinent après ladite prestation dudit jurement desdits sieurs, 
ledit Jean de Lamarque, Pierre de Peyret, Pierre de Vergers et 
Georges de Lacassaigne, consuls susdits, Antoine de Lacassaigne, Jean 
Fourcade, Jacques Crabot, Dominique de Bertin, Jean et Pierre Bernard, 



42 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU OERS. 

Raymond Papoy, Dominique Delon dit Menychon, Dominique de Lamarque, 
cordonnier, Jean de Bouqnezan, tisserand de lin, Sans de Douve, Jacques 
de Pierre, Bernard Jean Delort dit Joanet, Jean de Malaubere, Jean 
Oassaigne, Bernard Delort dit Bernadet, Vital Roquesan dit Picholat, 
Bernard de Ville, Pierre Desmas, Bertrand de Vidalics dit Gros; Arnaut 
de Peyret dit Entotat, Vital Delort dit Bartha, Pierre Mauy peyrolier, 
Bernard de Dours, Pierre Delom, Jean de Peyret, Jean de Ville, escolier, 
Jean Bonnet, Guillaume de Peyret, Jean du Bertin dit Gravette, Jean 
de Vidalies, Pierre Baleix, Jean de Peyret, Raymond de Vidalics, Vital 
de Ville, Jacques de Malaubere, Guillaume Ortholan, Brunet Delom, 
Raymond Baron, Pierre Bézian, Raymond Arquier Fauré, Dominique 
de Samazan, Jacques Rivet, Jean Baleix, Audet Bézian, Jean de Ville dit 
Jouandeau, Vital Rouquezan dit Vidallas, Guillaume Baron, Vital de Ville 
dit Vidallet, Bernard Rosis, Jean de Sorbes, Dominique de Bertin, Bertrand 
Baron, Jean de Samalens dit Pibette, Dominique de Bertin, Vital Baron, 
Anthoine Bordas, Nicolas Roquesan, Vital Sabathé, Guillaume de Peyret, 
Dominique Destieu, Dominique Bézian, Jean Pierre de Ville, Guillaume 
Depouy, Arnaud Baleix, Jean Pierre de Millas, Pierre Bézian dit Pijon, 
Jean de Vidallies, Raymond d'en Cassou, Jean Bézian, Pierre de Iburs, 
Beraut Bézian et Raymond Baleix, les tous manans, habitans dudit Lisle la 
majeure et la plus saine partie des manans habitans dudit lieu faisants, 
représentans lesquels consuls manans et habitans tant pour eux, que pour les 
autres manans et habitans dudit lieu absens et toute la communauté et 
université dudit lieu ont pareillement promis et juré à sçavoir lesdits consuls 
sur ledit Livre Missal, Te igitur et croix de leurs mains touchés étant de 
genoux à terre, tète nuë, et lesdits manans et habitans sur leurs consciences 
levant leurs mains droites en haut, d'être bons, fidelles et loyaux sujets desdits 
nobles Roger de Noé et de Lisle et Bernard de Noé et de Lisle, seigneurs et 
barons dudit lieu de Lisle, garder leur honneur, deffendre leurs personnes, 
famille et domestiques, leur porter honneur et révérence apartenans et leur 
payer tous et chacuns les droits qu'ils ont accoutumé payer et par si avant 
ont payés auxdits prédécesseurs desdits seigneurs de Noé et de Lisle, comme 
seigneurs et barons dudit Hou de Lisle, les favorizer et donner secours et 
ayde en tous et chacuns choses licites et honestes selon leur faculté et puissence 
et alia juris — et de droit ont lesdits consuls manans et habitans promis et 
et juré moyenant ledit jurement et octroyé et concédé auxdils sieurs de Noé 
et de Lisle, seigneurs et barons susdits, le double de leurs privilèges, 
liberthés et coutumes par lesdits s*" requis. 

Desquelles choses susdites tant lesdits s^ que lesdits consuls, manans 
habitans dudit lieu ont requis à nous notaires royaux soussignés leur en faire 
et retenir acte et instrument ce que nous avons fait en présences de noble 
Bernard de Nogaret, seigneur de Laurcabail, honorable home M*" Jean Vignaux, 
bachelier en droit de la ville de Miraude, Guillaume Agut fils de Bernard 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 43 

Agat dit Fillotat de la paroisse de S* Biaise de Miranes fait et juridiction de 
la yille de Barran, et Jeaa de la Coustère du liea dalias, et Bernard de 
Oansac, basocier de la Tille de Barran, habitans pour témoins apellés et lesdits 
Yignanx et de Cansac témoins soy dont soussignés et de nous Forsan 
Gerbaudy, notaire rojal de la ville de Mirande, habitant, et Jean de Cahuzac, 
notaire royal de la ville de Barran soussignés. Causac, témoins ; Fourcade 
Oerbaudy, notaire royal, Cahusac, notaire royal, ainsy ont signés à l'original 
duquel le présant extrait a été tiré mot à mot par nous notaire royal de la 
ville de Mirande soussigné, détempteur dudit original et des registres de feu 
M* Forsan Gerbaudy, notaire, expédié à la réquisition du haut et puissant 
seigneur le marquis de Noé, à Mirande, le dixième jour du mois d'août mil 
sept cent soixante sept. Aignasse, n"' royal. 



Coutumes ou for de Pardelhan, 
Par m. Emile Castex. 

(SviteK) 

LX. 

Le senhor de Pardelhan, ne son senescaut, ne son bayle, ne 
les messegnes de lor no ayan malesa de nulla causa en lod. loc de 
Pardelhan ab peno ne ac fizarisa si no que ab dies pagans stan 
lo autre fesin. 

Aussi le seigneur, son sénéchal, son bayle, ses messiers ne devront inquiéter 
le nouvel arrivant, soit à raison de son établissement, soit à raison de 
rhommage qu'il devra, à moins qu'il n'y ait un habitant de Pardelhan qui 
ne possède depuis longtemps la partie du sol où voulût bâtir sa maison le 
nouvel arrivant et que depuis longtemps il n'en payât les services. 

LXI. 

Ne lo senhor, ne sos susd. messegues, ne bayle, no poscan donar 
pretz à nulla causa cronipadera, ne benedera lo susd. loc, mes 
segont la boluntat deu bendador, ne no fassan res bene per fort à 
nengun habitant deu loc. Lo senhor de Pardelhan ne aya ban de 
nulla causa ne de nulla benda ne en nul temps ne faran, si no ab 
de son hostau, en lod. loc mes cascun besin posca bene quant se 

» Voir BuUetin, 1903, pp. 71, 97. 



44 SOCITSt^ archéologique du GERS. 

bolera e au qui se bolera e auer forn ab de sos obs et ab de sos 
besîo en prest o en loguer et ayssi cum los plasera. Si per aben- 
tura alcun deus besis bolen tenir forn e caufar que ac fassan e 
que ne ayan lo ving un sens plus. 

Le seigneur sMnterdit le droit et défend à ses messiers et à son bayle de 
fixer le prix des choses qui seront vendues par les habitants qui seront libres 
d'en fixer le prix eux-mêmes; défense est faite également de faire vendre par 
force. Il n'y aura pas de a ban d mis sur € aucune chose s, ni sur € aucune 
vente i>, ni dans le présent, ni dans l'avenir; le seigneur faisant ses réserves 
cependant pour ce qui le concerne personnellement : quant aux autres 
habitants, ils pourront vendre quand ils voudront et à qui. ils voudront. 

Quant au « four y> qui dans toutes les autres coutumes constituait un 
revenu féodal, le seigneur n'en aura pas un a: banal j>. Il donne l'autorisation 
à n'importe quel habitant d'en posséder un, soit pour ses besoins personnels, 
soit pour les besoins de ses voisins; il pourra en disposer à sa guise et le 
louer, et par suite si un habitant veut tenir un four et le chauffer il pourra le 
faire en ne prenant, de chaque personne qui viendra y cuire son pain, que la 
vingt-unième part. 

LXIL 

Tôt home e tota femna deu segrament de Pardelhan quant y 
aura feyte raaysson, e y aura tengut foc ung an e mes per se 
médis au son statger o fier logauder, pusca benes e alienar tant 
quant aura en lo donad loc ne en la tenguda per donacion, o 
crompat, o en autra maneyra a cui lo playra. E que nul home no 
ac posca auer per tornaria mes quy mes y donara mens secont la 
boluntat deu bendor. 

Tout habitant, homme ou femme, qui aura construit une maison et aura 
tenu feu un an et un mois, soit qu'il ait construit pour son usage personnel, 
soit qu'il ait construit pour louer, pourra la vendre à qui il voudra : il en 
sera de même s'il a acquis lui-même cette maison ou s'il l'a reçue en 
donation. Tout droit de retour est prohibé dans ce cas, la vente aura lieu 
au plus offrant, au choix du vendeur. 

LXIII. 

Tots los serbicis deus ayrias et de las cartaladas de donacion, 
lasquals deuen auer casam besin, si el senhor los y deu donar, 



S^ANCK DU 9 JAKVIBR 1904. 45 

sien fragatz cada an à Marteron desens lad. villa so es assaber 
en VI dias. 

Les < ajrias d, conans encore de nos jours sons le nom de c Ions ayriaons », 
étaient la rénnion de trois on quatre maisons habitées chacune par une 
famille. Ces petits hameaux devaient des services ou servitudes au seigneur; 
les coutumes ne nous disent pas quels étaient ces services. A côté de ces 
services en existaient d'autres inhérents aux lopins de terre que chaque habitant 
possédait et qu'il tenait du seigneur. Ces coutumes nous apprennent que 
chaque habitant tenait du seigneur un € cartelade » de terre, mesure agraire 
employée encore de nos jours dans le Condomois et qui équivaut à une conte- 
nance de 40 ares. 

Il ne faudrait cependant pas croire que chaque habitant de la bastide ne 
pouvait posséder que cette étendue de terrain autour de son habitation. Ici 
les coutumes ne parlent que des habitants qui ont demandé au seigneur de 
venir s'établir à la bastide et de leur donner cette étendue de terrain parce 
qu'ils ne pourraient rien acquérir ne possédant rien. Une fois en ix>ssession 
de ces terres, ils en devaient les services féodaux qui devaient être payés 
chaque année à la Saint-Martin et au plus tard six jours après cette fête; il en 
était de même pour les <c ayriaux d. 

LXIV. 

Tôt home e tota femna deu sagrament deud. loc que bolera fer 
fusta bayssetz en de bene, que ayan bosc per tôt on lo senhor 
deud. loc ne aura e que la occasion de quaterar per ii d. et de 
meyta per i d. e tant faur fier i dia e tota autra fiista segont la 
gênerai costuma de Fezensac. 

Le présent article et le suivant sont le complément l'un de l'autre. Celui-ci 
s'applique à ceux des habitants qui veulent couper du gros bois (chênes, 
châtaigniers, etc.) pour revendre. Le seigneur leur permet de faire des coupes 
d'arbres pour la vente brute ou pour la confection de la vaisselle vinaire, 
partout où ce seigneur possédera des forêts. Néanmoins, il établit en règle 
que s'ils font des coupes « au quart », c'est-à-dire ne gardant pour eux que le 
quart du bois abattu, le reste appartenant au seigneur, ils ne pourront 
abattre des arbres que pendant deux jours (chaque habitant ayant cette auto- 
risation); s'ils font des coupes « à moitié », ils n'auront qu'un jour. 

Pour les forgerons, ils auront également un jour pour abattre du bois qui 
leur permettra de faire réparer leurs outils. Car, à cette époque, les forgerons 
chauffaient leur forge avec du bois que leur portaient les habitants. A part 
ces exceptions particulières, la coutume de Fezensac était consultée pour les 
aatres cas et avait force de loi. 



46 sooiér^ archéologique du obrs. 

LXV. 

E tôt home e tota femoa que sie besin deud. loc de la bastida 
de Pardelhan, habitant en lod., que posca prener fusta obs à sa 
mayson et à sos bayssetz e à son servir per totz los boscs deu 
senhor sens tôt forestatge que no sien tengutz de pagar. 

Nous avons va, à Tarticle précédent, les conditions imposées à ceux qui 
renient se faire nn petit revenu en abattant du bois; ici, le seigneur les 
exempte de tont droit de « forestage 9, si le bois qu'ils abattent leur est utile 
pour réparer leur maison ou s'ils remploient à la fabrication de la vaisselle 
vinaire nécessaire à lear usage personnel; mais il exige quMls soient habi- 
tants de la bastide, y résidant et demeurant. Dans l'article précédent, il 
sufl^sait qu'ils fussent c du serment ». 

LXVL 

Item tôt home e tota femna habitant en la bastida de 
Pardelhan pusca tenir porcz e troyas à part, sis bol, ab un dine 
morlan que done au senhor capt sera à glan de cascun porc deu 
parsan. 

Faculté est donnée à tout habitant de tenir des cochons et des truies pour 
la reproduction, en payant un denier morlas au seigneur; le droit de 
«c glaudage » étant accordé pour chaque porc que pourra posséder l'habitant 
du parsan. 

LXVIL 

Item a acostumat lo prédit doncel que si alcun home se clama 
d*autre que sie deu segrament de Pardelhan, si e per deute que 
lo demande e lo deffenden lo confessa aqui encontinent lo médis 
dia que ly doraandara sens mane pleyt que l'y deu aquet deute 
que pague au rencurant desseus ix jorns. E si adonc lo pague 
aquet deute conegut que ja res ne luy coste de ley ne de gatge. 
Empero si adonc nol pagua aquet deute conegut que ja res ne 
luy coste conegut que de qui enla ne pague gatge xx d. morlas. 
E que lo bayle lo constrenga de pagar au clamant aquet deute 
conegut. Empero se aquet de qui sera hom rencurat deu deute 
domanda de aquela causa dia deu conselh en autra maneyra y 



SEANCE DU 9 JANVIER 1904. 47 

■ 

commenso pleyt que aquet pleyt sîe ausit ayssi cumhun autre 
pleyt e lo reu que pague lo gatge. 

Nons avons va plus haut la procédure à suivre, quand un habitant de 
Pardelhan intente un procès pour dette à un étranger, ou quand deux 
habitants de Pardelhan en appellent aux tribunaux du lieu; ici, nous nous 
trouvons en présence d'un étranger poursuivant un habitant de Pardelhan. 
Dans ce cas, si le défendeur reconnaît sa dette et la demande bien fondée, le 
jour même que cette demande est formulée, il n'y aura pas lieu à procès et un 
délai de neuf jours lui est accordé pour se libérer. Si, à cette date, il s'acquitte 
envers son créancier, il n'aura à payer ni frais ni amende. Si, au contraire, à 
l'expiration du délai, il ne paie pas, il sera passible d'une amende de 
20 deniers morlas. I^e bayle sera tenu de veiller à l'exécution de cette pres- 
cription et au paiement de la dette. 

Mais si celui à qui sera réclamée une dette demande de se présenter devant 
les tribunaux ou emploie toute autre [)rocédure, le procès à intervenir sera 
entendu comme tout procès ordinaire, et le perdant paiera les frais. 

LXVîIL 

Item tôt home e tota femna que tiendra fiu à la bastida de 
Pardelhan o en la honor dequet médis loc, que pague las oblias 
e los serbicis que deura per aquet fiu au dia que a luy sero stablit 
de paguar, so es assaber o Nadau, o Pentacosta, o à Totz Sans, 
o en autre dia que sera ordenat, sens tota crida, que lo senhor de 
Pardelhan ne autra persona no sie tengut que y fassan, ne y 
fassan fer, car lo dia stablit fer assaber au fiusate que adonc 
pague las oblias, e si no ac faze que lo coste xx d. de ley si 
empero non fui cessaua per voluntat deu senhor deu fiu o per 
autra causa mount rasonabla. 

Les droits seigneuriaux sur les fiefs étaient connus sous le nom d'<t oblies i> : 
c'étaient en général des rentes, pensions annuelles qui se prenaient sur les 
fruits de la terre, récoltes de toute sorte. Ces oblies et autres services devaient 
être payés, au seigneur de Pardelhan, à la Noël, ou à la Pentecôte, ou à la 
Toussaint, ou à une autre époque bien déterminée par le seigneur du fief. 
Une fois la date fixée pour le paiement, il était inutile de le rappeler aux 
€ fieffés », qui devaient s'acquitter ponctuellement et ne pas porter pour 
prétexte qu'on n'avait pas fait publier l'époque du paiement. Les coutumes 
ont bien soin de dire qu'il n'y aura pas de « criée » à ce sujet. 

Faute de paiement à jour fixe, le fieffé aura une amende de 20 deniers, à 



48 sociÉnrÉ abchi^ologique du qers. 

moins que le fief disparaisse par la volonté dn seigneur dn fief on pour 
toute autre cause reconnue juste. Bemarquons, en passant, Uexpression 
employée dans ce dernier cas : « Mount rasonabla :»; il faudra qu'il j ait des 
«c raisons puissantes 9 pour ne pas payer. 

LXIX. 

Itéra acostumat e ordonat lod. donzel que nul home ne nulla 
femna deu sagraraent de Pardelhan no aie près, ne arrestat, per 
lo bayle, ne per lo cosselh, ne per lo servent de Pardelhan, ne 
per autras personas, si pode fermar à dreyt que lo fassa d equero 
dont sera querelliat à coneguda-deu bayle et deu conselh de 
Pardelhan e de la cort, sinon que fossa per oruicidi que agos feyt 
manifestament, si non era que fossa estât exilhat foregetat 
per judjoraent de Pardelhan e de la honor, si non era que 
s'enfugis quant aure plagat home, feyt mau e dampnatge e 
s'enfuge per forfeyt, que adone pogos estre retengut. Empero 
que aquet lo arrestere lo rendos encontiment au bayle e au 
conselh. 

Au point de vue civil, nous avons vu quelles étaient les garanties exigées 
des accusés; au point de vue criminel, les règles sont les suivantes : aucun 
habitant, homme ou femme, ne poura être pris ou arrêté, pour fait tombant 
sous le coup.de la loi pénale, soit par le bailli, soit par le conseil, le sergent 
ou toate autre personne, s*il peut fournir caution et s'il offre des garanties 
suffisantes. Il est, toutefois, fait exception si l'accusé a commis un meurtre 
manifeste; s'il a été exilé ou banni, à suite d'un jugement, de Pardelhan et 
ses dépendances territoriales, s'il est vu prenant la fuite après avoir donné des 
coups à son prochain, causé dn dommage ou commis un forfait. Dans ces cas 
spéciaux il peut être retenu, mais la personne qui l'arrêtera devra immédia- 
tement le conduire au bayle et au conseil. 

LXX. 

E que lo bayle de Pardelhan ne sas causas per mandament 
que diga que aya deu senhor de Pardelhan, ne de son senescaut, 
ne de son judge, si empero aquet bayle auant que penhores uo 
mustrauo per letras aquet mandament deu senhor deu maïor. 

Cet article des coutumes contient une lacune. Le copiste a oublié un 
membre de phrase; néanmoins, il se comprend très bien. Le bayle était chargé 



SÉANCE DU 9 JANVIER 1904. 49 

■ ' — __- ■ — — 

d'opérer les Haisies ordonnées. Le seigneur ne voulait pas que son titre officiel 
fût suffisant pour cette* besogne si délicate et si vexatoire quoique juste. 
Il préTenait les habitants et les mettait en garde contre les injustices qui 
pourraient se commettre, en lenr faisant savoir que le bajle était obligé, 
avant d'opérer sa saisie, d'exhiber les lettres seigneuriales ou judiciaires qui Yy 
autorisaient, revêtues de la signature ou du sceau du seigneur ou du tribunal 
qui avait rendu le jugement. 

LXXI. 

Item que lo bayle e son sargant manden tôt home que sie deu 
segrament de Pardelhan sens totas mandaduras que non aran per 
aquet mandament autant cum dura la parroquia de Sanct- 
Cemyn. 

Le bailli et le sergent n'auront droit à aucune indemnité de déplacement 
quand ils porteront un ordre, un mandement à tout habitant dont le domicile 
se trouvera compris dans la paroisse de Saint-Sernin. 

LXXIL 

Item acostumat e stablit lod. doncel que per tôt temps aya 
honor et terrador e destreyt à Pardelhan, en aquesta maneyra, so 
es assaber totas las parroquias de Casanoua et de Solerm, tant 
cum appartenon au senhor de Pardelhan tant cum se tenon, sien 
e remangan per tôt temps de la honor e deu destreyt e de las 
appartenensas de la bastida de Pardelhan. 

E que totas las terras et las heredetatz que son assisas en las 
preditas parroquias, sien e remangan per totz temps à la honor e 
deu destreyt de Pardelhan. 

E que tôt home habitant en las medissas parroquias done, e 
fasse, e pague segon la talha à la bona coneguda deu conselh de 
Pardelhan à totas las questas communals que lo conselh e los 
bayles faran per lo communal proflFeyt e per la causa communal, 
à Pardelhan ayssi cum si ben eran habitant desens la billa de 
Pardelhan. 

E que lo bayle e lo conselh de Pardelhan los garden e los 
deffenden ab tôt lor poder, a bona fe, cum si stauan à Par- 
delhan residament. 



50 SOCIÉTjS archéologique du GERS. 

Honor^ terrador, sont des termes qae nous retronvons souvent dans les 
coutumes. Ils disent peu de chose en les considérant dans la traduction que 
Ton peut en faire littéralement, et cependant ils avaient une grande 
importance. Ithonor était ce devoir important de vasselage, qui était dû 
au seigneur, maître omnipotent de tous et de tout. C*était en quelque 
sorte la puissance personnelle et morale du seigneur, puissance inhérente à 
son titre de seigneur, d'où découlaient naturellement tous les devoirs qui lui 
étaient dus par tous les habitants soumis à sa juridiction. 

A côté de la puissance morale du seigneur se trouvait sa puissance réelle, 
qui prenait naissance dans la terre qui formait sa seigneurie, dans le territoire, 
têrradoTy sur lequel s'étendait son pouvoir, sa possession. 

De même que YJumar avait ses devoirs particuliers, de même le terrador 
avait les siens propres; ces derniers devoirs ou services plus réels, et qui 
constituaient la richesse ou revenus de la seigneurie. 

Le dMtreyt, dont il est également parlé, était, nous pourrions dire, le 
cadastre de la seigneurie. Il indiquait les limites ou l'étendue de la juridiction 
seigneuriale. 

Jj Jwrwr, le terrador et le destreyt de Pardelhan comprenaient toutes les 
paroisses de Caseneuve et de Solerra dans toute leur étendue, paroisses qui 
ressortaient, pour leurs devoirs et la justice, de la bastide de Pardelhan. Les 
lois édictées pour la bastide devaient servir pour ces paroisses; terres et 
hérédités étaient soumises aux mêmes règlements. Les habitants de ces 
paroisses devaient le paiement des tailles et impôts communaux établis par le 
conseil de Pardelhan, an même titre que les habitants de la bastide. Mais s'ils 
devaient l'impôt communal, ils étaient également placés sous la protection du 
bayle et du conseil de Pardelhan qui devaient les défendre, sauvegarder leurs 
intérêts comme s'ils résidaient à Pardelhan même. 

LXXIII. 

Item es acostumat que tôt home e tota femna que ausisseran 
home ne femna de Pardelhan, si no ac faze son cor deffendent, o 
en lo cas que lo dreyt offenda home de omicide, que sien judyatz 
à morir e sien mes totz vins e susterratz dejus lo mort. E que lo 
senhor non aya autre encorement de sos bens dequet justiciat, si 
a enfans de son matrimoni, per que aquetz enfans no fossan 
desheretatz exceptât lo cas que es desus contengut en aquestas 
costumas. 

Tout homme ou femme convaincu de meurtre commis sur un habitant de 
Pardelhan, à moins qu'il ne soit en état de légitime défense ou qu'il se trouve 



SEANCE DU 9 JANVIER 1904. 51 

dans nn des cas où il est permis de se faire justice soi-même, sera condamné 
à mort. Il devra être enterré vivant snr le cadavre de sa victime. Si ce 
condamné a des enfants, le seignenr ne ponrra se saisir de ses biens excepté 
le cas particulier prévu plus haut dans les coutumes. Cet usage d'enterrer 
le meurtrier vivant avec sa victime était presque général dans le Sud-Ouest. 
On le trouve édicté dans plusieurs chartes de nos régions. 

(A suivre.) 



NOTE. 



Poésie contre la démolition du Jubé de Sainte-Marie. 

L'abbé Canéto * cite quatre vers dans lesquels, d'après lui, le 
chanoine Darré* « résuma » une improvisation indignée, provo- 
quée par les projets de démolition du jubé de Sainte-Marie 
d'Auch. Ces vers ne sont qu'une strophe d'une poésie qui a été 
conservée et que nous croyons devoir publier comme curiosité 
plutôt que comme chef-d'œuvre littéraire. On n'y saurait, en 
effet, louer autre chose que la bonne volonté : 

Temple auguste où les arts, secondés du génie, 
Fournirent à l'envie leurs antiques beautés, 
Des novateurs sans goût, de moderne manie, 
Cherchent à les changer en fades nouveautés. 

De quelque vieille idole ou quelque vieux portique, 
Les informes débris sont la gloire des arts 
A leurs yeux ébahis ; et de ce temple antique, 
La beauté primitive offusque leurs regards ! 

A son noble jubé la guerre est déclarée ; 
L'intrigue sourdement la presse avec vigueur, 
La sentence fatale est déjà préparée 
Qui décrète sa chute et la chute du chœur. 

' Dans la première édition de la Monographie de Sainte-Marie d'Auch, p. 142, où 
Tautetir met à défendre le jubé le même enthousiasme qu^il montrera plus tard pour 
approuver sa € déposition 9. 

* L'abbé André Darré, émigré pendant la Révolution et professeur en Irlande, au 
Collège catholique de Maymouth ; mort chanoine de Sainte-Marie d*Âuch, en 1833. 



Ô2 SOCléré ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Sortez de vos tombeaux, Pontifes vénérables, 

Dont le zèle créa ces pieux monuments; 

D'anathème frappez ces projets trop coupables, 

Vos chefs-d'œuvre sont faits pour voir la fin des temps ^ 

Et toi, de leurs grandeurs héritier digne et sage, 
Que la faveur du ciel sur leur trône a placé. 
Pour terminer enfin son triste et long veuvage ^ 
Pour ta gloire, confonds ce complot insensé. 

Du Saint des saints il est le voile inviolable, 
Ce jubé que Ton voue à la destruction ; 
Que du Grand-Prêtre il soit Tasile impénétrable 
Où de Dieu, pour son peuple, il invoque le nom I 

mes concitoyens, c'est vous que Ton outrage : 
Le chœur, le jubé sont l'orgueil de la cité 
Que respecta trente ans la sacrilège rage 
Du règne des démons et de l'impiété. 

Mais où trouvera-t-on l'homme assez téméraire 
Dont la main oserait frapper les premiers coups 
Sur ce jubé, ce chœur, ce sacré sanctuaire ? 
Qu'il redoute du ciel le trop juste courroux ! 

Et s'il en est quelqu'un à l'honneur infidèle, 
A son bras, opposez vos invincibles bras; 
Mais envers lui, n'usez que d'un paisible zèle. 
L'église est un lieu saint : ne la profanez pas. 

* C'est la strophe citée par Tabbé Canéto. 

* M^"" de Morlhon, premier archevêque d'Auch depuis le Concordat de 1817. 



BANQUET DU 6 FÉVRIER 1904. 



Le banquet annuel de la Société Archéologique a eu lieu 
dans les salons de VHôtel de France^ sous la présidence de 
M. Philippe Lauzun ; la plus franche gaîté n'a cessé de régner, 
aidée par l'excellente chère. La nouvelle direction de Thôtel 
avait tenu à bien faire les choses et a irréprochablement servi le 
menu suivant : 

POTAGE JULIENNE 

CABniLAUD SAUCE GRIBICHE 

FILET DE BŒUF A LA RICHELIEU 

LIÈVRE A LA ROYALE 

ASPIC DE FOIES GRAS A LA GELÉE 

CHOUX-PLEURS A LA MILANAISE 

POULARDES DU MANS TRUFFÉES 

SALADE 

PUDDING DE CABINET AU SABAYON 

DESSERTS VARIÉS 

Tous ces mets délicats furent arrosés par une série de vins 
généreux : Barsac, Saint-Julien, Cos-d'Estournelle, Champagne, 
fournis si aimablement par MM. Ortholan, membres de la 
Société. Au moment du café, autre surprise à l'arrivée de deux 
vénérables bouteilles de vieil Armagnac oflFertes par MM. Trilhe 
et Ortholan. Malgré une- étude approfondie et une longue 
discussion, les convives n'ont pu décider à qui revenait la palme, 
des crus fameux d'Estang ou de Cazaubon. 

Au Champagne, M. Philippe Lauzun, président de la 
Société, prononce l'allocution suivante : 

4 



54 BANQUET DU 6 FÉVRIER 1904. 

- - - - ^ _ , 

Mes chers Collègues^ 

Permettez-moi de prendre en ce moment la parole, non pas ponr Tons &ire 
un long discours, mais pour tous entretenir un instant seulement, selon 
l'usage, des affaires de notre Société. 

Et d'abord, laissez-moi me féliciter de ce que cette occasion me permet 
enfin de me trouver en rapports plus cordiaux, en contact plus intime avec 
vous, et de vous remercier une fois encore de Thonneur réitéré que vous 
m'avez fait en me nommant par deux fois votre président. Honneur très grand, 
dont je sens, croyez-le bien, tout le prix; tâche un peu lourde aussi, surtout 
lorsqu'on succède à un organisateur aussi parfait que l'était notre fondateur, 
Monseigneur de Carsalade, que ses hautes fonctions retiennent de plus en plus 
beaucoup trop éloigné de nous, mais dont nous n'oublierons jamais les 
services éminents qu'il a rendus à notre jeune Société. 

Si l'an dernier, dérogeant pour la première fois à nos habitudes, nous ne 
vous avons pas convoqués au banquet annuel, c'est qu'un deuil récent était 
venu frapper notre compagnie, deuil que nous devions respecter et auquel 
nous tenions tons à nous associer. Je veux parler de la mort de M. Ditandy, 
de celui qui, avec autant de modestie que de savoir-faire, avait si convenable- 
ment rempli pendant trois ans l'intérim de votre présidence, qui charmait nos 
banquets par des paroles pleines d'espnt et de cœur, dont les mérites 
littéraires étaient universellement appréciés et qui, par la courtoisie de ses 
relations, la dignité de ses manières, avait si bien su s'attirer les sympathies 
de tous. 

Cette perte, si cruelle pour nous, a dû amener un changement dans les 
rangs de votre état-major. Au lieu de deux vice-présidents, vous avez jugé à 
propos d'en nommer trois. Je sais bien, me direz-vous, que ce soin était 
superflu, — avec M. l'abbé Lagleize, toujours prêt, quand son ministère le lui 
permet, à parcourir la distance qui sépare Saint-Olar d'Auch; — avec 
M. Adrien Lavergne, surtout, le doyen, le pilier, si je puis m'exprimer ainsi, 
de notre Société, toujours sur la brèche, aussi passionné pour la science 
qu'aux premiers jours, et qui, ces derniers temps, n'hésitait pas à affronter le 
froid et la tempête pour aller à Tarbes, à l'occasion du cinquantenaire de la 
Société des Hautes- Pyrénées, représenter éloquemment notre Société, et, avec 
elle, tout le peuple auscitain convié, pour la première fois depuis vingt siècles, 
à se grouper avec les huit autres peuples d'en deçà la Garonne, non plus })our 
combattre les armées de César, mais pour reconstituer une Novempopulanie 
archéologique, qui unirait en un même faisceau toutes les sociétés gasconnes, 
pour le plus grand profit de l'histoire locale. 

Mais, vous ne l'ignorez pas, Messieurs, MM. Lavergne, Lagleize et moi, 
habitons loin de votre chef-lieu. Nous ne pouvons toujours, comme nous le 
désirerions ardemment, assister régulièrement à chacune de vos séances. Il 
importait donc qu'un de vos présidents habitât Auch; et c'est pourquoi votre 



BANQUET DU 6 FÉVRIER 1904. 55 



choix s'est porté, cette année, sur M. Charles Palanque, un jeune, lui, qui ne 
craint ni les difficultés ni la distance, qui nous arrive de Tlnstitut du Caire, 
tout imprégné des parfums de l'archéologie égyptienne et copte, et qui, 
malgré la distinction flatteuse dont il Tient d'être Tobjet à la Faculté de 
Toulouse, et l'attrait que peut encore exercer sur lui la vieille terre des 
Pharaons, veut bien fixer sa principale résidence à Auch, se souvenir qu'avant 
tout il est gascon, nous faire profiter de la variété de ses connaissances, de la 
siireté de sa méthode, et nous apporter ainsi son précieux concours. 

Vous m'en voudriez, Messieurs, si je ne venais pajs, comme mes prédéces- 
seurs, couvrir à mon tour d'éloges nos secrétaires, MM. Pagel, Branet et 
Puech, et aussi notre trésorier, M. Despaux, les chevilles ouvrières de notre 
Société, et qui, par leur zèle et leur sollicitude de tous les instants, assurent à 
eux seuls son bon fonctionnement. Vous les voyez, comme moi, tous les jours 
à l'œuvre, et vous conviendrez qu'il n'est pas d'expression assez forte pour 
leur renouveler toutes nos félicitations. 

Dans notre dernière séance de janvier, M. Despaux nous a exposé l'état très 
satisfaisant de nos finances. Si son excellente gestion y est pour beaucoup, il 
est juste de reconnaître que nous, devons aussi cet heureux résultat à la 
générosité toujours fidèle du Conseil général du Gers, qui veut bien, chaque 
année, nous honorer d'une subvention et qui tient ainsi à seconder nos efforts 
et à protéger nos travaux. Nous ne saurions trop l'en remercier et lui trans- 
mettre ici l'expression de notre gratitude. 

Ainsi donc, grâce à nos ressources toujours croissantes, grâce au 
dévouement de tous ceux à qui vous avez bien voulu confier les intérêts de la 
compagnie, il m'est doux d^ constater que sa situation est des plus floris- 
santes. 

Le nombre des associés a déjà dépassé le chiffre de trois cents ; et chaque 
jour nous arrivent plus nombreuses de nouvelles adhésions. C'est que, vous le 
savez, notre Société est ouverte à tous, que la politique en est rigoureusement 
bannie, que la science seule est le but vers lequel doivent tendre nos efforts. 

Notre Bulletin, orné de planches et de plans, et toujours irréprochable 
comme forme, grâce aux soins dont l'entoure notre collègue M. Léonce 
Cocharaux, trouve de plus en plus sa place dans les bibliothèques de choix, 
comme sur les tables des Sociétés savantes, qui le consultent et qui le citent. 

Le concours, que nous avons institué il y a denx ans, qui nous a valu déjà 
de très intéressantes monographies communales que nous avons couronnées, 
— et qui se continuera cette année pour arriver à la publication définitive 
d'un vocabulaire des différents dialectes en usage dans le Glers, — a provoqué 
un oourant nouveau et suscité parmi les spécialistes une émulation généreuse, 
qui a produit déjà les plus heureux résultats et dont nous n'avons qu'à nous 
louer. 

Je vous ferai grâce. Messieurs, de la nomenclature de nos travaux 
depuis deux ans. Vous en avez entendu les intéressantes lectures dans nos 



56 BANQUET DU 6 FÉVKIER 1904. 

réunions mensuelles, et lenr liste s'étale à la fin de chacnn de nos recueils. QuMl 
me suffise de vous dire qa'ancnn snjet n'a été négligé, et qne Tarchéologie, 
rhistoire, la philologie, la critique scientifique et littéraire, la bibliographie, 
la publication de documents inédits, y ont trouvé place eu des études aussi 
variées que consciencieuses et approfondies. Je ne vous parle pas non plus 
des projets d*excursion, que, fidèles à notre tradition, nous avons Tintention 
de faire cette année. Cette question est trop délicate et trop complexe pour 
pouvoir être abordée en ce moment. Croyez bien toutefois que votre bureau 
ne la perd pas de vue et qu'il entre dans ses idées de continuer <c les che- 
vauchées de printemps, comme les manœuvres d'automne i», si bien inaugurées 
par mon prédécesseur. 

Je suis donc heureux, mes chers Collègues, de lever aujourd'hui mon verre 
en votre honneur et je bois à la longue existence, comme à la prospérité de la 
Société Archéologique du Gers. 

Notre confrère, M. Marîus Fontan, poMe gascon dont les 
poésies ont déjà été couronnées par V Escale Gaston Fehus^ 
donne lecture d'une pièce de vers composée pour la circons- 
tance, qui est chaudement applaudie : 

A la bouno bllo d*Auchi 

Antique bilo d'Auch, reyuo d'Aquitanio, 
Esparbalho tous bras dens un alan lindous, 
Desgarransis tonn froun, casso ta belanio, 
Recapto dens toun sen tous brabes maynadous ! 

Mantado de grandou, tau qu'uo noblo aujolo, 
Dambe sas hautes tours ta bèro cathedran, 
Débat sous alirots toun puble qu'acoutcholo, 
Conm la clouco ponrets, dens lou nisè mayrau ! 

Que porto beroy noum, lou de Santo Mario; 
La Biergés de Juda dab lou Sant Esperit, 
Quoan au mounde bengous qu'eth serbic de mayrio, 
Puch per nobi te dèc lou soun hilh, Jesu-Crit ! 

Beroyo bilo d'Auch qu'es enpitarrancado, 
Coumo l'Agle apitrat sus un pic neuadiu, 
Quoan dou sourelh de julh chistro la dardalhado, 
Que t' bagnos dens lou Gers, que t' miros à soun brin ! 

Qu'as bist à gariola dens sas echourrentèros, 
Lous Bandais et lous Gants, l'echalagas rouman, 



BANQUET DU 6 FÉVRIER 1904. 57 

Qui passèn 8er tonn cap coum las brumos Icagèros, 
Barejados au loèn p*ous bouhets de l'Autan ! 

Esmauiblo coum Din dens Fecharrabastatge, 
De medich qu'un conhin au trem dous estouras, 
Quoan tout s'esglapoutis, caj en esdourroulhatge, 
Tu, qu'eth truffbs dou teins, qu'atulos l'hourrabas ! 

A tu que soun benguts de la crozo e la erouo, 
Tous Gersales fideus en canta sas cansous, 
Dens lous lindes rimats de la lenguo Gascouo. 
En Gascougno basuts, que bon mouri Gascons ! 

Que soun lous chibaliès de la lenguè mayralo, 
Qui chorro de sons pots coum un airiu de mèu, 
Qui marmounOy trenis, de tan qu'ey musicale; 
Deu esla Ion debis que parlon dens Ion cèu ! 

Que soun caddets sabens, e de grans hournilhajres; 
Dons bielhots manescriuts, hèn parla las parcths. 
Don tems de d'autes cops soun lous echartigayres, 
Ans capets dous bielhs murs, qu'arraubon sous segrets I 

Eths ne s'encoenton pas de causo poulitico; 

Que soun benguts sietas en aqneste taulat 

Taii qu'un brulh d'auzelots qui dens un camp s'amiqno, 

Per hè l'escoubasso de la frayrabetat ! 

Aro, que bous ey dit toutos mas courtousios, 
Dou Champagne moustous qu'a sautât Ion boussoun; 
Dens lous beyres luzens petrilhon las lazios, 
Amies, tringuam en coë au gay Parla Gascoun ! 



SÉANCE DU 7 MABS 1904. 



PRESIDENCE DE M. P. LAGLEIZE, VICE-PRESIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M. Brouzes, économe au Lycée d'Auch, présenté par 
MM. Pagel et Despaux; 

M. l'abbé Moulib, curé de Rozès, présenté par MM. Broco- 
nat et Despaux; 

M. Dussuc, régisseur au château de Magnas, présenté par 
MM. Lagleize et Despaux; 

M. Laurentie, négociant à Fleurance, présenté par MM. Co- 
charaux et Despaux. 

M. Boutiron, directeur de la succursale de la Banque de 
France, à Auch, présenté par MM. J. Ortholan et Branet; 

M. Mathieu, caissier de la succursale de la Banque de France, 
à Auch, présenté par MM. J. Ortholan et Branet; 

M. Tabbé Tournis, curé de Meilhan, présenté par MM. La- 
treille et Branet; 

M. Ch. CiER, avoué à Lectoure, présenté par MM. Boutin et 
Despaux. 

« 

Pour répondre à Tinvitation qui a été adressée à la Société 
par le Congrès des Américanistes, qui doit se tenir à Stuttgard, 
sous la présidence du roi de Wurtemberg, M. G. Pujos est délé- 
gué par elle pour la représenter et soumettre au Congrès la 
superbe collection d'objets usuels et religieux recueillis par lui 



sé^^CB DU 7 MARS 1904. 59 

dans les tombes araucaniennes et présentant un vif intérêt pour 
l'histoire des origines de T Amérique. 

S'il ne pouvait s'y rendre, les objets les plus intéressants de 
sa collection seront dessinés et communiqués au Congrès. 

M. J. Gardère, de Condom, donne divers renseignements sur 
les fouilles de Sarrasan. 

Tout le monde connaît la découverte d'une villa gallo-romaine 
au lieu de Sarrasan, commune de Condom. Vers la fin de l'année 
1903, M. Laffite, propriétaire à Pajon, ayant appris qu'une église 
s'élevait autrefois dans un de ses champs, rechercha là pierre 
des fondations qui existaient encore et arrêtaient à chaque 
instant sa charrue. L'église de Sarrasan, annexe de Cannes, 
est indiquée sur ce point dans la carte de Cassini; elle fut 
démolie en l'an II l, en vertu d'un arrêté du représentant du 
peuple Mallarmé, du 14 vendémiaire de cette année, qui avait 
ordonné la démolition des églises isolées \ 

Des pierres en grand nombre, beaucoup d'ossements et une 
quantité de fragments de marbre furent bientôt mis à jour; ces 
débris pouvaient venir de l'église et du cimetière qui l'environ- 
nait; mais des pavés en ciment, limités par des murs revêtus 
d'un enduit rougeâtre, rappelaient une construction romaine. De 
nouveaux travaux firent apparaître les fondations d'un bâtiment 
rectangulaire, terminé par un chevet en demi-cercle accompagné 
de deux absidioles de forme irrégulière; nous prîmes cet ensem- 
ble pour les restes d'une antique petite église sur lesquels aurait 
été bâtie plus tard celle de Sarrasan. Nous nous trompions; un 
mur transversal et surtout trois petits canaux bâtis en brique, 
ménagés sous l'un des murs latéraux, à l'extrémité sud, éveillè- 
rent l'idée de thermes; une sorte de bassin hémisphérique creusé 
de l'autre côté du mur, en regard des canaux qui y aboutissent, ne 
laissa plus de doute ^. Les nombreux fragments de marbre dont 

* V. Histoire religieuse de Condom peTidant la Révolution^ par J. Gardère. Auch, 
1901, pp. S6 à 92. 

' Depuis peu on a déblayé le fond du bafisiu muni, à 0™ 60 environ au-dessus du sol, 
des pierres en saillie, sortes de support séparant de petites ouvertures évasées qui pou- 
vaient servir d'échappement à Teau ou à la vapeur. 



60 SOCIÉTlê ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

beaucoup ornés de moulures, des murs revêtus d'un enduit rouge 
et des pavés en ciment très dur et épais que Ton trouve dans 
tous les sens un peu partout, à une assez grande distance du 
premier bâtiment, des poteries anciennes, une urne funéraire, 
deux blocs épais de marbre sur lesquels sont sculptés des oiseaux, 
des débris de verre irisé et autres menus objets attestent sur ce 
point Texistence d'une villa très riche et très importante; elle 
s'étendait évidemment sur une partie des deux champs voisins 
séparés du premier par un chemin construit il y a trente-cinq ans 
environ; des fragments de mosaïque et de marbre trouvés à l'épo- 
que de l'établissement du chemin, dos amorces de murs que l'on 
voit encore et des débris de toute espèce que l'on rencontre 
dans ces champs le témoignent suffisamment. 

M. Lauzun, président de la Société Archéologique du Gers; 
M. Lavergne et plusieurs de nos collègues, venus d'Auch à cet 
effet, ont constaté l'importance de la découverte et des travaux 
exécutés par M. Laffite. Le bureau de la Société a décidé 
d'accorder à qc dernier une somme de 50 francs pour l'indem- 
niser des récoltes qu'il perdrait en laissant intacts et h découvert 
les vestiges mis à jour, ce qui permettra de procéder à de nou- 
velles fouilles. 

Il importerait toutefois qu'une suite fût donnée à ces travaux. 
M. Lauzun, notre président, qui est en même temps inspecteur de 
la Société française d'Archéologie, a déjà adressé à cette société 
une demande de subvention pour la continuation des fouilles; 
elle sera forcément restreinte et probablement sera-t-il nécessaire 
de recourir à une souscription, 

La découverte de la villa de Sarrasan vient après bien d'autres 
faites en ce siècle dans notre pays, notamment à Nérac, à Mar- 
cadis près Moncrabeau, dans ces derniers temps à Bapteste, près 
La Serre, plus récemment au Glezta, canton de Montréal. 

Nous connaissons l'existence de trois autres villas, dont deux 
dans le canton de Condom, une dans le canton de Montréal; 
mais combien sont encore enfouies sous le sol. Cette multiplicité 
de villas n'est-elle pas en opposition avec l'opinion que notre 
pays était autrefois couvert de forêts, par conséquent pauvre et 



SEANCE DU 7 MARS 1904. 61 

peu peuplé? Nous pensons, quant à nous, qu'il serait bon de 
faire une sorte de géographie des villas dont on connaît l'exis- 
tence en Gascogne; mieux encore, ne devrait-on pas rechercher 
dans chaque commune les points où se rencontrent des débris 
anciens de tuiles à rebord, poteries qui sont l'indice de construc- 
tions gallo-romaines ? Les indications précises de ce genre per- 
mettraient de dresser une carte géographique des établissements 
gallo-romains dans nos contrées, et ne serait-ce pas dans une 
certaine mesure un apport précieux à l'histoire du pays? Il ne 
serait pas impossible, croyons-nous, d'arriver à ce résultat; les 
instituteurs, dans chaque commune, seraient, par leurs relations, 
les meilleurs ouvriers de cette œuvre de reconstitution historique; 
tous les amis du passé s'y intéresseraient, y aideraient. Quoi 
qu'il en soit, nous soumettons cette idée à vos réflexions. 

M. J. Gardère tiendra la Société au courant des découvertes 
qui seront faites. Un plan détaillé sera donné, s'il y a lieu, dans 
le Bulletin, lorsque les fouilles seront terminées. 

L'excursion qui aura lieu en mai se fera en Loniagne et durera 
un jour et demi. On visitera Saint-Olar, Flamarens, La Chapelle, 
Qrammont, Saint-Créac, Gaudonville, Esclignac. 

Un programme détaillé sera donné ultérieurement. 



COMMUNICATIONS. 



La Roue de Fortune du château de Mazères 

(Notes pour servir à Thistoire des pavements émaillés du Moyen âge), 

Par M. Momméjâ. 

J'ai quelquefois pensé qu'il y aurait sans doute profit à faire 
une conférence publique sur l'action profonde qu'a exercée 
l'archéologie dans le développement de l'industrie moderne. 
Outre l'indéniable attrait d'un sujet neuf, fécond et même fort 
sérieux, malgré son apparence paradoxale, on aurait la satisfac- 
tion intime autant que rare de démontrer, par des exemples 



62 sociér^ abch^logique du gers. 

éclatants, l'inâueDce bienfaisante de la science la plus spécula- 
tive, la plus désintéressée de toutes, sur révolution des arts 
décoratifs et sur Téconomie sociale de Tépoque par excellence du 
positivisme pratique. Dans cette démonstration, une grande place 
devrait être faite à la céramique, et plus particulièrement aux 
carrelages historiés du Moyen âge, dont les applications judi- 
cieuses ont produit, sous nos yeux, une rénovation des plus 
heureuses dans l'esthétique architecturale. Il y a bien loin, sans 
doute, des grossières briquettes vernissées de nos vieilles églises 
aux élégants chefs-d'œuvre des Deck, des Boulanger, des 
Loebnitz et de bien d'autres; mais si des archéologues dévoués, 
comme Ramée, Edouard Fleury, Amé, pour ne citer que ceux qui 
ne sont plus, n'avaient pas révélé ces briquettes à nos maîtres 
céramistes, comment ceux-ci auraient-ils songé à rénover ces arts 
oubliés, et comment se seraient créées ces admirables manufac- 
tures de Choisy-le-Roy, de Maubeuge, de l'avenue de Choisy , etc. , 
dont les produits décorent si agréablement nos demeures et qui 
dispensent des millions de salaire à des milliers de travailleurs? 

Il est vrai que ceux-là eurent la main heureuse, qui recueilli- 
rent les vieux carreaux historiés chassés de nos églises par les 
froids pavements de marbre et de pierre chers à l'architecture 
classique. Car, dans ces vieux carreaux, il n'y avait pas seule- 
ment les vestiges des somptueuses décorations que le moyen-âge 
avait prodiguées dans ses basiliques et dans ses châteaux, mais 
les feuillets épars d'une encyclopédie médiévale, d'une somme 
graphique dont on ne soupçonne généralement pas l'ampleur. 
Edouard Fleury n'a-t-il pas pu se servir de ces pittoresques 
briquettes usées et mutilées pour commenter et gloser pres- 
que chaque mot d'un sermon de saint Bernard ^ ? M. Picard n'en 
a-t-il pas extrait l'illustration de l'art de la chasse en Bour- 
gogne au xv'' siècle^? Anatole de Montaiglon n'a-t-il pas montré 

^ Éd. Fleury, Étude sur le pavage émaillé dans h département de V Aisne. Paris, 
Didron, 1855, in-4'*. Voir plus particulièrement : Antiquités monumentales du départe- 
ment de VAisne^ t. IV, p. 148 et suiv. 

' E. Picard, La Vénerie et la Fauconnerie des ducs de Bourgogne, in-8^ de 122 p 
et pi. Autun, 1880. 



SEANCE DU 7 MARS 1904. 63 

que sur les carreaux historiés de la Champagne on pouvait, 
comme sur les briques assyriennes, déchiffrer de vieux proverbes 
et de vieilles chansons ^ ? Et pourtant le champ est encore assez 
mal exploré et nous réserve d'abondantes surprises, comme le 
prouvent les deux briquettes émaillées du château épiscopal de 
Mazères qui sont le sujet de la présente notice. 

En 1892, M. Calcat entretint la Société Archéologique du 
Gers des carreaux historiés qu'il avait pu recueillir ou observer 
dans la région. Après avoir judicieusement décrit les plus 
anciens, — décorés par incrustation d'une pâte de couleur claire 
dans l'empreinte laissée par un moule sur la terre rouge de 
l'objet, le tout revêtu d'un vernis plorabifère transparent, — il 
notait la révolution accomplie, vers le xiv® siècle, par l'emploi de 
peintures sur émail stannifère à glaçure opaque, et en donnait 
comme exemples quelques fragments retrouvés des carrelages de 
l'abbaye de Flaran et du château archiépiscopal de Mazères. 

il Le carreau émaillé de Mazères », disait-il, a est orné sur 
a fond blanc d'une chimère de couleur verte. Le dessin est cerné 
il par un trait violet. La barbe de la chimère est également au 
i( manganèse. Une particularité à signaler, c'est le nom écrit sur 
a deux lignes au-dessus de la chimère, en lettres gothiques de 
a couleur violette : 

PER 
MVRE 

a Est-ce le nom de l'artiste peintre ou celui du potier? Je 
(( laisse à de plus compétents le soin de décider. 

a Au dernier moment, d'autres carreaux émail lés viennent 
a d'être découverts à Mazères. La chimère n'est pas le seul 
a dessin qu'offrent les carreaux de Mazères, on y rencontre 
a encore des animaux divers ^ » 

C'est à la suite de cette communication que l'éminent prélat 
qui s'appelait alors ce M. l'abbé de Carsalade » présenta à la 

» Bulletin de lii Société des Antiquaires de France, 1877, pp. 115, 117, 132, et 1878, 
pp. 99, 100, etc. 

' Soirées archéologiques^ t. I, 1892, p. 34. 



64 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Société les deux briquettes qui nous intéressent, « Les deux 
« réunies », dit le procès-verbal, « représentent une lice ou champ 
a clos de forme ovale, aux deux extrémités duquel se trouvent 
(( deux personnages revêtus d'un bliaud vert, doublé de violet, 
a — sans doute les deux champions du tournois. — A côté de 
« chacun de ces deux personnages est écrit le nom de Regkaut. 
« Le costume qu'ils portent permet d'attribuer sûrement à ces 
« carreaux la date du commencement du xiv® siècle \ » 

Invité par mon excellent, mais trop modeste collègue, 
M. A. Lavergne à étudier de concert les carrelages historiés du 
Gers, il me fut possible d'examiner de très près, au Musée 
d'Auch, les briquettes du château de Mazères de retour de 
l'Exposition rétrospective de 1900, où elles avaient été très 
remarquées. De cette étude directe sortit pour moi la conviction 
raisonnée que si on avait très judicieusement apprécié la tech- 
nique fort exceptionnelle, pour l'époque, de ces précieuses 
briques peintes, on s'était complètement fourvoyé dans l'inter- 
prétation du sujet qu'elles représentent. 

Pas de doute possible sur le premier point : l'argile rouge de 
la brique à été revêtue d'une mince engobe de terre blanche et 
fine sur laquelle a été peint le sujet, le fond restant d'un blanc 
tirant sur le jaune, sur lequel ressortent vivement les personnages 
dont les vêtements sont d'un beau vert bleuté à base de cuivre 
chatironnés d'un large trait violet dont le manganèse, cher à nos 
faïenciers du Sud-Ouest, a fait tous les frais; ce qu'on a appelé 
la lice et la lance du jouteur est peint également en violet. 
Je note, en passant, que M. Camille Enlart a tout dernièrement 
décrit les carreaux de Mazères presque dans les mêmes termes 
que M. Galcat, en les rapprochant des carreaux faïences de même 
date, trouvés à Avignon, et en leur attribuant, sous réserves, il 
est vrai, une origine italienne ^ Nous reviendrons plus loin 
sur ce point important. 

Cherchons maintenant ce qu'il convient de voir dans le sujet 

^ Soirées archéologiques ^ t. I, 1892, p. 37. — Voir: A. Lavergnk, Carrelages historiés 
du départ, du Gers. (Bulletin de la Société Arch. du Gers)^ t. II (1901), pp. 29 et 32. 
' Manuel d^ Archéologie Française. — Paris, A. Picard, 1902, t. I. p. 717. 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 65 

que représentent ces deux précieuses briquettes. Ce n*est pas à 
coup sûr un tournoi, et cela pour beaucoup de raisons : les deux 
bonshommes n'ont rien de la tenue du jouteur telle que nous la 
font connaître les documents originaux du xiv® siècle; pas 
d'annure, pas de bouclier pour se protéger; ils n'ont pas de mon- 
ture; l'un, debout à côté de la bande circulaire dans laquelle on 
a vu une lice, s'y cramponne fortement du bras gauche et lève le 
bras droit en l'air; l'autre s'accroche de tous ses membres au 
même objet; aucun des deux ne tient la lance. Celle-ci, d'une 
largeur disproportionnée, fait intimement corps avec la bande de 
la lice, comme un rayon à la jante d'une roue. Rien de tout cela 
ne peut rappeler une joute en champ clos, mais fait songer à une 
de ces Roues de Fortune^ pittoresque emblème de l'instabilité des 
choses humaines, dont le Moyen âge prodigua la représentation 
sur ses livres et sur ses édifices. Cette interprétation est immé- 
diatement confirmée par l'étude des inscriptions qui accompagnent 
les deux figures. Une lecture rapide y avait fait reconnaître le 
nom répété de REGNAUT; en y regardant attentivement, on 
voit qu'auprès du bonhomme cramponné à la roue se lit très 
sûrement le mot REGNA VI, et qu'auprès du personnage qui 
lève le bras en signe de victoire il y a REGNA BO, les deux 
dernières lettres restant très confuses, mais étant imposées par le 
sens. Ce sont là, en effet, les exclamations que les imagiers du 
moyen âge ne manquaient pas de mettre dans la bouche des 
humains entraînés par l'implacable roue de la Fortune. 

Assuré de l'exactitude de cette interprétation, il importe de la 
rendre sensible à tous en reconstituant l'ensemble dont les deux 
carreaux faisaient partie. Le premier soin, pour atteindre ce but, 
est de reconstituer la roue d'après les segments qui en subsistent, 
puis de rechercher combien il avait fallu, pour la contenir, de 
carreaux pareils à ceux qui nous restent; petits problèmes de 
géométrie ultra élémentaire sur la solution desquels il n'y a pas 
à insister et qui donnent un assemblage de neuf carreaux. Sur ce 
grossier canevas nous placerons les carreaux existants dans les 
positions qu'ils ont dû primitivement occuper, en nous guidant 
sur une représentation du sujet à peu près contemporaine. Nous 



SOCIÉTÉ ARCHÉOLOQIQUE DU 0BR6. 



l'empruntons à une niiniature d'un manuscrit du Roman de la 
Rose, datant de la eeconde moitié du xiv* siècle'. En voici le 
croquis pour permettre au lecteur de jnger de l'exactitude 
de la reatitution. Mais, même en son absence, on ne pour- 
rait hésiter à placer au lias le personnage auprès duquel est 
écrit REGNA VI, et au «>ilieu de la roue, dans sa période 
ascendante, la 6gure qu'ac- 
compagne le mot REGNA- 
60. Il manque évidemment 
deux autres figures, celle de 
l'ambitieux arrivé au comble 
de la fortune et au sommet 
de la roue, près duquel ou 
lisait REGNO, et celle du 
même ambitieux dépossédé 
de son trône et emporté par 
la roue plus implacable que 
celle de Sisyphe, en criant 
désespérément SVM SINE 
REGNO! Nous avons des- 
siné ces personnages d'un trait aussi discret que possible et 
en réclamant la plus grande indulgence pour cet essai de 
restitution dans lequel nous n'avons pas fait entrer la figure 
de la Fortune, placée au centre de la roue, dont elle précipite 
inexorablement la course, dans la miniature que nous reprodui- 
sons, car cette figure est assez exceptionnelle. 

Il ne paraît pas qu'on ait beaucoup étudié jusqu'ici cette curieuse 
allégorie de l'inconstance du sort dont le Moyen âge se plut 
ii répéter les graves leçons, et dont la faveur s'est beaucoup plus 
prolongée qu'on ne le croit généralement. Didron* s'est fourvoyé 
à son sujet, confondant la roue de la Fortune avec l'Echelle des 

' Roman de la Rote (Bibl, Nat., inaa., f. n° 380). Œuvre de la eeconde moitié du 
XIV* Biécie. Voir VAlbum historique de A, Parmeotier. (Paris, Armand Colin, 1897, 
t. II. p, 72.) 

' Iconographie chrétienne. Guide de ta peinture du Mont Athos, p. 408. 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 67 

Ages, autre allégorie dont les archéologues n'ont pas assez étudié 
les représentations. Beaucoup d'autres en ont parlé, mais sans y 
insister autrement, et je ne vois que le travail de G. Heider^ où 
Ton trouve quelques vues d'ensemble, avec un important chapitre 
de Hart religieux du Xlir siècle en France^ de M. Emile Mâle *. 
J'utiliserai ici ces études, en y ajoutant im certsûn nombre 
de faits nouveaux. 

(( Les affaires humaines, » dit La Noue, dans ses Mémoires^ ^ 
& sont sujettes à beaucoup de mutations, et pour en représenter 
a l'inconstance, les Ethiques ont figuré une roue tournante où 
(H tantôt une chose est au haut et tantôt au bas. » Nous avons 
vainement cherché dans les œuvres d'Aristote le passage visé par 
La Noue : nulle part il n'est parlé de la roue de la Fortune avec 
la précision de termes à laquelle on pourrait s'attendre, mais les 
graves réflexions sur l'instabilité de toutes choses y abondent 
assez pour justifier le propos du brave guerrier, par exemple 
celui-ci, que nous trouvons dans le traité de morale dédié à 
Nicomaque. 

« Il y a dans le cours de la vie beaucoup de vicissitudes et 
« bien des fortunes diverses; il se peut qu'après une longue 
a suite de prospérités, on voie sa vieillesse tomber dans de grands 
« inalheurs, comme la fable le raconte de Priam, dans les 
a poèmes héroïques*... » Aux quatre angles du grand com- 
partiment du célèbre pavement de la cathédrale de Sienne, 
consacré à la roue de. Fortune, quatre médaillons renferment les 
bustes d'Aristote, de Sénèque, d'Epictète et d'Euripide tenant 



* Daê Glûchtrard (Mitlkeilungen der K, K. Central-Commission. Vienne, 1859). 

* L^ari religieux du xiu* siècle en France^ étude sur V iconographie du Moyen âge et 
sur ses sources d^ inspiration (Paris, Armand Colin, 1902, in-4°, pp. 117 et suiv.). 

' La Noue. Mémoires^ édit. de 1568, cités par H. Havard, Dictionnaire du Mobilier^ 
t. IV, fol. 778. 

* Œuvres d^Aristote, trad. de Barthélémy Saint-Hilaire. Morale à Nicomaque 1. I, 
ch. VII, § II (t. I, p. 30 et p. 43.) A rapprocher de Tépigramme snivante, plus explicite 
encore : « Que ne peut la fortune en dépit de notre attente et de nos vœux ! Elle élève 
c les petits, elle abaisse les grands. Ton orgueil, ton faste, elle les abattra, quand même 
c un fleuve te prodiguerait ses paillettes d^or. :» AnthoL Grecque, Epigrammes morales, 
qo 122. Hachette, 1863, t. I, p. 390. 



68 sociéré abchiîolooique du gbbs. 

chacun une longae banderolle chargée d'uu texte analogue à 
celui que nous venons de reproduire. C'est sans doute à ces sages 
et à ces poètes que fait allusion Honurius d'Autun quand il dit : 
€ Les philosophes nous parlent d'une femme attachée à une roue 
a, qui tourne perpétuellement, et ils nous disent que tantôt sa tête 
« s'élève et tantôt elle s'abaisse. Qu'est-ce que cette roue? C'est 
a la gloire du monde qui est emportée dans un mouvement 
« éternel. La femme attachée à la roue c'est la Fortune : sa tête 
<i s'élève et s'abaisse alternativement, parce que ceux que leur 
<( puissance et leur richesse avaient élevés sont souvent précipités 
« dans la pauvreté et dans la misère \ » M. Mâle estime que c'est 
à la seule Consolation philosophique de Boèce que Honorius 
d'Autun a emprunté sa singulière peinture de la Fortune*. Nous 
ne saurions mieux faire que de reproduire l'excellente analyse 
que donne le brillant professeur, du second livre de la Consolation. 
a En une prosopopée qui rappelle celle de la Mort, dans 
(( Lucrèce, la Fortune elle-même explique à Boèce qu'il n'a pas 
« à se plaindre de son humeur changeante. La philosophie, qui 
« assiste à l'entretien, prend la parole à son tour, et, armée de 
(( tous les lieux communs de la morale stoïcienne, elle achève la 
a démonstration. Mais ce qui nous intéresse ici plus particuliè- 
(i rement, c'est qu'il est souvent question, dans ce second livre, de 
a la roue de la Fortune. Or, Boèce, chose curieuse, se représente 
<i déjà les hommes comme suspendus à la roue de la Fortune, 
a comme contraints de monter et de descendre avec elle. » Voici 
le passage capital : « Je fais tourner une roue rapide; j'aime à 
a élever ce qui est abaissé, à abaisser ce qui est élevé. Monte 
a donc, si tu veux, mais à la condition que tu ne t'indigneras pas 
a de descendre, quand la loi qui préside à mon jeu le deman- 
de dera". » 

' Spéculum Ecclesiœ, col. 1057. Patrologie de Migne^ t. CLXXV. 

' Ë. Male^ loc. cit., p. 118, note : <c Les philosophes dont parie vaguement Hononns 
€ d'Autun se réduisent à un seul, qui est Boèce. i^ 

' E. Mâle, loc. cit., p. 117. — a Rotam volubili orbe versaniur, infiina snmmis, 
a: summa iniiniis mutare gaudemus. Ascende, si placet, sed, ea lege, ne nti, eum 
<K ludieri mei ratio poscent, descendere injuriam putes, d (Anicii Manlii Taroquati 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 69 

Voilà donc un texte précis, autant qu'on puisse le désirer, sur 
cette allégorie, qui ajoute l'idée concrète de la roue mouvante aux 
réflexions morales des penseurs de l'antiquité. Mais'Boèce est-il 
véritablenient l'inventeur de cette figure? N'avait-il pas été mis 
sûr la voie par des faits précis qu'on n'a pas su découvrir 
jusqu'ici? C'est ce que nous allons examiner rapidement, .en 
remontant jusqu'à l'ancien culte de la Fortune en Italie. 

Ce culte, on le sait, avait ses plus célèbres sanctuaires à 
Praeneste et à Antium. Dans le prenàier, elle était surtout vénérée 
comme nourrice de Jupiter; elle y avait un oracle célèbre, des 
aorts^ que l'on tirait comme à la courte paille; œqualis sortibiis 
dîicuntury dit Cicéron V Dans le second sanctuaire, dont Horace 
a buriné le caractère dans une ode célèbre entre toutes^, il y 
avait aussi un oracle qu'on consultait, dit Macrobe^, en mettant 
en mouvement (promoven) les images des deiix Fortunes — la 
bonne et la mauvaise — (simulacra Fortunarum)^ ad danda 
responsal C'est en se trompant de nom, dans une consultation de 
La Fortune d' Antium, que Caligula, mis en garde contre Cassius, 
immola un personnage inoffensif et laissa vivre Cherea sôiis le 
poignard duquel il devait tomber*, et qui était aussi un Cassius. 

Que doit-on induire de ces faits ? C'est, indubitablement, que 
l'oracle auquel on s'adressait, était un appareil mobile portant 
les statuettes de la bonne et de la mauvaise fortune. Mises en 
mouvement, en même temps que cet appareil, elles donnaient la 
réponse par le point où elles s'arrêtaient, comme nos jeux de 
tourniquet ou de tournevire. Et il est difficile de se figurer 
cet appareil autrement que comme une roue tournant librement 
sur un axe où un pivot. Or, nous trouvons la roue au premier 
rang des attributs de la Fortune, sur la plupart des représenta- 
tions antiques, marbres, bronzes, peintures, monnaies; parmi ces 

Severini Bo^thii de consolatione philosophiœ, Amsterodami, Jansenium, 1640, iD-32, 
lib. II, prosa II, p. 38.) 

' CicÉBON, Divin., II, 41. 

' Horace, 0/., I, 34. 

» Macrobe, Sat, I, 23, 13. 

* SuETONNE, Caligula^ 57. 

5 



70 S0CIÈT]S ABCHÉOLOGIQUK DU GERS. 

dernières, je noterai celle de Septirae Sévère, où Fortuna redux 
est représentée assise, avec la corne d'abondance, le gouvernail 
entre les mains et une roue appuyée contre son siège. Dans les 
figures en ronde bosse cette roue est souvent remplacée par une 
sphère plus aisée à reproduire et dont le symbolisme est équi- 
valent \ 

Il faut donc admettre que la Roue de Fortune existait très 
probablement déjà dans l'antiquité sous la forme d'un appareil à 
rendre des oracles. Les premiers chrétiens en avaient eu la tradi- 
tion et l'avaient conservée comme emblème moral, de ipême que 
les autres représentations païennes, que, grâce à l'élasticité de la 
symbolique, ils avaient pu rattacher à l'iconographie du culte 
nouveau. 

Nombreuses ont été les miniatures représentant cette roue 
telle que la décrivait l'infortuné ministre de Théodoric^ Dans 
VHortus deliciarum^ Haralde de Landsberg, prenant les mots à 
la lettre, a figuré la Fortune tournant elle-même la manivelle qui 
met en branle la roue aux jantes de laquelle s'accrochent six 
ambitieux aux figures étranges et aux gestes convulsés ^. L'enlu- 
mineur de la Consolation de Boèce^ traduite par Jean de Meung, 
a mis tout le dialogue en scène; le philosophe, assis dans une 
chaire gothique, est admonesté par la Philosophie, coifiée d'un 
gigantesque hennin, et par la Fortune à double visage, telle que 
semble la comprendre Montaigne*. En face, une grande roue, 
montée sur un support élevé, porte dans sa charpente compli- 
quée quatre personnages couronnés, ayant à côté d'eux des 
banderoles où sont écrites leurs exclamations consacrées : 



^ Voir les références dans le Dictionnaire cks Antiq. Orec, et Rom.^ de Soglio, au 
mot Fortuna, 

' Le Moyen âge, qui prenait tout au pied de la lettre et qui aimait à revêtir d^ne 
parure concrète les idées les plus abstraites, donna à la métaphore de Boèce une réalité 
artistique. Du xii* au xv« siècle, toutes les fois qu'on voudra rappeler les brusques 
changements de la Fortune, on représentera cette roue symbolique où Fhumanité 
montée descend. (Mâle, loc. cit.) 

' Figure reproduite dans l'ouvrage cité de M. Mâle, fig. 39. 

* ei L'inconstance du bransle divers de la fortune faict qu'elle nous doibve présenter 
a toute espèce de visage ]» (Eêsais, 1. I, cl. 33). 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 71 



Je régneray ! Je règne ! Je suis sans règne ! J'ai régné ' / 
Un autre manuscrit du même ouvrage nous a fourni la Roue 
de Fortune dont nous avons donné une reproduction sommaire; 
l'inconstante déesse, placée au centre, en active le mouvement; 
particularité intéressante et qui paraît assez rare. Nous la retrou- 
vons pourtant sur un croquis du célèbre album de Villard de 
Honnecourt, croquis schématique, mais plein d'énergie, et qui 
paraît se rapporter à un projet de vitrail ^ Lassus en a ra{)proché 
une miniature qui se trouve dans un manuscrit de Brunetto 
Latini appartenant à la Bibliothèque nationale. « Comme ici, » 
dit-il ^, « la Fortune est au centre, mais debout * et fait tourner 
« la roue. Les humains sont accrochés à la jante, les uns grim- 
« pant, les autres dégringolant et s'accrochant où ils peuvent. Il 
« y en a huit, et celui placé tout en bas, sous les pieds de la 
« Fortune, s'écrie : Sum sine regno. Puis, à mesure que l'on monte 
« vers la gauche, l'espoir se fait jour avec ces phrases diverses : 
« Spes^ — Regnaho^ — Gaudium. — Regno^ dit avec orgueil 
a celui qui est assis plein d'afesurance au sommet du versatile 
^c engin. Mais, à mesure que l'on descend vers la droite, la 
a crainte s'accroît comme l'espoir de l'autre côté, mais en sens 
<i inverse : Th'mor^ — Regnavi^ — Dolor. » 

N'oublions pas que Pétrarque a célébré lui aussi ce thème 
cher à tout le Moyen âge. Nous n'avons pas à analyser ici son 
traité De remediis utriusque fortunœ ^, mais nous nous reproche- 
rions de ne pas en mentionner l'adaptation allemande : Trostspie- 
gel im GlUck und Ungluck^^ etc., à cause de l'admirable ftontis- 

^ Ancienne bibliothèque de Firmin-Didot. (Lacroix, Les Lettres et les Sciences au 
Moyen âge^ ûg. 30.) 

• Album de Villard d€ Honnecourt^ Paris, 1858, pi. XLI. 
' Lassos, Album cfe Villard d^ Honnecourt, p. 167. 

• Dans le dessin de Villard de Honnecourt, elle est assise, les pieds appuyés sur un 
globe. 

^ Nous avons sous les yeux une ancienne adaptation française assez intéressante de 
ce livre ; en voici l'intitulé : Le sage résolu contre la bonne et la mauvaise fortune, par 
François Pétrarque, florentin, nouvellement mis en français. Bruxelles, François 
Foppens, s. d., in-12. 

• Titre général : Das andev Buch Frostspiegel defz bochberubmptcn Poeten und 
Oraioren Francisci Petrarchi. 



72 SOCi:ÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

pice qu'exécuta Burgkmaîr, pour rédition de Frankfort (1584). 
L'implacable roue, chère aux imagiers d'an tan, s'y montre ani- 
mée et dramatisée avec une rare énergie. Les quatre vents, têtes 
colossales aux faces convulsées de toutes les fureurs d'Eole, 
soufflent furieusement sur les malheureux qui, s'acharnant à la 
conquête de biens décevants, précipitent eux-mêmes le cours 
du jouet inventé par la troublante déesse que les anciens confon- 
dirent souvent avec Némésis, la déesse de la vengeance. Et ceci 
nous remet en mémoire que pendant la guerre des Paysans qui, 
si tragiquement, bouleversa l'Allemagne au xvi® siècle, la roue 
de Fortune devint l'emblème vengeur de la Jacquerie thurin- 
gienne. Elle figurait sur plusieurs de ses bannières, où quel- 
ques-uns la prirent pour un symbole agricole, comme le soc, le 
fléau, la fourche, le râteau et le sabot en croix que l'on voyait 
sur quelques' sceaux de ces sinistres précurseurs de nos Croquants. 
Un violent pamphlet anonyme, publié en 1525, dans l'Allemagne 
méridionale, avait, au titre, une roue de Fortune encadrée des 
inscriptions suivantes qui en expliquaient le sens réformiste et 
révolutionnaire ^ : 

LE MOMENT EST VENU POUR LA ROUE DE FORTUNE, 
DIEU SAIT d'avance QUI GARDERA LE HAUT. 



PAYSANS 
BONS CHRÉTIENS 



ROMANISTES 
SOPHISTES 



qui vous fait tous suer? 
l'avarice du seigneur. 



TOURNE, TOURNE, TOURNE 
BON GRÉ, MAL GRÉ, TU DOIS TOURNER. 

Nous sommes loin, avec ces applications haineuses et brutales, 
du large symbolisme moral qu'on était accoutumé à tirer de la 

^ Strobkl, Mémoires sur la littérature du XVP siècle, t. Il, p. 44, cité par Michelet. 
Mémoires de Lutlier écrits par lui-même, Bruxelles, 1824, in-18, t. I*', p. 332. 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 73 

1 — -III I ■ I ■ ■ !■ Il ■ - r ' *- I r- 

Roue de Fortune, et dont Alain de Lille s'était fait l'interprète 
dans les vers suivants de son Anticlaudtanus ^ : 

Prœcipitem movet illa rotam, motnsque laborem 

Nnlla qnies claudit... 

Hos premit, hos relevât, hos dejecit, erigit illos. 

Snmma rotas dam Cresus habet, tenet iufima Codrus. 

Julius aseendit, descendit Magnus, et infra 

Sjlla jacet, surgit Marins, sed cardine verso. 

Sylla redit... 

Symbole philosophique et raoral, emblème de révoltes sociales 
et religieuses, la Roue de Fortune devait choir fatalement dans 
le domaine de la carricature politique; nous donnerons un exem- 
ple de cette dernière et peu glorieuse transformation. 

Champfleury en a fait depuis longtemps la remarque ^ : rien 
d'aussi pauvre en invention que le cerveau de ceux qui font 
profession de raillerie. « Si on en excepte quelques hommes de 
a génie : Breughel, Hogarth, Goya, Daumier, Gavarni, qui 
c( apportent une griffe puissante, les autres sont, pour la plupart, 
a des ouvriers taquins, envieux, sifflant quand même tout ce qui 
(( est grand, tous les penseurs qui apportent une idée nouvelle. » 
Ceux-là vivent fatalement des lieux communs que les civilisa- 
tions se passent inviolablement l'une à l'autre, et c'est pour cela 
qu'au moment même où tout se renouvelait, l'art, la philosophie, 
l'histoire, de très médiocres graveurs hollandais appliquèrent à 
l'aventureux Law, tombé du haut de son Système^ le traditionnel 
symbole de l'inconstance du sort. L'exemple le plus connu s'en 
trouve dans le Het Groot tafereel der Dwaslieû^ c'est-à-dire. Le 
grand tableau des dupes ruinées par les actions des Sociétés 
financières véreuses^ en France^ Angleterre et les Pays-Bas^ en 
1720. Imprimé à l'usage de la postérité^ gros recueil, quelque 
peu factice, de planches sans nom de lieu, ni date de l'impression. 
Cette charge représente la classique roue, pareille à celle d'un 
coquet rouet de fileuse hollandaise et, chose peut-être unique, 

^ Lib. vni, cap. i, cité par M. Mâle, loc. cit., p. 120. 
* Gazette des Beaux-Arts, t. XV, 1877, p. 103. 



74 SOCIjStÉ archéologique du GERS. 

tournant de gauche à droite. En haut, un pape est assis, tenant 
une fouet d'une main et lançant la foudre de Tautre; sur la pente, 
chavire Law précédé dans le vide par son chapeau, sa perruque 
et son système; il est attaché par une chaîne à Albéroni qui 
Tentraîne en tombant, mais qui, d'un effort désespéré, se cram- 
ponne à la roue, prêt à remonter peut-être, car la même chaîne 
le relie au Prétendant bien prêt lui-même d'atteindre le Pape au 
sommet si instable où on le voit trôner. 

Le livre par excellence du Moyen âge fut la cathédrale; ce 
qu'on trouve dans les manuscrits, on doit le retrouver dans les 
églises; la sculpture monumentale s'en est emparée pour le 
commun profit de tous les fidèles. Nous devons donc rencontrer 
la Roue de Fortune dans le décor de pierre des églises, et elle y 
est en effet. 

L'exemple classique apparaît sur l'encadrement de la rose à 
colonnettes rayonnantes percée au pignon nord du transept de 
Saint-Etienne de Beau vais. Douze personnages la composent, 
couchés la plupart contre la roue, les uns la tête en haut, les 
autres la tête en bas. Seuls les quatre personnages arrivés au 
sommet se dégagent de la pierre et se profilent sur le caractéris- 
tique réseau quadrillé de ce pignon roman. 

Même représentation à la cathédrale d'Amiens, avec seize 
personnages groupés autour de la demi-rose du portail méri- 
dional. Didron, qui en avait méconnu la signification, y voyait, 
comme nous l'avons déjà dit, l'image des différents âges de la 
vie. Il a été seul de cette opinion \ Jourdain et Duval ^ n'ont eu, 
pour rectifier cette erreur, qu'à constater le délabrement toujours 
croissant des vêtements portés par les figures qui descendent. 
Évidemment, dans ce cas particulier, il s'agit non seulement des 
ambitieux, mais aussi de ceux qui après avoir acquis la fortune 
s'en voient dépouillés. Cette rose est du xv® siècle; celle Saint- 
Etienne de Beauvais, du xii"", comme celle de la cathédrale 

' DiDRON, Iconogr. Chrét Guide de la peinture du Mont-Athos^ p. 400 note. De 
Gaumont a une phrase assez ambiguë sur ce sujet (^Architecture religieuse^ p. 190). 

* Le portail Saint-Honoré ou de la Vierge dorée, à la cathédrale d'Amiens, Amiens, 
1844, in4°. 



SEANCE DU 7 ftTARS 1004. 



de Bâle qui sert aussi de support à une roue de Fortune. 
LasBus estimait, avec juste raison, que la Roue de Fortune 




LA BOUE DE 'fortune DO PAVEMENT ÉMAILLÉ DE MAZÈRKB. 
(Easai de recotiBtitntion de l'enaemble.) 



dessinée par Villard de Honnecourt était destinée à décorer la 
verrière d'une rose gothique à six lobes. TI subsiste au moins 
deux vitraux ainsi décorés : un à la cathédrale de Cantorbéry, 



76 HOCIlÎTé ARCHEOLOGIQUE DU 6BRS. 

l'autre, du xvi® siècle, à Troyes\ Enfin cette allégorie faisait le 
sujet d'une peinture murale du xiv® siècle, dans la cathédrale de 
Rochester^, et s'étalait dramatique et colossale sur le merveil- 
leux pavement du dôme de Sienne. 

Il est intéressant de constater combien ce thème fut souvent 
traité par les artistes du Moyen âge, architectes, sculpteurs, 
peintres, verriers, miniaturistes, mais on serait bien incomplet si 
on bornait cette revue aux seules représentations plastiques. De 
bonne heure on avait demandé les secours de la mécanique pour 
rendre plus saisissante aux fidèles la haute leçon morale qui se 
dégageait pour tous de ce symbole. Lassns en a fait le premier 
l'observation : oc C'était quelquefois », dit-il,. « une machine 
« mobile qui était chargée de rappeler aux hommes le peu de 
(( confiance qu'il faut avoir en ses dons précaires. Ainsi Baldricus, 
« évêque de Dole, visitant l'abbaye de Fécamp à la fin du 
<ic XI® siècle, ou au commencement du xii*, voit dans l'église une 
c( roue descendant, montant et tournant sans cesse. D'abord, le 
« sens lui en est caché, mais il comprend bientôt que c'est une 
a roue de Fortune, et en prend texte pour écrire une mercuriale 
(( aux jeunes moines qui prennent l'habit sans y avoir assez 
ce réfléchi l » 

En terminant cette trop longue énumération, constatons que 
la destinée de cette roue a donné une preuve nouvelle et assez 
inattendue de la vérité de son symbole; après avoir, pendant de 
longs siècles, prêché dans les églises le renoncement aux 
honneurs et aux richesses, elle devient d'abord un simple jouet, 
puis un vulgaire jeu forain. Voici une annonce qui constate cette 
dernière et triste déchéance : 

c( En vente, boulevard de la porte Saint-Antoine, vis-à-vis la 
(( rue du Pas-de-la-Mule : Boue de Fortune, dite aussi Jeu de 
a fauteuils, composée de six fauteuils tournant perpendiculaire- 



* Lassus, Album de Villard de Honnecourt, p. 167. 

' Camille Enlart, Manuel d^Arch» française, t. I, p. 360. 



^ Lassus, loc. cit., cf. Neustria pia, p. 231, et Bibliothèque de V Ecole des CJiartes, 
1859, p. 154. 



SEANCE DU 7 MARS 1904. 77 

« ment sur deux pivots de cuivre. y> (Journal général de France, 
20 août 1780.) 

Il ne nous reste plus qu'à noter, dans la Vente de S. A. R. le 
duc Charles de Lorraine (1782), « une roue de Fortune de bronze 
<rsardoré. » 

Depuis lors, comme le dit M. Havard, à qui nous empruntons 
ces deux citations : a La roue de Fortune n'a pas cessé d'orner 
« nos fêtes publiques; mais on donne plus généralement à ce jeu 
< le nom de balançoire. y> 

. Revenons maintenant aux carreaux émaillés de Mazères. Ce 
sont les premiers, à notre connaissance, dont la décoration repré- 
sente la Roue de Fortune; cela ne veut pas dire qu'ils aient été 
les seuls, car, d'une part, nous avons constaté la présence de 
cet emblème sur le célèbre dallage du dôme de Sienne, et, 
d'autre part, le peu que nous savons sur les thèmes généraux 
adoptés par ceux qui donnèrent les premiers dessins d'ensemble 
des pavements céramiques nous permet d'affirmer que ces artistes, 
ayant opéré sur un programme identique à celui qui avait présidé 
à la décoration des églises, ont dû forcément se préoccuper de la 
Roue de Fortune. 

Mais que sait-on de ces programmes ? Presque tout, si on 
s'en rapporte aux faits; rien, si l'on se borne à consulter les 
livres. Après avoir dépouillé, à bien peu d'exceptions près, 
l'ensemble des publications consacrées aux carreaux historiés du 
Moyen âge\ nous sommes forcé de constater que personne, 
jusqu'ici, ne s'est préoccupé de ces dessins d'ensemble. Il sem- 
blerait même que la plupart ait pensé que les tuiliers seuls 
avaient la charge de décorer leurs carreaux, et que les poseurs 
les plaçaient comme ils pouvaient, au hasard de la fourniture. 
Comme s'il était admissible que les éminents architectes du 
Moyen âge, dont la haute main était partout, aient abandonné à 
d'humbles tâcherons le soin de décorer à leur guise le sol des 

' Co n^est pas une exagération, car nouB avons en ce moment plus de quatre cents 
fiches sur les carrelages historiés, formant une bibliographie crîtiquc que nous espérons 
publier bientôt 



-^^^r-^^ 



78 SOClériâ ARCH]£OLOGIQUE DU OERS. 

édifices qu'ils élevaient, alors que nous les voyons dessiner des 
mosaïques et des dallages de pierre avec cette conscience pro- 
fonde qu'ils apportaient en tout. 

Les courtes pages qui nous sont ici concédées nous empêchent 
de développer nos propres observations, qui, nous en avons 
Tespoir, combleront bientôt cette lacune. Nous nous bornerons à 
dire que, à côté des carrelages historiés dérivés des mosaïques de 
l'antiquité à dessins géométriques, des tapis de pied et des ten- 
tures françaises, et, enfin, des étoffes luquoises, il a dû exister 
d'autres carrelages faits à l'imitation des pavements de pierre 
incrustée de mastic, comme ceux de Saint-Omer et de Térouane, 
comme eux dérivant des mosaïques qui décoraient les basiliques 
chrétiennes. On connaît leur décor encyclopédique comme l'ico- 
nographie des églises elles-mêmes; effigies et scènes illustrant 
l'Ancien et le Nouveau Testament, les quatre Fleuves, les Arts 
libéraux, les Vertus, le Zodiaque, les travaux des Mois, les Sai- 
sons, une suite d'animaux réels et fantastiques, les portraits des 
donateurs, la Roue de Fortune, et les labyrinthes ou Chemins 
de Jhérusalem \ 

Si notre hypothèse est vraie, nous devons en trouver la confir- 
mation tout au moins dans les monuments, car les textes abon- 
dent peu sur cette matière si spéciale. Or, par chance spéciale, 
nous avons l'heureuse fortune d'en rencontrer un tout à fait pro- 
bant que nous nous empressons de reproduire. On connaît la 
célèbre lettre de saint Bernard à Guillaume de Saint-Thierry sur 
l'abus du luxe dans les lieux sacrés. Après avoir censuré en 
termes enflammés l'élévation des voûtes, les sculptures des cha- 
piteaux, l'or et les gemmes répandus à profusion sur les châsses, 
les lampadaires décorés de pierres précieuses, les candélabres 
d'airain semblables à des arbres, l'ardent antagoniste d'Abélard 
s'attaque aux pavements émaillés avec ime précision de termes 
qu'Edouard Fleury a admirablement mise en lumière, et s'écrie : 
Ut quid saltem sancf-orum imagines nos veneremiir; quibus utique 

^ Ne pouvant entrer ici dans les détails nécessaires, nous prions le lecteur d'y 
suppléer en se rapportant au chapitre intitulé Pavement, de Texcellent Manuel d'Ar- 
chéologie fra/nçaise, de M. Camille Enlarï (t. I, pp. 704 à 723). 



' 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 79 

tpsum^ quod pedxbus conculcantur^ scatet pavimentum 9 Sœpe 
spuitwr in ore angeli; sœpe alicujus sanctorum fades calcihus 
tunditur transientium. Et si non sacris his imaginibus^ cur vel 
7um parcùur pulchris coloribus ? Cur décoras quod mox fedandum 
estf Cur depingis quod necesse est conculcari? Quid ibi valent 
venustata formœ ubi pulvere maculantur assidtio^ ? etc. Commen- 
tant ce passage, Edouard Fleury écrit : a Parmi les innom- 
(i brables carreaux de couleur, vernissés où non, qui parent les 
a sanctuaires, les chapelles et les nefs d'une grande quantité de 
a nos églises, surtout dans les arrondissements de Laon, de 
<ic Soîssons et de Château-Thierry, j'eusse pu reproduire soit 
a Tange dans la bouche duquel on crache {spuitur in ore angeli)^ 
a car je le rencontre agenouillé, les bras étendus et les ailes 
« déployées, sur un pavé de l'église de Prémontré, soit le saint 
<c sur la face duquel le passant appuie le talon, car l'image de 
« saint Nicolas se montre dans le carrelage mutilé de l'église 
« d'Oizy; mais en fait de représentations religieuses sacris iui 
a imagvnibus^ je donne ici le pavé de Prémontré à l'agneau 
c( pascal, et celui de Saint-Médard de Boissons où deux chrétiens 
«c se tiennent debout en présence de la croix qu'ils supportent 
« chacun d'une main * ». 

A côté des paroles du grand abbé de Cîteaux, j'ai tenu à 
placer l'éloquent commentaire de l'éminent archéologue, pour 
affermir plus solidement les fondements de ma thèse. Sans pous- 
ser l'édifice jusqu'à son couronnement, j'y joindrai quelques 
assises nouvelles. 

Voici ce que me fournit un rapide coup d'œil sur mes notes 
consacrées aux carrelages historiés : Le monogramme du Christ 
apparaît à Troyes ', en Champagne et à Mallièvres, en Poitou * ; 
la crypte de Ham a fourni une autre représentation de l'agneau 

^ SiincU Bemardi Apologia ad Guillelmum sancti Tlieodorici abbaUy caput XII, 
Luxum et abusum in templis et oratoriis extruendis^ omandis et pingendis, arguit, 
(ŒuTres de saint Bernard, commentées par Mabillon.) 

' Antiquités et monuments du départ, de V Aisne, t. IV, pp. 149-150. 

» ViOLLET-LB-Duc, Dictionn, d' Architecte t. II, p. 273, t 16. 

* Benjamin Fillon, VArt de la terre chez les Poitevins, p. 51. 



80 SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

portant la croix ^; dans la chapelle du château de Baye se sont 
trouvés deux anges thuriféraires et une figure de prélat assis qui 
paraît être saint Alpin, un des premiers évêques de Troyes, né à 
Baye ^ Saint Nicolas se présente, en compagnie de saint André, 
au château de Nomeny, en Lorraine^; saint Georges combattant 
le dragon est à Baulieu *, dans la -Creuse, et saint Pierre avec 
saint Paul à la cathédrale de Vienne *. 

Les rois masses, dont les noms ont été relevés par Benjamin 
FiUon • sur une brique poitevine, apparaissent sur les deux quarts 
subsistant d'une rosace du château ducal de Brazey-en-Plaine 
(Côte-d'Or), avec les mots hic deum adora ^ L'adoration des 
mages, avec la Sainte Vierge, était peinte sur un pavement de 
Tabbaye de Longues, célèbre par ses tombes en carreaux 
historiés qu'a décrites M. de Farcy ^ Elles avaient été fabriquées 
dans les ateliers de Molay, dont une épave présente une grande 
tête d'ange^, reste d'un sujet tracé sur plusieurs carreaux 
raccordés. Les figures de Judith et d'Hérodiade ont été trouvées 
au château de Nomeny'^, de nombreuses inscriptions tirées des 
livres saints à l'abbaye de Villeloin, etc. 

L'iconographie des églises du Moyen âge étant encyclopédi- 
que, celle des pavements historiés doit l'être également, comme 
l'est celle des dallages de pierre et de marbre de Saint-Omer, de 
Terouane, du Mont Saint-Eloy, de San-Miniato de Florence et 
du Dôme de Sienne; auprès des représentations de personnages 
sacrés on doit donc trouver, avec les portraits des donateurs, la 
série des figurations consacrées par lesquelles le Moyen âge 

' Ch. GoMART, Pavement de la crypte de Ham. BulUtin monumental^ 1863, p. 709. 

* J. de Baye, BulleU de la Soc. des Antiquaires de FraticCy 1885, p. 213. 
' Revue des Soc. savantes j 6* série, t. II, 1870, p. 193. 

* De Gkssac, Bullet. de la Soc. des Antiq. de France^ 1883, p. 210. 

* A. Roman, Bullet. archéol. du comité des trav. hist.y 1889, p. 170. 

* Loc. cit., p. 51. 

' Adolphe GuiLLON et Henri Monceaux : Les carrehiges historiés du Moyen âge et 
de la Renaissance. Paria, Ruan, 1887, t. II, p. 4t. 

* La Céramique dans le Calvados. U atelier du Molay. (Congrès Arch. de France, 
1883, pp. 362 et Buiv. 

» Ihid., p. 366. 

'0 Revue des Soc. Sav. 5« série, t. II, 1870, p. 195. 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 81 



symbolisait et résumait toute sa science et toute sa foi. Et 
nous trouvons précisément tout cela dana nos briquettes 
historiées. Le plus souvent, les donateurs s'affirment par leurs 
armoiries, quelquefois pourtant ils se sont fait représenter par 
leur effigie agenouillée, tels Hugues de Lionne à Sézanne \ et 
un abbé inconnu à Téglise Saint-Pierre de Vienne ^ 

L'abbé A. Chevallier, qui si passionnément a colligé les carreaux 
vernissés de la Champagne, en a trouvé qui représentent le soleil 
et la lune, les types des différentes races qui peuplent l'univers, 
et les animaux de la création *. J'ai de bonnes raisons de croire 
qu'on trouverait dans sa collection les Quatre Ages, les Arts, les 
Vertus et peut-être les Vices. Les mois, les saisons et les tra- 
vaux des champs ont été relevés par M. Liénard sur les 
briquettes de la cathédrale de Verdun et de l'église de Condé-en- 
Barrois *. Enfin, pour ne pas prolonger outre . mesure cette 
énnmération, nous désignerons le labyrinthe de la salle capitu- 
laire de Caen* et la Roue de Fortune de Mazères, prouvant 
définitivement ainsi que, à l'instar des somptueux dallages de 
pierre incrustée et des mosaïques chrétiennes, plus somptueuses 
encore, les modestes pavements de terre cuite émaillée ont conti- 
nué, dans bien des cas, la tradition iconographique qui unit entre 
eux tous les arts du Moyen âge. 

Nous devons aux carreaux de Mazères, si curieux déjà en 
eux-mêmes, d^avoir pu entrevoir d'abord, préciser ensuite un fait 
que nul n'avait encore soupçonné jusqu'ici et dont l'importance 
est grande pour l'histoire, encore si obscure, de nos carrelages 
historiés. 

M. Enlart, avons-nous dit plus haut, semble admettre, avec 
quelques réserves pourtant, l'origine italienne des carreaux 
émaillés de Mazères. 



* Carreaux vemisêés de Sézanne ( Marne) ^ par M. J. de Bayes (Extrait de la 
Revue de Champagne^ p. 5. f° 11). 

* Bulletin arck. du Comité des trav, hist, 1889, p. 166. 

' Etudes sur les carreaux vernissés du Moyen âge. Reims, 1902, passim. 

* LiÉifARD, Bulletin Monumental, 1863, p. 146. 

* Rev. Edward Trollope. Notice of ancient and médiéval labyrinthe, 1869. 



82 SOCIÉTÉ AKGHéoLOGIQUE DU GERS. 

Certes, nous ne sommes pas de ceux qui, niant toute évidence, 
veulent enlever à Tart italien TboQueur d'avoir précédé Tart 
français ; nous déclarons très haut que nous comprenons mal ce 
parti pris, qui ne vit que de contre-vérités, d'ignorances voulues 
ou réelles, et d'arguties bonnes peut-être au pays de dame Chi- 
cane, mais indignes de l'érudition, dont la plus stricte sincérité 
est la loi fondamentale : mais ceci dit et hautement affirmé, nous 
ne voyons par les raisons qui peuvent faire pencher pour l'origine 
italienne des carreaux de Mazères. 

Le dessin et le costume des personnages représentés sont 
absolument français, et, pour la technique, elle peut être tout 
aussi bien française qu'italienne. 

Personne ne songe plus — parmi ceux du moins qui ont 
quelque compétence dans la matière — à revendiquer pour Luca 
délia Robbia l'honneur d'avoir inventé l'émail stannif^re^; on 
connaît nombre de faïences italiennes antérieures au grand 
artiste, antérieures même au xv® siècle ^; mais, à la même époque, 
c'est-à-dire à celle oîi furent faits les carreaux de Mazères, on 
fabriquait en France de la poterie émaillée, sous l'inspiration 
directe de céramistes espagnols. En 1384, en effet, Jean de 
Valence exécute pour le duc de Berry le carrelage des chambres 
et salles du château de Poitiers, et dans le compte de ses 
dépenses figurent l'étain fin, le (( limail pour fère le vert et 
d Tor », avec les autres ingrédients et ustensiles indispensables 
au potier émailleur ^ Un peu plus tard (1391), Jehan le Voleur 
et Jehan du Moustier font pour le château de Hesdin des 
(( carriaux pains et jolis », d'après les dessins du peintre 
Melchior Broederleim *. Voilà deux faits précis prouvant que 

* Emile Molinier et Cavallucci, Les Délia Robbia. 

* FoRTNUM. Archœologia^ t. XLII, pp. 379-386, et Descriptive^ catalogue of the mc^o- 
lico in the South Kensington Muséum, Introduction, pp. 26 et suiv. — F. Lenormand, 
Rapport sur une mission archéologique dans le midi de V Italie, (Gazette des Beaux- 
Arts^ 1883, pp. 12 et suiv.) — E. Molinier, La Céramique italienne au x^ siècle, 
Paris, Leroux, 1888, pp. 1 et suiv. 

' Victor Gay, Glossaire Archéologique^ au mot Carreaux. 

* Histoire de la Céramique lilloise^ par J. Hoddoy. Paris, 1869, pp. 9 et suiv. 11, 15, 
etc. 



8JÊAK0B DU 7 MARS 1904. 83 

déjà, à la fin du xiv® siècle, on employait en France les pave- 
ments décorés de peintures émaillées concurremment avec les 
carreaux incrustés et vernissés. 

D'autre part, le musée d'Agen possède de très curieuses 
poteries remontant h peu près à la même époque, décorées de 
larges feuillages peints en vert et en violet de manganèse sur 
engobe blanche, dont la technique rappelle de très près celle des 
carreaux de Mazères. Ces poteries ont toutes été trouvées à 
Agen même ou dans ses environs immédiats, et, quoique leur 
aspect soit fait pour surprendre, et qu'on ne leur connaisse pas 
encore de pièces dont on puisse les rapprocher, les meilleurs 
juges — au premier rang M. Emile Molinier — n'hésitent pas à 
les croire françaises. Si Ton observe, en outre, que le trait de 
violet manganèse cernant le dessin caractéristique des faïenciers 
du Sud-Ouest se retrouve sur les carreaux de Mazères, on 
n'hésitera guère à admettre qu'ils ont été fabriqués dans la 
région même, dans quelque atelier gascon ou agenais, qu'il ne 
faut pas désespérer de retrouver un jour, puisque Castelnau-sur- 
l'Auvignon a déjà livré les seules matrices de potier carreleur 
qui soient encore connues \ 



€ La Vasoonie »% de M. de Jaurgain, 
Par m. a. Lavbrgne. 

Cet important ouvrage traite des origines féodales de la 
Gascogne. 

Dans la première partie, entièrement composée des dissertations critiques et 
de textes, dit M. de Janrgain, je me suis attaché à résoudre quelques problèmes 

* A. Laybrqme, Carrelages historiés du département du Gers. (Bulletin de la Soc. 
arch. du Gers, 1901, p. 29). 

' La Vasconie, étude historique et critique sur les origines du royaume de Navarre^du 
duché de Gascogne^ des comtés de Comminges, d'Aragon, de Foix, de Bigorne, d A lava 
et de Biscaye, de la vicomte de Béam et des grands fiefs du duché de Gascogne. — Pau, 
impr. Garet, in-8^, 2 vol., 1898, xx-4ô3 pp.; 1902, xviii-626 pp. 



84 SOCIÉTÉ ARCHIÈOLOGIQUE DU GERS. 

d'importance capitale poar les annales du sud-ouest de la France et du nord de 
TËspagne, tels que les commencements du duché de Yasconie, du royaume de 
Pampelune et du duché de Navarre, de Tévêché de Gascogne et du diocèse 
de Bajonne, des comtés héréditaires de Bordeaux, d'Agen, de Bazas, de 
Comminges, de Bigorre, etc., et à démontrer la valeur des documents sur 
lesquels s'étajeut mes théories qui, pour la plupart, ont le mérite de l'inédit 
(t. I, Avant-propos, pp. v et vi). 

Mon pauvre ami Bladé s'était lui aussi occupé de ces ques- 
tions difficiles, et il est mort laissant une œuvre émiettée, pleine 
de tâtonnements et de beaucoup inachevée. M. de Jaurgain 
semble s'être attaché à réfuter Bladé; mais il a au fond un 
dessein bien plus important, celui d'établir que les Vascons ou 
Basques ont imposé à la Novempopulanie, non seulement leur 
nom, mais des chefs de leur nation (I, p. 16). 

Une telle opinion, les développements qu'elle comporte, et 
tous les sujets accessoires traités par M. de Jaurgain dans le 
premier volume de son ouvrage, méritent l'examen d'érudits 
spécialement préparés par l'étude des textes mérovingiens et 
carolingiens du nord de l'Espagne et de toute l'Aquitaine. Un 
éloge banal ou des critiques superficielles ne satisferaient 
personne, car il s'agit des origines nationales de notre Sud-Ouest. 

J'avoue que ces temps primitifs exercent une sorte de fascina- 
tion sur mon esprit. Un jour, peut-être, j'aurai la hardiesse 
d'exposer, sur l'origine ethnographique de notre Gascogne 
d'après la philologie, quelques idées contraires à celles que 
M. le docteur Collignon a déduites de ses observations anthropo- 
logiques, mais il me sera parfaitement impossible d'étudier tous 
les problèmes dont s'occupe M. de Jaurgain. Il me faudrait 
quitter des entreprises auxquelles je suis depuis longtemps 
attaché; et je risquerai fort, comme le pauvre Bladé, d'avoir la 
vie trop courte pour venir à bout de ces difficiles études. 

Il me semble plus prudent de porter toute mon attention sur 
le second volume de La Vasconte^ qui établit la succession des 
dynasties féodales de l'ancienne Novempopulanie. A partir de 
Garcie Sanche le Courbé, duc de Gascogne, les textes sont plus 
clairs et moins sujets à contestation, l'histoire devient plus 



SJÊANCB DU 7 MARS 1904. 85 

précise. D'ailleurs, à ce personnage se rattachent les principales 
maisons féodales qui ont dominé sur le territoire qui forme le 
département du Gers dont je me préoccupe surtout. 

Garcie Sanche le Courbé partagea ses possessions entre ses 
trois fils : Taîné eut le duché de Gascogne, le second le Fezen- 
sac, le troisième TAstaràc. 

La succession de Guillaume Garcie, premier comte de Fezen- 
sac, fut partagée entre ses deux fils : l'un eut le Fezensac propre- 
ment dit, l'autre l'Armagnac. 

Un cadet de Fezensac hérita de l'une des quatre grandes 
baronnies du comté et fut le premier Montesquieu. 

Dans ce qui concerne les comtes d'Armagnac, j'ai remarqué 
de quelle façon judicieuse M. de Jaurgain établit la légitimité des 
droits de Bernard Tumapaler au duché de Gascogne qu'il a 
possédé quelque temps. 

Au XII® siècle, le comté de Fezensac tomba en quenouille et 
fut réuni à celui d'Armagnac. Je compte revenir sur nos premiers 
comtes quand j'aurai sous les yeux le Gartulaire de Saint- Mont^ 
dont M. de Jaurgain a déjà fait imprimer le texte et qui paraîtra 
incessamment. 

Sur le comté d'Astarac, remarquons seulement que le Pardiac 
en fut séparé au xi® siècle, et que bientôt après les Monlezun 
eurent ce fief important. 

Revenons aux ducs de Gascogne. Un arrière-petit-fils de 
Garcie Sanche le Courbé, Odon-Donat, vicomte de Gascogne, 
donna, en 993, son consentement à la donation de l'église et de 
l'abbaye de Saint-Gény, près de Lectoure, au monastère de 
Saint-Sever. Saint-Gény étant en Lomagne, M. de Jaurgain en 
conclut naturellement que la Lomagne était la vicomte de Odon- 
Donat. Arnaud II, petit-fils de celui-ci, paraît dans les documents 
pourvu du titre de vicomte de Lomagne et d'Auvillars, ainsi que 
ses descendants. 

Un autre petit-fils d'Odon-Donat, Garcie Arnaud, eut en 
partage la terre de Galard ou Goalard, première baronnie du 
Condomois. Il en prit le nom et ses descendants le portent encore 
de nos jours. 



86 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Nous trouvons encore dans cette famille Arnaud de Lomagne, 
coseîgneur de Bats en Fezensac, le premier de cette famille 
illustrée, surtout au xvi® siècle, par Manaud de Bats, le faucheur 
d'Henri IV. 

Enfin une branche de la maison de Lomagne, celle des seigneurs 
de Fimarcon et de Fezensagnet, a continué les comtes d'Arma- 
gnac au XII* siècle, Géraud IV étant mort sans postérité. 

Je m'arrête pour ne pas donner à cet article de trop grandes 
proportions. Mais je tiens à déclarer que je n'ai point mentionné 
force vieilles familles féodales du pays qui me préoccupent et sur 
lesquelles M. de Jaurgain donne de précieux renseignements 
(Corneillan, l'Isle-Jourdain, Luppé, etc.). Je n'ai fait que laisser 
entrevoir un coin de l'immense tableau. L'auteur, en eflFet, a tiré 
au clair les origines et les généalogies de toutes les grandes 
familles féodales de la Gascogne, depuis les temps les plus reculés 
jusqu'au xiv® siècle; son esprit investigateur et ingénieux a 
comblé toutes les lacunes ; sous chaque nom, il a groupé tous les 
renseignements et tous les textes. Cette œuvre, bien conçue, 
ordonnée avec méthode, richement documentée, écrite d'un style 
sobre, est vraiment colossale. On ne résume pas un tel livre, 
mais tous ceux qui se préoccupent du passé de la Gascogne 
doivent l'avoir sous la main. Le grand défaut que je trouve à ces 
deux volumes, c'est de n'être pas suivi d'un troisième qui accom- 
pagnerait nos comtes d'Armagnac jusqu'à leur chute dramatique, 
au XV® siècle. 



Requête adressée aux administrateurs du distrlot de Oondom 
par les détenus au ooUège de ladite ville, 

Par m. de Golmont. 

Notre confrère, M. de Colmont, a bien voulu faire copier et 
nous communiquer l'intéressant document que l'on va lire. Un 
opuscule, publié à Pau, en 1877, par les soins de la Société des 
Bibliophiles de Béarn, La liste des Suspects du département 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 



des Basses-Pyrénées en 1793^ contient un grand nombre des 
noms qui figurent sur les listes annexées à la pétition des 
détenus au collège de Condom. Souvent même, il est fait men- 
tion en regard du nom du suspect qu'il a été dirigé vers cette 
ville. C'est grâce à ce document que plusieurs noms mal écrits 
ont pu être rectifiés, et les renseignements donnés par l'ouvrage 
cité plus haut complètent heureusement cette nomenclature. 

CiTOYBNS Administrateurs, 

YoQg avez rendu les 24 et 28 thermidor deux arrêtés par lesquels vous 
nous avez ordonné de payer 540 livres [)onr le salaire des deux cent soixante- 
dix citoyens de la garde nationale qui ont fait le service dans la maison de 
réclusion, pendant les dix-huit jours qui se sont écoulés du l^*" messidor au 
18 du même mois ; nous croyons être en droit de réclamer contre ces deux 
arrêtés, et nous allons vous présenter les réflexions qu'ils nous ont suscitées : 
noua sommes persuadés que vous les écouterez avec bonté et que vous les 
pèaerez dans votre justice ordinaire. 

L'évasion de Daignan, qui était détenu avec nous, vous obligea de mettre 
en arrestation, le 15 prairial, le concierge et les six hommes que vous aviez 
proposés à notre garde et, pour les remplacer, vous mîtes en réquisition la 
garde nationale de Condom. Elle a fait ce service, depuis le 15 prairial 
jusqu'au 18 messidor; pour payer celui du 15 au 30 prairial, vous rendîtes le 
V^ messidor une ordonnance de 500 livres pour le salaire des deux cent 
cinquante hommes. Elle fut acquittée le 2, et en nous empressant de faire ce 
payement, nous vous donnâmes une preuve de notre soumission à vos arrêtés; 
il ne nous fut cependant possible de l'effectuer entre les mains du citoyen 
Bnsca, commandant provisoire de la garde nationale, qu'avec le secours de 
Castéra Petricot, alors détenu avec nous; celui-ci paya à lui seul ce qui 
manquait pour parfaire la somme de 500 livres, après qu'on eut inutillement 
essayé d'y fournir par la voie de nos répartitions ordinaires. 

Nous vous présentâmes, le 4 messidor, une pétition par laquelle nous vous 
demandâmes de fixer les frais de garde du 16 prairial au V^ messidor à upe 
somme proportionnelle à celle que nous avions payée pour les décades 
antérieures à l'évasion de Daignan. Vous ne répondîtes pas à cette pétition, 
mais d'après ce que nous dirent dans le tems deux administrateurs et celui 
qui s'était écoulé depuis la cessation du service de la garde nationale, sans 
qu'il survint d'arrêté pour un payement postérieur, nous espérions que vous 
auriez égard à celui de 500 livres et que nous n'aurions rien à fournir pour le 
service de la garde nationale du V^ messidor au 18. Cependant vos deux 
arrêtés des 24 et 28 thermidor nous ordonnent de payer 540 livres pour le 



88 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

salaire de deux cent soixante-dix hommes qui ont fait ce service : noas devons 
vous avouer que nous en avons été étonnés. 

Et en effet, le service de la garde nationale doit être toujours gratuit, 
d'après les lois de son établissement, à moins qu'elle ne soit requise pour 
Mre le* service des places fortes en tems de guerre, ou pour sortir du territoire 
de sa commune. Nous avons tous fait le service ordinaire de la garde natio- 
nale, dans nos communes respectives, et nous l'avons toujours fait sans 
salaire. Depuis la suppression de la garde soldée de Paris, la garde nationale 
ordinaire y fait non seulement tout le service de la police, mais encore celui 
qu'exigent les nombreux établissements de cette grande commune, et elle le 
fait gratuitement. 

En second lieu, il nous est permis de croire que plusieurs citoyens de la 
garde nationale de Gondom, qui ont fait le service du 16 au 80 prairial, ont 
refusé de recevoir les 40 sous qui leur revenoit par jour sur les 600 livres 
payées le 2 messidor et qu'ils feront de même pour les gardes du l^*" au 18 
messidor : nous pensons que leur salaire ne doit pas accroître au profit de 
ceux qui en ont reçu leur portion et qui voudroient également avoir celle qui 
peut leur être relative sur la nouvelle ordonnance de 540 livres. 

En troisième lieu, quoique le service de la garde nationale doive être 
gratuit, il nous paraît très juste et nous offrons de payer cette intéressante 
partie du peuple, qui a besoin d'un salaire journalier pour fournir à sa 
subsistance et qui ne trouve dans le produit du travail de chaque jour que la 
force nécessaire pour le reprendre le lendemain. 

Enfin, nous croyons que de Daignan, dont l'évasion à donné lieu à des 
mesures extraordinaires, doit seul en supporter la charge et que nous ne 
devons payer, pour le service du 16 prairial au 18 messidor, que la somme que 
nous eussions eue à acquiter pendant cet espace de tems, si l'évasion de 
Daignan n'eût pas nécessité de votre part la réquisition de la garde nationale. 

Veuillez vous rappeler, citoyens administrateurs, que nous sommes en 
réclusion depuis onze mois, que nous avons été assujetis à des dépenses 
considérables qui ont entièrement épuisés nos facultés et que les revenus des 
reclus des Basses-Byrénées sont séquestrés depuis le mois de ventôse. 

Nous espérons que vous recevrez favorablement notre pétition, puisque 
nous vous la présentons au nom de la loi et de la justice. 

Ce considéré, nous vous demandons de réduire vos trois ordonnances des 
l^*" messidor, 24 et 28 thermidor, montant ensemble à la somme de 1.040 livres 
pour le salaire de cinq cent vingt citoyens de la garde nationale, relatif à 
leur service des trente-quatre jours qui se sont écoulés du 15 prairial au 
18 messidor, à la somme de 465 livres 16 sols, qui eût été la somme acquittée 
par nous d'après vos arrêtés anthérieurs à l'évasion de Daignan, à raison de 
137 livres par décade, pour le salaire de notre garde ordinaire, si ladite 
évasion ne vous eût pas obligés de mettre en réquisition la garde nationale, 
et à l'égard des 34 livres 4 deniers excèdent les dites 465 livres 16 sols, 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 89 

noQB YOtts demandons d'ordonner qa*elle sera remise à cenx des citoyens les 
plus indigents de la commune ^ 

Au collège de Oondora, le 1**' fructidor Fan second de la Bépublique une et 
indivisible. 

Pour les reclus : 

S. I. JuiLLAO, com'* trésorier; Lobmand, com. trésorier ^ 

Vu par les administrateurs du district de Condom, la pétition des reclus 
tendante à être dispensés du paiement de la garde extraordinaire de la maison 
de réclusion à laquelle Tévasion de Daignan, reclus, a donné lieu, et en faire 
ordonner qu'ils ne seront tenus que d'acquitter la somme de laquelle ils 
auraient été tenus ayant cette évasion, c'est-à-dire à raison de 137 livres par 
décade pour le salaire de la garde ordinaire. 



Le directoire, ouï l'agent national; 

Considérant que la loi du 17 septembre 1793 (vieux style) qui ordonne 
l'arrestation des personnes suspectes porte (art. viii) que les frais de garde 
seront à la charge des détenus; 

Considérant que la même loi n'a point déterminé le nombre des gardes 
qu'il j aurait dans chaque maison de réclusion, qu'elle a laissé aux adminis- 
trations la faculté de régler ce nombre d'après les mesures de précaution et 
de sûreté que les localités et les circonstances exigeroient; 

Considérant que, par le fait de l'évasion de Daignan, l'administration avait 
arrêté que la garde serait renforcée; mais que cette garde n'était point desti* 
née pour Daignan puisqu'il n'étoit plus dans la maison de réclusion, mais 
pin tôt pour qu'il fût exercé une surveillance plus active sur les détenus qui 
restaient encore dans la maison de réclusion, que conséquemment les frais 
résultans du renforcement de la garde ne peuvent être qu'à la charge des 
détenus; 

Considérant que la loi du 26 brumaire, en prescrivant que les personnes 
détenues dans les maisons d'arrêt de la Républiqne auroient la même nourri- 
ture et que les riches détenus payeroient pour les pauvres, a établi une soli- 
darité entre tous les détenus pour toutes les dépenses résultantes de leur 
détention, 

A arrêté et arrête qu'il n'y a lieu à délibérer sur la demande des pétition- 
naires; ordonne en conséquence que les deux arrêtés pris les 24 et 28 thermi- 
dor pour le payement de cinq cens qtmraniê livres^ dues pour frais de garde, 

* Toute la pétition a été écrite de la main de Juillac. Seules les trois dernières lignes 
sont de Lormand. Elles semblent avoir été ajoutées après coup, car la couleur de 
Tencre accuse une différence de nuance. 



90 sociéré ARCHéoLoaiQUE du gbrs. 

recevront lear pleine efc entière exécation et que cette somme sera payée 
solidairement par les reclus. 

Arrêté à Oondom, séance pnbliqne, le 2* fructidor de Tan 2^ de la Bépn- 
bliqne une et indivisible. 

(Suivent les signatures,) 

État des détentis au ci-devant collège de Oondom et ce quHls doivent pour leur 
nourriture depuis le 5 thermidor jusqu^ au 5 fructidor inclusivement, 

Saint-Hurne. — Peyret. — Padie. — Poutz aîné. — Poutz cadet — 
Lailbacar. — Disse oncle. — Lormand. — Salha. — Disse neveu (Antoine 
sans doute). — Pêne. — Darret Dacour. — Darret Narp. — Lajus (devait être 
originaire des Landes). — Lardas. — Santray (Michel). — LafonL — 
Darsaut. — Espalungue. — Plantier cadet, perruquier. — Molins. — 
Lahitte (abbé). — Petit. — Loustau. — Boubée. — Messine. — Danglade. 

— Lamaestre. — Gironde. — Dubernet. — Pericot. — Maçon. — Gharrein. 

— Lartigue. — Juillac. — Desplabis. — Minvielle. — Cours. — Chic. — 
Fermât. — Dubois. — Blair. — Otofage. — Boulet. — Bajon. — Minvielle. 

[On trouve en face de chaque nom, le chiffre des sommes 
payées ou dues par les détenus. Il semble inutile de les donner, 
car ces chiffres ne sont que d'un médiocre intérêt.] 

Arrêté le compte ci-dessus, ayant reçu tout ce qui m'étoit dû jusqu'au 
5 fructidor inclusivement de la part des citoyens des Basses-Pyrénées et du 
Gers portas sur cet état, à l'exception de la somme de 430 livres, déficit du 
présent mois, et celle de 689 livres 10 sols pour déficit antérieur suivant 
l'arrêté décompte du 13 thermidor, lesquelles deux sommes réunies forment 
celle de 1.119 livres 10 sols, à laquelle on doit ajouter encore celle de 100 1. 
que le cicoyen Bajon s'est engagé, à payer à Philippe Bougenot pour sa nour- 
riture antérieure au 5 messidor. Les reclus se réservant d'ailleurs de répéter 
sur le citoyen Bajon et autres, qui se sont mis dans la classe des dé&illants 
quoiqu'ils ne soient pas dans celle des pauvres, les sommes qui les concernent. 

Fait à Condom, le 7 fructidor l'an 2® de la République une et indivisible. 

Philippe BoUGBNOT; Lahitte, com" trésorier; 
F.-L Juillac, com" trésorier. 



SÉANCE DU 7 MARS 1904. 91 



BIBLIOGRAPHIE. 



Parfums épars. — Poésies, par M"* Marie-Thérèse Burgalat. - 

Poitiers, BoDamy, 1904, petit in-8, 84 pp. 

Un petit livre charmant, de forme discrète, où la grâce et le cœur se 
répandent, telle est l'œuvre de notre compatriote-poète, M*"® Burgalat. 
Je serais bien hardi de vouloir le définir davantage après Vappréciation 
de Snlly-Prndhomme : c Madame, vos vers, outre la grâce et l'harmonie, 
c ont cette qualité précieuse entre toutes : l'originalité. » 

M*"** B. a su en effet éviter la banalité désespérante des poètes à effet qui, 
en de longs vers sans doute harmonieux, chantent perpétuellement le soleil, 
la lune, les étoiles, la nature, etc., et laissent l'esprit vide et sans impressions. 
Au contraire, Parfums épars sont une suite de poésies vécues et vivantes où 
l'auteur a chanté harmonieusement nos souvenirs, nos joies présentes et nos 
espoirs. 

Après deux poésies dédicaces, l'une à Sully-Prudhomme, l'autre aux siens, 
M™® B. &it revivre en des Parfums désuets beaucoup de choses vieilles qui 
au contact de ses vers, se rajeunissent tout en gardant leur mièvrerie. 

Parfums de visy reflet des choses qui nous agitent ici-bas : l'amour, le rire, 
les pleurs, la mort, sont suivis de Parfums c^encsns, poésies consolatrices, 
évoquant les choses divines et donnant l'espoir de l'au-delà. 

Le livre de M™® B. est donc un livre charmeur où elle a mis toute son âme 
et où elle sait, en excellents vers, nous faire partager ses joies, ses peines et 
ses rêves. 

Je crois être l'interprète des membres de la Société Archéologique en la 
remerciant de ne l'avoir pas oubliée en lui faisant hommage de ses Parfums 
épars. 

R. P. 



NOTE. 



Communion pascale d'un priaonnier* 

Dans un acte passé le 10 avril 1555, par François Vergue, notaire de Vie, 
il est rappelé que sire Guilhaume Bosonx, marchand d'Ayguetinte, a lait 
emprisonner, c es carces de Vie », Jehan du Toya, de Sempuy, à la suite d'un 
arrêt de prise de corps du sénéchal d'Armagnac. Mais c ledit Bosonx, pour 



92 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOOIQUE DU GEBS. 

€ rhonnenr de la prochaine feste de Pasques^ a accordé ce que s'en sait... qne 
€ ledit de Toja soict eslargi des carces où est destenn prisonnier pendant le 
c temps et espasse de quinze jours comptant de la datte du présent instru- 
c ment pour qu'il puisse faire ses Pasques, et non à autres fins. Après, passés 
c lesdits quinze jours, ledit Jean sera tenu se présenter et remettre esdites 
c carces, et ce à pejne de cent livres tournois. » Bernadon et Bernard de 
Toya se portent cautions de Jean de Toya, leur frère. Un des témoins est 
frère Arnaud Suait, c religieux v. 



Le Gérant : Léonce CocHARAUX. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 



PRÉSIDENCE DE M. PH. LAUZUN, PRÉSIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M""^ la vicomtesse de Galard-Magnas, au château de Magnas, 
présentée par MM. Lagleize et Pagel; 

M. Louis Levens, à Paris, présenté par MM. Cocharaux et 
Despaux ; 

M. le docteur Grenier, à Lannepax, présenté par MM. Laver- 
gne et Délias; 

M. Jean Pellisson, à Condom, présenté par MM. Gardère et 
P. Lauzun ; 

M. Camille Laydeker, à Condom, présenté par MM. P. Lau- 
zun et Gardère. 

L'excursion en Lomagne est fixée aux 16 et 17 mai prochain. 

M. Lavergne prononce Tallocution suivante : 

Messieurs, j'ai à tous annoncer la mort de nos trois confrères : M. Victor 
Orenier, de Lannepax, M. Hugnes Daîgnestons, de Gondrin, M. Ghavet, d'Auch. 

Homme de devoir et éminemment pratique, M. Grenier fut toujours empêché, 
par les nombreuses affaires qui lai étaient confiées, de prendre part à nos 
travaux. Cependant il s'intéressait beaucoup à nos publications; il se préoc- 
cupait surtout de l'histoire du Saint-Puy, où il était né, et plusieurs fois il 
m'a entretenu de son très vif désir de nous voir étudier cette localité en 
effet très importante dans nos annales. Son fils, M. le docteur Grenier, maire 
de Lannepax, pour honorer la mémoire de son père et aussi à cause de 
l'intérêt particulier qu'il porte à notre œuvre, a demandé de prendre sa place 

7 



94 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

dans nos rangs. Nons nous sommes empressés de faire à M. le doctenr 
Grenier le meilleur et le pins sympathique accueil. 

Le 22 mars dernier, nous avons perdu l'excellent M. Daignestous. Je me 
suis fait un devoir, de me rendre à ses funérailles, et, par quelques paroles, 
d'honorer de mon mieux son amour pour la science et pour le travail, sa 
bonté, sa modestie, son désintéressement. 

Les études relatives à sa profession l'amenèrent à cultiver les sciences 
naturelles et en particulier la botanique. Mais dans ses herborisations il eut 
la bonne fortune de trouver et de recueillir avec soin un certain nombre de ces 
curieux objets en pierre taillée ou polie, antiques témoins des temps préhis- 
toriques. C'est sur les bords de l'étang de Courrensan qu'ont eu lieu ses 
principales découvertes, en sorte qu'il a pu conclure qu'en cet endroit les 
hommes s'étaient établis aux époques primitives et avaient laissé quelques- 
uns des instruments dont ils se servaient alors. 

Ses recherches sur l'histoire locale, en me mettant en relation avec lui, 
m'ont permis d'apprécier sa valeur personnelle, son empressement à rendre 
service et sa trop grande modestie. Travailleur consciencieux, il a exploré 
avec le soin le plus attentif les archives municipales et les minutes du notariat 
de sa petite ville; puis il a étendu ses investigations plus loin. Comme 
Tamizey de Larroque, comme le baron de Ruble, comme tous nos grands 
curieux, il ne négligeait jamais le détail, le menu détail sans lequel il n'y a 
point d'histoire positive, sûre et complète. Plein de défiance de lui-même, il ne 
voulut jamais rien publier. Ses documents, ses notes, écrits de sa bonne 
écriture, il les donnait libéralement à ses amis; c'était lui faire grand plaisir 
et même l'obliger beaucoup que de les utiliser en les publiant. Cependant 
son travail, à peu près tout inédit, ne sera pas inutile, car sa famille a eu la 
générosité de donner à la Société Archéologique du Gers tous les papiers sur 
lesquels il a consigné le résultat de ses recherches. 

Il avait le goût des collections; mais plus particulièrement il aimait à 
collectionner les livres de notre pays ou composés par nos compatriotes. Ces 
ouvrages se distinguent en effet par un haut goût de terroir qui doit charmer 
tout bon gascon. 

Conservons et honorons la mémoire de ces bons et aimables confrères. Et 
puissions nous mériter de laisser, comme M. Daignestous, la réputation de 
travailleurs aussi consciencieux, aussi serviables et aussi sympathiques. 

La Société adresse à M. le docteur Grenier, à la famille de 
M. Daignestous et à M"® Chavet Texpression de ses profonds 
regrets. 

Elle remercie Mesdames les sœurs de M. Daignestous pour le 
don gracieux des travaux manuscrits de leur regretté frère. 



SEANCE DU 9 AVRIL 1904. 9Ô 

M. le comte de Dienne offre à la Société son Etude historique 
sur la Vicomte de Cariât^ qui fit partie des possessions de la 
maison d'Armagnac. Des remerciements lui sont votés. 

M. A. Lavergne rend compte d'ouvrages offerts à la Société : 
La Cathédrale de Condom^ de M. Gardère; Les Poètes gascons du 
Gers^ de M. J. Michelet; Un été pluvieux^ de M"® la vicomtesse 
de Galard; et Omnium^ de M""® la comtesse de Pesquidoux. Les 
deux derniers sont des œuvres d'imagination où se font remar- 
quer la finesse de l'observation, la poésie et la rare distinction 
de la forme; les premiers sont des études apportant quelque 
lumière sur l'histoire d'un des monuments les plus intéressants 
de notre département et sur la littérature gasconne. 

M. Despaux remet à la Société des brochures fort rares de la 
période révolutionnaire, qui lui ont été offertes par notre confrère 
M. Henry du Bosc de Peyran. Des remerciements sont votés 
immédiatement à ce généreux donateur. 



COMMUNICATIONS. 



L'Impôt sous l'ancien régime. 

Syndicat de protestation des industriels de Saint-Glar contre Pimpôt en 1684, 

Par m. L*A66é Laqleize. 

Taîne, en des pages saisissantes \ a parlé de la misère qui, 
sous l'ancien régime, accablait le peuple sans cesse poursuivi par 
les exactions du fisc. On disait dédaigneusement des laboureurs, 
des artisans, de tous ceux qui étaient sans privilèges : a Tailla- 
« blés et corvéables à merci ». — « Sous le nom de tailles, acces- 
a soîres, capitations taillables, vingtièmes, taxe pécuniaire 
a substituée à la corvée, le fisc pressurait la foule des travailleurs 

* Taîne, Uanden régimey liv. v. 



96 SOCIÉTÉ ABCHÉOLOGIQUE DU GERS. 



d et leur ôtait de la bouche le pain qu'ils avaient gagné à la 
d sueur de leur front. » 

Dans les pays d'élection, comme la Lomagne, en analysant les 
montants des tailles, des accessoires, capitations, etc., on trouve 
que sur 100 francs de revenu net, l'impôt direct prenait au 
taillable propriétaire, 53 francs ; plus de la moitié. Le journalier 
sans propriété, qui n'avait que ses bras pour vivre et gagnait à 
peine 10 sous par jour, n'était pas épargné et payait 8, 9 et 
10 livres de capitation. 

Et gare à ceux qui se montraient récalcitrants; les collecteurs 
avaient vite fait de procéder contre eux a par établissements de 
d garnisaires, saisies, saisies-arrêts, saisies-exécution et ventes de 
« meubles ». 

Cependant, devant cette tyrannie de l'impôt, « machine à ton- 
o: dre grossière et mal agencée, faisant autant de mal par son jeu 
« que par son objet ^ », il restait, alors comme aujourd'hui, aux 
surtaxés, la ressource de la protestation et le recours à la procé- 
dure, quelquefois moins coûteuse que la surtaxe. 

En 1684, un groupe assez important de laboureurs, brassiers 
et artisans de la ville et juridiction de Saint-Clar de Lomagne, 
écrasés par la répartition du dixième des deniers de la taille, 
s'érigèrent en syndicat pour faire casser cette répartition et en 
appeler à la justice de la Cour des Aydes et finances de Montau- 
ban. Les deux actes constitutifs de ce syndicat, des 12 et 13 jan- 
vier 1684, retenus par M"* Coustaing, notaire royal ^, donnent un 
aperçu des industries exercées à Saint-Clar, il y a deux siècles. 
Nous y trouvons 7 cordonniers, — 1 menuisier, — 8 marchands 
ou trafiqueurs, — 5 sargeurs, — 13 tisseurs de lin, — 7 char- 
pentiers, — 4 bonnetiers, — 1 chapelier, — 2 tailleurs, — 
2 bouchers, — 3 hôteliers, — 2 escloupés, — 1 crestayré, — 
1 sellier, — 3 forgerons, — 2 cordiers. 

Donc, le 12 janvier 1684, devant M® Jean Coustaing, notaire 
royal héréditaire de la ville de Saint-Clar de Lomagne, quarante- 



> Taine, loc. du 

* Archives part. EE 10. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 97 

six industriels, les nommés : Charles Fonsorbes, maître cordon- 
nier, - Pierre Carrère, menuisier, - Raymond Serain, mar- 
chand, — Gilles Arquier, maître cordonnier, — Antoine Dulaur, 
sargeur, — Etienne Hélies, aussy sargeur, — Bernard Baugy, 
bonnetier, — Antoine Roubeau, chapelier, — Joseph Pepet, 
trafiqueur, — Joseph Lauros, tailleur, — Antoine Dastros, tail- 
leur, — Guillaume Maignaut, bonnetier, — Jean Laffont, Jeanne 
Sainte-Egne, Bernard Gardey, Jean Laboup, tisseurs de lin, — 
Jean Rompeyroux, dit Crestaise — Guillaume Dulaur, chasseur, 

— Adrien Garapunaut, meunier, — Gratian Truillé, charpentier, 

— Jean Feuga, escloupé, — Géraud Laforgue, trouille, — 
Dominique Montant, sellier, — Jacques Montaubric, tisseur de 
lin, — Pierre Tourné, forgeur, — Dominique Boyer, cordonnier, 

— Pierre Dubosc, bonnetier, — Guilhem Rochefort, hoste, — 
Jean-Bernard Aylies, tisseur de lin, — Sandos Montant, Bernard 
Lisante, David Lisante, charpentiers, — Raymond Montaubric, 
escloupé, — François Feuga, tisseur de lin, — Gaspard Mai- 
gnaut, sargeur, — Jean Lacaze, brassier, — Bernard Gamot, 
charpentier, — Paul Arguier, Pierre Cantaloup, tisseurs de lin, 

— Pierre Gardeil, aussy tisseur de lin, — Jean Berniat, cordier, 

— Antoine Gaulard, aussy cordier, — Pierre Dordis, hoste, — 
Jean Caubet, tailleur, — et Guillaume Goulard, boucher, tous 
habitants de Saint-Clar, se constituent en syndicat pour se 
défendre a contre une taxe qui n'a jamais été faite dans la pré- 
« sente ville et sa juridiction, et particulièrement sur les consti- 
« tuants et autres habitants de Saint-Clar, sur les industries, meu- 
« blés et canaux lucratifs \ et les prudhommes qui ont été nom- 
« mes pour faire ladite taxe au lieu de bien et dûment faire le 

^ La taxe sur les industries représentait Timpôt actuel de la patente. 

Meubles et canaux lucratifs. — Meubles, par opposition à immeubles, c*était la taxe 
mobilière. Lucratif, terme de droit désignant la qualité attachée aux objets d'un acte à 
titre gratuit, comme donation ou testament. Canaux ou cabaux signifiait les capitaux 
dont on tirait un revenu quelconque. Pluriel de cabaL Nous lisons dans les statuts du 
comté de Toulouse, en 1197 : n Si un débiteur ne peut pas payer son créancier, il sera, 
€ à la requête de celui-ci, détenu pendant huit jours au château ; qu'après Texpiration 
€ de ce délai, s*îl ne paie pas ou ne s'arrange pas, il sera livré entre les mains de son 
€ créancier qui pourra le mettre aux fers dans sa maison et lui donnera du pain et de 
c Tean jusqu'à ce qu'il ait payé son cabaL j> 



98 SOCléré ARCH^OLOOIQUE DU OEBS. 



« département de ladîte taxe, lesdits prudhommes auraient laissé 
d beaucoup de personnes qui pouvaient être comprises dans 
« ladite taxe, lesquelles ont meubles et canaux lucratifs. C'est 
d pourquoi les constituants, de leur gré et volonté, tous d'un 
(( commun accord, par la teneur du présent acte, ont créé, 
ce nommé, créent et nomment pour leur syndic et procureur les 
a sieurs Charles Fonsorbes et Pierre Carrère, ici présents et 
d ladite charge acceptant, auxquels ils donnent pouvoir tant en 
d leur nom propre que en qualité de syndics d'aller et se porter 
d dans la ville de Montauban ou d'autres lieux, si besoin sera, 
d et là estant demander et se pourvoir contre ladite excessive 
d et prétandue taxe contre lesdits constituants, devant nos 
c( seigneurs de la sommaire Cour des Aydes et finances de Mon- 
d tauban, etc. ^ )\ 

Le lendemain, d'autres industriels et artisans, au nombre de 
vingt-deux, enhardis par l'exemple, adhérèrent au syndicat; 
c'étaient : Jean Bordes, marchand, — Joseph Bernady, sargeur, 

— François Costes, trafiqueur, — Dominique Feuga, fournier, 

— Antoine Truillé, charpentier, — Jean Ayrem, sargeur, — 
Antoine Maignaut, trafiqueur, — Guilhem Tourné, forgeron, — 
Guilhem Cantaloup, forgeron, — Guilhem Laclavère, charpen- 
tier, — Geraud Cantaloup, boucher, — Arnaud Coustaud, cor- 
donnier, — Pierre Cagnat, hoste, — Guilhem Banel, trafiqueur, 

— Jean Maignaut jeune, cordonnier, — Gabriel Dubuc, trafi- 
queur, — Gérard et Pierre Bruchet père et fils, tisseurs de lin, — 
Mathieu Dordis, trafiqueur, — Guillaume Cézérac, cordonnier, — 
Jeanne Tribiol, bonnetière, veuve de Michel Caussade, — Ber- 
nard Campunaut, cordonnier. — S'étant réunis dans la maison 
de M® Jean Coustaing, notaire royal, et après lecture de l'acte 
constitutif du syndicat passé la veille, les susnommés « se syndi- 
d cant, ont d'un commun accord, de leur bon gré et bonne volonté, 
(( fortifiant ledit syndicat ont approuvé et approuvent par le pré- 
d sent acte le susdit syndicat, et les nommés Charles Fonsorbes, 
(( maître cordonnier, et Pierre Carrère, maître menuisier, syndics', 

* Min. not., arch. part., EE 10. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 99 

d et promis d'exécuter ledit syndicat de point en point, etc. * J). 

Des termes de ces deux actes, il ressort Tévidente constatation 
que les lourdes charges de Timpôt pesaient principalement sur les 
petits, alors que les grands tenanciers, bourgeois ou gentilshom- 
mes, avaient tous les moyens de s'en décharger. C'est écrit tout 
aa long dans les requêtes du temps : ce Les plus forts et les plus 
d capables de porter les charges de l'impôt sont parvenus à s'y 
« soustraire, y> Ils ont si bien manœuvré que leur taxe s'est 
réduite à mesure que s'augmentait la charge du peuple. Les pro- 
cès-verbaux des assemblées provinciales de la fin du xviii® siècle 
nous révèlent le nombre des privilégiés, nobles, ecclésiastiques, 
officiers des justices, employés des fermes, villes abonnées, qui ne 
payaient pas le quart des impôts qu'ils auraient dû payer d'après 
leurs revenus avérés. Dans un mémoire dressé en 1772, M. de 
Galonné avoue que la a cote des privilégiés n'est que la moitié 
a de ce qu'elle devrait être^ d. Dans les villes et communautés, 
les consuls, collecteurs chargés de la répartition des taxes, étaient 
exempts de la taille et ne payaient, pour la capitation, que le 
quarantième de leur revenu, et c'étaient eux qui fixaient la taille 
de chaque habitant. Il est facile d'imaginer avec quelle partialité 
se faisait cette répartition : intérêt privé, haines locales, besoin 
de ménager parents, amis, voisins, protecteurs, apportaient leur 
contingent dans la rédaction des rôles. Aussi, ce non seulement 
<i dans le corps des contribuables les privilégiés étaient dégrevés 
« au détriment des taillables, mais encore, dans le corps des tail- 
(c labiés, les riches étaient soulagés au détriment des pauvres, en 
a sorte que la plus grosse part du fardeau finissait par retomber 
<i sur la classe la plus indigente et la plus laborieuse, sur le petit 
(t propriétaire qui cultivait son champ, sur le simple artisan qui 
a n'avait que ses outils et ses mains, et en général sur les villa- 
ce geois ' y>. 

Ainsi en était-il à Saint-Clar quand les opprimés se liguèrent 
pour protester contre l'injustice. Mais, ni réclamations, ni pour- 

• Min. not.y arch. part., EE 10. 

• Tainb, loc. cit, 

• Taine, loc, cit. 



100 socréré ARcnéoLoaiQUE du gebs. 

suites, Di procès ne furent assez puissants contre <r la raison du 
a plus fort qui resta la meilleure d. 

Les deux syndics, Ch. Fonsorbes et P. Carrère, remplirent 
avec zèle leur mandat. Quinze jours ne s'étaient pas écoulés que 
les consuls de Saint-Clar recevaient de la cour de Montauban 
notification des réclamations élevées contre la taxe. 

Dans la jurade du 24 janvier 1684, le sieur de Sarrant, sieur 
d'Espeyris, premier consul, expose qu'il a été assigné, lui et ses 
collègues, devant la Cour des Aydes de Montauban, « en vertu de 
« certaines lettres royaux et à la requête de Charles Fonsorbes, 
« soi-disant prétendu syndic de certains terrassiers, laboureurs 
« et autres particuliers habitants de la ville et juridiction de 
a Saint-Clar, en cassation de la cottisation qui a esté faite sur le 
a dixième des deniers de la taille, en exécution du règlement de 
<ï Sa Majesté et de la Cour des Aydes ». L'assemblée décida 
qu'il serait répondu à l'assignation et l'affaire défendue aux frais 
de la communauté \ 

Dame Thémis ne fut jamais prêteuse: la communauté de 
Saint-Clar né se pressait pas pour verser le; sommes nécessaires 
à la défense, et le procureur près la Cour des Aydes et finances 
de Montauban dut écrire deux fois, les 18 et 23 février, pour 
demander aux consuls d'abord 9 livres, et puis 7 livres 10 sols 
pour subsister aux frais du procès intenté à la communauté. 

La jurade, convoquée le 25 février, délégua le sieur de Sarrant, 
sieur d'Espeyris, premier consul, pour aller à Montauban défen- 
dre la communauté contre Fonsorbes et Carrère et faire les 
avances des sommes réclamées par le procureur, avec promesse 
de remboursements sur les fonds communaux. A cet effet, on 
vota une imposition extraordinaire de 120 livres, dont c( une 
(( partie pour réparations urgentes au clocher et l'autre pour 
(c fournir aux frais du procès pendant entre la communauté et le 
<3C sieur Fonsorbes, syndic des syndiqués ^ ». 

La Cour des Aydes de Montauban ne mit pas longtemps à 

* Archives raunicipales. Reg. de 1673 à 1789. 

• Jurade du 28 février 1684 (archives com.). 



SEANCE DU 9 AVRIL 1904. 101 

juger; le procès fut plaidé le 28 février. Le 29 avril, un arrêt 
fortement motivé faisait droit aux justes réclamations des syndi- 
qués. L'imposition contre laquelle ils protestaient fut cassée 
comme nulle et abusive, mais les sommes versées restaient sans 
restitution. Il était ordonné que les taxes faites à l'avenir sur les 
industries, canaux et meubles lucratifs, seraient établies par des 
prudhommes nommés par la communauté, lesquels se transpor- 
teraient dans les maisons, boutiques et métairies des habitants 
compris dans le compois cabaliste\ pour les entendre sur la 
quantité, valeur et profits de leurs industries ou revenus. Les 
contrevenants à la juste répartition de Timpôt dans l'avenir 
étaient menacés d'une amende de 500 livres de dépens, domma- 
ges et intérêts. Enfin, les consuls et la communauté de Saint- 
Clar étaient condamnés aux dépens de l'arrêt, modérés à 
40 livres. 

Voici la teneur de l'arrêt : 

Arrest de la Gour des Aydes et Finances de Montauhan 

estant de teneur. 

Extraict des registres de la Cour des Aydes et finances entre Charles Fonsor- 
bes et Pierre Carrère, sindics des brassiers, laboreurs et particuliers habitants 
de la ville de Saint-Clar en Lomaigne, impétrant lettres du 21 janvier dernier, 
signiffiées le 24, controUées le mesme jour par Larribau en appel et cassation 
de l'imposition et cotisation d'industrie, cabanx et meubles lucratifs sur eux 
faites par contravention aux arrêts de la cour des 12 septembre 1667 et 
26 novembre dernier par le sindic et consuls modernes dud. Saint-Clar et 
iceux consuls condamner pour Tentreprise à 500 livres d'amande en leur pro- 
pre avec injonctions de se cotiser auxd. meubles et cabaux les sieurs J. de 
Sarrant et autres, comme aussy qu'il leur soit enjoint et à leurs snbcesseurs 
de faire annuellement un compois cabaliste sur mesme peine et aux fins desd. 
lettres d'une part led. sindic et consuls modernes dans Saint-Clar assignés et 

' Compoix ou compoids : registres publics servant à établir Tassiette de la taille et 
des autres impôts, signifiait également la répartition même de l'impôt. Deux sortes de 
compoix : Compoix terrien et compoix cabaliste. Le compoix terrien servait à la réparti- 
tion sur les fonds des impositions que les États avaient répartis entre les diocèses, dans 
les pays d^État, c'est-à-dire dans les provinces qui répartissaient et percevaient les 
impôts sans officiers royaux. — Le compoix cabaliste était dressé par des prudhommes 
dans les pays où une partie des impositions devait être supportée par les habitants à 
raison des biens d'une autre nature que des fonds et à raison de leur industrie. 



102 soci]£t]£ abchi£ologiquk du oebs. 

defandenra d'antre. Ayant lesd. sindics des brassière consigné la somme de 
dontze livres ponr l'appel et entre lesd. Fonsorbes et Garrère, sindics desd. 
brassière, laborenrs et antres habitants, suppliants par reqneste d'acte et 
joinct par ordonnance de la conr dn dixième mars dernier ponr disant droict 
en l'instance demandée l'adjudication des précédants frnits et à ce qne led. 
sindic et consuls modernes sont condanés rendre et restituer auxd. sindics et 
sindicans les sommes payées en conseqnance de lad. imposition et contraints 
par toutes voies et par corps aux depans d'audience. Yen le procès plaidé du 
28 février dernier lesd. reqneste et ordonnance dactées joinct dud. jour 
dixiesme mars dernier, arrest de la Cour des dontze septembre 1667 et 
26 novembre dernier deux extraits de l'imposition faite aud. Saint-Clar l'an- 
née dernière et présent acte d'imposition et protestation du 12 janvier dernier 
des sindicats des 9 et 30 dud. mois, délibération de la communauté de Saint- 
Glar des 15 et 27 décembre dernier, relation des prudhommes sur le compois 
cabaliste dud. jour 25 décembre et susd. dire par escrit desd. sindiqués, som- 
mations et autres productions des parties dire et conclusions du procureur 
général du Roy, dict a esté que la Cour ayant quant à ce esgard aux lettres 
dud. sindic a mis et met l'apellation et ce dont a esté appelle au néant, a 
cassé lad. imposition faite pour la présente année par lesd. assesseure comme 
nulle et abusive et contraire aux reglemans sans restitution néanmoins des 
sommes quy se trouveront avoir esté exigées lors de la signification du pré- 
sent arrêté ; ordonne que les taxes qui seront faictes à l'advenir par les asses- 
seurs qui seront nommés par la communauté pour les industries, cabaux et 
meubles lucratifs, ce faisant avec cognoissance de cauze. 

Auquel effaict ils se transporteront dans les maisons, boutiques et metteries 
de ceux qu'ils comprendront dans le compois cabaliste pour les ouïr sur la 
qnantitté et valeurs des cabaux, meubles lucratifs et profics qu'ils peuvent 
&ire de leurs industries dont ils fairont la vérification aussy exacte que faire 
se pourra, leur faisant inhibitions et deffance de confondre dans un mesme 
article les cabaux et les industries des particuliers, mais taxeront pour les 
cabaux séparément et leurs verbaux contiendront les raisons en détail de la 
qnantitté pour laquelle ils font lad. taxe et pour cest effaict après la nomina- 
tion desd. assesseurs et avant qu'ils ne procèdent il sera faict un criq publicq 
dans les rues de la ville par un sergent des consuls et à la diligence desd. 
consuls pour donner advis aux sus indiqués et autres du jour et hure pour 
procéder à la taxe qui ne pourra estre faicte que dans l'hostel de ville et en 
présence du sindic desd. taxables ou icelluy appelé pour faire cognoistre 
leurs raisons, lequel sindic sera nommé par lesd. sindiqués et taxables dans le 
jour après le criq publiq; autrement sera passé outre sans préjudice aux 
parties de pouvoir aler represanter aux assesseurs leurs raisons lorsqu'ils 
procéderont, enjoignant auxd. assesseurs de cy comporter avec l'équité et 
modération en tel quaz requis sans suport ni omission d'aucuns de ceux quy 
leur seront cogneus ou indiquez tant par les consuls que par le sindic et 



SIÉANCB DU 9 AVRIL 1904. 103 



qu'ils jugeront estre snbjet à la taxe et d'incérer au pied du relie leurs Ter- 
baux au long et en la forme prescritte cy dessus. 

A ordonné et ordonne que les fraix municipaux réglés par Tarrest du 
conseil seront prins annuellement sur les émoluments de la ville et le surplus 
desd. émoluments sera pris pour l'imposition, laquelle sera diminuée à pro- 
portion et sur le total de l'amande sans que la diminution puisse estre j^icte 
an proffict de ceux qui sont sulement comprins au compois terrier comme il a 
esté faict cette année, mais tous les contribuables généralement seront scia- 
ges d'autant. 

A faict et faict inhibitions et deffances aux officiers de l'eslection de 
Lomaigne de Teriffier les roi les sur le compois cabaliste, s'il n'est en la forme 
prescritte par le présent arrest à peine de respondre aux parties des despans, 
domages et interest, et aux consuls modernes et leurs subcesseurs à l'advenir 
de contravenir au presant règlement à peine 500 livres d'amande et tous 
dépans, dommages et interest, permettant en quasde contravention à ceux 
quy se trouveront grevés de les prendre à partie en leur propre et principal 
nom. 

A condamné et condamne les consuls en la qualité qu'ils procèdent aux 
depans d'icenx et pour cauze modérés à 40 livres, sous acte d'en prendre 
l'expédition de l'arrest à conclusion des gens du roy. A ordonné et ordonne 
que l'amande de 12 livres sera retirée à ceux quy l'ont consignée. Prononcé à 
Montauban en la Cour des Aydes et finances, le vingt et neufvièsme avril mil 
six cent quatre-vingt-quatre. — Docirat. — Gollationné : M. Lk Franc, 
rapporteur. Rapport cinq escus solvenda par les consuls. 

Abel de Grimai, conseiller du roy en sa Cour des Aydes et finances et com- 
missaire au premier huissier sergent royal ou ayde requis. — Nous vous man- 
dons contraindre par toutes voies dues et raisonnables les consuls modernes 
de Saint-Clar en Lomaigne à payer incontinent et sans dellay à Charles 
Fonsorbes et Pierre Carrère, sindics des brassiers, laboreurs et particuliers, 
habitants dud. lieu de Saint-Clar ou à leur certain mandemant la somme de 
55 livres 3 sous 8 deniers, sçavoir 40 livres de despans, 9 livres 15 sous taxe 
aux conclusions du procureur général, 3 livres pour expédition ou parchemin 
de l'arrest, et 48 sous 8 deniers pour le renoncement du procès. En laquelle 
somme de 55 livres 13 sons 8 deniers lesd. consuls modernes demeurent 
condamnés par le snsd. arrest rendeu par la cour cejourd'hui entre parties. 
Les contraignent aussy au payement de 16 sous pour le parchemin et expédi- 
tion des présents. Faict à Montauban en la Cour des Aydes et finances, le 
29 avril 1684. — Grimal. — Collationné : Coude. 

Abel de Grimai, conseiller du roy en sa Cour des Aydes et finances et com- 
missaire, au premier huissier sergeant royal ou aide sur ce requis. — Nous vous 
mandons contraindre par toutes voies dues et resonables les consuls modernes 



104 BOCI^Té ARCHéoLOGIQUE DU GERS. 

du lien de Saint-Clar en Lomaigne de payer incontinant et sans delaj à 
Pierre Garrère, sindic des brassiers, laborenrs et particnliers habitants dad. 
Saint-Clar on à son certain mandement, la somme de cinq escns de raport 
inLervenus en l'arrest rendeu cejonrd'hni par la cour entre parties. Ensemble 
an payement de 32 sous six deniers pour les 2 sons pour livre dnd. raport 
payés au receyeur des experts et 16 sous pour Texpédition du parchemin des 
présentes et tout fourny et adyancé par led. Carrère, scindic, et par led. arrest 
ordonné par lesd. consuls modernes dnd. Saint-Olar estre payables. Faict à 
Montauban, en la Cour des Aydes et finances, le 29 avril 1684. — Obimal. 
— Collationné : Coude. — Ainsin signés. 

L'an mil six cens quatre-vingt-quatre et le cinquiesme jour du mois de 
may, entre six et sept heures du matin de ce jour, certifié. Je, David Larri- 
bau, bayle royal dn domaine de Sa Majesté de la ville de Saint-Clar de 
Lomaigne, receu par M. le juge royal dnd. Saint-Clar y résidant, soubsigné, à 
la requeste de Pierre Carrère, menuisier, et de Charles Fonsorbes, cordonnier, 
habitants dud. Saint-Clar, je iuthimé et signifié Tarrest de la souveraine 
Cour des Aydes et finances de Montauban et deux exécutoires de raport et 
despans dont du tout coppie est suscritte à messieurs les consuls modernes 
dud. Saint-Clar et ce en parlant à noble Jean de Sarraut, sieur d'Espeyris, 
premier consul trouvé dans led. Saint-Clar, lequel a respondu qu'il offre tout 
presantement la somme de 18 livres 5 sous 4 deniers qui faict le montant de 
la quatriesme partie de lad. somme contenue auxd. exécutoires, laquelle dite 
somme de 18 livres 5 sols 4 deniers il a remis entre mes mains pour estre 
délivrée auxd. sindics en escus, demi-escus et autre monnoye et m'a requis 
la présente coppie que Iny ai baillé et déclaré le contrôle es l'original suivant 
l'ordonnance. — Labbibau, bayle royal, ainsin signé K 

Il est facile d'imaginer la mine déconfite des consuls et jurats 
de Saint-Clar, lorsque M® David Larribeau, bayle royal, leur 
signifia Tarrêt ci-dessus portant leur condamnation. C'est en vain 
que la cloche municipale de la tour de Thorloge les convoque ce 
même jour, 5 mai 1684, à la jurade. Le secrétaire du conseil 
donne lecture de Tarrêt devant quelques rares assistants, « mais 
« Texécution dudit arrêt est si importante et le nombre des 
a jurats si restreint que le procureur juridictionnel requiert Tas- 
ce semblée de se renvoyer à dimanche prochain * ». 

Au jour fixé, après une nouvelle lecture de Tarrêt qui « con- 

* Archives municipaleB. 

* Idem. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 105 

(L damne les consuls et la communauté en faveur des syndics des 
« brassiers, etc., à la somme de 40 liv. de dépens, plus expédition 
a et conclusion de messieurs les gens du roy se montant à la 
« somme de septante trois livres un sol et six deniers, de laquelle 
o: somme les consuls sont menacés d'être exécutés d, le premier 
consul, de Sarrant d'Espeyris, demande à l'assemblée de prendre 
des mesures à l'effet de solder les dépens. Le sieur Dessaint, 
procureur juridictionnel, est député à Montauban pour « deman- 
de der des explications et le moyen de payer* ». 

Il fallait assurer l'exécution de l'arrêt de la Cour au sujet de la 
nomination des quatre assesseurs * ou prudhommes chargés de la 
répartition de l'impôt. Le 11 mai, la jurade assemblée, les sieurs 
de Mauléon, Larroche, Carreton et La Salle d'Esparbès sont 
nommés ce pour procéder au compois cabaliste et fixer les taxes 
a auxquelles chacun des habitants peut subir ' d. Mais les élus se 
récusent. 

M. de Mauléon prétexte qu'il a été prudhomme dans la der- 
nière taxe, laquelle a soulevé ces événements et a été cassée, ce 
qui fait, dît-il, « une suspection et sujet de récusation légitime et 
« peut donner aux intéressés sujet de réclamer. Si donc l'assem- 
« blée persiste dans sa nomination, ce ne sera qu'aux risques et 
a périls de la communauté qu'il procédera au travail de la taxe 
« et du compois suivant l'arrêt de la cour, et il le présentera pour 
(( être revu et corrigé par la communauté, afin de ne se rendre 
« coupable d'aucun reproche et il n'accepte qu'à la condition 
« expresse que les autres assesseurs procéderont conjoinctement 
« avec lui ». 

Le sieur Larroche déclare à son tour ne pouvoir vaquer ces 
compois et taxes parce qu'il est près de M. de Montagut en qua- 
lité de brigadier de ses gardes, et qu'il doit partir incessamment 
près dudit seigneur. Il remercie donc la communauté de l'hon- 
neur qu'elle lui a fait. 

M. de Carreton accepte, mais avec cette réserve qu'il sera 

^ Archiyes municipales. 

' AèBeura ou osseMewrs, Collecteurs d'impôts. 

' Archives municipales. 



106 SOClÉTlâ ARCHÉOLOGIQUK DU GBB& 

assisté d'un des consuls pour aller de maison en maison afin 
d'empêcher les insultes qui l'ont déjà assailli; l'un des syndica- 
taires ne vient-il pas de lui infliger, dans cette assemblée même, 
un démenti public? 

Tout aussitôt, le sieur Dessaint, procureur juridictionnel, se 
lève; il combat ceB prétendues raisons des sieurs Mauléon, Lar- 
roche, Carreton ; ce sont des feintes^ dit-il, les quatre délégués de 
l'assemblée comptent parmi les plus qualifiés et entendus pour 
l'exécution de l'arrêt; ils ont été nommés à la presque unanimité 
des voix, aussi demande-t-il aux consuls de leur faire prêter 
incontinent le serment en pareil cas requis, « à faute de faire 
« proteste contre eux de tous dépens, dommages et intérêts, et à 
(( regard du sieur de La Salle, absent, sera assigné pour venir 
« demain prêter à son tour le serment ». 

Les sieurs de Mauléon, Larroche et Carreton durent s'exécuter. 
Ils prêtèrent le serment, suivant l'usage, (c sur les Saints Évan- 
« giles de Nostre Seigneur », mais avec cette réserve expresse : 
a de faire prester le serment demain audit sieur de La Salle pour 
« procéder conjoinctement avec eux à l'exécution de l'arrêt, à 
a peine par ledit de La Salle de 25 livres d'amende et de plus 
« grande s'il y échoit ^ ». 

En effet, le lendemain, devant les sieurs Jean de Sarrant, sieur 
d'Espeyris, et François Cézérac, premier et troisième consuls, 
comparaissait François-Honoré d'Esparbès, sieur de La Salle, 
pour prêter serment de procéder aux taxes et compois cabaliste 
sur les contribuables de la juridiction de Saint-Clar, conjointe- 
ment avec ses collègues les sieurs de Mauléon, Larroche et de 
Carreton ^. 

Les quatre prudhommes s'appliquèrent à l'exécution de leur 
mandat; en peu de jours ils eurent fait la répartition de la taxe, 
et le 28 mai ils communiquèrent à l'assemblée municipale le 
procès-verbal du compois dressé suivant les injonctions de l'arrêt 
de la Cour de Montauban, après s'être transportés dans toutes 
les maisons de la ville et les métairies de la juridiction, et requi- 

^ Archives communales. 
• Idem. 



SEANCE DU 9 AVRIL 1904. 107 

rent les consuls de faire faire un « cri public » pour avertir les 
contribuables qu'il serait « procédé, le samedi 3 juin, dans la 
d maison de ville, au département des taxes après audition du 
« syndic et autres particuliers ». 

Les gros poissons ont toujours mangé les petits. Il était à 
prévoir que la nouvelle répartition de la taxe opérée par les 
mêmes privilégiés ne se tournerait pas contre eux. Leurs mains 
avides et jalouses alignèrent les chiffres de telle sorte que la 
nouvelle taxe fut, pour les syndiqués, encore plus onéreuse que 
celle contre laquelle ils avaient protesté. 

Faire entendre de nouvelles plaintes, plaider à nouveau ? 
Comment, et à quoi bon? Pouvaient-ils espérer un meilleur sort? 
Les pauvres syndiqués prirent donc le parti de la résignation, et 
de deux maux ils choisirent le moindre, en demandant avec 
instance de revenir à l'ancienne coutume. 

Le 8 juin 1684, le sieur de Sarrant d'Espeyris, premier consul, 
ayant convoqué la communauté, annonça la soumission des syn- 
diqués, ce Ils nous ont représenté », dit-il, « que les arrêts qu'ils 
oc ont poursuivi et obtenu en la Cour des Aydes et finances, con- 
n cernant les industries, meubles et canaux lucratifs, leur sont 
« très préjudiciables et les constituent en de grands fraix, et la 
« présente comté aussy, et que, s'ils en avaient prévu les événe- 
a ments, ils n'auraient eu garde de faire d^ tels syndicats et 
« instances pour auxquels préjudices remédier et obvier à ceux 
« qui pourraient s'en ensuivre, ils auraient prié MM. les jurats 
^ de donner leur consentement en ce que soubs le bon plaisir du 
« Roy et de la Cour, lesd. syndiqués puissent obtenir un arrest à 
« leurs coups et dépands en la Cour par lequel arrest la commu- 
« nauté soit libre de se taxer à l'ancienne coustume comme aussy 
a qu'il pleusse à ladite jurade de députter à Montauban une per- 
« sonne avec le consentement de laquelle on peust terminer ladite 
« affaire par l'advis du conseil, conjoinctement avec le députté 
« que les syndiqués ont déjà nommé par acte retenu par Darquier, 
a notaire ^ ». 

' Archives muDicipales. 



108 SOCléré ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

L'assemblée s'empressa d'acquiescer à ces humbles désirs et 
délégua le premier consul, le sieur de Sarrant d'Espeyris, pour 
aller à Montauban, d pour soubs le bon plaisir du Roy et de la 
a Cour terminer cette affaire de la manière qu'il trouvera à pro- 
a pos, lui donnant plein pouvoir et s'engageant à ratifier tout ce 
« qu'il trouvera bon de faire ^ d. 

La Cour des Aydes et finances de Montauban fit droit à la 
requête. Elle annula l'arrêt du 29 avril et autorisa la perception 
de l'impôt d'après l'ancienne coutume, par l'ordonnance suivante : 

Extrait du registre de la Cour des Aydes et Finances 

de Montauban. 

Sar la reqneste présentée par les consols modernes de Sainct-Clar conte- 
nant qne suivant Tantiene coutume les habitants et autres contribuables 
étaient cottisés à raison des fouilles à eusages dont ils jouissent en lad. com- 
munauté de sorte que la taxe la plus forte estait de 20 sols et la communauté 
a observé cette forme de cottisation sans que personne en ait réclamé jusques 
à présent, que les artisants s'estant pourveu en la Cour bien qu'ils ne feussent 
cottisés que 5, 10, 15 ou vingt sols les plus hauts, il a esté ordonné qu'il 
serait procédé à un compois cabaliste suivant les règlements et les formes 
prescrites par l'arrêt du 29 april dernier, à l'exécution duquel arrest ayant 
vouleu faire procéder elle a trouvé que les industries, cabaux et meubles 
lucratifs quj sont dans le tailhable ne peuvent pas suporter la cottisation du 
dixième des impositions et que les artisants et possesseurs des cabaux et 
meubles lucratif seront beaucoup chargés sj led. compois avait lieu de 
manière que les artisants quy ont poursuivi led. arrest se trouveront cottisés 
beaucoup au delà de ce qu'ils Festoient sur les antiennes cottisations, ce quy 
les a obligés à demander que en fnst comme auparavant led. arrest et d'autant 
que, par les règlements de 1666, Sa Majesté laisse la liberté aux communautés 
de faire des compois cabalistes et que les artisants quy ont poursuivi led. 
arrest trouvent à propos d'estre cottisés sulement pour les focultés et eusages 
à laquelle tous les habitants juridictionnels seront subjets et quil importe à 
lad. communauté d'être déchargée de la faction dud. compois à cause d'un 
grand préjudice quelle en souffriroit à cause de quoy lesd. artisants auroient 
passé acte le 4" courant et la communauté auroit tenu délibération le 8® du 
courant ; occasion de quoy suplient la cour d'authoriser lad. délibération et 
faisant descharger lad. communauté de la faction dud. compois cabaliste et luy 
permettre d'en euser comme auparavant et neantmoins lui permettre d'impo- 

^ Archives municipales. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 109 

ser la somme de 327 livres dn dixième des impositions dont la cottisation a 
esté cassée par led. arrest et autres fins de la requeste; 

yen lad. requeste, led. acte du 4° du courant et délibération de lad. com- 
munauté du 8 avec les conclusions du procureur général du Roy, dit a esté 
que la Cour ayant quand à ce esgard à lad. requeste; yen le consentement 
desd. syndiqués authorisant lad. délibération, a permis et permet auxd. 
snpliants par promission de faire lad. imposition pour les eusages et facultés 
à la charge que le plus haut taxé ne pourra estre cottisé au dessus de 20 sols. 
Ensemble leur a permis, permet de régaler lad. somme de 327 livres sur tous 
les contribuables au fur la taille. Enjoignons aux officiers de l'élestion de 
vérifier ce rolle pour lad. somme sans fraix comme conteneu dans Tamande 
et faisant partie de la tailhe royale. 

Prononcé à Montauban, en la Cour des Aydes et finances, le seiziesme jour 
du mois de juin mil six cent quatre-vingt-quatre. — Collationé : M. Le 
Franc, rapporteur. — Controllé le 17 juin 1684; sol. 4 sols 5 deniers. — 
SociRAC, ainsin signés. 

La lecture et la discussion de Tordonnance cî-dessus eurent 
lieu dans la jurade du 24 juin. 

La séance fut orageuse. Celui qui par état devait être le défen- 
seur des opprimés ne faillit pas à son devoir. Dès que le premier 
consul et le procureur juridictionnel eurent requis rassemblée 
d'avoir à procéder au régalement de la somme de 327 livres sur 
tous les contribuables, sans exception, au prorata de leur taille, 
le curé de Saint-Clar, M. de Combecroze, se leva pour protester; 
il veut bien que (( Tarrest sera exécuté suivant sa forme et teneur 
a et que pour cest effet on cottisera le dixième sur les eusages et 
a facultés à condition qu'on n'excédera pas la somme de 20 sols 
« pour chasque article et qu'en cas led. dixième ne se trouvera 
« pas sur lesd. eusages et facultés; on prendra le restant sur 
« les autres contribuables au fur les tailles, et que, selon la cou- 
« tume, on choisira quatre prud'hommes pour en faire le dépar- 
« tement, lesquels presteront le serment auparavant ^ ». C'étaient 
la justice et la pitié qui parlaient en faveur des industriels, et il 
était très acceptable que le dixième de l'impôt étant supporté par 
les plus pauvres, le restant fût soldé par tous les contribuables, 
sans exception, après une égale répartition. Les sieurs de Mauléon 

* Archives municipales. 

8 



110 SOCléT:É ARCH^OLOaiQUK DU GERS. 

et Pierre Laforcade, au contraire, demandaient que « l'arrêt 
« ci-dessus enregistré comme estant un arrest d'expédition con- 
a: senti entre parties, soubs des conditions promises entre lesd. 
« parties et notamment entre M. le curé et M. de Sarrant, seront 
(( exécutés de part et d'autre entièrement, et à faculté de ce faire 
« que le 1" arrest sera exécuté suivant sa forme et teneur ^ ». 
Oette opinion, de ne tenir aucun compte de la dernière ordon- 
nance et d'exécuter le premier arrêt, souleva les murmures de 
l'assemblée. On put néanmoins, malgré le tumulte, nommer les 
prudhommes : ce furent Bertrand Gaillat, Géraud Cantaloup, 
Michel Cantaloup et Jacques Arquier. La grande majorité se 
"prononça en faveur de la motion de M. le curé. On ne put se 
mettre d'accord. Sauf les consuls, le procureur juridictionnel et 
un prudhomme, personne ne voulut signer le procès-verbal de la 
séance qui finit tumultueusement. 

Les choses menaçaient de tourner au tragique, tant les esprits 
se montraient surexcités. C'est en vain que la cloche communale 
convoqua le lendemain la jurade. Les trois consuls Jean de 
Sarrant, sieur d'Espeyris; Louis Larribeau, bourgeois; François 
Cézérac, marchand; le procureur juridictionnel Jean Dessaint; 
Pierre de Carreton, bourgeois; Bertrand Gaillat, marchand; 
Bernard Cantaloup, aussi marchand, seuls, répondirent à l'appel. 
On ne put délibérer, moins encore procéder au régalement de 
l'impôt, « vu le petit nombre des jurats, et qu'il a paru par les 
« précédentes assemblées que lesdits jurats et habitants n'ont 
« esludé led. régalement que pour nous mettre en peine ». 

Aussi fut-il dressé procès-verbal de ces oppositions faites à 
l'exécution de l'ordonnance de la Cour. 

La justice et le droit finirent par triompher; les consuls se 
rallièrent aux propositions si équitables de M. de Combecroze, et, 
le 1" juillet, la jurade étant assemblée et en nombre, M. de 
Sarrant, rappelant la délibération du 24 juin, demanda la ratifi- 
cation des quatre prudhommes déjà choisis pour la cotisation des 
usages et facultés, d'après l'arrêt du 16 juin, « attendu que cette 

^ Archives muDÎcipales. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 111 

« cotisation est nécessaire, pour ne pas retarder la levée des 
(L deniers du Roy. » Ainsi fut fait, et les prudhommes, ayant prêté 
serment sur les Saints Évangiles, s'engagèrent à remettre leur 
verbal sous trois jours. 

Au jour fixé, le 4 juillet, Jacques Arquier, Bertrand Gaîllat, 
Géraud Cantaloup et Michel Cantaloup remirent à la jurade 
assemblée leur département de la somme de 327 livres sur les 
usages et facultés; mais, n'ayant pu cotiser que jusqu'à la somme 
de 210 livres 10 sols, il demeurait à imposer la somme de 
116 livres 10 sols. Il fut décidé, suivant la motion de M. de Com- 
becroze, que cette somme serait prélevée sur les contribuables, 
ce au fur la taille^ sur le compois terrier composé de 840 livres 
a livrantes, le tout sous le bon plaisir du Roy et de la Cour d. 



Lettre d'un oréancler à sa débitrice (XVII* siècle), 

Par m. René Pagsl. 

En cette circonstance, le créancier est Tabbé de la Gorrée, 
habitant à Toulouse, et la débitrice Lucrèce de Roquemaurel, 
dame de Séguenville, veuve de Jean-Pierre de Faudoas de 
Séguenville. 

D'assez fortes sommes, qu'il m'a été impossible de déterminer, 
avaient été prêtées, antérieurement à l'année 1673, par l'abbé 
de la Gorrée à la famille de Séguenvillle. Lucrèce de Roque- 
maurel, de son côté, était créancière vis-à-vis Jean-Phébus de 
Rochechouart, marquis de Faudoas \ son cousin, d'autres sommes 
importantes, sans lesquelles elle ne pouvait satisfaire l'abbé de la 
Gorrée. Une volumineuse correspondance avait été échangée, où 
le marquis de Faudoas promettait toujours et n'envoyait jamais ^ 

De sorte que Lucrèce de Roquemaurel se trouvait, à l'égard de 
son créancier, dans une situation bizarre. 

^ Il avait épousé, le 8 février 1644, Marie de Bochechouart, fille de Jean-Louis 
baron de Barbazan et de Marguerite de Roquefort. 
> Archives du Gers, E 108. 



112 SOOl^Té ARCHEOLOGIQUE DU GKRS. 

C'est cette situation qui se trouve exposée dans les lettres que 
nous allons donner. On le verra, elles ne manquent pas d'intérêt. 

La première est du 10 avril 1673. L'abbé de la Gorrée, en 
termes respectueux et fort corrects, réclame de « l'argent 
comptant y> et conseille à Lucrèce de Roquemaurel de prendre 
toutes ses précautions afin de rentrer dans ses créances sur le 
marquis de Faudoas. 

A Tonlouse, le 10 d'avril 1673 ^ 

Le cas que je fais, madame, de Thonnear que j'ay de tous appartenir, m*a 
fait différer jnsqaes à présent à tous demander mon paiement, mais mes 
affaires ont pris nn train à ne pouvoir plus me passer d'argent comptant, et il 
nous est venu si souvent icy des paroles de votre part sans qu'il en ait été 
exécuté aucune, que nous ne pouvons plus nous 7 fier. Vous agréerés donc, 
s'il vous plait, que je ne m'y amuse plus et que je cherche mon paiement par 
toutes les voies possibles. Vous avés un moien de sortir d'affaires par 
l'argent que vous devés recevoir de M. le marquis de Faudouas; mais, si vous 
n'y prenés garde, il y en aura de plus pressés et de plus avisés que vous qui 
prendront le devant si vous n'y donnés promptement touts les ordres 
possibles, et que vous ne fassiés faire un baniment entre les mains de M. de 
Rabat. Je vous conseille, madame, de n'en rien espargner et de ne perdre point 
de temps pour cela, autrement je ne vous réponds pas que vous serés trompée. 
Pour moy je ne vous tromperai pas et je vous dirai franchement que je ne 
prétends plus vous faire de quartier, et qu'il n'est point de chose que je ne 
fasse pour être paie. 

Je suis, madame, votre très humble et très obéissant serviteur. 

L'abbé de la Gobbéb. 

M"* de Séguenville implore de nouveaux délais qui lui sont 
accordés, mais difiScilement : 

A Toulouse, le 9 de juillet 1673 >. 

Je ne doute pas, madame, de votre bonne volonté à sortir de vos affaires, 
mais il y a si longtemps que vous avez celle-ci, et l'on a si peu tenu les 
paroles que l'on m'avait données pour la terminer, que je n'ai pas lieu de 
mieux espérer de ce dernier délai que vous me demandés que des autres. Je 
vous l'accorde pourtant, madame, et je veux bien à vostre considération 
pousser mon honnesteté jusques au bout, afiSn que cela vous oblige à faire si 

> Archives du Gers, E 108. 
' Idem. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 113 

bien vostre compte qae youb aies de quoi me paier. D'ailleurs, comme Ton 
m'a toujours promis de yostre part, en cas [que] M. de Faudouas ne tous 
compte pas l'argent qu'il vous a promis. 

Je vous prie, madame, d'estre persuadée que je suis plus pressé que tous 
pour cette somme et qu'après cela je ne puis pas attendre uu moment 
davantage. 

Je suis, madame, yostre très humble et très obéissant serviteur. 

L'abbé de la Gk)BBéE. 

Au mois de septembre, Tabbé de la Gorrée ne recevant pas de 
réponse de sa débitrice, se plaint à MM. Cabirol, ses agents 
d'aflFaires, des délais réclamés et des manques de parole qu'on lui 
donne au lieu d'argent. Il s'est renseigné et a appris que le 
marquis de Faudoas est à Agen. Lassé, il déclare qu'il va se 
a faire meschant d. 

A Toulouse, le 13 de septembre 1673 \ 

A Messieurs CabiroL 

Je suis surpris, Messieurs, de n'avoir aucune nouvelle de vous ny de 
M"*® de Séguenville. Il est passé plus de termes et plus de délais que vous 
n'aviés jamais demandés nj prétendu, nj les uns ny les antres; et cependant 
je ne vois pas que vous exécutiés aucune de vos paroles. Vous dites dernière- 
ment à M. Dirat^ pour response à la lettre qu'il vous rendit de ma part, que 
vous ramassiés de l'argent et que vous m*en apporteriés au premier jour, et 
M"^ de Séguenville dit qu'elle n'attendait que l'arrivée de M. de Faudouas 
pour sortir entièrement d'affaires. Cependant il est arrivé à Agen depuis 
longtemps et je ne vois venir personne. 

Je vois bien que les bonnes gens comme moy, qui n'aiment point à faire 
desplaisir aux gens, sont les derniers paies. Il faudra se faire meschant comme 
les autres pour avoir son bien, car je vous déclare que je suis las de toute ces 
longueurs et que je suis absolument résolu d'en sortir, quoiqu'il m'en couste. 
M. Dirat me rapportera vostre response et vostre résolution et celle de 
M"*® de Séguenville, à laquelle je n'escrit pas en son particulier parce qu'elle 
ne respondit pas à ma dernière lettre et que vous lui fairés voir celle-ci. 

Attendant de vos nouvelles, je suis vostre très humble serviteur. 

L'abbé db la Gorbée. 

* Archives du Gers, E 108. 

' Procureur au Parlement de Toalouse. 



114 SOCIlÉTé ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

Voyant qu'il n'y a rien à tirer du marquis de Faudoas, Tabbé 
de la Gorrée prie M""® de Séguenville de trouver de l'argent 
d'une autre façon : 

A Toulouse, le 7« d'octobre 1673 1 

M. le marquis de Faadoaas se mocque de tous et de moy, madame, efc après 
nous avoir donné cenfc paroles et renvoies de mois en mois depuis bien 
longtemps, j'ay sceu qae son fils avoit esté icy prendre l'argent comptant que 
M. le comte de Foix lui de voit bailler et que lui mesme en avoit pris à 
Bordeaux, sans qu'il est pensé à nous. J'ai creu, madame, estre obligé de vous 
en avertir, afin que vous donnassiés un meilleur ordre à votre paiement et que 
vous ne trouvassiés plus mauvais que je voulus presser le mien. Vous m'avés 
escrit et fait souvent dire que vous vouliés vendre votre bois pour sortir 
de vos affaires; il est temps, madame, que vous le fassiés puisque l'autre 
ressource vous manque et que je ne puis enfin plus attendre. J'attends à cette 
fois vostre dernière résolution sur cette affaire pour prendre la mienne à 
mesme temps. 

Je suis, etc. 

L'abbé de la Gorrée. 

Dans une lettre du 30 novembre 1673, l'abbé de la Gorrée 
annonce à M™® de Séguenville qu'il ne se contente pas des 
100 francs qu'elle lui a envoyés, qu'il en a assez et qu'on ne lui 
paie pas même les intérêts ^ 

Enfin, après une attente d'un an, après des délais sans 
nombre, il s'aperçoit qu'on se moque de lui et qu'on n'a nulle 
envie de le payer, puisque l'argent que sa débitrice touche ne lui 
arrive pas. Il avertit M""® de Séguenville que toute lettre sera 
inutile et qu'il n'y a que (( l'argent comptant qui puisse le 
c( persuader de la sincérité de ses intentions » : 

A Toulouse, le 19 de janvier 1674 '. 

Je reçus il y a quelque temps, madame, une de vos lettres qui en contenoit 
une autre de M. de Faudouas, et toutes deux m'asauroient de mon paiement 
avant la feste des Roys. Mais il en a esté de ces paroles et de ces promesses 
comme de cent autres que vous m'avés données. Je suis très persuadé que 
M. de Faudouas ny vous n'avés aucune envie de me paier : le premier n'a 

* Archives du Gers, E 108. 

* Idem. 
' Idem. 



SEANCE DU 9 AVRIL 1904. 115 

pas sealement youln me donner an mandement sur ces marchands qui doivent 
lai compter une somme considérable, et cela prouve manifestement qu'il ne 
vent que se mocquer de moj. Et vous avés pris de lui ou de vos charbonniers 
deux cents escns, sans que j'en aie touché un sol, bien que vous m'eussiés fait 
et fait faire mille protestations que tout ce que vous pourries retirer de ces 
deux endroits m'estoit destiné. 

Je vous fait tonte cette histoire en un mot pour vous faire connaître que je 
n'ai plus de sujet de me fier à vous et envers tout le monde, si je n'ai plus la 
considération que j'aurais bien voulu avoir toujours pour des personnes qui 
n'en ont aucune pour moj et qui par le procédé me donnent sujet de pousser 
les choses à l'extrémité, comme je fairai, Dieu aidant. 

Ne prenés donc pas la peine, madame, de m'escrire, car ce seroit inutile, et 
il n'y a plus que l'argent comptant qui puisse me persuader de la sincérité de 
vos intentions. 

Je suis, etc. L'abbé de la Gobbée. 

Je ne sais si cette correspondance se termina ou non par un 

}rocès. Dans tous les cas, il était intéressant de signaler ces 

ettres aigres-douces, non pas qu'elles fixent un point d'histoire, 

mais parce qu'elles peignent un trait de mœurs assez pittoresque. 



Coutumes ou for de Pardellian, 
Par m. Emile Castex. 

(SuUeK) 

LXXIV. 

Qui panara de dia causa baient vi d. que lo coste v s. de 
jnsticia; e si ac panaba de neytz, que lo coste xx s. d'ar. de 
justicia; que sie au senhor se ac panaua de neytz e que sie metut 
en l'espuillori. 

Qui panara de dia causa baient v sols, o de qui en sus à x s. 
entro a xviii s., que lo coste xx s. d'arn. de justicia, que sie au 
senhor e que corra la billa ab lo panadis au cot. E que la crida 
ane prumera et que diga : a Qui atau fara atau prenera : d e que 
sie mes à l'espuillori. 

» Voir Bulletin, 1902, p. 231; 1903, pp. 71 et 297; 1904, p. 43. 



116 SOCJÉTÉ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

~ - I I II I- I ■ I I I - ■ _ ■ 

Qui panara de dia causa baient xx s. d'ar., o de qui en sus, 
que lo coste lxv s. d'ar. de justicia e que corra la bila ab lo 
panadis au cot. E que sie senherat à la prumera begada en la 
cara ab fer caut. que lo talhen l'aurelha. E si puys panaba 
quant sera senherat e lo era proad que fos judyat a pêne. 

Qui panara de neytz causa baient v s., o de qui en sus, entro à 
XVIII s., que lo coste lxv s. d'ar. de justicia, que sie au senhor e 
que corre la billa ab lo panadis au cot. E que sie senherat a la 
prumera betz en la cara ab fer caut. E si puys panaba, que fos 
penut. 

E que de sos bens fos feyt aquero que es dit dessus que deu 
este feyt deus bens d aquet qui aussis home à tort. 

E si panaua de neytz causa baient de v s. d'ar. en bas, que lo 
coste XX s. d'ar. de justicia au senhor e fos mes a l'espuillori e 
corros la billa ab lo panadis au cot. 



Cet article a trait an yoI diurne et nocturne. Il s'éloigne par certains 
détails des peines habituellement infligées en ces sortes de méfaits. D'ailleurs, 
comme nous l'avons déjà dit, les coutumes de Pardelhan ont un cachet 
d'originalité qui en font presque une charte unique et très intéressante à 
connaître. Il nous suffira de donner la traduction de cet article; en nous 
interdisant d'établir des termes de comparaisons avec d'autres coutumes, ce 
qui nous amènerait à des détails trop longs et sans intérêt : 

Celui qui volera de jour une chose d'une valeur de vi deniers encourra une 
amende de y sous; si le vol a lieu la nuit, l'amende sera de xx sous arnaudin, 
amende prélevée pour le seigneur, et le voleur sera mis au pilori. 

Si l'objet volé est d'une valeur de v sous à x sous ou de xyiii sons inclusi- 
vement, l'amende sera de xx sous arnaudin au profit du seigneur; de plus, le 
voleur, si le vol a lieu le jour, sera promené à travers les rues de la ville avec 
l'objet volé suspendu au cou, le crieur public le précédera en disant : c C'est 
« ainsi qu'on traitera les voleurs »; ensuite il sera cloué au pilori. 

Si l'objet volé pendant le jour est d'une valeur de xx s. arnaudin, le voleur 
sera promené dans la ville avec l'objet volé suspendu à son cou. De plus, si 
c'est la première fois qu'il a commis un vol, on le marquera avec un fer chaud 
à vive chair ou bien on lui raccourcira l'oreille. Si plus tard on le reprend 
pour le même méfait, après qu'il aura été marqué, il sera condamné à être 
pendu si le vol est bien prouvé. 

Si l'objet d'une valeur de v sous à xviii sous a été volé la nuit, l'amende 
sera de lxv s. arnaudin au profit du seigneur; le voleur courra la ville avec 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 117 

Tobjet Tolé aa coa; ai c'esfc la première foiSy il sera marqué à chair Tire avec 
un fer chand; à la récidiye, il sera pendiu 

Qoant à ses biens, ils sont assimilés an point de yne jnridique à cenx des 
meurtriers sans excnse légitime. 

Enfin, si l'objet volé pendant la nnit est d'une valenr de v sons arnandin 
on moins, l'amende sera de xx sous arnaudîn au profit du seigneur; le Yolenr 
sera mis au pilori après avoir été promené à travers la ville avec Tobjet volé 
au cou. 

LXXV. 

Qui dona fius à aatruy per las costumas de Pardelhan que 1 en 
fassa e 1 en porta bona e ferma garrentia de la proprîetat et de la 
part senhoria e de tôt home e tota femna que las y demandassan 
e las y amparassan per aucuna accion, ne per aucuna maneyra. 
E que totz los sos bens lo sian obligatz. 

E tôt home porte garrentia de part de senhoria à son afHusant 
per fîu que tendra de luy quant donat o benut, o cambiat no lo 
aura aus aquet fîusate lo aura agut d autruy. E per aquero lo 
senhor deu fiu no deu estre tengut portar guarantia de la pro- 
prîetat si de luy o deus sos, o de quet per que aquet de fiu ac 
tiendra. E per cui prenera las oblias, o per cuy lo seran engatjats 
e empenhatz aquelas oblias, recebut aquet fiu, no ac abe en 
affiusament, o en benda, o en cambi mes que tant solament Ion 
porte bona e ferma guarantia de totas personas qui arres lo 
domandessan per directa senhoria. 

II était permis dans le régime féodal de donner à fief les biens que l'on 
possédait, en observant certaines règles soigneusement contrôlées par les 
seigneurs à cause de leur importance. Il était de tout intérêt, en efiet, que les 
terres qui fournissaient le plus clair revenu aux seigneurs et qui consti- 
tuaient leur puissance ne pussent échapper à leur surveillance, et, par suite, 
les possesseurs s'exonérer de tout ou partie des services qu'ils devaient. 

Celui qui donnait à fief, suivant les règles établies par les coutumes de 
Pardelhan, était obligé de garantir la libre et solide propriété de ce fief et de 
la part seigneuriale à celui qui prenait le fief; les biens du constituant répon- 
daient de cette garantie. 

Il est nécessaire de dire qae nous nous trouvons, en ce cas, en présence de 
cette particularité du fief que les coutumes désignaient sous le nom de dépîe 
ou dépècement Nous n'entrerons pas dans les détails; qu'il nous suffise de 



118 SOCIÉTÉ ARCHIÎOLOGIQUE DU GERS. 

dire que dans tout dépie snbsistait toujours une part régulièrement établie et 
désignée, connue sous le nom de € part seigneuriale ». 

LXXVL 

E tôt home et tota ferana qui benera à autruy maysos, o 
terras, o autras heretatz, o las cambia, que 1 en sie tengut de 
portar bona e ferraa garentia a luy e au ses per tout temps. E 
totz les SOS bens luy sien tengutz e obligatz per aquera garentia 
fer e portar de la proprietat. 

Il en sera de même pour les vendeurs, qui seront tenus au garantage pour 
les ventes qu'ils feront de maisons, terres ou autres hérédités; pour les 
échangistes, tous leurs biens répondront de Texécution des contrats qu'ils 
passeront. 

LXXVII. 

E per las medissas maneyras acostumat a establit le susd. 
donzel que per tôt temps ara notaris à Pardelhan, losquaus nota- 
rias los bayles e los cossols e lo conselh de Pardelhan y stabliran 
e ordoneran accordament. 

E que puys que no 1 en pusca ora getar si no ac faze per crim 
de falsetat e per autra sa propria culpa. E que lo bayle e lo 
senhor no y poscan mètre sens lo conselh. 

E que los notaris que seran stablitz e ordenatz au comensa- 
ment juren sobres los sans quatre Euangelis e sober lo autar a la 
gleyza que etz seran fizens, somes e obediens au senhor de 
Pardelhan, à sos successors e que lo garderan son cors e sa bita, 
sa senhoria e sos deuers, sa honor e son dreyt e que seran hobe- 
diens e fizens au conselh deu médis loc e lor tiendran selat e 
signet, e los donaran conselh quant los arequisiran ab tôt lor 
leyau poder e bona fe. 

E seran leyaus e fizens e entendons en 1 oflBcii de la notaria e 
que y donaran conselh, à bona fe, à tota persona que lor domanda, 
saub causa sécréta que no la descrobara, si autre ne ly a dita. 

E que faran totas las cartas leyaument e dreyturerament de tôt 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 119 

quaa y sera feyt ne dit enter las partidas segont son leyau 
entendament, non gardât arnîc, ne ennemie, ne don, ne promessa. 

E totas las cartas que etz faran publicament que las reten e 
las noten en los papes communals acteydament la ung mes après 
1 autre, e la un dia après 1 autre, e la un an de la Incarnation 
après 1 autre. 

E que nulla carta non renden ne y pausen lor senhau, sinon 
que remanga notada totas lieras en lor papier communalment 
que es lor registre car no es cresedera nulla carta si non era 
trobada notada en lo pape d equet notari que es scriut que Taya 
feyta. 

E totz los notaris sien euros e diligens à fer las cartas quant 
las auran enquiridas que las ayan feytas desens ung mes o autant 
si obs era que los deutes contengutz fossan plus près o per autra 
granda coyta. 

E que totas las cartas que faran ayan fermetat e valor perdu - 
rabla. E que ayan lor salari communal de las cartas que faran 
segont la longuessa de lor, e segont que seran enquisidas long, e 
segont lor mautreyt. E si trop ne domandauan que lo conselh lor 
ne taxes quant ne deuen aber ben leyaument losd. notaris per lo 
logue, per lo tribalh e per lo salari. 

E que lo bayle et lo conselh fassan pagar lo logue e salari au s 
notaris de las cartas, quant feytas las auran, sens nenguna 
clamor que non los ne combenga fer. 

E los notaris que forfaran o faren falcetad en 1 offici de la 
notaria, que ne fossan punitz quant sere abundosament proatz de 
tau pena cum es usatge e de dreyt, que fossan punitz de atau 
feyt aquet qui ac fare quant sere ben proat. 

E que totz los notaris de Pardelhan sien franx tôt ayssi cum 
son franx los notaris de la ciutat d'Agen. 

Item los notaris deuon scriure au cosselh per lo franquet tôt so 
que auran scriure de las causas communals. Empero que lo 
conselh lo fassa la despensa de canengaduras de minyar e deu 
beue e hostalaria e de tôt so que aura segont lo communal negoci 
de la billa. 

E que los notaris anen enquent carta per tota la billa e per 



' 



120 SOCléré ARCHIÎOLOGIQUE DU GERS. 

tota la parroquia à tôt home de Pardelhan per autant petit pretz 
cum fare en lo obradé. 

Il était nécessaire qu'il y eût des notaires pour enregistrer les actes, 
€ les pactes », dont il est parlé aux articles précédents. Aussi le seigneur de 
Pardelhan, dans ses coutumes, établit qu'il y aura des notaires en sa bastide et 
juridiction nommés et choisis par les baillis, les consuls et le conseil réunis et 
à l'unanimité des yoix. Une fois nommés, on ne pourra plus leur enlever leur 
charge et les mettre dehors, à moins qu'ils ne commettent c crime de &ux » 
ou que, par leur propre faute, ils encourent le bannissement. Le bailli seul ne 
pourra pas user de cette faculté, il lui faudra l'assentiment du conseil. 

Les notaires, une fois nommés et dès qu'ils auront pris possession de leur 
charge, devront, tout d'abord, jurer sur les quatre saints Évangiles et sur 
l'autel à l'église d'être fidèles, soumis et obéissants au seigneur de Pardelhan 
et à ses successeurs. Ils devront veiller à la sûreté personnelle des seigneurs, 
aux intérêts de leur seigneurie et aux devoirs féodaux. Ils devront également 
obéissance et fidélité au conseil, tenir secrets les actes à eux confiés par les 
conseillers et aider ces derniers de leurs conseils, quand ils en seront requis. 

Ils devront apporter dans l'exercice de leur charge la loyauté et posséder 
les capacités requises pour exercer leurs fonctions. Ils devront éclairer de 
leurs conseils toute personne qui viendra les trouver, mais avec défense de 
divulguer les secrets à eux confiés par des tiers. 

Dans la rédaction de leur charte, ils devront apporter la plus entière 
loyauté et la plus parfaite droiture, mentionner dans leurs actes les volontés 
expresses des parties, après avoir donné leurs avis les plus désintéressés, sans 
tenir compte de leurs amitiés ou inimitiés personnelles; ils ne se laisseront 
séduire ni par dons ni par promesses. 

Tous les actes publics, qu'ils seront appelés à rédiger, devront être annotés 
et couchés par rang de date, avec soin, sur leurs registres, de mois en mois, 
de jour en jour, d'année en année. Ce qui veut dire que l'annotation devra 
contenir le jour, le mois et l'année qui se compte d'une Incarnation à l'autre, 
tels qu'ils sont mentionnés dans les actes; en un mot, c'est la création du 
répertoire. 

Ils ne devront délivrer aucun acte aux parties sans qu'ils aient apposé leur 
sceau et sans avoir pris note sur leur registre de cet acte; car aucun acte 
n'aura force de loi s'il n'est trouvé mentionné sur le registre du notaire avec 
la mention que c'est lui qui Ta rédigé. 

Tous les actes qu'ils rédigeront seront valables pour le présent et pour 
l'avenir. Pour les actes courants, ils prélèveront un salaire proportionné à 
leur longueur et à la difficulté qu'ils éprouveront. S'ils réclamaient trop aux 
parties, le conseil est tenu de les taxer, car ils n'ont droit qu'à un salaire 
raisonnable pour leur travail et leurs conseils. De même si les parties refusent 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 121 

de payer, le bailli et le conseil deyront faire payer anx notaires ce qui leur est 
dû, sans qu'il soit nécessaire pour ces services d'employer la procédure de la 
€ clameur >. 

Les notaires conyaincus d'avoir forfait ou commis le crime de &ux dans 
l'exercice de leurs fonctions seront punis, après preuves abondantes et 
convaincantes, de la même peine qu'il est d'usage de leur appliquer en 
pareille circonstance. (Habituellement on leur coupait le poing, on confisquait 
leurs biens et on les bannissait.) 

Ils seront exempts de servitudes, comme le sont ceux de la cité d'Agen. 

Ils devront gratuitement faire les écritures que le conseil leur demandera 
de feire en ce qui touche les choses de la commune. Mais les conseillers 
devront les défrayer de leurs voyages, leur donner à boire et à manger et leur 
fournir ce qui est nécessaire pour leur repas. 

Les notaires devront enfin aller rédiger les actes à n'importe quel endroit 
de la ville et dans tonte la paroisse, chez n'importe quel habitant, pour si 
modique que soit la somme leur revenant pour leur salaire, comme s'ils rédi- 
geaient ces actes dans leur étude. 

LXXVIII. 

Item acostumat e établit que hom mola tôt lo blat deus besins 
juratz de Pardelhan e deus appartenens e deu baylia de Par- 
delhan per totz locs per lo vinte baîsset qu'en done aquet o 
aquela de qui sera lo blad au senhor deu molin e que plus non 
ayan nen demanden. 

E si lo blad se perde per colpa deus molines que ac esmenden 
lo senbor e los molines d equet molin a la coneguda deu conselh 
de Pardelhan. 

Le seigneur n'avait pas, comme nous l'avons vu, de four banal; il n'avait 
pas non plus de moulin banal. Placée sur la hauteur, entre les deux petites 
rivières qui la séparaient l'une de Bretagne, l'autre de Lagraulet et Montréal, 
la bastide de Pardelhan et ses dépendances, Gazeneuve et Solère, étaient obli- 
gées d'aller &ire moudre aux moulins qui se trouvaient sur ces rivières. Ces 
moulina étaient nombreux; ils existent encore aujourd'hui sur la rivière de 
l'Auloue, et portent le nom de € Cavaignan :», du e: Pont », de c Gampanes :», 
de c Joulin », de c Nogué », de c Mousségné », de < Gibat ». 

Ceux qui étaient situés sur l'Isaute ont disparu, ils s'appelaient 
c Terrouge », c Gauhey » et c Bec ». 

Les propriétaires de ces moulins n'avaient le droit de prendre comme 
paiement que le vingtième du blé qu'ils fistisaient moudre. Le mot € baisset » 



122 sociéré aroh^olooiqus du qebs. 

employé ici signifie mesure; de ce mot est dérivé le mot c bonchet :», encore 
employé de nos jours aux environs de Montréal et Ëauze; c'est une mesure 
servant pour les grains et qui vaut huit litres. 

Si le blé venait à se perdre par la faute des meuniers, le propriétaire du 
moulin et les meuniers devaient en être responsables et les conseils de 
Pardelhan devaient en connaître et veiller à ce qae le perdant fût indemnisé. 

LXXIX. 

Item es accostumat e stablit en la bastida de Pardelhan que 
tôt home que tenga fin à Pardelhan e en la honor de Pardelhan 
segont lo for e las costumas deu médis loc que lo poscan bener 
e donar, o leyssar, o carabiar, o affazendar, o sobres affazendar à 
quyn qu'es bulhan, saup e exceptât que no ac posca ayssi fer à 
cavale, ne à donzel, ne à dona de paratge, ne à gleiza, ne à 
maior d'ordre sens la boluntat spécial de quet o daquela de qui 
then aquet fiu fiusament. Si per abentura ed faze, cum dit es, sens 
la boluntat deu senhor dequet fiu que aquet o aquela que affiuzat 
ac aura recebut, o en donacion, o en crompa, o en cambi, o en 
sobre fiu desens lo cap de Tan e de ung dia, o agos benud, o 
aliurad à affiuzate layc e que 1 en lyures per afiuzant o preditz 
senhor de cui era tengiit fiulsament. 

Tout habitant qui tiendra fief à Pardelhan suivant le <c for > et les 
coutumes du lien pourra le vendre, le laisser par donation^ par legs, 
réchanger, Tafifermer et le sous-aifermer à qui il voudra, excepté cependant 
qu'il ne pourra en disposer an profit de chevalier, donzel, dame de paréage, 
église, supérieur d'ordre, sans la volonté expresse de celui ou celle de qui il 
tiendra ce fief. 

Si par hasard il en avait disposé sans cette autorisation spéciale, celui qui 
aurait ce fief, soit par donation, soit par vente, soit par échange ou surfief, ou 
même s'il l'avait vendu ou aliéné à fiefPé laïque, serait tenu dans l'an et jour 
de le remettre en la possession du primitif seigneur de qui il était tenu 
fiefi^allement. 

LXXX. 

Et tôt home e tota femna quy tenga fiu d'autruy per lo for e 
per las costumas de Pardelhan que posca d'aquet fiu affîuzar, so 



SEANCE DU 9 AVRIL 1904. 123 

es assaber donâr en sobre fiu en aquera maneyra que s ensegueys 
e non autrament, so es assaber : 

Que aquet qui bolera fer sobre fiu s'en arrentengua dequet fiu 
autant grand partida d equet que aquela partida que se arre- 
tendra per cap de fiu posca baler quada an de renda autant quan 
montan quan las oblias e los serbicis que aquet qui ac aue sobre 
aflfiusat ne deura fer ad aquet de cui then tôt lo fiu. E si ayssi no 
ac faze, o quant aue feyt affyusana ad aquet cap fiu que se aure 
jetengut que totz los fins que ed tene deu senhor en aquet... foc 
encorregut au senhor de cui tene aquet fiu auta[nt] totz cum 
d equet sobre fiu desgessit si euipero tôt lo fiu e lo cap fiu no 
bene, car ben pot bene ad aquet cap fiu, si ben tout lo fiu que 
tene ad aquet senhor, en aquet loc. E que ne bene pura feyta 
sens biscambi e sens affîusament que los parens ayan tornara deu 
bendor que lo tanheran en lo cart gran de parentella o de qui 
en bas. E lo senhor deu quau sera tengut aquet fiu qui sera 
benud en aquesta maneyra o en autra maneyra, so es assaber : 

Que si hun home o femna ben son fiu sens afiusament e sens 
cambis que no y fossa que los parens d aquet benedor, que lo 
tanhen en losd. grans de parentatge lo puscan à retenir deuant 
tôt autre desens xv dias que sapia aquesta benda. E que y donc 
autant de prêts cum lautre stranger donaua e que Ton fassa 
autant bonas pagas cum lautre stranger luy fer. E si aquet crom- 
pador ne abe feytas despensas rasonablas que aquet corne sera 
tengut de la y rende à bona fe, à la coneguda deu conselh. E si 
aquet parent no es en Tauesquat quant aquera heretat sera 
benuda que la posca recebe sis bol desens ung an après aquera 
benda quant sera feyta. 

E si desens losd. xv dias e susd. an, los parens no ac bolen per 
tornaria que de qui en la no ac poscan recruir per tornaria aquela 
heretat deus sud. cornes. E si los parens ayssi no ac bolen recruir 
si parens cornes no y stauan, que lo senhor d'aquet fiu benut 
purament sens affîusament e sens cambi poscan recruir aquet fiu 
per autant cum autre y bolera donar. 

E que ne aya de conselh sis bo lo de qui sera aquet fiu per 
Yiii dias depuys que lo crompador e lo bendajdor se seran treyts 



124 SOCIÉriS ARCHlSOLOQIQUE DU QERS. 

de deuant aquet senhor deu quau aquet benedor lo ten sens 
meyan. E si, ayssi cum dessus es dit, lo senhor deu fiu lo 
autreyas fiusainent ad aquet que crompat Taura, e que lo crom- 
pador que lo aura crompat l'en pagues los capsos e los accaptes 
que eran degutz d equet fiu benut o donat en pura donation o en 
cambi ne en afîusament no ayan tornaria los parens, ne lo senhor 
deu fiu. 

Cet article des contumes est "an des plas importants da régime féodal. 
C'est la sous-inféodation. Diversement interprétée par les commentateurs, 
elle présente des caractères spéciaux dans chaque coutume. Ce démembrement 
volontaire du fief était soumis à des règles, à des lois, qu'il n'était pas permis 
d'enfreindre parce qu'il aurait pu léser les seigneurs dans leurs intérêts les 
plus précieux et porter atteinte à leur puissance féodale. 

Les seigneurs de Pardelhan permettent à ceux qui tiennent fief de sous- 
inféoder de la manière suivante : « Celui qui voudra sous-inféoder devra 
retenir du fief qu'il donnera en sous-inféodation une partie assez grande pour 
que cette part, qu'il gardera et qui prendra le nom de c chef-fief ]», puisse par 
ses revenus constituer la rente à laquelle s'élèvent tous les ans les oblies et 
les services féodaux dus à celui de qui il tient son fief. 

S'il ne se conforme pas à cette prescription et sous-inféode ensuite le chef- 
fief qu'il aura retenu, tous les fiefii qu'il tiendra du seigneur retourneront en 
sa mouvance directe, tant le chef-fief que les antres parties données en sous- 
inféodation; à moins qu'il ne vende le fief en entier, car il lui est permis alors 
de vendre le chef-fief, si l'acte de vente contient renonciation du chef-fief en 
entier. 

Si cette vente ne contient aucune clause d'échange ou d'inféodation, les 
parents du vendeur pourront user du droit de retour, à partir du quatrième 
degré de parenté, ainsi que le seigneur duquel est tenu ce fief; mais il faudra 
que cette vente soit faite sans clause d'échange ni d'inféodation. Dans ce cas, 
les parents du vendeur, jusqu'au quatrième degré, pourront le retenir de préfé- 
rence à tout autre et dans un délai de quinze jours du jour où ils auront 
connu la vente. Ils devront en donner le même prix que l'acquéreur étranger 
et fournir un aussi bon paiement. Si l'acquéreur évincé par les parents avait 
fait sur cet héritage des dépenses nécessaires et raisonnables, le parent qui 
aurait usé de son droit de retour devrait lui rembourser le coût de ces 
dépenses, après en avoir donné connaissance au conseil. Si ce parent ne se 
trouvait pas dans le diocèse quand l'hérédité serait mise en vente et achetée, 
il aurait un an pour user de son droit, du jour de la vente. 

Si dans ces deux délais de quinze jours et de un an les parents n'ont pas 
voulu reprendre l'hérédité, ils ne seront plus en droit, passé ce délai, d'user 
de la faculté de retrait. 



SEANCE DU 9 AVRIL 1904. 125 

Et si les parents ne veulent pas rentrer en possession des biens rendus^ ou 
sMl n'y a pas de parents au degré voulu, le seigneur de ce fief vendu, pure- 
ment et siniplement, sans inféodation et sans clause d'échange, pourra le 
retenir au même prix qu'un étranger. 

Dans le cas où il serait dû les capsols et les accaptes au seigneur et que 
Tacquérenr de ce fief les payât au seigneur qui aurait inféodé ce fief à cet 
acquéreur, ni les parents ni le seigneur précédent du fief ne pourront user 
du droit de retrait mentionné plus haut, et alors ce fief appartiendra à celui 
qui en aura payé les services dus, soit par vente, soit par donation, soit par 
échange. 

(A suivre,) 



Baroelonne, 

Par m. l'abbé Qaubin. 

(Suite K) 

L'histoire de Navarre '^ nous fournit une très piquante anec- 
dote au sujet des deux vaches et des deux lions. Nul n'ignore 
que Jeanne d'AIbret donna naissance, le 3 décembre 1553, à 
Henri d'AIbret, plus tard Henri IV, en chantant : Nostre 
Daune deu cap deu Pounty adyouda-me en aqueste houre. 
Après la naissance de l'enfant, son père, Antoine de Bourbon, 
« lui frotta les lèvres avec une gousse d'ail, et lui fit boire une 
« goutte de vin ». Henri fut confié aux soins de dame Suzanne de 
Bourbon, femme de Jehan d'AIbret, baron de Miocens ^ Ce fut 
au château de Coarase que fiit nourri et élevé le jeune prince, 
^ à la rustique, mangeant chaud et froid, allant nu-tête et pieds 
« nus, avec les petits enfants du pays ». Le roi, son aïeul *, 

» Voir Bulletin, 1903, pp. 34 et 245. 

* Cf. Hiëtoire de Navarre, par Favin, p. 807. 

' La baronnie de Miocens était située dans les montagnes de Coarase, près de la ville 
de Nay. An fronton de la porte principale du château de Coarase, qui rappelle si bien, 
par son cachet de primitive origine, le souvenir c deu noste reyot 3>, qui voulait que 
chaque paysan pût manger la poule au pot, chaque dimanche, on peut encore de nos 
jours lire cette caractéristique inscription : € Lo que ha de ser no puede faltar ]». 

* Henri II d'AIbret, dont le royaume venait d'être envahi par le roi de Castille qui 
joi^it la Navarre & la Castille (1517). 

9 



126 SOCIÉTÉ ARCnéOLOOIQUE DU GERS. 

« voyant paraître chez Tenfant belle gentillesse et grand cou- 
« rage, prophétisa qu'il serait un lion généreux faisant trembler 
« les Espagnols ses voisins et ennemis mortels. » Lorsque les 
gentilshommes du pays venaient saluer le jeune prince, Henri II 
se plaisait à leur dire : « Mire, ahora esta oveja pario un leon. » 
Il faisait allusion à la princesse Jehanne, sa fille, à la naissance 
de laquelle les Espagnols de Fontarabie disaient par moquerie : 
dc Maligro, la vaca hijo una oveja d, désignant la reine Margue- 
rite (de Valois), sa mère, par ce mot (c la vaca J), comme ils 
appelaient le roi Henri d'Albret, père de Jehanne : « el vaquero ». 

V. 

Les biens patrimoniaux de la communauté 

de Barcelonne. 

Les comtes d'Armagnac et leurs successeurs furent généreux 
envers la bastide de Barcelonne. Ils la dotèrent, à titre de sei- 
gneurs suzerains, d'un moulin, de la forêt dite de Casamont et 
de plusieurs métairies. 

i"* Moulin de Barcelonne. — En 1226, Pétronille, héritière du 
comté de Bigorre et de Marsan, éponsa Boson de Matha, 
seigneur de Cognac, en cinquièmes noces; de ce mariage naquit 
une fille nommée Mathe. En 1240, Mathe fut mariée à Gaston VII, 
vicomte de Béarn. Elle reçut en dot, de sa mère, la vicomte de 
Marsan. Du mariage de Mathe et de Gaston VII naquirent 
quatre filles : Constance, Marguerite, Guillermette et Mathe; 
cette dernière épousa Géraud V, vicomte de Fezensaguet, qui 
avait succédé au comte d'Armagnac et de Fezensac à la mort 
de Bernard V, son cousin, arrivée en 1245. Géraud V mourut en 
1285. Mathe, sa veuve, vivait encore en 1304. Or, dans V Histoire 
du Grand Prieuré de Toulouse ^ nous lisons : « La dame Amata, 
« comtesse d'Armagnac, donna (de 1260 à 1325 au plus tard) à 
« l'hôpital de Sainte-Christie le moulin sis en Barcelonne, sur la 
(( rivière de l'Adour^». En 1321, les maisons d'Armagnac et 

* Cf. Hist, du Grand Prieuré de Toulouse^ ordre de Malte, par A. du Bourg. 
' Voir plus haut : Hôpital de Barcelonne. 



SIÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 127 

d'Albret s'unirent par le mariage de Bernard Ezy II, sire 
d'Albret, avec Mathe d'Arnaagnac\ Franchissons la série des 
comtes d'Armagnac, de Jean P' (1319) à l'infortuné Jean V, 
massacré dans la ville de Lectoure, le 5 mars 1473, pour arriver 
au mariage, en secondes noces, de Henri II d'Albret, roi de 
Navarre, prince de Béarn, comte de Foix, avec Marguerite 
d'Orléans-Angoulême, sœur de François P', roi de France, dont 
il eut Jeanne d'Albret, laquelle épousa, le 20 octobre 1548, 
Antoine de Bourbon, duc de Vendôme. A la mort d'Henri II 
d'Albret, père de Jeanne, Antoine de Bourbon et sa femme héri- 
tèrent des seigneuries de Béarn, Foix, Albret, Armagnac et 
Bigorre ^ 

Par acte du 18 juillet 1568, Jeanne de Navarre confirma la 
donation du moulin de Barcelonne, faite par Mathe, comtesse 
d'Armagnac, vers 1260. Cette confirmation eut lieu, sous forme 
« d'inféodation ï), c'est-à-dire, à condition de (( foy et hommage ». 
Il fut fait cette réserve : ce Les consuls, syndics de la commu- 
« nauté de Barcelonne, ou les fermiers du moulin devront payer 
(( aux chevaliers de l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem et com- 
« mandeur de Sainte-Christie (Nogaro) cinq sacs froment et cinq 
« sacs seigle, évalué ledit grain la somme de 30 livres payables 
« à la Toussaint de chaque année ». Depuis 1651, une charge 
nouvelle pesa sur le moulin de Barcelonne : les fermiers prenaient 
l'engagement, à chaque nouveau bail, de payer au duc de Bouil- 
lon ou à ses fermiers la rente de c: 180 livres, chaque année, 
a moitié à la Saint- Jean et l'autre moitié aux fêtes de Noël ^ ». 

' Cf. Arch. hist. de la Gascogne, Sceaux gascons^ I'* partie, pp. 97 et suivanteR. 

' Jeanne d^Albret était, à la fois, reine de Navarre, dame souveraine de Béarn et de 
Donnezan, duchesse de Vendômois, de Beaumont, d*Albret, de Nemours, de Gandie, 
de Montbianc et de Penafield, comtesse do Foix, Armagnac, Rodez, Bigorre, Périgord, 
vicomtesse de Limoges, de Lautrec, de Villemur, de Marsan, de Tursan, de Gavardan, 
de Nebouzan, de Tartas et do Marennes. (Cf. Revue de Gascogne^ tome VII, 1^* série, 
p. 462.) 

' Cf. Baux à ferme du moulin de Barcelonne des 20 et 24 septembre 1676. L*acte 
de 1676 porte : « Obligation de payer cinq sacs froment et cinq sacs seigle, mesure de 

< Nogaro, au chapelain de Tospital de Sainte-Christie, qu'il a accoutumé de prendre sur 

< ledit moulin »; Tacte de 1762 ajoute cette formule : n pour la pension dont ledit 
c moulin est chargé en vertu de l'acte d'inféodation du 18 juillet 1568, consenti par 



128 SOCliTé ARCH^LOGIQUB DU GERS. 

Voici à quelle occasion : Louis XIV, obéissant à la résolution 
prise par le défunt Roi son père, Louis XIII, avait « jugé qu'il 
a devait s'assurer des places de Sedan et de Raucourt, pour le 
« bien de l'Etat et pour mettre à couvert les frontières de Cham- 
« pagne ï>. Or, très haut et très puissant prince M^ Frédéric- 
Godefroy-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon \ 
était « prince souverain des places de Sedan et Raucourt ». Sa 
Majesté « fit entendre audit seigneur duc de Bouillon sa volonté 
« de traiter avec lui au sujet desdites souverainetés et de toutes 
« les terres que le seigneur duc possédait aux environs d'icelles ». 
Le roi députa les sieurs de Harnaux et de la Fosse, conseillers 
ordinaires de ses conseils, et aussi le sieur Boucherot, conseiller 
maître ordinaire de la Chambre dès comptes, pour « travailler, 
(( de sa part, à l'évaluation desdites principautés, leurs dépen- 
<c dances et annexes ». Les commissaires royaux, ainsi qu'il 
appert des verbaux des 15 juin et 4 octobre 1647, procédèrent à 
l'évaluation ordonnée par Sa Majesté. Ils ne purent s'entendre 
avec le duc et ses députés. Dès lors, le Roi, par arrêt du conseil 
du 30 septembre 1648, commit les sieurs d*Ormesson, d'Aligre, 
de Barilhon, des Temps, conseillers^ aux fins de procéder à la 
revision desdits procès-verbaux. Le monarque autoritaire ne dut 
pas être satisfait de cette seconde enquête. Sa Majesté ordonna 
a l'arpentage et mesurage des bois et garennes, s'y mieux n'aime 

(L Jeanne de Navarre en faveur de la communauté de Barcelonne, et ratifié par le 
<L roy j>. Celui de 1768 parle <£ de la rente que ledit moulin de Barcelonne fait aux che- 
« valiers de Sainte-Christie, à titre d'aumônement ]». Un acte de bail dudit moulin, du 
11 août 1808, évalue ainsi les rentes pesant sur ledit moulin : — la rente des 180 livres 
est réduite à 177 francs 15 centimes; la rente due à Thôpital de Sainte-Christie- 
Cravencères : « quarante-quatre décalitres seigle à 1 f r. 50 le décalitre ; et quarante 
<c décalitres froment à 1 fr. 55 le décalitre, le tout évalué annuellement À 119 fr. 25. "» 
Sur Tacte de 1762, il est dit : <ic Tons les habitants de Barcelonne seront obligés d^aller 
(L moudre audit moulin tous les grains qui se consomment dans leurs familles : les 
tic contrevenants seront condamnés à une amende de 50 livres, la moitié payable au 
<L seigneur de Bouillon, l'autre moitié au profit des fermiers. En cas de récidive, leurs 
<r grains seront confisqués, et ils payeront une nouvelle amende de 50 livres. ]» (Pour 
tout ce qui précède, consulter baux à ferme du moulin de Barcelonne. Actes divers. 
Notariats Tinarrage et Bourrouilhan. Archives de M* Lagiscarde, notaire à Barce- 
lonne.) 
^ Demeurant à Paris, en son hôtel, rue du Temple, paroisse Saint-Nicolas. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 129 

« le duc de Bouîllon se contenter, quant à l'évaluation desdits 
a bois et garennes, de la somme de vingt mille livres de revenu 
dc par an... Plus reconnus par le Roi, les droits domaniaux, dons 
oc gratuits et autres, le tout évalué : cent quatre mille neuf cent 
a quatre livres neuf sols neuf deniers ». 

Le duc de Bouillon accepta ce chifire d'évaluation à 
104.904 livres 9 sols 9 deniers \ Cette acceptation donna lieu à 
réchange du 20 mars (non 23) 1651 ^ Voici, en substance, la 
teneur de ces lettres : a Le seigneur duc de Bouillon cède... à 
a perpétuité, à Sa Majesté le roi Louis XIV et à ses successeurs, 
« rois de France, tous les droits, noms, raisons et actions qui, 
« audit duc de Bouillon, peuvent appartenir aux souverainetés, 
« terres et seigneuries de Sedan et Raucourt, et, en la portion 
a du duché de Bouillon, leurs terres, annexes, appartenances et 
« dépendances tant de là que de qà la Meuse, entre les rivières du 
c( Cher et du Semoy ». Seuls, sont réservés « les droits que le 
<{ seigneur duc a au château de Bouillon et les portions dudit 
a duché usurpées sur les prédécesseurs du seigneur duc par le 
(L roy d'Espagne et par Téveque de Liège '. 

D'autre part. Sa Majesté et ses commissaires délégués cèdent, 
à toujours, au seigneur duc de Bouillon, à titre de pur absolu et 
perpétuel échange et en pleine propriété, a le duché et pairie 
« d'Albret, ses appartenances, dépendances et annexes, adjugés 
« à défunt notre seigneur le prince de Condé, par MM. les 
€ commissaires à ce députés, le 2 mai 1641, ainsi que la baronnie 
« de Durance, située au duché d'Albret, qui appartenait audit 



* LeB 104.904 livres 9 sols 9 deniers furent évalués sur le pied du denier soixante, 
c eu égard aux titres et dignité desdites terres, qui sont en souveraineté, et vu Timpor- 
€ tance de la place de Sedan i». 

' L'acte fut passé oc en le chastel id du sieur d'Ormesson, rue du Chôme, paroisse 
Saint-Jean, À Paris. Le Roi le ratifia par lettres du mois d'avril 1651, de son règne le 8". 
— Signées : Louis. — Sur le repli : Par le roiy la reine régente, sa mère, présente. Ces 
lettres furent scellées du grand sceau de cire verte. 

* Pour avoir des renseignements précis et détaillés sur le fait de ces usurpations du 
roi d'Espagne, de Tévêque de Liège, de M^^* d'Orléans et de la maison de la Mark, 
consulter V Encyclopédie cathoUque, de l'abbé Glaire et du vicomte Walsh. Art. 
Bouillon, de La Tour d'Auvergne : Orléans. 



130 sociéré ARcméoLooiQUE du gers. 

« seigneur prince de Condé \ Plus les justices hautes moyennes 
(n et basses des villes de Nogaro, Riscle, Barsalonne, Plaisance 
« et Aignan, avec tous les droits et revenus appartenant à Sa 
a Majesté et dont elle a joui et est en droit de jouir es dits lieux et 
(L consulats de Nogaro, Riscle, Barsalonne, Plaisance et Aignan... 
« Plus le duché et pairie de Château-Thierry... et autres comtés, 
« baronnies, villes, châteaux, terres », etc. — L'acte ajoute que 
si la valeur des concessions octroyées par Sa Majesté au seigneur 
duc de Bouillon ne lui paraît pas suffisante pour compensation 
des souverainetés de Sedan et Raucourt, il sera pris un supplé- 
ment sur les terres appartenant à Sa Majesté, tel qu'il sera 
convenu, après évaluation, avec les commissaires qu'il plaira à 
Sa Majesté de nommer. 

Les ducs de Bouillon gardèrent jusqu'à la Révolution de 1789 
le duché d'Albret et les cinq villes du Bas-Armagnac ^ 

2° Forêt de Casamont — Les comtes d'Armagnac avaient 
investi du titre de a fief noble et gentil » un certain territoire 
qu'ils possédaient en suzeraineté, sur les bords de l'Adour, non 
loin de l'hôpital de Cosset, en faveur des seigneurs de Casamont. 
En 1319, Arnaud Guillem de Casamont, damoiseau, rendit 
« foy et hommage lige et gratuit » à Jean I*", comte d'Arma- 
gnac, selon l'étiquette exigée en pareil cas « tête nue, genoux à 
oc terre, les mains jointes, posées sur les saints Evangiles, et 
oc entre les mains du seigneur comte ^ ». 

En 1584, 23 février, Pierre d'Estouet, consul de la ville de 
Barsalonne, en Armagnac, comparut par-devant Jean Duvignau, 

^ Henri II de Bourbon, prince de Condé, né en 1588, mort en 1646, père du grand 
Condé, Louis XI de Bourbon. 

* Cf. Archives Gabarret, ancien notaire de Barcelonne. Comptes consulaires de 
Riscle. Introduction, p. xi. 

' La cérémonie eut lieu à Nogaro, le seizième jour des calendes de novembre 
(7 novembre) 1319. Philippe le Bel, roi de France, Jean I"*^, comte d'Armagnac, 
Fezensac et Khodez, seigneur suzerain dans la terre de Rivière; le siège épiscopal 
d'Auch vacant. Parmi les témoins, figurent : Révérend Père dans le Christ Roger 
d'Armagnac, clerc, seigneur de Mauléon, docteur es lois; Guillaume do Cardaillac 
(de Cardillaco), chanoine et archidiacre de l'église d'Auch ; Gérard de Montbrun (de 
Montebruno), chanoine de Bazas ; Jean de Gorgo, notaire public des comtés d'Arma- 
gnac, Fezensac et Rhodez, etc. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 131 

conseiller du roy de Navarre, son juge au comté de Fezensac, 
Raymond Espès, conservateur général du domaine d'Armagnac 
pour le seigneur roi de Navarre, Pierre Reichet, trésorier de la 
ville de Vic-Fezensac, garde des archives d'Armagnac. Il leur 
exposa que (( pour la conservation des droits de l'universalité et 
(( communauté de ladite ville de Barsalonne, il serait nécessaire 
« luy être expédié l'hommage, qu'il croit être dans les archives 
« d'Armagnac qui sont dans la ville de Vic-Fezensac, du terri- 
<ï toire de Casamont, fait jadis par le seigneur d'iceluy au feu 
« comte d'Armagnac. Il requiert perquisition et recherche d'ice- 
(( luy hommage, et, trouvé qu'il soit, lui en expédier extrait en 
(( bonne et due forme... — Suivant laquelle réquisition, nous, 
« Duvignau, Espès et Reichet serions entrés dans la tour de 
<c l'horloge oh étoient les archives d'Armagnac, et en une charn- 
el bre oîi il y a plusieurs armoires, dans lequel est iceluy qui est 
a le troisième au rang du côté du midy, avons trouvé ledit Livre 
« d'Hommages faits aux comtes d'Armagnac par les gentilshom- 
« mes, leurs vassaux, et un desquels est celuy qui est couvert de 
(( basane verte. Ayant lu les feuillets, y avons trouvé, en un 
« feuillet marqué iiij page ij, un Hommage entier, non rayé, non 
« interligné, non vitié ni, en aucun endroit, suspect, signé du 
(( notaire qui l'a retenu, fait au comte d'Armagnac, Jean, par 
(( Arnaud-Guillem de Cazemont, du territoire de Cazemont, dont 
a à l'extrait nous avons procédé ^ ». Le seigneur de Casamont, 
Arnaud-Guillem, aurait-il, proprio motUy fait don de la forêt de 
Casamont à la communauté de Barcelonne? Quoi qu'il en soit, il 
est certain que ce l'universalité des habitants de la ville de Bar- 
a salonne » a fait acte de vassalité envers les comtes d'Arma- 
gnac : en 1547, 16 février, par-devant noble et puissant seigneur 
Jean de Goalard, chevalier, seigneur de l'Isle en Lomagne, et 
de Sainte-Livrade, sénéchal d'Armagnac, commissaire royal, en 
cette partie, député par le roi, c( M® Pierre d'Abbadie, procureur 
c( fondé des syndics, consuls et manants de la ville de Barsa- 
« lonne, bailla et mit le dénombrement et déclaration des biens 

' Cf. Notariat Gabarret. Nous possédons le texte latin de Thommage dont il est fait 
mention. 



132 SOCIÉTÉ ARCHléOLOGIQUE DU GERS. 

c: qu'ils tiennent noblement en la sénéchaussée d'Armagnac. . , 
c( C'est un bois taillis la plus grande partie et lande ensemble : 
« une métairie y construite et édifiée, appelée à Casamont, près 
« la ville de Barsalonne, confronte et tient avec les territoires 
« d'Ayre et du Mas-d'Ayre par trois parts*, et avec les rivières 
« de l'Adour et du Lez, que peut monter et valoir, cbascun an, 
« de profit, tant ledit bois que métairie, l'une année portant 
« l'autre, treize livres et demye tournois, et en sont tenus faire 
a foy et hommage au roy de Navarre, comte d'Armagnac... et 
a ne tiennent lesdits manants de Barsalonne autre chose noble- 
ce ment en la sénéchaussée ^ ». 

En 1605, les consuls, jurats et conseil de ville de Barcelonne * 
déléguèrent Jean d'Abbadie, bourgeois, à l'occasion d'un nou- 
veau dénombrement : le 18 novembre 1605, Jean d'Abbadie 
comparut, au château de Nérac, devant M® Samuel Paulhac, 
procureur général d'Albret et domanial en la Chambre des 
Comptes et conseil des Finances, au bureau établi par le Roi en 
cette ville pour les affaires de son ancien domaine, M° David de 
Vacquier, premier conseiller auditeur en ladite Chambre, et 
autres gens tenants ladite Chambre, commissaires délégués 
députés en cette partie... (( estant tête nue, les deux genoux à 
(( terre, espée dessainte *, tenant ses mains jointes entre celles 
c( dudit David Vacquier », prêta foi et hommage et serment de 
fidélité; « dit que les consuls, jurats et habitants dudit Barsalonne 
ce sont tenus faire à Sa Majesté comte du Bas-Armagnac, pour 
(( raison du bois, territoire et metterie de Casamont foy et 
d hommage, avec leurs appartenances et dépendances, assis en 



* Sur le territoire d^Ayre, non loin du bois de Casamont, existe im tumuliis, qui a 
été décrit avec érudition par le docteur Léon Sorbets, d'Aîre-sur-FAdour ; la Revue de 
Gascogne^ t. XXV, 1'» série, p. 75, a rendu compte de cette intéressante étude. 

* Archives Gabarret. 

^ Noble Pierre de Labarrière ; Arnaud de La Fitte, consuls ; Jean d^Estouet, dit 
d'Arnaud Guillem ; autre Arnaud d'Ëstouet, dit Chin ; autre Jean d'Estouet, fils de 
Joandon; encore autre Jean d'Estouet, dit le Baron; Joandon d'Estouet; Pierre 
Faget, etc. 

* Épée sans ceinture, c'est-à-dire sans épée, comme c'était requis pour Thommage 
lige. 



SÉANCE DU 9 AVRIL 1904. 133 

<r la juridiction de Barsalonne, par eux tenus noblement soubs la 
€ seigneurie et féodalité de Sa Majesté... desquels biens-nobles 
d feu Arnaud Guillem de Casamont, leur prédécesseur, fît hom- 
<i mage à feu Jean, comte d'Armagnac, le 7 novembre 1319. y> 
D'Abbadîe jure qu'il sera « bon et loyal vassal de Sa Majesté et 
<c de ses successeurs, comtes dudit Bas-Armagnac; leur bien et 
« honneur pourchassera et gardera; leur mal évitera à son pou- 
(L voir; leur donnera bon conseil quand requis en sera, leurs 
« secrets ne révélera, ni ne se trouvera en lieu auquel, contre 
« leurs personnes, femmes et enfants, bien et honneur et gens de 
« leur conseil, soit quelqu'une chose conspirée et machinée, et 
(L quand il sçaura avoir été fait, les en avertira au plus tôt que 
oc faire se pourra; servira, gardera et defFendra sa dite Majesté et 
« ses successeurs comtes, et leur honneur, envers et contre 
« toutes personnes, le Roy souverain seulement excepté (sic); 
« généralement faira, tiendra et accomplira les clauses contenues 
« es chapitres de la fidélité vieux et nouveaux, et pour foy et 
« hommage, ledit sieur d'Abbadie a baillé, audit nom, un baiser 
« à la bouche dudit Vacquier, qui a été reçu de luy, sans préju- 
ge dice d'autres plus grands devoirs, auxquels lesdits consuls, 
a. jurats et habitants dudit Barsalonne pourraient être trouvés 
a redevables, et sauf, entre autres choses, le droit de Sa Majesté 
ce et d'autrui ^ ». 

En 1690, la communauté de Barcelonne eut à soutenir, au 
sujet du territoire de Casamont, un procès qui tourna en sa 
faveur : sous la date du 18 avril 1688, le commissaire subdélégué 
en la sénéchaussée de Marsan ^ avait rendu une ordonnance por- 
tant que <{ tous possesseurs de duchés, comtés, marquisats, 
« baronies... terres seigneuries... droits et biens nobles mouvant 
« et relevant à foy et hommage de Sa Majesté, dans ladite séné- 
« chaussée de Marsan et de Saint-Sever, étaient tenus de repré- 

' Cf. archives Gavarret. 

' Thomas Du mogué, conseiller du roy, lieutenant particulier, assesseur civil et crirai- 
nel en la sénéchaussée de Marsan, commissaire subdélégué par M'' de Bazin, seigneur 
de Besotts, conseiller d'ÉUt, intendant de justice, police et finances en la généralité 
de Bordeaux. 



134 SOCI^T^ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

« senter tous les titres de propriété desdits biens et droits sei- 
a gneuriaux dans le délai de huitaine, en bonne et due forme; 
a ou, à faute de ce, le délay passé, lesdits droits et domaines 
<r seront réunis aux domaines de Sa Majesté y>. 

Le procureur du roi en la commission du papier terrier de Sa 
Majesté, pour la sénéchaussée de Marsan et de Saint-Sever, de 
concert avec le fermier des domaines royaux, prit à parti les 
consuls et jurats de la ville de Barcelonne. Il leur fit signifier par 
huissier qu'ils a s'élevaient comme prétendus fstcj du bois de 
a Casamont, en la juridiction d' Ayre, au siège de Saint-Sever », 
Les consuls et jurats de Barcelonne protestèrent, ce Que préten- 
(( dez-vous ? ... Le bois en question n'est nullement situé dans le 
<L district de votre commission. Il est donc en dehors de la juri- 
c( diction d'Ayre... il appartient à celle de Barsalonne, comme 
a nous pouvons en faire la preuve par la concession qui fut faite, 
<( en faveur de la communauté, l'an 1343, par Jean, comte sou- 
« verain d'Armagnac, de la justice du territoire de Casamont ». 
Le procureur du roi, le fermier Lehec eut beau traiter le 
conseil de ville de Barcelonne de a accapareur du bois de Casa- 
(i mont, d'usurpateur des domaines de Sa Majesté », il eut 
beau, quand on lui demandait de produire des titres valables, 
prétendre oc qu'il n'était pas nécessaire à Sa Majesté, pour établir 
(C la propriété en sa faveur, d'avoir d'autres titres que le droit 
a naturel, il eut beau invoquer à leur secours l'ordre de la 
(( reine Catherine de Navarre (1483-1517), pour lors vicomtesse 
(£ de Marsan et Tursan, ordre donné et expédié de Pampelune, le 
(( 20 septembre 1503; les intendits fsicj des chanoines de l'église 
ce cathédrale d'Ayre au sujet dudit territoire de Casamont, et du 
« pont que les habitants de Barsalonne voulaient construire sur le 
« fleuve Adour », rien n'y fit : les jurats de Barcelonne produi- 
sirent : 1** l'hommage du seigneur de Casamont de 1319; 2® le 
titre de fondation de la bastide de Barcelonne, par le comte 
d'Armagnac, de 1343; 3"" le dénombrement du 10 février 1547; 
4*" l'hommage du syndic des consuls et jurats de Barcelonne, le 
sieur Jean d'Abbadie, du 18 novembre 1605. Le commissaire 
çubdélégué de Sa Majesté, Thomas Dumogué, a tout considéré », 



SIÊANCB DU 9 AVRIL 1904. 135 

en présence des ne vraisemblances, et des faibles raisonnements y> 
des demandeurs; vu d les hommages produits par les consuls et 
(ï jurats de Barsalonne, défendeurs, lesquelles pièces sont recon- 
o: nues à l'abri de tout soupçon \ . . Conclut. . . — toutefois sous 
« le bon plaisir de M^ l'intendant, — au relaxe de l'assignation 
« contre les consuls et jurats de Barsalonne, et que inhibitions et 
d défenses soient faites tant auxdits demandeurs qu'à tous autres 
« d'avoir à troubler lesdits jurats de Barsalonne dans la posses- 
« sion dudit bois et territoire de Casamont^ ». Le procureur du 
roi, la commission du livre terrier pour la sénéchaussée de 
Marsan et les fermiers du domaine de Sa Majesté ne se tinrent 
pas pour battus. Aux poursuite et diligence de Jacques Bon- 
valet, fermier général du domaine de Guienne, le bureau du pro- 
cureur général porta une ordonnance, qui fut signifiée aux jurats 
de Barcelonne, le 25 novembre 1692, « unissant le bois de Casa- 
« mont soubs la sauvegarde du Roy et de la justice. . . En consé- 
d quence rendant assignés les jurats dudit Barsalonne en la cour 
« de Guyenne pour avoir à rendre l'hommage dû à Sa Majesté à 
« raison desdits bois et territoire ». François Lance, premier 
jurât de la ville de Barcelonne, tant pour lui que pour les autres 
jurats et habitants d'icelle, adressa une supplique à Messeigneurs 
les présidents trésoriers de France, généraux des finances, juges 
du domaine du roi et grands voyers de la généralité de 
Guienne. . . Il exposa en substance, que ledit territoire de Casa- 
mont était situé dans la juridiction de Barcelonne, basse comté 
d'Armagnac, ressort du parlement de Toulouse, non, dans les 
ressort et généralité de Bordeaux. A l'appui de son dire, il pro- 
duisit le jugement du 15 février 1691, le relaxant de toute assi- 
gnation et obligation... a reconnaissant par là le bien-fondé des 
« droits de la communauté de Barsalonne, vous plaira de 
a vos grâces relaxer les suppliants de la nouvelle assignation en 

* Ce jugement porté par le commissaire du roi vient incontestablement à Tappui de 
notre opinion au sujet de la fondation do la bastide de Barcelonne, — non en 1316, par 
le roi Philippe le Bel, — mais en 1313, par le comte d'Ârmagnac. 

* Fait au Mont-de-Marsan, le 15 février 1691. Dumogué, commissaire susdit, signé. 
(Archives Gabarret.) 



136 80ci]£t]£ archéologique du gers. 

« la cour de Guyenne, les jurats de Barsalonne, et ferez bien ». 
Ainsi fut-il fait. 

(A suivre.) 



BIBLIOGRAPHIE. 



Les poètes gascons du Gers, par M. J. Michelbt. 

La plupart des esprits cultivés s'en tiennent anx auteurs en renom. Les 
curieux et les bibliomanes s'intéressent seuls aux écrirains dédaignés. Grâce 
à ces savants investigateurs, des livres qui semblaient à jamais perdus pour 
l'humanité revoient le jour et nous charment par l'originalité de la pensée et 
des sentiments, par l'exubérance de l'esprit, par la singularité et le relief de 
la forme. 

M. Michelet vient de publier tout un gros volume de près de 500 pages 
bien compactes pour tirer de l'oubli les principaux poètes gascons qui ont 
rimé sur le territoire du Gers, aux xvi*,xvii* et xix® siècles. Son livre se com- 
pose d'une douzaine de notices biographiques et littéraires auxquelles il a 
fait subir tout d'abord la double épreuve d'une lecture publique et d'une 
première impression dans le Bulletin annuel de la Garbure. Ces notices 
réunies forment une véritable histoire littéraire de notre gascon. 

Notre plus vieux poète est le lectourois Pey de Oarros. Il traduisit un 
certain nombre de psaumes, non pas de l'hébreu, mais des livres de la liturgie 
protestante. II publia, en outre, un volume de poésies parmi lesquelles il faut 
remarquer des Églogues, scènes des mœurs rustiques et tourmentées de la 
Gascogne au xvi^ siècle. 

Puis vient le fameux du Bartcut, meilleur poète en gascon qu'en français; 
son compliment de la muse gasconne à la reine Marguerite est le chef-d'œu- 
vre de notre littérature. 

Jean de Garros, frère de Pey, a rimé une pastorale sur la mort d'Henry IV. 

Le gimontois Guillaume Ader a donné en cent quatrains des préceptes de 
sagesse, et il a intitulé ce livret Lou CatouneL II a publié surtout Lou 
Gentilome Gascoun, grand poème de deux mille six cent quatre-vingt-dix vers 
dans lequel il exalte les vertus chevaleresques de la noblesse de son pays. 

Uahhi DastroSy vicaire de Saint-Clar, peint la nature dans les Saisons et 
les Éléments, rime le catéchisme, chante des noëls d'une rude et joyeuse 
inspiration, nous rappelle les mœurs et les guerres au temps de la Fronde, si 
désastreuse en Gascogne. 

Baron, Bedout et du Gay sont des disciples de Goudelin, le célèbre poète 
de Toulouse. 



SEANCE DU 9 AVRIL 1904. 137 



M. Michelet passe rapidement snr le joyeux buveur Oauthier, de Lombez, 
parce que sa langue est toulousaine et non gasconne. 

Le xviii* siècle était trop philosophe pour avoir la naïveté poétique. En 
Béarn il a bien produit les chansons sentimentales de Despourrin, mais il n'a 
pas laissé, je crois, un quatrain dans la Gascogne gersoise. 

Au XIX* siècle, nous <ivons l'abbé Laffargue, curé de Crastes; CassaigneaUy 
le poète de la Lomagne, et le condomois NouUns. 

Comme toutes les œuvres humaines, le livre de M. Michelet n'est point 
absolument parfait. Il est possible d'y relever des fautes et de noter des mots 
qui ne sont pas traduits avec une précision rigoureuse. Je dois faire remar- 
quer que la traduction de nos vieux poètes offre des difficultés considérables 
et dont on ne peut se faire l'idée qu'en essayant de traduire soi-même. Beau- 
coup de mots sont mal écrits dans les textes primitifs, beaucoup ne sont plus 
en usage; ajoutons que nous avons oublié le gascon au profit du ft*ançais, et 
qu'aujourd'hui nos paysans francisent leur langue. Je dois faire remarquer 
que M. Michelet traduit pour la première fois nos vieux poètes. Il y aurait 
eu un moyen pour l'auteur d'éviter toutes les chicanes qu'on pourra lui faire, 
c'était de ne pas traduire du tout, comme tant de gens qui publient des vieux 
textes sans les comprendre. Il a bravement affronté les difficultés; nous 
devons l'en louer et l'en remercier. On fera peut-être mieux; mais en profi- 
tant, sans le dire, de son travail et de toutes les bonnes choses qu'il a 
trouvées. 

Aux philologues qui voudraient un dictionnaire et des observations sur la 
langue, je dirai que l'auteur, pour le moment, n'a voulu écrire qu'une histoire 
littéraire, mais qu'il a dressé des listes de mots employés par nos poètes, et 
qu'il nous en donne tous les ans pour le dictionnaire que prépare la Société 
Archéologique du Gers. 

Si l'on veut se rendre compte de l'importance du livre de M. Michelet, 
qu'on se souvienne des fragments et des pauvres renseignements dont M. Phi- 
libert Abadie accompagne le Parterre Oascoun^ de Bedout, qu'on se rappelle 
VEssai^ publié par M. Noulet, en 1859, et on constatera qu'aucune comparai- 
son n'est possible. Admirons donc les progrès énormes accomplis par ce bel 
ouvrage. Avec lui nous avons une excellente histoire littéraire du gascon 
gersois, les poètes sont analysés et étudiés avec soin, et ce livre met à la 
portée de tous de copieux morceaux triés avec goût dans de rarissimes volu- 
mes qu'il nous est bien difficile d'aborder sans quitter notre Gascogne. 



EXCURSION EN LOMAGNE. 

(16 ET 17 MAI 190^.) 



COMPTE RENDU DE M. ADRIEN LAVERGNE. 



Le 16 mai dernier, le train le plus matinal transportait d'Aucb, 
le long des rives du Gers, un groupe de membres de la Société 
Archéologique ^ et les déposait à Fleurance. 

FLEURANCE. 

Le monument de cette ville, c'est son église. Je l'ai décrite 
autrefois^, mais sans insister sur son caractère de forteresse. 
Fleurance, comme toutes les bastides, était entourée de murs 
munis de tours aux angles et de portes fortifiées. Quand l'ennemi 
avait franchi ce premier obstacle et pénétré dans la place, il 
restait à prendre le donjon de la ville : l'église. Celle-ci, aux 
xiv° et XV® siècles, n'avait point encore agrandi ses fenêtres pour 
recevoir les belles verrières d'Arnaud de Moles; des chapelles 
latérales n'avaient point encore été ajoutées. Ses murailles s'éle- 
vaient d'une venue, bien plus haut que les maisons, portant 
au-dessous de la toiture une suite continue de fenêtres en tiers- 
point qui éclairaient un chemin de ronde. Le dessus des voûtes 
pouvait recevoir des quantités de vivres et de munitions, et, par 

* MM. Lauzun, président^ l'abbé Lagleîze, A. Lavergne, Ch. Palanque, Branet, Pagel, 
Despaux, le capitaine Bluem, Boussès, l'abbé de Castelbajac, L. Cocharaux, L. Cournet, 
Doazaîi, Dussuc, S. d'Esparbès, R. Faure-Dère, F. Faure-Dère, Larrieu, Pujos, de 
Sardac, Telmon. 

' Revue de Gascognej 1882^ p. 494. 



EXCURSION EN LOMAGNE. 139 

les ouvertures trop élevées pour les échelles, les assiégés pou- 
vaient lancer des projectiles. Ce caractère d'église fortifiée est, à 
mes yeux, plus important et plus digne de préoccuper la com- 
mission des monuments historiques que le prétendu ossuaire de 
la façade imaginé par Viollet-le-Duc avec des souvenirs imprécis. 

• 

CA8TELNAU-D>ARBIEU. 

Le nom caractéristique de Castelnau-d'Arbîeu mérite qu'on le 
remarque. Le Gers compte au moins six Castelnau : Castelnau- 
Barbarens,Castelnau-d' Angles, Castelnau-d'Arbieu, Castelnau- 
d'Auzan, Castelnau-sur-rAuvignon et Castelnavet. M. Curie- 
Seimbres considère ces villes ou villages, plus vieux que les 
bastides, comme des agglomérations que les populations formè- 
rent autour des châteaux pour se mettre sous leur protection \ 
Quelques-uns devinrent de gros bourgs; plus souvent, accolés à 
des châteaux défendus par des pentes abruptes, l'espace manqua 
à leur développement. 

Les seigneurs de Castelnau-d'Arbieu devaient avoir une cer- 
taine importance dans le pays de Lomagne, car ils eurent le 
privilège féodal d'introduire solennellement, et selon les usages 
consacrés, l'évêque de Lectoure dans sa ville épiscopale, le jour 
de son installation. L'histoire dit précisément que les barons de 
Montant, près Auch, qui menaient par la bride la mule de 
l'archevêque quand il faisait son entrée solennelle, furent long- 
temps seigneurs de Castelnau. 

Aujourd'hui on ne voit plus trace d'une forteresse féodale, 
mais l'emplacement est admirable comme poste d'observation, 
car ce village domine une très vaste étendue de pays. 

MAONAS. 

Nous connaissions tous le château de Magnas par le dessin 
qui se trouve dans les Documents historiques sur la maison de 
Galard^, Introduits et guidés dans cette magnifique demeure 

' Eèsai sur les villes fondées dans le Sud-Ouest de la France (1880), p. 33. 
* T. II, p. 655. 



140 SOCIÉTé ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

par M. le doyen de Saint-Clar et notre confrère M. Dubsuc, 
nous avons vu avec beaucoup d'intérêt quantité de curiosités, 
mais plus particulièrement la bibliothèque, les bahuts bourrés 
d'archives et les nombreux dessins qui décorent les diverses 
pièces. Parmi ceux-ci, nous avons surtout remarqué les œuvres 
d'un arrière-grand-oncle de M°** la vicomtesse de Galard, pro- 
priétaire du château. Il y a environ huit ans, M. Gustave Labat 
a publié sur cet artiste, fortement épris de physionomies, de 
costumes et d'habitudes locales, un charmant volume intitulé : 
Grustave de Galard^ sa vie et son oeuvre (1779-1841) \ 

En sortant du château nous sommes descendus sur les terrasses 
composées de trois étages de jardins à la française, aux bordures 
de buis formant des compartiments et des dessins symétriques; 
puis, par des sentiers, sous de beaux arbres portant les festons de 
lianes importées d'Amérique, nous sommes arrivés à la fontaine 
de d'Astros. Après avoir goûté cette excellente eau de roche, qui 
coule au fond d'une grotte artificielle, on nous a offert du vin 
blanc produit par les vignes du château de Magnas qui, grâce 
aux soins éclairés de M. Dussuc, rappelle les meilleurs crus de 
Sauterne. Et chacun a été de l'avis du poète gascon : 

La hoan de Magnas es plan bero, 

Tous oueils do hen yô gran lero, 
• Ë se miron dens sa baron; 

Mes oertoy si nons eau he'nqnesto, 
Nas, mns, pots, dents, gaût, lengno e tonfc Ion resto 
Depauson qne Ion bin de Magnas ey meillon ^ 

Puis on a parlé des absents : de feu M. le marquis Hector de 
Galard, de ses goûts, de ses travaux; de M°*® la vicomtesse de 
Galard, sa fille, qui nous a fait l'honneur d'accepter d'être notre 
confrère et qui nous a gratifiés d'un charmant livret à couverture 
bleu moiré, chef-d'œuvre de cet esprit français qui est le plus 
charmant esprit du monde. Il a pour titre : Un été pluvieux. En 
voici le thème : 

' Un vol. gr. in-8®, Bordeaux, Féret, 1896, avec un portrait et plasieurs facHBimilés. 
» D'Astros, Ed. de M. F. Taillade, t. II, p. 136. 



EXCURSION EN LOMAGNE. 141 

Le prince Piero de Saii-Zenone est venu passer une saison à 
Londres. Il a si bien dansé le cotillon que toutes les jeunes fem- 
mes ne parlent que de lui. Une jeune fille, une primevère, un lys 
de la vallée, l'innocence même, s'est éprise du beau cavalier; 
celui-ci, n'ayant jamais rien vu d'aussi pur, est amoureux de la 
jeune anglaise; et, contre le gré des parents, ils se marient. Les 
demoiselles envient leur bonheur; les mamans haussent les 
épaules. 

C'est à la campagne, dans l'isolement le plus complet, que les 
jeunes gens vont passer la lune de miel. On est en été, mais il 
pleut toujours; et. l'interminable pluie tient les amoureux enfer- 
més. La jeune femme ne se préoccupe guère du temps qu'il fait 
dehors, car elle aime son mari comme Alceste voulait être aimé : 

Pour trouTer tout en moi, comme moi tout en tous. 

Son mari, qui a plutôt les idées de Célimène, ne tarde pas à 
s'ennuyer profondément. Il se fait envoyer des romans et des 
caisses de cigarettes, puis il se met à bailler. Enfin, n'y tenant 
plus, il signifie à sa femme qu'il veut sortir de sa prison et fuir 
l'humide Angleterre... Les voilà sur la plage et au casino de 
Trouville. Lui retrouve sa grande amie, la duchesse d'Aqua 
Fulva. Après les avoir vus danser un saltarello avec une perfec- 
tion et une grâce admirées de tout le monde, Elle va s'asseoir 
tristement dans les jardins... A ses côtés, plus triste encore, vient 

3rendre place son malheureux prétendant lord Hampshire, et la 

une répand sur eux sa clarté mélancolique. 

SAINT-CLAR. 

Nous avons trouvé à Fleurance la bastide ou la ville populaire, 
à Castelnau-d' Arbieu, l'agglomération féodale ; Saint-Clar est de 
fondation ecclésiastique. Cette ville porte le nom de saint Clair, 
l'apôtre de Lectoure, et les évêques y possédaient un château. 

Saint-Clar se divise en deux parties bien distinctes, séparées 
par la place sur laquelle s'élève la magnifique église moderne : 
au midi, la vieille ville aux rues étroites et sinueuses, avec le 

10 



142 



SOCI^T^ ARCHÉOLOGIQUE DU OERS. 



château épiscopal et la vieille église; au nord, la ville nouvelle 
aux rues droites et perpendiculaires, avec une place centrale 
entourée de cornières et pourvue d'une halle; elle a, tous les 
caractères d'une bastide. 

A Saint-Clar est attaché le souvenir de d' Astros. Vicaire, insti- 
tuteur, gros mangeur et bon buveur, comme étaient nos pères, 
.rieur comme un bossu qu'il était, gascon aux mœurs simples et 
rudes du vieux temps, d'Astros fut un poète patriote. Pour lui, 
aucune langue n'est comparable à celle qu'il parle : c'est pour lui 
le gascon pur, le cœur du gascon. 

...Lou gascoun couran^ 
Lon gasconn blons e naturan. 

Aucun pays n'est comparable au sien. Quand on a sous les 
yeux cette belle vallée de l'Arrats qu'il aimait tant, on se 
rappelle avec plaisir ce fragment du plaidoyer de la terre : 



Jou n'é pas dessus tout moun roun 
Un loc ta bèt, ni t'agradable, 
Ta plasent, ni ta délectable 
Que TArrats, pastou ben-urous, 
Loa Céoa de tonn plase curons 
T'a boutât ses far é ses mérro 
Au mes gadau loc de la terre, 
L'Arrats de Lonmaigno Taunou, 
L'Arrats moun souci, moun amon, 
L'Arrats que sur jou n'a ribéro, 
Be que mes grano, de mes bero, 



E soun baloun dab soun tepé 
Se truffon d'aquero Tempe 
Arrenoumiado ta joulîo 
Deguens Terbudo Tessalîo. 
Que si lous Dious boulen quita 
Lou Ceu per la terro abita, 
Ëts n'auren pas sous ouéils dehoro 
Qu'ets causiren per sa demoro 
Aqnet baloun large é pregount 
Que teng de la Briho à Gramount ^ 



La gasconnade sied bien à un poète gascon, et il ne serait pas 
de son pays s'il ne savait pas se vanter. Il ne faut point chercher 
dans les vers ded'Astros des envolées lyriques, mais l'esprit avisé 
du paysan gascon, les mêmes goûts pour la nature que son 
compatriote et son maître du Bartas. Un sculpteur gascon, 
M. Caries, de Gimont, a retrouvé dans son imagination d'artiste 



* D'Astroe, Ed. Taillade, I, p. iv. 
» /rf., p. 180. 



EXCURSION EK LOMAQNE. 143 

les traits du poëte, et les a reproduits. C'est une tête intelli- 
gente et fine, peut-être un peu trop fine pour ce poète réaliste. 
J'espère que bientôt nous pourrons élever ce buste sur une des 
places de Saint-Clar. 

FLAMAREN8. 

Pour aller de Saint-CIar à Flaraarens on remonte la vallée de 
TArrats, laissant sur les collines de la rive gauche Hlsle- 
Bouzon ^ et la tour carrée de Piteux; puis on quitte la plaine 
pour monter vers le château dont la pittoresque silhouette se voit 
de loin. Il s'élève au couchant du village, sur une vaste terrasse 
entre cour et jardin. C'est une belle construction rectangulaire 
pourvue de deux tours rondes, l'une au nord-est, l'autre au cou- 
chant. Des mâchicoulis accompagnés d'un chemin de ronde 
couvert couronnent le haut du château et des tours; la toiture est 
en tuiles plates et aiguë partout où elle n'a point été remaniée. 
A une époque postérieure, on a maladroitement interrompu la 
ligne continue des mâchicoulis pour établir des fenêtres de man- 
sardes. L'entrée principale qui s'ouvre sur la façade du levant est 
remarquable par ses robustes vantaux munis de vieux clous 
ouvragés. Par elle, on pénètre dans un corridor voûté en berceau 
qui traverse le bâtiment, fait communiquer la cour avec le jardin 
et conduit à un large escalier à vis logé dans la tour ronde du 
couchant. Le château a conservé trois belles cheminées en pierre 
dont le manteau est porté par un arceau en anse de panier. 
M. l'abbé Lagleize a retrouvé dans les archives du château de 
Magnas un acte du 19 novembre 1470, par lequel Jean de Gros- 
soles donna à Jean de Gazenove, maçon ou tailleur de pierre 
(lapicidus)^ habitant de Ceyroux^ (Cedieyra)^ diocèse de 
Limoges, la charge de reconstruire lo castet de Flaraarens depuis 
les fondements jusqu'au faîte. C'est là une découverte de pre- 

* Dans les Documents sur la maison de Oaîard (I, pp. 428 et 429), une gravure 
représente une cour du château de TIsle-Bouzon : au fond, une porte gothique 
Burmontée du blason des de Galard, seigneurs de TIsle-Bouzon; à droite, une tour 
carrée avec des fenêtres à meneaux croisés. 

* Canton de Bénévent, arrondissement de Bourganeuf (Creuse). 



144 SOCIlÉTé ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

mîer ordre et qui fait grand honneur au vice-président de la 
Société Archéologique ; elle permet de dater de la fin du xv® siè- 
cle tous les châteaux du même type \ 

L'église de Flamarens a un clocher formé par le mur pignon 
surélevé et percé de baies pour recevoir les cloches. C'est une 
forme très commune qui tend à disparaître, mais non point dans 
le pays de Lomagne : Saint-Gréac, Bivès, Gasteron, Mauroux, 
Homps ont des clochers de ce genre. Nous avons remarqué deux 
portes dans le mur du nord : la porte actuelle, avec ses deux 
colonnes portant un fronton, et une porte plus ancienne, aujour- 
d'hui murée, dont l'encadrement est sculpté dans le goût de la 
Renaissance. 

LA CHAPELLE. 

Nous voici sur la rive droite de l'Arrats, dans le département 
de Tam-et-Qaronne. Quand on remonte la côte roide du village 
de La Chapelle, en contournant les murs austères d'une vieille 
commanderie de l'ordre de Malte, on ne s'attend guère à trouver 
un intérieur d'église d'une élégance aussi raffinée. Vrai bijou du 
xviii^ siècle, l'église de La Chapelle, avec ses boiseries sculptées 
et dorées, avec ses tribunes superposées à compartiments arrondis, 
son autel, sa chaire, son lutrin, présente un ensemble merveil- 
leusement harmonieux. Cette remarquable œuvre d'art, qu'on 
date de 1776, a d'autant plus d'intérêt pour nous que les deux 
artistes qui l'ont exécutée sont nés à Pessoulens, dans le dépar- 
tement du Gers. C'étaient, dit-on, deux frères, Jean-Baptiste 
Goulard, curé de La Chapelle, et Jean Goulard, son vicaire. 
Cependant il semble difficile de croire que de simples amateurs, 
tels que pouvaient l'être un curé et son vicaire, aient pu conce- 
voir et exécuter avec tant de perfection d'aussi beaux ouvrages. 

ORAMONT. 

Gramont est un château du Moyen-âge transformé par l'art 
jeune et brillant de la Renaissance. 

* Nous devons à feu M. le marquis Hector de Galard Magnas la conservation du 
château de Flamarens : il Tavait acheté afin qu'il ne soit ni détruit ni dégradé. 



EXCURSION EN LOMAGNE. 145 

La vieille et puissante maison de Montant, près Auch, l'une 
des quatre grandes baronnies du comté de Fezensac, possédait 
Gramont. Un jour elle tomba en quenouille; une fille porta les 
immenses possessions de ses ancêtres dans la famille de Voisins. 
C'est un Voisins de Montant qui restaura Gramont. Il avait 
peut-être suivi François V en Italie, sûrement il avait fréquenté 
la cour fastueuse des Valois, qui exerça une profonde influence 
sur les arts; revenu en Gascogne, le gros donjon carré de Mon- 
tant, avec ses épaisses et robustes murailles, dut lui parsdtre bien 
triste et peu susceptible d'être accommodé au goût de son siècle; 
au château qui commande la vallée du Gers, il préféra celui 
qui domine la vallée de l'Arrats. 

Gramont est un parallélogramme qui s'allonge du levant au 
couchant. Sur la façade du nord, aux deux extrémités, deux 
corps de logis font saillie et dominent le bâtiment central comme 
des tours. A Flamarens, les murs sont défendus par des mâchi- 
coulis ; ici, de bons et forts modillons les remplacent. Une double 
porte d'honneur s'ouvre au midi, sur un perron à balustrade. 
Au-dessus de chaque baie, deux enfants tiennent des armoiries 
effacées, et plus haut est un fronton. La façade du midi et surtout 
celle du nord sont percées de belles fenêtres divisées tantôt par 
un meneau horizontal, tantôt par deux meneaux en croix ornés 
de moulures d'un fort relief; leur linteau, porté par des colon- 
nettes ou de minces pilastres, est souvent surmonté d'un fronton. 
L'ornementation, quoique homogène, diffère complètement d'une 
fenêtre à l'autre. Le château a deux escaliers en pierre : le plus 
important est à palier voûté sur nervures croisées, en losanges 
et en étoiles; l'autre est en spirale, à main courante cannelée sur 
le pilier central. Une cheminée monumentale décore le vaste 
salon : sur le manteau, porté par un arc en anse de panier, sont 
sculptées, en fort relief, les armes des Voisins et celles des 
Montaut. 

Après diverses vicissitudes, Gramont est devenu la propriété 
de M. Dumas de Rauly, ancien oflBcier, frère de l'archiviste de 
Tarn-et-Garonne que les travailleurs et les archéologues ont bien 
connu. M. et M"* de Rauly, qui aiment bien leur château, nous 



146 SOCI^Té ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

Tont montré avec la plus grande complaisance. Avant notre 
départ, ils nous ont offert une exquise collation sur la terrasse, à 
rorabre des vieux murs, au milieu des arbres et des fleurs. 

8AINT-CRÉAC. 

Saint-Créac possède une église romane dont le sanctuaire, plus 
étroit que la nef, est formé par une travée de chœur voûtée à 
plein cintre et par une abside en cul-de-four. Un contrefort percé 
d'une fenêtre romane appuie le milieu du rond-point. Les voûtes, 
Tare doubleau du sanctuaire, ainsi que Tare triomphal formé d'une 
double arcature reposent sur une ligne continue de pierres de 
taille en relief et chanfreinées ; ce chanfrein est orné de billettes. 
Les murs sont recouverts en bel appareil du xif siècle; cependant 
une partie du mur du nord, beaucoup plus ancienne, a conservé 
le petit appareil de l'église primitive. 

Le grand intérêt de l'église de Saint-Créac est dans les vieilles 
peintures fort bien restaurées qui décorent le sanctuaire. Elles 
ont été décrites, ainsi que l'église, par M. l'abbé Canéto fBev. de 
Gasc, V, p. 18). M. l'abbé Lagleize vient de les étudier à son 
tour d'une façon plus scientifique. 

Après Saint-Créac, la route tracée dans notre itinéraire nous 
a menés le long des vieux murs bien appareillés du village de 
Mauroux et de ses deux châteaux, car il y avait là jadis deux 
coseigneurs (Léaumont-Puygaillard et Verduzan). Nous sommes 
passés ensuite en vue de Saint-Martin, qui nous rappelle les 
Grossoles. Cette famille, en effet, avait trois branches en Loma- 
gne, Flamarens^ SainUMartin et Lahastide-SainU André. 

CA8TÉR0N. 

En suivant le sommet des coteaux nous sommes arrivés au 
GastéroUj l'un des endroits les plus élevés du pays (266 mètres), 
d'oîi l'on jouit d'un panorama superbe. Le Castéron forme un 
plateau rectangulaire isolé au couchant par un fossé, tandis que 
les trois autres côtés forment des terrasses. Ce plateau porte un 
vaste château en rez-de-chaussée, du xviii* siècle, qui a appartenu 



EXCURSION EN LOMAGNB. 147 

aux de Gironde, marquis de Montclera; il sert aujourd'hui de 
maison d'école. L'église, ancienne chapelle du château, a conservé 
son vieux chevet pentagone. 

OAUDONVILLE. 

Le monument de Gaudonville est une porte fortifiée. Sous le 
passage voûté à plein cintre et surmonté d'une haute tour carrée, 
M. le maire nous a souhaité la bienvenue. Tout à côté de la tour 
se trouve un bâtiment trapu, voûté, obscur et muni d'une porte 
sinistre : c'était la prison. Si la vue de ce cachot a éveillé 
quelques idées sombres dans nos esprits amoureux de liberté, 
elles ont été vite dissipées par un joyeux Champagne d'honneur 
qui nous a été offert dans un salon du presbytère. 

Près de Gaudonville se trouve Tudet, sanctuaire vénéré dès le 
xi*" siècle. La dévote chapelle est toute neuve, car elle a été bâtie 
par M. l'abbé Lagleize. Mais il reste de l'ancienne un clocher 
toulousain rectangulaire à la base, octogone ensuite; il dépend 
d'un bâtiment rural voisin. 

La statue vénérée en marbre noir est-elle du xi® siècle ? C'est 
peu probable. A cette époque, la vierge était d'habitude assise, 
recevant dans cette attitude de reine les hommages de ses dévots 
serviteurs à genoux. La vierge de Tudet est droite, et, autant 
que j'ai pu en juger par une photographie qu'on ma montrée, 
elle n'a, ni dans sa personne, ni dans les plis de sa robe, la 
raideur nécessaire pour qu'elle soit aussi vieille. 

Ici notre programme a reçu une modification. Les Fours et 
Toumecoupe ont été sacrifiés pour Esclignac. Afin d'atteindre ce 
château nous avons rapidement remonté la vallée de l'Arrats qui 
a conservé tant de souvenirs archéologiques. Sur la rive gauche, 
Saint-Léonard et Bivès ; sur la rive droite, la ligne de faîte des 
collines porte la voie romaine de Lectoure à Toulouse. 

La cansado de Nanronso 

Que ba de Bonrdens à Tonlonso ^ 

^ D'ASTROS. L'Eatiuy vers 87 et 88. 



148 'SOGIlÎTé ABCH^OLOQIQUE DU GERS. 

Sur la même rive, et plus près de nous, on nous montre Avezan, 
Tournecoupe et Homps. Du château de Homps était Catherine 
de Manas, femme du poète Guillaume Saluste du Bartas \ Celui-ci 
d'ailleurs était né à Montfort, une bastide toute voisine dont nous 
apercevons un instant le clocher construit à la mode toulousaine 
(base carrée, trois étages octogones et une galerie). Du temps de 
du Bartas il était complété par une flèche. 

Citons à ce sujet quelques vers du poème dans lequel le borde- 
lais Pierre de Brach raconte le voyage qu'il fit en Gascogne en 
compagnie de notre poète : 

Et, venant pen à pen de Monfort approcher, 
Saluste me montra de loin un grand clocher 
Qai sembloit, orgneillenz, avec sa pointe aiguë, 
Vouloir outrepercer Tépesseur d'une nue : 
c Yoila le lieu, » dit-il, m de ma nativité; 
Voila Monfort qui m'a dans ses bras alaité; 
Monfort qui nous tesmoigne avec sa petitesse 
Que c'estoit en son temps quelque grand forteresse; 
Monfort qui, ferme assis sur le front d'un rocher, 
Un grand camp n'oseroit sans canon approcher. > 



Plus loin, le poète bordelais nous témoigne que l'accueil aima- 
ble et bienveillant que nous avons partout reçu était pratiqué au 
temps de du Bartas : 

Approchant de Monfort les citoyens venoient. 
Qui d'un accolement Saluste bien- venoient; 
Et ses autres amis d'une troupe infinie 
Jusques dans sa maison nous firent compagnie. 
Où nous prenons l'esbat de mille passetemps 
Estants ore à la ville, ores estants aux champs, 
Visitant çà et là la Gascongne fertile. 
De village en bourgade et de bourgade en ville *. 

* C'est dans ce château qu'au printemps de 1585 du Bartas reçut la visite d'un 
éditeur parisien, Timothée Jouan, venu, malgré les difficultés et les périls du voyage, 
afin d'obtenir le privilège de publier ses œuvres. {Saluste du Bartas et ses éditeurs 
parisiens^ par le duc de Fezbnsac. Paris, Leclerc, 1900.) [Ëxtr. du Bulletin du Biblio- 
phile.'] Combien peu d'écrivains et surtout de poètes ont eu pareil honneur ! 

' Œuvres poétiques de Pierre de Brach, publiées par R. Dezeimeris, II, pp. 184 et 
185. 



ESCUREilON KN LOHAGNE, 



Telle étiùt la vie des deux poètes dans ce pays oh l'amitié les 
avait réunis malgré la distance et les difficultés du chemiu. 



Le cbâteau d'Esclignac, situé daus la commune de Monfort, 
est frère de celui de Flamarens. La description de l'un s'applique 



150 SOCIi£t^ ARGHjSoLOOIQUE du GERS. 

à l'autre. Mais tandis que Flamarens s'élève isolé et tout nu sur 
la colline qui lui sert de piédestal, Esclignac est bâti dans la 
plaine, entouré de verdure, voilé de beaux arbres, et, comme 
l'espace ne lui a pas manqué, il a largement établi ses dépendan- 
ces autour de lui. Avec ses deux vastes cours, dont l'entrée sous 
voûte est défendue par des tours carrées, il nous donne l'idée 
de la villa ntstica qu'un grand seigneur campagnard savait 
installer contre les murs de son château au xV et au xyi*" siècle \ 

Un ensemble de constructions de cette importance ne peut 
s'étudier en une heure; et j'inscris parmi mes trop nombreux 
projets celui de revenir au château d'Esclignac qui fut durant 
sept siècles et jusqu'à la Révolution la demeure de l'illustre 
maison de Preissac, issue des comtes de Fezensac; elle s'est 
éteinte dans la personne de Charles-Philippe de Preissac, duc 
d'Esclignac, mort à Milan en 1874, à l'âge de quatre-vingt-trois 
ans. 

Nous ne saurions trop remercier M. le comte et M""® la 
comtesse de la Hitle du gracieux accueil qu'ils nous ont fait, 
de la très ample liberté qu'ils nous ont donnée de pénétrer 
partout et de la réconfortante collation qu'ils nous ont fait 
accepter avant de les quitter. 

BIVÈ8. 

Là s'est terminée l'excursion de la Société Archéologique. 
Mais tandis que mes compagnons se hâtaient vers la gare de 
Fleurance, je suis allé visiter notre confrère M. de Mollis. Il 
habite lui aussi un vieux château à toiture pointue. Les murs 
du XIII® ou du XIV* siècle conservent encore quelques vieux trous 
d'archères évasées à l'intérieur et ne présentant au dehors qu'une 
rainure pour l'arbalète. Le jour devait être bien maigre entre ces 
quatre murs et le séjour assez triste; mais on était en sûreté. Au 
xvf siècle, on voulut plus d'air, plus de lumière, on fit des brè- 

* Nous adressons ici nos romerciements à M. Adrien Pérez, de Mirande, qui a bien 
voulu nous autoriser à reproduire sa belle eau-forte de la façade sud du château 
d'Esclignac. 



EXCURSION EN LOMAGNE. 151 



ches daDs l'épaisse muraille et on établit des fenêtres rectangu- 
laires munies d'élégants meneaux croisés. A l'angle nord-est, on 
construisit une tour ronde munie d'un escalier à vis. Si l'on a fait 
une porte extérieure au bas de cette tour, c'est que le vieux 
château n'avait probablement pas d'entrée au rez-de-chaussée et 
qu'on y accédait, comme il était d'usage, par une ouverture du 
premier étage et au moyen d'une échelle mobile. Ce n'est que 
par des observations minutieuses qu'on peut faire ces constata- 
tions, car la vieille et incommode forteresse est devenue une 
charmante habitation pourvue de tout le confort moderne. 

Avant de finir, je tiens à témoigner à M. l'abbé Lagleize toute 
notre gratitude pour nous avoir fait faire cette charmante excur- 
sion en Lomagne. Il nous a montré à Saint-Créac une église 
romane, ornée de peintures du xiY siècle, restaurées avec le scru- 
puleux respect des lignes et des teintes primitives; à Flamarens 
et à Esclignac, des châteaux du xV siècle, fort bien conservés et 
d'un caractère peu commun dans le Gers; à Gramont, des mer- 
veilles de la Renaissance; à La Chapelle, un intérieur d'église du 
XVIII* siècle, absolument complet, absolument harmonieux dans 
l'ensemble et dans les détails. L'organisation matérielle de l'ex- 
cursion ne mérite pas moins notre reconnaissance que la prépa- 
ration scientifique. 



SÉANCE DU 6 JUIN 1904. 



PRESIDENCE DE M. CHARLES PALANQUE, VICE- PRESIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M. Paul SoLiRÈNE, présenté par MM. Barada et Branet; 

M. Gabriel Trouette, vétérinaire à Rouïba (Alger), présenté 
par MM. Boussès et J. Sansot; 

M. Auguste Sentoux, docteur en médecine, présenté par 
MM. Samalens, docteur, et Boussès; 

M. Raymond Faure-Dère, agréé au Tribunal de Commerce, 
propriétaire à Toulouse, présenté par MM. Cli. Palanque et 
Fujos; 

M. François Faure-Dère, propriétaire à Béjà (Tunisie), pré- 
senté par MM. Ch. Palanque et Pujos; 

M. Tabbé Darées, curé de Gaudonville, présenté par 
MM. Lagleize et Despaux; 

M. François Palanque, notaire à Mauvezin, présenté par 
MM. Boue du Boislong et Ch. Palanque. 

M. Charles Palanque annonce à la Société que M. Adrien 
Lavergne, se rendant à Auch pour présider la présente séance, a 
été victime d'un accident de voiture d'une certaine gravité, qui Ta 
obligé à retourner aussitôt chez lui. Il exprime les vœux de tous 
pour le prompt rétablissement du sympathique et dévoué vice- 
président, qui manque rarement à nos séances malgré la distance 
qui le sépare du lieu des réunions. 



siéANCE DU 6 JUIN 1904. 153 

M. Palanqoe prononce en son nom Tallocution suivante : 

Nous avons tons appris avec joie qa'an dernier Congrès des Sociétés 
savantes M. le Ministre de l'Instruction publique a conféré à M. Ph. Lauzun 
les palmes d'or d'ofScier de l'Instruction publique. Cette distinction est ample- 
ment justifiée par de nombreux et importants travaux sur l'histoire et l'ar- 
chéologie du Qers et de l'Agenais, par l'activité inlassable qu'il dépense 
dans les diverses charges qu'il a acceptées : secrétaire perpétuel de la Société 
académique cFAgen, directeur de la Retme de VAgenaiSy inspecteur de la Société 
française éT archéologie, président de la Société Archéologique du Oers, 

Depuis longtemps déjà ses publications étaient remarquées et hautement 
estimées par le Comité de l'Instruction publique, et, pendant ces dernières 
années, les membres qui le composent ont sollicité avec tant de persistance le 
ministère qu'ils ont fini par avoir raison de tous les scrupules. 

Nous sommes tous heureux et fiers de voir la rosette violette à la bouton- 
nière de notre président. Permettez-moi de transmettre au président de la 
Société Archéologique du Gers les félicitations les plus respectueuses, les 
plus amicales et les plus chaudes de tous ses confrères. 

Notre Société a cru, dans son intérêt particulier et pour l'inté- 
rêt général de notre région, devoir faire partie de la Société 
Jranqaùe des fouilles archéologiques^ dont les efforts ont déjà 
donné des résultats très importants. 

La Société française des fouilles archéologiques a été officielle- 
ment fondée le 14 janvier 1904, et son siège est à Paris, 28, rue 
Bonaparte. 

Le monde savant français, voyant qu'après avoir été la grande 
initiatrice des recherches archéologiques dans le monde entier, la 
France, faute d'argent, voyait entrer des monuments précieux 
dans les musées étrangers, s'est ému de cet état de choses. On a 
songé à imiter les autres nations. L'Angleterre doit beaucoup 
plus à l'initiative privée qu'à son budget national. UExploraticm 
Fund étend son action sur le sol natal et sur tous les pays de la 
terre. La France a voulu l'imiter, et déjà les plus grands noms 
de la science et de l'art, de la politique ou de la finance ont 
organisé la nouvelle Société, dont les heureux résultats seront 
vite connus. La France pourra continuer son rôle initial, et Paris 
continuera à porter le livre de l'histoire humaine. 

A l'exemple de la Société Archéologique de Bordeaux, on a 



154 sociéré archiêologique du gers. 

peBsé que la Société Archéologique du Gers ne ferait pas mau- 
vaise figure parmi les membres de la Société des fouilles archéo- 
logiques, et elle s'est associée à cette œuvre éminemment 
nationale. Les parrains ont été M. Soldi-Colbert de Beaulieu, 
grand prix de Rome, et M. R. de Lasteyrie, membre de l'Institut, 
professeur à TEcole des chartes. 

Comme côté pratique, outre les publications qui viendront 
enrichir la bibliothèque, on peut, le cas échéant, compter sur des 
subventions le jour oh dans un coin de notre pays des fouilles 
pourront être entreprises. Le modeste budget de la Société a 
souvent empêché soit d'acheter des terrains, soit d'entreprendre 
des travaux intéressants. On n'a plus aujourd'hui à avoir pareil 
souci. La Société française des fouilles archéologiques sera une 
providence. 

M. Ch. Palanque annonce à la Société la mort d'un de nos 
plus anciens et de nos plus dévoués confrères, M. Trouette, offi- 
cier d'académie, propriétaire à Puycasquîer. M. Trouette s'était 
toujours intéressé à nos travaux, il assistait assidûment à toutes 
les excursions de la Société Archéologique. Ce charmant compa- 
gnon de voyage ne laisse parmi nous que des regrets. 



COMMUNICATIONS. 



Préparatift pour l'entrée à Leotoure d'Antoine fie Bourbon 
et de Jeanne d'Albret, roi et reine de Navarre (1666), 

Par m. de Sabdac. 

Henry d'Albret, roi de Navarre, mourut à Hagetmau, le 
29 mai 1555 \ La plupart des villes du pays envoyèrent des 
députés ce pour faire la révérance aux duc et duchesse de Ban- 

' Presque tous les historiens fixent la mort d'Henri d'Albret au 25 mai. Nous 
suivons la version ofiBcielle, celle de Claude Régin, évêque d*01oron. {Lettres d'Antoine 
de Bourbon et de Jehanne dAlbrety p. 398. — Baron de Ruble, Antoine de Bourbon 
et Jeanne d'Albret^ p. 106, not. 3.) 



\ 



si^NCX DU 6 JUIN 1904. 155 

« dosmois, contes de Armagnac et à présent roy et royne de 
« Navarre^ ». 

La ville de Lectoure, qui était a la principalle et capitalle de 
< la conté », délégua (l au pais de Biarn » maistre (c Pierre 
« Vacquîer, licencié et consul, et M® Mathieu Hondonis, licencié ». 

Les affaires de la cité obligèrent les consuls à envoyer deux 
de leurs collègues. Cane et Nicolay, à la cour du roi de Navarre 
qui était alors à oc Castel Jeloux ». Le roi leur déclara que a son 
a plaisir et intention estoict venir faire son entré en la présent 
a ville ». 

A leur retour, Cane et Nicolay annoncèrent cette nouvelle à 
la jurée, qui <r arresta de pourvoir de toutes chouses nécessaires 
« pour la veneue dudict seigneur ». Le sénéchal d'Armagnac était 
à Cumont*; Nicolay y alla, pour le prier de « venir ad viser aux 
« préparatoires que fauldroict faire pour la beneue et entré du 
« roy ». De là, il courut à « Faudouas* pour recoubrer des 
« tappisseries », puis il se rendit à Auch, a chez M' de Roque- 
« laure », pour lui demander de vouloir <r prester de l'argent à la 
« vile ». 

Le sénéchal vint à Lectoure le 29 janvier * 1555, et y demeura 
jusqu'au 7 février. Le chancelier Dupac arriva de Nèguebouc* 
pour <r visiter les répparation et préparatures que ce faisoinct » ; 
le sénéchal le logea au château. 

Sur ces entrefaites, ce ung gentilhomme^ » se rendit en la pre- 
« sent ville, il entendoict beucoup en debyses, lequel dreîssa 
<i pourtraictz des arcz trimphans que failhoict faire pour la 
« entrée ». Le sénéchal et la jurée acceptèrent ses plans et 
choisirent oc maistre Anthoine Bramant, painctre », pour faire 
des a armoiries, arcz trimphantz, plusieurs pincteures es 
oc endroictz des portes et aultres entrées et escussons ». 

' Comptes consulaires et tailles, 1555-1565. (Archives municipales de Lectoure, 
ce 32, fol. 181.) 
' Commane du canton de Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne). 
' Idem. 

* Vieux style; Tannée commençait le 25 mars. 

* Neguebouc, canton de Fleurance. 

' Compt. consul. (Àrch. mun., CC 32, fol. 184 et suiv.). 



156 SOCIÉTÉ ARCHéOLOOIQUE DU GERS. 

On acheta à a Bertomiù Berges, marchant, ung galon de riban 
« d'or pour mètre et borler le pabylhon du belors d. Traberses, 
menuisier, reçut quinze sous pour « faire la bourdeure et chaisne 
<£ pour pourter le pouelle du roy à son entré ». 

Ramond Rozairol fournit « deux tables^ pour faire les bour- 
« deures et des listectz ï). 

Il fut décidé aussi « de faire une enseigne aux couleurs dudict 
ce seigneur roi de Navarre, c'est gris, incarne et blanc », il fallut 
acheter pour cela ce xx palms incarne à cinq soulz palm, xx palms 
<L taffatas gris et x palms taffatas blanc à cinq soulz palm ». 

L'année précédente, le roi de Navarre, qui n'était alors que 
duc de Vendôme, avait voulu faire son entrée à Lectoure. A cette 
occasion « Guilhaume de Colhaus, brodur ^, » avait fait un poêle 
de « velours cramoissy rouge » pour le duc, et ce pour madame de 
« velours blanc ». On fut d'avis d'employer les mêmes poêles, 
mais de changer les armoiries. 

d Pour donner contentement au roy », on acheta à Toulouze 
quatre-vingts piques pour armer ce des honmes'* en fourme de 
« guerre et pour ce que en la ville et juridiction avoict beaucoup 
d de gènes honmes de bonne tailhe » mais ce sans harnois ». 
Jehan Rouberet, marchand, fut chargé de cet achat; un mar- 
chand d'Agen vendit aussi quinze piques. Toutes furent déposées 
à la maison commune, elles coûtèrent ce cinquante six liures et 
ce huictjsoulz ». 

Les consuls déclarèrent que des soldats iraient au-devant du 
roi, que ce l'artilherie tireroict aux portes et aultres endroîctz des 
ce meurailhes ». Ramond Guilhon et Jehan Galutu, a salpetraires », 
furent chargés ce de fournir la munition de pouldre et pouberine 
aux canonniers et souldactz arcabusiers » ; ils livrèrent « quatre 
ce quintalz pouldre » qui leur fut payée dix-sept livres et un sou. 

Le maître ce canonnier François Rouzès alla à Flurence avec 
ce Jehan Lautier visiter quelque pièce d'artilherie pour veoîr » si 
elle pourrait servir pour l'entrée du roi. Les douze ce halabardes » 

^ Tables, sive planches. 

' Compt. cons., Archives municipales, f. 185. 

' Ibid., f. 185 t>. 



SEANCE DU 6 JUIN 1904. 157 

que possédait la ville étaient a rulhées et mal netes :ù. Gaisson 
Toussin, armurier \ fut chargé de les nettoyer. 

On était pourvu d'armes et de munitions, il fallut songer à 
trouver des soldats; on avait bien les habitants de la ville, mais 
ils étaient « peu acoustumés à pourter armes » ; on fit venir des 
soldats étrangers. Le seigneur Foissin se rendit a aus villes d'Es- 
« tafort, Leirac, Lamonjoie et aultres villes près la rivière de 
a: Garonne y> pour chercher des soldats « adroictz à pourter les 
o: armes, d 

Des « tabarctz ou tambours de Suisse et des piffres » furent 
mandés pour conduire la troupe ; il en vint un grand nombre de 
a Tholoze, Agen, Condom, Mauboisin et aultres villes ï), on leur 
donna « vingt sept livres et neuf sous y> pour leurs peines. 

Le seigneur de la salle de Crabe, M. Foissin, qui « servoict de 
« cappitaine, et Lafont, quy avoict l'enseigne », voulurent passer 
la revue de cette compagnie; ils réunirent <( quatre cens honmes 
« en armes comprins la bazouche y> ; ils traversèrent la ville et 
allèrent aux faubourgs ce pour fere la rebvue ». Les syndics, les 
consuls et plusieurs habitants de Lectoure décidèrent de donner 
a une collation audictz souldactz afin les admiré et adviser à 
« mieux pourter les armes et ce truber réunis au jour que l'entré 
« ce fesoict. d 

En outre les membres de la jurée et les habitants résolurent 
d'offrir un présent au roi pour qu'il « les receut en meiJheure 
« affection. » Plutôt que de faire le cadeau en espèces, ils préfé- 
rèrent donner un objet précieux, une belle pièce d'orfèvrerie. 

Messieur^ le sénéchal, jage maige, officiers, comme aussi messieur du 
chappitre fareat d'avis qnMcelluj présent seroict mieux receù du roj de 
Navarre que or ny argent monoyé, à la concurance de la sonme qnj auroict 
esté desterminé luy présenter à son entrée et novelle veneue. Et le coustaige 
n'estre si grand que la dicte sonme, et estre de plus grand esfaict pour le 
plaisir du Prince ^ quy les aymeroict tenir à son cavinect et garde roube ou 
bien le donneroict a la Reyne. Et à ce moien a tous deux augmentaroict 

> Loc, et/., £* 187. 

' Compt. consul., t* 142 et suiv. 

• Ibid., f^ 193. 

II 



158 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

lenr bon bonloir envers la ville, faire qnelqne belle pièce à debise subtille, et 
par tons ensemble maistres orphèbres et pinctres à ce appelés fust aiTesté et 
délibéré qae ledict présent seroict une moudelle ou effigie une partie d'or pur 
et autre de argent en fourme de or. Et ce seroict une pièce en fourme de 
montaigne, sur laquelle auroict une efigie en fourme de femme. Laquelle 
montaigne seroict pourtée par quatre lions, icelle montaigne et lions de 
argent et la dicte feme de or, pourtant à la main droicte eslevée ung ceur et 
dedans icelluy ceur seroinct les armoiries de Armaignhae que ponlvoinct 
sonrtir dud. cur. Et Tautre main baissée les armoiries de la ville à signifier 
icelle ville estre en désir de estre régie et emparée par l'aide, bonne grâce et 
fabeur desdicts seigneur et dame. 

Maistres Grégoire Rion et lehan de Baigect, maîtres orfèvres 
d'Agen et de Condom, dessinèrent cet objet d'art. 

Il fallut enaprunter de l'argent pour faire fabriquer cette pièce 
et pour recevoir le roi. A cet effet, le ce pénultième jour de jan- 
(( vier 1555^ », la communauté ce arrecta » de a sercher et adviser 
« tous les moyens possibles de trouver et recouvrer deniers pour 
« subvenir aux affaires de la ville et pour fornir pour ladite 
« venue et entrée dudit seigneur ». 

On nomma dans la même assemblée des syndics pour faire cet 
emprunt (( soit à l'interetz si autrement ne sen treuve à Tamya- 
« ble » ; ils pourront a engaiger ^ et vendre tels des biens droitz 
« et esmolumens appartenant à ladite ville et université qu'ilz 
(( adviseront les plus comodes pour trouver argent ». 

Les^ syndics apprirent que dans la cathédrale Saint-Gervais de 
Lectoure il y avait « deux ' bassins courans dans ladite esglise 
(K pour assembler les bienfaictz des débotes gens à la comesmora- 
cc tion des trépassés et luminaire de Taustel de Notre-Dame ». 
Ces bassins étaient en argent massif 

Ils proposèrent à messieurs du chapitre de les acheter pour 
« les conbertir à faire la dicte pièce » d'orfèvrerie. Le 12 février 
1565, ils traitèrent avec messieurs les chanoines et les prêtres 
gouverneurs et administrateurs des deniers du bassin du Purga- 

* Livre des rentes et revenus du bassin du Purgatoire, à Lectoure. (Arch. munici- 
pales, G. G., 29 (1477-1537), f^ 317. 
» Ibid., f*> 317 v°. 
' Comptes consul., Arch. raun., CC 32, f 142 v*. 



SEANCE DU 6 JUIN 1904. 150 

toire; Tacte retenu par M^ Labrunye, notaire royal, fat passé 
(( devant Téglise cathédrale de Lectore ». 

Les deux plats d'argent du bassin du Purgatoire pesaient 
« sept marcs une ^ once et demye abalué chascun marc à quinze 
« liùres tournois )); les gouverneurs les remirent aux syndics 
moyennant une rente annuelle de neuf livres que la communauté 
devait payer au bassin. Comme garantie, les syndics hypothé- 
quèrent a les revenus et esmoluments^ de la grande et petite 
« boucherie et autres biens de la ville ». 

Dans le même but, on emprunta à « sire lehan' Percins, 
(( seigneur de Boloix, une tasse de argent peisant deux marcs 
a quatre deniers ». 

M. a l'archidiacre Rocquelaure * » prêta une somme de a huict 
« cens livres ». 

De plus la ville céda le « droict de salladure à Jehan Percins ^ 
(c et Pierre Bordes, tuteurs de la filhe de feu Jehan Coreges, pour 
a la somme de cent escu sol que bailharent en or, vailhant chacun 
(( deux livres six sous ». 

Ces emprunts et cette argenterie servirent à payer les prépa- 
ratifs de l'entrée du roi et la fabrication de la pièce précieuse qui 
coûta 740 livres et 9 sous. Voici les détails de cette dépense : 

M^ « Qrégoire Bien et Jehan de Baigect, maistres orphèbres de Agén et 
Condom, employèrent à ladicte pièce or cent escus sol prins des tuteurs de 
rhéritière de Correges, valleur xlvi s. pièce. Plus aultres six escnz sols mes- 
mes valleur. Tretze doubles dueatz à cens cinq soulz pièce. Trois angeloctz à 
quatre liures pièce, que monte la somme de trois cent vingt-quatre Hures ung 
soal. 

Plus en argent sept marcz une unce et demye, prins des bassins achaptés 
des goubemeurs du purgatoire, à quinze liure marc = cent huict liures. Plus 
une tasse achaptée de Monsieur de Boloix pessant deus marcz quatre deniers 
pour le prix de trepte une liure. 

* Livre du Purgatoire, cit., f* 318. 
« Ibid., f» 318 v^ 

' Comptes consal., Arch. mun., CC 32, f* 143. 

* Ibid. 

* Ibid., f» 143 V*». 

« Ibid., f^ 193 V» et suiv. 



160 SOGléré ARCHÉOLOGIQUE DU OERS. 

PluB quinze linres en reanlx faissant nng mare; que monte htrgent cent 
cinquante quatre liures. 

Plus pour une pierre de diamant et perlle achaptés dudict Baigect, vingt 
escnz sol. 

Et pour la faisson de la dicte pièce ausdict maistres orphèbres quarante 
deuB escuz sol. Montant iceulx soixante deux escnz à raisons de quarante six 
soulz pièce : cent quarante deux linres doutze soulz. 

Pour ce que nj avoict asés or pour dourer ladicte pièce et faire la chaîne 
qui ponrtoict le diamant, falheust advancer dens dncatz dobles et ung angeloct 
et que monte... xiiij, 1. x s. Et pour argent vif demandé par les maistres... 
xxiiij s. 

Et pour Testuis pour garder la pièce feust faict marché à... vi escuz sol. 

Dupuy, grossier, fournit l'argent vif pour la « fonte de la 
pièce », le plomb pour « afiner d Tor et l'argent et le a coton 
baptu pour emboloper » et servir d'écrin. 

Quand le présent fut terminé, les consuls hâtèrent les derniers 
préparatifs, ils firent dresser de nombreux arcs de triomphe. On 
en éleva à l'entrée des faubourgs, à la porte du boulevard, 
au-devant du « patus d du château. Messieurs du Chapitre en 
érigèrent un « au-debans de l'église ». On établit « une lisse ^ 
« pour fère courir la bague auprès du coubant des Jacoupins ». 
Les routes et les chemins par oîi devait passer le roi furent 
réparés, les murailles furent nettoyées. 

Il fallut aménager le château, on emprunta pour cela des 
(( tapisseries à des gentilshommes boisins ». 

Quand tout fut prêt, le roi, qui avait différé plusieurs fois son 
entrée, annonça qu'il arriverait à Lectoure le quinze mars. 
Aussitôt, a pour coubrir les arcz trimphantz de berd feult 
(( achapté grand quantité de liedre jusques à la somme de quatre 
« liures ». On acheta aussi de la a: lîgnete pour attaicher la 
« lièdre »; ce six barbiers » furent occupés à ce travail. 

Le roi ne put mettre son projet à exécution; on députa à 
plusieurs reprises des consuls à la cour pour savoir si le prince 
persistait dans son intention. Ils apprirent que la reine était 
malade, elle venait d'accoucher à Nérac a: d'une fille qui ne vécut 

^ Livre blanc, pièces diverses, 1390-1616. Arch. munie, DD 2, f» 184 v«. 



SEANCE DU 6 JUIN 1904. 161 



« que quatorze jours y>. Antoine de Bourbon, dans une lettre au 
connétable, du 26 avril 1556 \ nous fait connaître à la fois sa 
naissance et sa mort : ce Nostre Seigneur m'a ousté aujourd'hui une 
« fille dont ma femme estoit accouchée, il y aura demain quinze 
«jours. D 

Peu de temps après, Demande et Dupac écrivirent au sénéchal 
que « la reyne estoict lebée de chouces ^ et que maintenant le 
a roy de Navarre allait venir à Lectoure ». 

Le consul Ydron fut envoyé à Nérac pour savoir le jour de 
larrivée du prince; cette démarche fut aussi inutile que les pré- 
cédentes : Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret ne firent pas 
leur entrée à Lectoure à cette époque. 

On ne put donc leur offrir l'objet d'art qui leur était destiné; 
il fut déposé dans un coffre de la grande salle de la commune, oùl 
nous le retrouvons jusqu'en 1563'; nous ignorons ce qu'il est 
devenu dans la suite. 



Les peintures de l'église de Saint-Créao, 
Par m. l'abbé Lagleize. 

Les peintures de la voûte du sanctuaire de l'église de Saint-» 
Créac semblent se rapprocher des peintures de l'école romane, 
du Poitou, et plus spécialement de celles de la seconde époque, 
dont la décoration de Saint-Hilaire de Poitiers est en quelque 
sorte le type. Elles présentent tous les caractères de l'école 
gréco-bysantine. 

Quel artiste inconnu les exécuta ? Il est impossible de le dire. 

La similitude du dessin ne suffit pas toujours pour permettre 
d'attribuer au même artiste telles et telles peintures. Il y a à 
observer une quantité de petits . détails, souvent insignifiants, 
indépendants de la volonté de l'exécutant, qui échappent parfois 

* Baron de Ruble, Antoine de Bourbon et Jeanne cTAlbret, 1. 1, p. 132. 

* Comptes consulaires, CC 32, f° 196. 

' Livre blanc, Arch. mun., DD 2, iP 206. 



162 sociériÊ ARcnéoLooiQUE du gers. 

à Tobservation et dont Tenseinble peut s'appeler le tour de main; 
mais on peut à coup sûr fixer une époque précise à ces fresques 
si dignes d'intérêt et les attribuer au commencement du xiv* siè- 
cle. Une des principales raisons qui nous permet d'assigner cette 
date, c'est la grande analogie de ces peintures avec celles de la 
même époque et qu'on voit couramment en Poitou, en Touraîne 
et dans le Maine, et qui furent exécutées par ces artistes de 
l'école byzantine qui, à cette époque de corporations, ornèrent de 
peintures tant d'églises en France. 

Les fresques de Saint-Créac procèdent de l'art grec à son 
déclin; c'est le même caractère hiératique dans les figures et la 
même facture dans l'ornementation d'ailleurs assez pauvre. Cette 
ornementation se borne à quelques chevrons et losanges blancs 
posés sur des bandes invariablement noires ou rouges. Les vête- 
ments sont dessinés tous de la même façon; les plis en sont 
modelés au moyen de hachures noires. Les chairs étaient primi- 
tivement fixées au moyen d'un ton rouge jaunâtre posé par 
teintes dégradées. Les tons employés pour les accessoires sont 
des bruns foncés. 

Les murs du sanctuaire, sous la corniche, étaient primitive- 
ment ornés de peintures à sujets historiques, de la même époque 
que celles de la voûte et probablement dues au même pinceau. 
Ces personnages étaient accompagnés de légendes et occupaient, 
comme les apôtres de l'intrados de la voûte, une série de fausses 
niches faisant tout le tour de l'abside. Mais ces peintures étaient 
en un tel état de dégradation en 1863 que l'artiste chargé des 
réparations ne put s'y reconnaître et par conséquent les restau- 
rer. On les efiaça. 

L'église de Saint-Créac dépendait anciennement d'une com- 
manderie^ de l'ordre de Saint -Jean de Jérusalem construite très 
probablement vers le xii*" siècle, ainsi que semblent l'indiquer de 
vieux pans de murs en petit appareil, noyés dans les maçonneries 
du côté nord de l'église. Commanderie et église disparurent sous 
les ravages d'un incendie allumé par les troupes du prince Noir, 

^ Voir Bulletin de la Société Archéologique, IIP année, p. 70. 



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SÉANCE DU 6 JUIN 1904. 163 

pendant la guerre de Cent ans. Le sanctuaire seul a survécu aux 
ruines de la guerre et du temps : Tempus edax, edacior hcrmo. 

Les peintures que nous allons décrire se composent de person- 
nages étages à Tare triomphal, au plein de la voûte et à Tare 
doubleau qui précèdent la calotte de l'abside. Elles sont éclairées 
par trois petites fenêtres en plein cintre. 

Une corniche en saillie, parée d'un damier taillé dans la pierre 
de taille, court à la naissance de la voûte tout autour du sanc- 
tuaire. C'est le seul ornement architectural à remarquer; l'icono- 
graphie fait tous les frais de l'ornementation, avec des torsades 
séparatives, quelques traits figurant des colonnes, des pinacles et 
des, semis variés de fond.. 

Au centre du cul-de-four, dans un losange formé par une bande 
noire ornée d'une torsade rouge et blanc, le Christ est assis sur 
un trône, bénissant d'une main et de l'autre tenant le globe 
terrestre surmonté d'un sceptre et appuyé sur le genou. Sa tête 
est entourée du nimbe crucifère. 

Dans chacun des quatre espaces laissés libres par le cadre 
losange, on voit les attributs des évangélistes. Ces attributs, 
suivant la tradition, sont ailés. En haut, à la droite du Christ, 
l'aigle; au-dessous, le veau du sacrifice; à gauche, sur le haut, 
l'ange; dessous, le lion. Dans une banderole qui se déroule sous 
le sujet, les inscriptions : Sancte Joannes^ — Sancte Luca^ — 
Sancte Matthœe, — Sancte Marce. Un semis d'étoiles blanches 
complète l'ornementation du fond sur lequel se détachent les 
attributs. Ce fond est alterné jaune et brun rouge. 

L'arc doubleau séparatif est orné de huit personnages bibli- 
ques, mi-corps, dessinés sur un fond semé de losanges fleurdelisés, 
au centre. Au-dessus de chaque personnage, un pinacle surbaissé 
partagé et accosté par de petits tourillons. Au bas de chaque 
figure un texte des SS. Ecritures en lettres gothiques dont nous 
laissons l'interprétation au lecteur. Au sommet de l'arc, du côté 
droit de l'autel, sous le premier médaillon, on lit : Ne maneat 
archa Dei Israël. — Sous le second : Accipite eum vos et secun- 
dum legem vestram judicate eum. — Sous le troisième : Ave rex 
Judeorum. Le texte du dernier médaillon est effacé. Du côté 



164 SOCIÉTIÎ AROH^OLOGIQUE DU GERS. 

gauche, en haut, faisant pendant aux textes précédents, les 
suivants : l*' Pacti sunt pecumas ilU dare; — 2® Vtneam de 
Egypto transtulisti me; — 3® Qud ascendam m Ehron; — 
4*^ Quod ohtulerunt puerum Hely. 

L'intrados de la voûte, en arrière de Tare triomphal, est décoré 
des figures des douze Apôtres, six de chaque côté, alternées de 
trois en trois. Chaque personnage debout tient son attribut dis- 
tinctif ; ses pieds reposent sur un socle où se trouve reproduit un 
verset du Credo. Tous ces personnages se détachent sur un fond 
jaune, chacun dans une sorte de niche à arc surbaissé que. suppor- 
tent des colonnes simplement dessinées par des traits noirs. 

Sur Tare triomphal, quatre anges portent les instruments de 
la Passion. 

Une large bande, qui va de l'arc doubleau à l'arc triomphal, 
sépare, à la partie supérieure de la voûte, les deux séries des 
Apôtres. Cette bande est ornée de losanges timbrés au centre de 
fleurs de lys. 

L'ensemble de cette décoration dénote chez son auteur une 
sûreté de main acquise, non par de sérieuses études, mais à la 
suite d'une longue pratique. Le dessin est tracé avec une ampleur, 
une hardiesse et même avec un certain goût de la forme. Le 
mouvement des figures est souvent fort juste et toujours d'une 
grande énergie. 

Ces peintures sont exécutées au moyen de quatre tons : le 
blanc, le rouge, le jaune et le noir. L'harmonie claire et brillante 
qui résulte du rapprochement de ces tons, généralement assez 
soutenus, est parfaite. 

Les modelés sont obtenus au moyen de trois opérations. Le 
ton général de l'objet est couché à plat; des hachures du même 
ton, mais plus foncé, forment l'ombre, et des hachures blanches 
forment la lumière. Les chairs seules reçoivent par places un 
modelé plus fondu. 

Le mouvement des personnages est juste, mais les draperies 
sont raides et les extrémités faiblement dessinées. Cette incorrec- 
tion se trouve dans toutes les œuvres de cette époque toute 
mystique, où le sentiment et l'expression dominent à l'exclusion 



81ÎANCE DU 6 JUIN 1904. 165 

de la ibrme dont les artistes d'alors avaient ane connaissance fort 
peu étendue. 

Nous nous sommes inspiré, pour la partie technique de ce 
travail, du savant ouvrage de MM. Gelis-Didot et H. LaflBUée, 
architectes : La peinture décorative en France^ du Xi* au 
XVI' sikh. 

En 1863, M. le marquis de Grossoles, sénateur, Jont les ancê- 
tres avaient possédé la co-seigneurie de Mauroux-Saint-Créac, 
obtint du Gouvernement impérial un secours pour la réparation 
des peintures que nous venons d'étudier. Ce travail délicat fut 
confié à M. Toussaint-Desbeaux, d'Àgen, qui s'en acquitta en 
véritable artiste. 

M. Canéto, dans un article paru en 1864 dans la Revue de 
Gascogne (tome V, p. 18), a donné très exactement la descrip- 
tion des peintures de Saint-Créac; mais le savant archéologue 
n'a rien présumé de leur antique origine. 



Un révolutionnaire gersols : Lantrao, 

Par m. BBioAiL. 

(SuÀUK) 
Le Gers sous le Directoire et le Consulat. 

Nous retrouvons Lantrac à Auch en 1797. Il est libre, mais il 
n'exerce plus aucune fonction administrative. Les républicains 
modérés, ces girondins qu'il a si violemment combattus jadis, 
sont à la tête des principales municipalités et de l'administration 
départementale. Beaucoup de ses anciens coreligionnaires poli- 
tiques l'ont abandonné dès ses premiers jours d'infortune. 
Néanmoins, un nombre assez important de citoyens lui est resté 
fidèle; le parti montagnard, quoique bien affaibli, existe encore 
et il en est demeuré le chef. Placé entre les royalistes et les 
républicains modérés, il va être sollicité tour à tour par les uns 
et par les autres. Les premiers, voudront mettre à profit sa haine 

» Voir BuUeUn, 1902, p. 257; 1903, pp. 19, 119, 226, 291, 308. 






166 SOCléTÉ ARCH^OLOOIQUE DU GERS. 

contre le parti girondin qui détient le pouvoir, et, les girondins 
à leur tour, dans les circonstances critiques, feront instanoment 
appel aux sentiments républicains de leur farouche adversaire. 
Bien que relégué au second plan sur la scène politique du Gers, 
Lantrac va donc jouer encore un rôle très important, pendant les 
périodes si agitées du Directoire et du Consulat. A tout instant, 
les députés du Gers solliciteront Lantrac et se disputeront son 
influence. Il sera constamment en relation avec eux; il leur 
donnera des conseils, les tiendra au courant des événements 
politiques du Gers et souvent même il inspirera leurs votes. 
Carrère-Lagarrière, qui est membre du conseil des Cinq-Cents, lui 
est particulièrement sympathique et il lui écrira fréquemment ^ 
Voici comment, au mois de septembre 1797, il lui expose ses 
vues sur la politique générale : 

Il paraît qne le Corps législatif vent ne pas perdre les fruits de la journée 
du 18 fructidor; mon cher représentant, les lois qu'il fait depuis cette époque 
annoncent qu'il est mieux disposé à profiter de la victoire que le fut la 
Convention nationale après le 13 vendémiaire ; qu'il continue à marcher 
encore quelque temps sur cette ligne un peu révolutionnaire, qu'il frappe sans 
pitié les conspirateurs; qu'il étende surtout les mesures de rigueur et de 
justice contre les chefs du royalisme disséminés sur tous les points de la 
République ; que le directoire exécutif fasse une épuration complète et 
générale dans les tribunaux et les administrations ; que les emplois financiers 
soient arrachés aux fripons, aux contre-révolutionnaires qui les occupent, et la 
République est sauvée et la Constitution de l'an III s'élèvera triomphante et 
majestueuse sur les débris de toutes les factions. (5^ jour suplémentaire 
an V.) 

On sait les graves événements qui s'étaient passés à Paris, le 
18 fructidor an V (4 septembre 1797). Les élections générales 
ayant été favorables aux royalistes, le directoire avait fait entrer 
dans Paris le général Augereau et il avait fait arrêter quarante- 
deux membres du conseil des Cinq-Cents et onze membres du 
conseil des Anciens. Dans le Gers ces événements, joints à 
Tesprit républicain de la masse des électeurs, avaient appelé aux 

* Carrère-Lagarrière (Jean-Joseph-Caprais), né à Montestruc (Gers), le 26 septem- 
bre 1755. 



SÉANCE DU 6 JUIN 1904. 167 

fonctions publiques des républicains modérés généralement très 
attachés à la constitution de l'an III; néanmoins Lan trac ne 
paraissait pas satisfait : il prétendait que l'état des esprits était 
franchement mauvais. Pour lui, les républicains modérés étaient 
des ambitieux qui se souciaient fort peu du gouvernement 
républicain et de la tradition révolutionnaire, leur unique but 
étant d'obtenir des fonctions honorifiques ou des emplois publics 
très lucratifs. Ceux qui paraissaient désintéressés avaient des 
relations fort suspectes avec les prêtres et les royalistes et l'on 
devait fortement s'en méfier. Ils étaient inspirés par les anciens 
conventionnels Laplaigne et Descaraps, qui jouissaient encore 
d'une certaine influence dans le département \ Le premier ne 
s'était pas caché pour blâmer hautement le coup d'Etat du 
18 fructidor. Il comparaît cette journée à celte du 31 mai, et il 
ajoutait que, tout comme cette dernière, le 18 fructidor aurait 
plus tard de puissants vengeurs. Cet ancien conventionnel 
prétendait qu'il n'y avait point de conspirations, que le Corps 
législatif n'avait pas dans son sein quatre royalistes et que 
Pichegru lui-même était un républicain distingué. Enfin, au 
sein même du directoire du département, il y avait un homme 
ayant beaucoup d'ascendant sur ses collègues et qui, de l'avis 
de Lantrac, était un faux républicain : cet homme c'était 
Saint-Pierre. Il ne fréquentait que les aristocrates, dont il était 
l'ami, le confident, le soutien et l'espoir; lui aussi traitait la 
conspiration royaliste de chimère et lui aussi vouait la journée 
du 18 fructidor à l'exécration et à la vengeance des honnêtes gens. 
Lantrac estimait que les fonctionnaires n'étaient pas moins 
suspects que la plupart de leurs chefs et, à ce propos, il avait 
fait les remarques suivantes qui semblaient prouver sa clair- 
voyance et justifier ses inquiétudes. Quelques patriotes ayant 
fondé a un cercle constitutionnel », l'ouverture solennelle en eut 
lieu le quatrième jour complémentaire de l'an V; or, aucun des 
nombreux fonctionnaires qui résidaient à Auch ne se rendit à 

' Laplaigne (Loais-Antoioe-Caudron)', avocat, né à Mouchés, canton de Montes* 
quiou, mort à Barran le 5 janvier 1827. 
Descamps (Bernard), né à Lectoure, mort à Lectoure le 21 avril 1825. 



168 sooiériî archéologique du gers. 

cette fête républicaine, et ce fut eu leur absence que Ton vota 
des adresses de félicitations et de remerciements au Directoire et 
aux deux Conseils. D'autre part, ces mêmes fonctionnaires, en 
dépit de la loi, laissaient circuler tranquillement les émigrés et 
les prêtres; le 22 thermidor an VI fut le jour oh Ton exécuta 
dans le Gers la loi votée sur la motion de Lecointre; on fit bien 
des visites domiciliaires, mais, dans toute l'étendue du départe- 
ment, on ne put trouver aucun des nombreux prêtres et émigrés 
qu'on y voyait se livrer tous les jours à une ardente propagande 
royaliste. Rien de surprenant à cela, car les fonctionnaires avaient 
eu le soin de prévenir trois jours à l'avance tous ceux qui 
faisaient l'objet des recherches. Il était évident que le gouverne- 
ment était trahi dans le Gers par ceux auxquels il avait délégué 
ses pouvoirs. 

Lantrac s'indignait et semblait regretter de n'avoir point une 
parcelle d'autorité pour démasquer les traîtres, punir les employés 
félons et prendre des mesures énergiques contre les royalistes. Il 
devait se contenter d'observer attentivement les ennemis de la 
République et de dénoncer leurs agissements ou leurs complots à 
ceux qui étaient susceptibles de les faire cesser ou de les déjouer. 
Ainsi, il existait à Boulaur un pensionnat de jeunes filles tenu 
par huit religieuses qui donnaient asile à de nombreux prêtres 
réfractaires, de telle sorte que ce couvent, si paisible en appa- 
rence, était un vrai foyer de contre-révolution. Lantrac connais- 
sait fort bien et le couvent et les prêtres qui s'y tenaient cachés, 
parce que cet établissement était situé dans son canton d'origine, 
le canton de Saramon. N'ayant pas qualité pour le faire fermer, 
il écrivit en ces termes à Carrère-Lagarrière : 

On a établi au ci-deyant couvent de Bonlaur un pensionnat de filles; il est 
tenu par huit religieuses insermentées; cette maison est Tasile des prêtres 
rebelles; on y professe le royalisme le plus pur et le fanatisme le plus ultra- 
montain. On a écrit au commissaire David pour faire fermer ce repaire de 
contre-révolution et il n'a fait aucune réponse; j'ai parlé à Rémignon et à 
Larrey de cette maison; ils m'ont promis qu'elle serait bientôt fermée, mais 
les royalistes du canton de Saramon affirment qu'elle ne le sera pas et qu'ils 
le savent du bon coin. Tu m'obligerais d'écrire toi-même à David là-dessus. 



SÉANCE DU 6 JUIN 1904. 169 

Si le département tarde quelque temps encore, les patriotes de chez moi vont 
s'adresser an goayernement. — Je t'embrasse fraternellement. (22 thermidor 
an VI). 

Parmi tous les républicains modérés qui constituaient Tadmi- 
nistration départementale, Lantrac n'avait quelque estime que pour 
Rémignon, Larrey et David, ce dernier exerçait alors les fonc- 
tions de procureur-général-syndic \ Lantrac n'était pas d'ailleurs 
le seul vrai républicain qui conçût des inquiétudes sur le sort de 
la République et qui gémît sur Tétat des esprits dans le départe- 
ment ; Laclaverie, qui deux ans plus tard devait être élu membre 
du conseil des Cinq cents, Laclaverie, disons-nous, partageait les 
sentiments de l'ancien procureur-général-syndic ^ : « Je me 
réjouis de la journée du 18 fructidor, disait ce républicain, car 
une propagande énergique tendant à renverser le Directoire se 
développait dans les campagnes du Gers; les aristocrates rele- 
vaient la tête et leur nombre s'accroissait journellement; les 
prêtres réfractaires créaient de toutes parts des sociétés dhxmnètes 
gens; quant aux patriotes, et particulièrement les anciens monta- 
gnards, ils étaient livrés a-u mépris public et persécutés. Il sem- 
blait que le gouvernement ne se souciait plus d'eux et que le 
temps n'était pas éloigné où ils n'oseraient plus sortir de chez 
eux. 

Comme Lantrac enfin, Laclaverie pensait que la journée du 
18 fructidor n'avait pas porté tous ses fruits dans le départe- 
ment du Gers. Les prêtres se tenaient un peu plus cachés, mais 
ils travaillaient activement les campagnes; quant aux émigrés, 
ils promenaient librement sans être nullement inquiétés. Dans la 
région d'Auvillars, de Miradoux et de Dunes, qu'habitait le 
citoyen Laclaverie, les aristocrates rendaient la situation intolé- 
rable aux républicains, à tel point qu'à Auvillars ils avaient été 
obligés de quitter la ville et de se tenir cachés. Il s'était formé 
dans ces divers cantons une société de gens à cadenette dont les 

* David (Jean-Frix), avocat, né le 22 septembre 1750. 

' Laclaverie (Thomas), homme de loi, né à La Chapelle (Tam-et-Garonne), vers 
1764. 



170 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

membres se livraient à toutes sortes d'excès. C'est ainsi qu'ils 
arrivèrent un jour en armes, à la foire de Dunes, pour y mani- 
fester bruyamment et apporter le trouble parmi la foule paisible 
des paysans. A Peyrecave, ils avaient arboré le drapeau blanc 
aux cris de Vivent les Chouans ! Quelques mandats d'arrêt 
avaient été timidement lancés, mais la procédure se faisait très 
lente et les prévenus se promenaient librement, fiers de leurs 
exploits et à peu près sûrs de l'impunité. 

Soit pour se soustraire quelque temps au spectacle d'un état 
de choses qui lui était pénible et qui l'indignait, soit pour se 
distraire, soit pour se retremper dans la saine atmosphère fami- 
liale, Lantrac entreprit un voyage chez son frère qui exerçait à 
Montaigu, dans le département de la Vendée, les fonctions de 
juge de paix. C'est de là qu'il écrivit l'intéressante et curieuse 
lettre qu'on va lire. Elle était adressée : Au citoyen Garrère-Lagar- 
rûre^ représentant du peuple^ Conseil des 500^ rue Momnartre^ 
maison de France^ n^ 39^ à Paris. 

Montaigu, du 19 mesaidor an VL 

Je suis depuis près de dix jours dans cette horrible Vendée, mon cher 
représentant; je ne tarderai pas à en sortir; je n'aime pas à habiter une terre 
ou fume encore le sang des républicains. 

Le pays qu'habite mon frère était le pays privilégié de Charrette; c'est là 
qu'il se tenait le plus constamment; c'est là qu'il a exercé le plus ses pouvoirs 
atrocement sanguinaires; c'est là aussi qu'il a été pris. Tout s'y ressent de la 
guerre qui a tant désolé ces contrées; on y voit encore des villages incendiés 
dans leur entier; on commence à les rebâtir; comme le terrain y est très 
fertile et qu'il paraît avoir été privilégié par la nature, tout sera réparé dans 
dix ans. 

Hoche, qu'on nomme si emphatiquement le pacificateur de la Vendée, est 
mésestimé par tous les républicains de ce pays; il les a horriblement vexés 
pour favoriser ouvertement les brigands, pendant qu'il était dictateur. — Que 
de prétendus héros seraient des hommes ordinaires, ou moins que cela encore, 
si on les jugeait avec connaissance de cause. 

Mon frère s'est établi assez avantageusement, mais je n'envie pas son sort; 
qu'on ne vienne pas me chercher dans la Vendée, quoique ce département 
soit aussi beau que tout autre de la République. Les habitants portent sur 
leur figure l'empreinte de Thypocrisie, du fanatisme, du crime même; il y a 



SÉANCE DU 6 JUIN 1904. 171 

au moins trente brigands pour un patriote; il j aurait bientôt ane nouvelle 
explosion si le gouvernement se relâchait un peu. 

Adieu, mon cher Carrère, je te demande la continuation de ton amitié et te 
prie de t'occuper de moi, lorsqu'il s*agira du code forestier ^ Je t'embrasse. 

liANTRAC. 

Bonaparte s'est donc annoncé par la prise de Malte et a dissipé par là nos 
alarmes civiques. Ne m'écris pas ici; je pars dans quatre ou cinq jours. Je 
serai à Anch dans une décade. 

A son retour, Lan trac ne trouva pas la situation politique 
meilleure; il était évident que la contre-révolution faisait des 
progrès considérables et que ceux quî administraient le départe- 
ment au nom du Directoire exécutif étaient coupables d'indiffé- 
rence ou de faiblesse, sinon de trahison. Lantrac s'en aperçut une 
fois de plus, le jour du 14 juillet; cet anniversaire, si cher k tous 
les républicains, fut célébré à Auch d'une façon ridicule et pres- 
que grotesque; par contre, les royalistes, les prêtres et de nom- 
breux républicains modérés y fêtèrent pompeusement et avec 
enthousiasme le 9 thermidor : 

L'aristocratie, dit Lantrac, s'y était rendue en force; elle a dû y être satis- 
faite par l'orateur Amade, cet ami constant de Pérès* et Laplaigne; il y a 
parlé en réactionnaire incorrigible. Les patriotes qui l'ont entendu se 
croyaient au temps de Boissie et d'Isnard. Quelle différence du discours 
d' Amade avec les discours des présidents des deux conseils ! Je ne parle pas 
de la diction, on sait que l'orateur d'Auch n'est pas éloquent et on lui passe 
tout de ce côté là, mais je parle des principes et du patriotisme des opinions 
prononcées; comment relever l'esprit public avec de pareils hommes? S'il était 
encore le seul qui pensât ainsi, mais tous les héritiers de thermidor sont ici 
dans les mêmes sentiments que lui; je croyais les trouver un peu amendés à 
mon arrivée, mais toujours je trouve et j'aperçois en eux le môme esprit de 
haine, de cupidité et de vengeance; si encore il n'est pas plus fortement 
prononcé. La loi du 22 floréal, à laquelle ils ont applaudi avec transport, a 
relevé leur courage, les a écartés des patriotes et rapprochés de l'aristocratie. 
Je le soutiens, mon cher Carrère, il n'y a que la nécessité et la force qui 
peuvent les corriger. (Lettre à Oarrère-Lagarrière, 22 thermidor an VI,) 

^ Comme on le verra plus loin, Lantrac avait sollicité Tappui de Carrère- Lagarri ère 
pour se faire nommer inspecteur des forêts. 
' Pérès ou Pérez (Joachim-Jo&eph), était né à Auch, le 28 avril 1759. 



172 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Certes, il ne fallait point compter beaucoup sur les représen- 
tants du Gers au Corps législatif pour discipliner les esprits et 
imprimer au département une vigoureuse impulsion dans le sens 
de la tradition révolutionnaire, car il existait entre eux de pro- 
fonds dissentiments que des adversaires astucieux s'appliquaient 
à entretenir. C'est ainsi que Gauran * et Desmoulins ' se combat- 
taient violemment et qu'ils ne venaient jamais à Auch sans 
donner au public le spectacle affligeant de leur haine réciproque. 
Dans l'intérêt de la République, Lantrac se rendît un jour à 
Lectoure, où ils passaient tous deux leurs vacances, pour essayer 
de les réconcilier; mais tous ses efforts furent vains; Gauran, trop 
franc, ne savait pas garder de mesure dans son langage, et 
Desmoulins était vraiment un ambitieux sans scrupule et un 
détestable hypocrite. (A suivre.) 



Le dernier seigneur de Fouroés, 

(AnanSTIN-jBAN-CHABLBa-L0UI8 d'Abpb), 

Par m. Mazéret. 

La baronnie de Fourcés, canton de Montréal, après avoir 
passé par les mains des de Forcés de Goalard, des Moncassin, 
des Cous et des Pardailhan-Bonas, tomba dans celles de la 
famille d'Aspe, qui s'illustra dans la magistrature. 

Cette famille de bourgeois, originaire d'Ancizan', enrichie 
par le commerce, comme, d'ailleurs, toute la petite noblesse de 
cette époque, s'éleva très vite et très haut grâce à de riches 
alliances avec les principales familles du pays. 

En effet, nous lisons dans les Soirées archéologiques (1897, 

^ Gauran (Paul), avocat, né à Lectoure, le 2 avril 1758. Mort à Pérès, près 
Lectoure, le 6 février 1841. (Voir un article nécrologique dans le journal L^OpinioUy 
n^ 34 du 10 février 1841, et le Moniteur, de Tan IV à Tan VIII, pour ses travaux 
législatifs.) 

' Desmolins ou Desmoulins (Jean-Baptiste), avocat, né à Lectoure, le 30 jan- 
vier 1751. Conseiller à la cour impériale d'Agen. Il mourut dans cette dernière ville, le 
14 décembre 1843. 

' Dans la vallée d*Aure. 



SIÏANCK DU 6 JUIN 1904. 173 

pp. 10, 11, 29 et suivantes) que Bernard d'Aspe, fils de Jehan 
Daspe, bourgeois d'Ancizan, né le 11 novembre 1614, vint faire 
ses études au collège d'Auch et prit ses grades à l'Université de 
Toulouse. Après y avoir conquis son titre de docteur en droit, il 
revint à Aucb, où, grâce à sa grosse fortune, il put prétendre à la 
main de Claire de Long, fille de Samuel de Long, premier juge- 
mage au présidial d' Auch, juridiction qui venait d'être créée. 

De ce mariage naquirent cinq garçons et deux filles. L'aîné, 
Jean, continua la fortune de son père. Après avoir acheté la 
charge de conseiller au parlement de Toulouse, à Samuel 
Fermât, fils du célèbre mathématicien, dont on peut admirer la 
belle statue sur la place de Beaumont-de-Lomagne, sa ville 
natale, il se maria avec Thérèse d'Estarac, dont le père était 
président en l'élection d'Armagnac. Elle lui apporta en dot la 
salle du Garros, près Auch, et de quoi acheter la charge de pré- 
sident à mortier au parlement de Toulouse. Son immense fortune 
lui permit encore d'acheter, en 1675, à Jean-François de Mont- 
lezun, la seigneurie de Meilhan, et, en 1681, celle de Leboulin, à 
Jean-Louis de Gondrin, sans compter la charge de maire de 
Toulouse qu'il céda ensuite aux capitouls. Clément eut une 
partie de la seigneurie d'Ancizan et une compagnie que son père 
lui acheta dans le régiment de Navailles, dont il était capitaine 
en 1667. Léonard entra dans les ordres, fut chanoine de Sainte- 
Marie d'Auch, et eu 1667 il était sous-diacre. Irénée, d'abord 
avocat au Parlement, fut pourvu de la charge de Denis 
d'Ëstarac, cédée par son frère. A la mort de son père, il devint 
juge- mage au présidial d'Auch. 

En 1670, il était seigneur de Bernadets et épousa, plus tard, 
Anne de Gestas de Floran ^, veuve de François du Chemin, 
baron de Lauraët et de Marrast. Ce mariage ne dut avoir lieu 
qu'après 1677, d'abord parce que François du Chemin ne fit 
son testament que le 19 septembre 1672, et que le 7 juin 1677, 
dans le château noble de Lauraët, a noble Anne de Gestas de 
a Floran, dame de Lauraët, veufve à messire François du 

' De la branche des Gestas de Floran de Montmaurîn. Elle était fille de Gabriel de 
Gestas, seigneur de Montmaurîn, et de d^* Marie de Junca. 

12 



174 SOCIl^Té ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

ce Chemin, seigneur et baron dud. Lauraet et Marrast, laquelle de 
a son franc voulloir et come mère de noble Gabriel du Chemin, 
d seigneur et baron dud. Lauraet, son fils et dud. fu et sa legi- 
« time administratesse, confesse devoir à messire Anthoyne de 
(c Cous, seigneur et baron dud. Forcés y hab^.. savoir est : la 
« some de cent vingt-sept livres sept sols de rente anuelle et 
a perpétuelle, payables à la fin de chesque année au château dud. 
« Forcés, au capital de deux mil cinq cens quarante-sept livres ^ ». 
Le jeune seigneur était débiteur comme héritier de son père- 
Cette somme se décomposait comme suit : 701 1. par contrat 
consenti par noble dame Françoise de Léberon, sa grand'mère, et 
noble Louis du Chemin, chevalier, son oncle, en faveur de noble 
feu Anthoyne de Cous, seigneur abbé de Bonnefont, frère du 
seigneur de Fourcés; 1.100 1. par contrat consenti par noble 
Louis du Chemin, faisant pour sa mère noble Françoise de 
Léberon. Dans ce contrat, il est porté que le seigneur de 
Fourcés jouira de la dîme de Lauraët jusqu'au remboursement 
de la somme; 470 1. par contrat consenti par feu François du 
Chemin, en faveur de Tabbé; 36 1. par contrat consenti par noble 
Anne de Gestas, en faveur de Tabbé ; 150 1. par contrat consenti 
par la même en faveur de Tabbé, qu'elle avait employées pour 
le paiement des tailles des biens ruraux de la seigneurie de Lau- 
raët; et enfin 90 1. par contrat consenti par la même, qu'elle a 
déclaré vouloir employer a en partye des honneurs funéraulx 
« dud. fu seigneur de Lauraët, son dict mary *^ ». De cette union 
naquit une fille, Claire, sa seule héritière, qui apporta sa grosse 
fortune dans une des plus anciennes familles du pays. Elle 
épousa Antoine de Sérignac, baron de Belmont. 

Irénée d'Aspe, se voyant seul et avancé en âge, se remaria 
avec la jeune veuve de Renaud de Larroquau-Pinemont *, 
seigneur baron de Torrebren*, dame Pétronille d'Hucglas, 
baronne de Torrebren, fille de noble Jacques d'Hucglas, trésorier 

' Barthélémy, notaire royal à Fourcés. 

' Laboupilhère, notaire royal à Condom. 

' Décédé le 22 septembre 1698, date prise sur Touverture du testament. 

* Commune de Labarrère. 



SEANCE DU 6 JUIN 1904. 175 



général de France, et de dame Marguerite de Fiani. Nous ne 
connaissons pas la date de cette union; mais elle était consom- 
mée en 1716, car, à cette époque et le 7 octobre, ils assistent 
ensemble aux pactes de mariage de Jeannet Bousteux, charpen- 
tier, habitant de Torrebren, et de Marguerite du Compte, veuve 
de Joseph Tarrît, leur servante \ On trouve encore au nombre 
des témoins noble Pierre Grimaldy, seigneur de Farges, habitant 
le château de Torrebren. Irénée d'Aspe appela près de lui son 
frère Pierre, prêtre, docteur en théologie, et lui procura deux 
bénéfices : les cures de Levèze et de Torrebren, et résida au 
château. 

Pierre d'Aspe, comme procureur de noble Honoré Dagras, 
sieur de Petu (sec), juridiction de Cavalerie ^, sénéchaussée d'Auch, 
se transporta dans la ville de Bretagne, en Armagnac, le 9 juin 
1721, pour passer Tacte de vente de la métairie de « Lumperet », 
juridiction de Gabarret, pour la somme de 600 1. Cette propriété 
appartenait au sieur Dagras du chef de sa femme, d^® Jeanne 
Delart de Lafeuillade ^. 

L'église de Torrebren était sans desservant depuis longtemps, 
aussi tout était en désordre : Téglise menaçait ruine, le cimetière 
était ouvert à tout venant et la maison presbytérale avait besoin 
de grandes réparations. Le nouveau titulaire fit des représenta- 
tions à Joseph Romme, à Géraud-Joseph Tarrit et à Joseph 
Tarrit, consuls, qui s'empressèrent de convoquer la jurade le 
29 avril 1724. 

« Ils (les consals et jarats) ont dit qail est nécessaire de pourvoir et resta- 

< blir lesglise parroissialle dn présant lien quj menasse nne snbitte rninne et 
c preste à sescrouller par terre tant la couYertnre que le reste dicelle, ce quj a 
€ obligé Monseigneur larcheyecqne dAnch de linterdire despnys six ans ou dn 
« depnys ny sy est fait aucun service divin, aussy bien que de réparer les 

< heyes dn cemetière que tombent de partout, les bn& et antres animaux y 
c passent et sy apaissent (sic) que cest grand dolenr de voir les sépultures de 

< nos desfuncts proffanés, anssy bien que de réparer la maison presbytralle (sic) 

* Darquîzan (Jean-Pierre), notaire royal à Montréal. 

• Près d'Ayguetinte. 

' Darquizan (Jean-Pierre), notaire royal, à Montréal. 



176 SOCIlÎTé ARCH^LOGIQUE DU GERS. 

€ da présant liea pour la résidance en lad. parroisse de M' le caré poar la 
c commodité, service et utillité des paroissiens... » 

En conséquence, ils nomment pour syndic Joseph Romme, 
premier consul, qui devra présenter une requête à l'intendant de 
la province, à Bordeaux, pour qu'il permette d'imposer la juri- 
diction de la somme de 250 1. pour faire faire les réparations les 
plus urgentes, tant à l'église qu'au cimetière et au presbytère. Il 
devra, en outre, s'interposer et « supplyer au besoîng d l'arche- 
vêque de lever ce l'interdit ». Dans la même assemblée, ils nom- 
ment Vital Dupuy, syndic des pauvres de la paroisse et lui don- 
nent pleins pouvoirs pour <ï lepver les arréraiges des rentes 
d destinées pour la subsistance et utillîtté des peauvres de lad. 
d parroisse dénuée de présant de revenus et où y a très grande 
« nécessitté à cause du grand dégast de la grelle qui tomba sur 
(( la récolte dernière quy emporta touts les fruits de la terre lors 
« croissans. Pour ce fait est nécessaire de pourvoir en diligence 
(( à la lepvée desd. arréraiges et en faire la distribution exacte 
d du consantement dud. s' curé et Madame la baronne de Torre- 
(( bren comme seigneresse dud. lieu \.. » 

Irénée d'Aspe devait être mort à cette époque, car il n'est pas 
nommé dans l'acte, mais seulement sa femme. Au reste, nous 
savons que celle-ci convola en troisièmes noces, l'année suivante 
et le 6 décembre, avec noble Melchior de Fleury, lieutenant 
d'infanterie, réformé, fils de noble Melchior de Fleury, capitaine, 
enseigne des gardes du corps, chevalier de l'ordre royal et mili- 
taire de Saint-Louis, et de dame Marie-Anne de Beaulieu de 
Ruzé de Bazac, domiciliée à Paris ^. Pierre d'Aspe assista aux 

pactes du mariage comme procureur de Melchior de Fleury, père. 

(A suivre.) 

^ Boysse, notaire royal, à Larroque-sur-LoBse. 
' Darquizan, notaire royal, à Montréal. 



BÉANOlt DU 6 JUIN 1904. 177 



NOTES. 



Inscription Ainéralre. 

M. Lartigue et notre confrère M. Damas ont bien yonlu nous communiquer 
rinscription suivante, trouvée ces jours derniers par un de leurs ouvriers, route 
de PessaUy à Auch, dans les terrains dépendant de leur usine. C'est une 
plaque de marbre gris, veinée de blanc, de 0'°2ôX0'"22 et O'^OS d'épaisseur, 
brisée à sa partie inférieure. Le texte est ainsi conçu : 

D M 

ANT- SEVER' 
ANE- C O I I V G' 
C A R I SS I M iC 
C^. EVTYCHIAN 

VS- M- A- R- 

lie nom Sl Eutychianus ne se rencontre pas dans le recueil de Biadé, 
Epigraphie antique de la Gascogne, Nous y retrouvons se rapprochant : 

Eutyches (Bladé, Inscr. n® 116; au Corp. Inscr. laty XIII, n® 510; Revue 
épigraphiquêy t. II, pp. 289 et 887); 

Eutyckus {Revue ipigraphiqm^ t. II, p. 178); 

Eutyehia {Revue ipigraphiquCf t. II, p. 294). 

Le nom de Severiana se rencontre sous la forme Severina, dans la Revue 
épigraphiquey t. II, pp. 1, 242, 857. 

Il est bon de noter que dans le mot GOIIYGI {eic)^ Yi final est inscrit dans 
le G. De môme, au commencement de Tavaut-dernière ligne, Y a est inscrit dans 
leC. 

Prévenus par notre confrère M. Dumas, membre de la Société Archéologique 
du Gers, nous nous sommes rendus à son invitation et nous lui devons l'auto- 
risation de publier ce petit texte intéressant l'onomastique du Sud-Ouest. 

Nous lui adressons ici nos meilleurs remerciements. 



Note sur une déOinse de mastodonte trouvée à Auch >| 

Par m. Miqukl. 

Cette portion de défense, incomplète à la base et à l'extrémité, a été mise à 
jour, au commencement du mois de septembre 1903, par un ouvrier espagnol 
employé aux travaux de dragage, et mesurait au moment où je l'ai vue 

' Dans les alluvions anciennes du quartier de la Ribère (environs d*Âuch), situées 
BUT la rive droite du Gers, à trois cents mètres environ du lit actuel de la rivière. 



178 SOCI^TIÊ ARCHEOLOGIQUE DU GBBS. 

(8 septembre), cinq cent soixante et onze millimètres de longnenr snirant la 
courbure, cinq ceut trente-deax millimètres en ligne droite et trois cent qna- 
rante-cinq millimètres de circonférence, dans sa portion la pins large; elle 
se trou Tait à qnatre mètres vingt-trois centimètres de profondeur dans les 
matériaux de transport reposant sur un fond marneux-argileux. 

Les mastodontes étaient les précurseurs des éléphants; leur première appa- 
rition a eu lieu à la période miocène; à cette époque, ils se montrent avec 
quatre défenses; les plus petites étaient placées à la mâchoire inférieure, elles 
disparaissent à la période suivante. 

Ils vivaient encore à la période pliocène, puis s'éteignent pour faire place 
aux éléphants qui se perpétuent par de nouvelles espèces. 

Le genre éléphant paraît avoir suivi la progression marquée successive- 
ment par les espèces suivantes : 

Dinotherium : miocène; 
Mastodonte: miocène; 
Elephas meridionalis : pliocène; 
Elephas antiquus : quaternaire ancien; 
EUphas primigenius : mammouble quaternaire; 
Eléphants actuels de Tlnde et de TAfrique. 

Ijcs défenses décomposées et altérées par le séjour dans la terre se débi- 
tent en lames coniques et minces, enveloppées les unes dans les autres. 
Aucun autre os^ proprement dit, ne se débite jamais de cette manière. 

Les défenses varient beaucoup entre individus, d'ailleurs elles croissent 
toute leur vie, on ne peut donc déduire de la taille d'une défense celle de 
l'individu. 

Celle dont il est question ci-dessus s'est réduite en de très nombreux 
fragments et fendillements qui l'ont empêchée de conserver sa forme. 

Il est dit dans le Bulletin, t. lY, p. 253, au sujet de cette découverte, que 
BufPon et Réaumur ont signalé, en leur temps, que € certaines préparations 
« permettaient de transformer en turquoises la substance des défenses de 
<r mastodontes >. 

Contrairement aux dires de ces deux auteurs, l'ivoire fossile, conservant sa 
forme, ne peut être l'objet d'aucun travail qui puisse le transformer en 
turquoise, ni en quoi que ce soit, en raison de sa friabilité extrême hors de 
son milieu. 



BIBLIOGRAPHIE. 



La cathédrale de Oondom, par M. J. Gardèbe. 

Au congrès de la Société française d'Archéologie, tenu à Agen et à Anch 
en 1901 9 M. Joseph Gardère a lu un mémoire sur la cathédrale de Condom ; 



SÉANCK DU 6 JUIN 1904. 179 



il est inséré dans le volnme consacré à ce congrès. L'autear vient de publier 
de nouyeaa cette étude sous ce titre : U ancienne caihéàraU Saint-Pierre de 
Condom et ses constructeurs les èvêques Jean Marre et Hérard de Orossoles, 
étude critique sur la part attribuée à chacun des deux évêques dans la construc- 
tion du monument (Condom, impr. Adolphe Bonsquet, 1903, in-8% 14 pp.) 

Des différences notables existent entre la partie occidentale et le chœnr de 
la cathédrale de Condom : dans la partie occidentale, les piliers intérieurs 
sont cannelés et pourvus de chapiteaux, les contreforts sont ornés de cloche- 
tons ; dans la partie orientale, les piliers sont arrondis, lisses et sans chapi- 
teaux, les contreforts sans ornement. Entre les deux, on a trouvé des traces 
d*nn raccord fort habilement exécuté; d'ailleurs, les dimensions et la couleur 
de Tappareil sont différents. 

Jusqu'à ce jour, on a admis que deux évêques ont travaillé à la construction 
de l'édifice : Jean Marre aurait fait le clocher et la portion occidentale, 
Hérard de Grossoles le chœur. Telle n'est pas l'opinion de M. Gardère. IjCS 
différences que je viens de signaler prouvent seulement que Saint-Pierre de 
Condom a été bâti en deux fois. <r Nous savons, » dit M. Gardère, € que les 
< consuls avaient subordonné leur consentement à cette condition que la 
c bâtisse se fît peu à peu, sans démolir ce qai restait de l'ancien édifice, et 
c cette condition fut remplie. » Mais les deux constructions sont de Jean 
Marre, car il a estampillé de ses armes la seconde comme la première. Si 
Hérard de Grossoles, son successeur, avait édifié une partie quelconque de 
l'église, il n'aurait pas manqué d'y faire sculpter ses armoiries, comme il l'a 
fait au cloître et à la chapelle de Sainte-Catherine; et il s'en serait sûrement 
fait gloire dans la longue inscription commémorative de la consécration de sa 
cathédrale. Mais, il n'en avait pas le droit. 

L'opinion de M. Gardère est fort judicieuse et sera seule acceptée désor- 
mais. D'ailleurs, M. Gardère a étudié sa cathédrale avec le soin le plus 
attentif et le plus éclairé ; et personne ne pourrait écrire comme lui l'histoire 
et la monographie de ce monument comparable à la cathédrale d'Albi. Ces 
deux grandes églises se distinguent en effet par ce caractère essentiellement 
méridional : une vaste nef bordée de chapelles latérales. 



Omnitun, par Madame la comtesse de Pbsquidoux. 

Jusqu'ici Madame la comtesse de Pesquidoux a charmé ses lecteurs par de 
nombreux récits et surtout par une bien remarquable série de réflexions et de 
tableaux groupés sous ce titre : Miel et dard. Elle vient de nous donner une 
œuvre plus considérable : Une Étude drames à Taurore du Christianisme, 

En ce temps-là, vivaient encore Jean FEvangéliste, Salomé et la veuve de 



180 80ci]£té arch]£ologique du gers. 

Naïm ; son fils Xiste, le ressuscité accomplissait les fonctions sacerdotales et 
conseillait avec la sagesse d'nn disciple da divin Maître. 

Le lâche et cruel Néron commandait despotiquement Rome et le monde. 
Près de lui évoluaient : Ponce Pilate, le courtisan poli prêt à toutes les 
lâchetés pour conserver son crédit, et Judas le juif, caressé par Néron à 
cause de ses richesses^ neveu de Flscariote et héritier de sa haine contre le 
Christ et ses disciples. 

Cependant la vérité et la morale chrétiennes se propageaient dans Rome et 
les provinces ; mais pendant la persécution brutale une lutte entre le paga- 
nisme et le christianisme se livrait dans le cœur d'une femme. 

Païenne et de mœurs et de préjugés, Valérie admirait Claude, le grand 
artiste chrétien, et elle raimait;et cet amour ouvrait à son âme des horizons 
nouveaux. 

€ Quand un rayon de véritable atnour touche un cœur, ne voudrait-on pas 
€ n'offrir à celui qu'on aime qu'innocence, ignorance même de tout ce qui ne 
c fût pas lui ? » 

Mais Claude était destiné par la Providence à la vierge Paula. Tous deux 
s'aimaient du plus bel amour chrétien; leur union est bénie en pleine 
persécution et leurs noces se célèbrent par le martyre. Dans les bras l'un de 
l'autre, ils brûlent l'une des torches humaines dont Néron éclairait ses fêtes. 

Valérie, touchée de la grâce, admirait sans réserve cet amour céleste, cet 
amour plus fort que la mort, et elle a l'ambition de s'élever jusqu'à 
Claude et à Paula par l'expiation et la pénitence. Elle reçoit le baptême; 
et, nouvelle Madeleine, elle abandonne sans regret ses richesses, son 
bien-être, sa vie mondaine pour se retirer dans une grotte percée au haut 
d'une falaise, c aire entre le ciel et l'eau ». C'est là, que pendant des années 
elle accomplit une pénitence héroïque, surhumaine ; c'est là qu'elle mourut, 
éclairée par les derniers feux d'un soleil couchant, sous la bénédiction du 
prêtre assisté de deux fidèles amis. 

« Comme les trois hommes... enfermaient Valérie dans les langes du 
€ tombeau, le linceul, un vol descendu des pins maritimes se posa sur la 
€ grotte. Très suavement les oiseaux chantèrent. Et la brise, les vagues, les 
c prières, les sanglots, les gazouillements se mêlèrent bientôt à des sons plus 
€ émus, plus suaves encore, tombés des insondables profondeurs où des ailes 
c blanches semblaient flotter pour introduire l'épouse au banquet des noces 
c éternelles. » 

Cette œuvre est plus qu'un roman : c'est un poème d'amour. Le verbe est 
nombreux, sonore, coloré. La pensée est singulièrement élevée et la forme 
d'une rare distinction. 



Le Gérant : Léonce GOOHAEAUX. 



SÉANCE DU 4 JUILLET 1904. 



PRESIDENCE DE M. PH. LAUZUN, PRESIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M. Henri Dubédat, propriétaire à Laujuzan, présenté par 
MM. Palanque et Pagel ; 

M. Joseph DucoM, propriétaire à Panjas, présenté par 
MM. Pagel et Palanque; 

M, Laffargue, conseiller d'arrondissement de Condom, juge 
suppléant à Lectoure, présenté par MM. de Sardac et Nux. 

M. Lauzun fait part à la Société de l'invitation qui lui a été 
adressée par M. Adrien Planté, président de VEsœle Gaston 
Fébus^ pour les Jeux Floraux qui, cette année, doivent être 
célébrés à Éauze. La Société, qui s'est toujours particulièrement 
intéressée à tout ce qui touche la langue gasconne, prendra part 
à cette fête. Elle a d'ailleurs adhéré aux idées du félibrige, et 
vingt et un de ses membres assistèrent, en 1901, aux inoubliables 
fêtes de Pau, où, sous la présidence de l'illustre poète de Maillane, 
fut célébrée l'union de la patrie gasconne avec ses sœurs langue- 
docienne et provençale. 

Il est décidé qu'à l'occasion de ces fêtes la Société publiera 
une nouvelle édition du Catounet gascoun^ du gimontois Ader, 
qui sera dédié à M. le professeur Lannelongue, vice-président de 
VEscole pour l'Armagnac. Cette publication sera le premier 
volume d'une série où seront rééditées les œuvres des poètes 
gascons du Gers, devenues fort rares et si bien étudiées par 

18 



182 SOCIléTIÎ ARCHJÊOLOGIQUE DU GERS. 

notre confrère M. J. Michelet, série que la Société s'eflForcera 
de rendre complète, malgré la modicité de ses ressources. 

En outre, les noms des lauréats du concours annuel de la 
Société seront proclamés à Éauze. 

M. Lauzun communique une lettre de M. Franz Marcou, 
inspecteur au ministère des Beaux-Arts, faisant appel aux 
sociétés de province pour arriver à l'inventaire et au classement 
de tous les objets intéressant, au point de vue de Thistoire et de 
l'art, possédés par les musées, les fabriques et tous les établis- 
sements publics. 



COMMUNICATIONS. 



Un épisode de la Réforme à Leotoure (1661), 

Par m. db Sardac. 

La Réforme fit de bonne heure son apparition en Gascogne, 
chose peu surprenante avec les protecteurs puissants qu'elle 
trouva à la cour. Les personnes qui adoptèrent, au début, les 
idées nouvelles étaient des gens riches. A Lectoure, presque 
toute la bourgeoisie \ bon nombre de magistrats, de consuls, de 
procureurs, de notaires, de médecins, d'ecclésiastiques étaient 
partisans de Luther et de Calvin. 

C'est en novembre 1551 que nous trouvons pour la première 
fois des faits se rapportant au protestantisme. A cette date, nous 
voyons les consuls instruire des procès contre « ung allemand 
ce prisonier et autres pour le cryme de hérésie' d, condamner 
M® Belotin Michaelis^ notaire de Lectoure, et Guilhaume de 

^ Noms de quelques protestants de Lectoure : Le Venier, magistrat au sénéchal ; du 
Juau, Foyssîn, magistrats au sénéchal ; du Préd, Soles, avocats au sénéchal ; Soûlas, 
de Lier, capitaines; Montession, Martin, Laforcade, Trelaigue, notaires; de Marcilly, 
de Boysset, conseillers; Canhieu, bourgeois; Sentou, chirurgien, etc. 

■ Comptes consulaires, CC 30 (Arch. mun. Lectoure, f** 208). 

» Ibid., f° 205 v». 



SÉANCE DU 4 JUILLET 1904. 183 

Castétz, dit Montibus, « à la question et tourture pour Térésie », 
et Michaelis pour avoir écrit « un libre réprobé ». 

Belotin Michaelis et de Montibus firent appel au parlement de 
Toulouse du jugement des consuls. Le Parlement ratifia la 
sentence; Michaelis fut « conderapné à demander pardon en 
a chemises tennant une torche alhimée entre ses mains audevant 
« l'esglize cathédralle de Lectoure. Et que ung libre quil a voit 
a escript de sa propre main seroit bruslé en sa présence ». 

Il fallut ramener à Lectoure les condamnés qui étaient 
enfermés aux a carces de Tholoze ». Jehan Foaissin \ consul, 
avec Taide de Claude Thiboville, de Jehan Darribat, de 
M* Arnaud Foaissin et d'autres gens à cheval surveilla le retour 
des prisonniers, qui rentrèrent à Lectoure, le 28 février 155L 
Quelques jours après, Tarrêt du Parlement fut exécuté. 

Pour ce qne M. Belotin Michaelis, Gnilhauine de Castetz dit Montibns ont 
estez condempnez a demander pardoQ a Dieu aa toj et a justice estans ung jour 
de djmenche sur le chapfaud audevant de l'esglize cathédralle dud. Lectoure. 
Et ung libre escript de la propre main dud. Michaelis serojct illec bruslé en 
sa présence estant en chemises, piedz et testes nndz tennans chacun une torche 
de cjre ardaut. Parquoy le djmenche sixiesme de mars an susdit fut faict et 
droissé led. chaffauld au devant de ladicte esglize et furent acheptées deux 
torches du pois chacune de une liure desquelles fut payé a raison de six solz 
liure doze solz tornois et tennans lesd. Michaelis et Montibus lesd. torches 
ardans entre leurs mains estans en chemises pied (sic) et teste nuds furent 
amennez des carces desd. consulz audevant ladicte esglize par les bayle et 
sergens et illec sur led. chaffauld yssue tle la messe parrochielle laquelle 
avoyt esté dicte et célébrée en ladicte esglize. Lesdictz arretz furent exécutez 
assistans lesdictz messeig**" de consulz. Fut payé aux sergens pour avoir 
amennez et conduictz lesdictz Michaelis e Montibns, et avoir illec assisté a 
l'exécution desditz arretz avec les hallebardiers, la somme de dix solz tornois. 
Et a Pierre Bardy, exécuteur de la haulte justice, pour avoir mys le feu au 
boys pour faire brusler ledict libre, cinq solz tornois, montant le tout la 
somme de vingt-sept solz tornois '. 

A la même époque on termina le procès de Guilhaume 
Balvard, cet allemand prisonnier « es carces » de la cour des 

» CC30, f. 211 v«. 

» ce 30, f> 214 et suiv. 



184 SOClérlî ARCHÂ)LOGIQnE DU GERS. 

consuls comme a suspect de foy d, au cîire des frères inquisiteurs 
« Pierre Petruccia ^ », docteur en théologie de l'ordre de Saint- 
Dominique, et (( Jehan Gras », gardien des frères de Saint-Fran- 
çois. Ce même Jehan Gras avait examiné le livre de Michaelis 
et sa doctrine. 

Ces arrêts et ces exécutions n'enrayèrent pas le développe- 
ment du protestantisme; des étrangers arrivèrent nombreux, 
venant prêcher la religion nouvelle. L'hérésie faisait de grands 
progrès, on résolut de sévir avec plus de rigueur contre elle. 

Au mois d'octobre, MM. de Guargas et Mansencail *, conseiller 
et avocat du roi au parlement de Toulouse, vinrent à Lectoure 
et descendirent à a: l'Hôtel du Chappeau rouge »; ils avaient 
pour mission « d'enquerre contre les hérétiques fauteurs de la foy 
a et autres ayant libres suspects ». Leur enquête fut longue; ils 
revinrent au mois de mars et à la Noël de l'année suivante, 
accompagnés de Malras, conseiller au Parlement, de l'huissier 
Vellet, de clercs et de serviteurs. Ils étaient chargés de faire a la 
ce procédure criminelle contre ung nommé Albus, prêtre, autre 
a nomme Mollinet, et contre ung Henry jacobin e plusieurs 
« autres prévenus d'heresie ». 

Les consuls leur offrirent pendant leur séjour deux barriques 
de « bin bieulx », qu'ils achetèrent à Jehan Céré", marchand, 
pour la somme de ce seize livres tournois ». 

Les informations contre a. les suspects de la foy » furent faites 

^ Ce Petrucia devait être parent avec c fray Anthony Petnicia, predicador deu 
c couvent de la villa i>, à qui Ton donne, par mandement des coubuIs de Lectoure, 
c duas liuras tornesas per anar estudîar à Paris ]>. CG 22, f? 89 (Ârch. mun., comptes 
consulaires). 

• Comptes consulaires, CC 30, f*» 223. 

' Il était marié à Françoise de Bordis ; il eut plusieurs enfants : Charles Géré, qui 
fut le capitaine Céré, Géraulde Géré, Jeanne Géré et une fille posthume ; il possédait 
les terres et château de Lacassaigne, près Lectoure. Il mourut en septembre 1587. Sa 
veuve nous a laissé un livre de raison qui se trouve aux Archives de Lectoure, coté 
ii 17. Sa fille Géraulde, veuve en premières noces de Pierre Despès, docteur et 
avocat au sénéchal, épousa, le 2 août 1598, noble Jean de Barrau, sieur de Larroque- 
Parron. C'est grâce à cette alliance que le domaine et château de Lacassaigne passa 
entre les mains des de Barrau, qui prirent à l'avenir le titre de seigneur de Lacas- 
saigne. 



SIÉANCK DU 4 JUILLET 1904. 185 

i- - "■ I - - - ma ._ a^m ^m ii.im— iiii - - t— - — 1- _ - _ ^ 

avec le plus grand soin; on commanda aux consuls de faire 
a venir tesmoins de divers lieulx des environs de la présent 
« ville ». 

Les années suivantes, les poursuites se continuèrent contre 
« les luthériens et hérétiques ». En 1553, Jean Rocques \ licencié 
en médecine, qui « avait ^ été plusieurs fois honoré de la charge 
« consulaire, fut accusé et convaincu d'hérésie et d'avoir parlé 
d publiquement contre la religion catholique ; on le condamna à 
« une forte amende 3). 

Toutes ces mesures n'arrêtèrent pas la marche de la réforme à 
Lectoure; la religion nouvelle fut très répandue dans la cité. Si 
bien que quelques années plus tard, le 14 juin 1577 ', le roi 
Henry de Navarre, dans des lettres patentes datées d'Agen, 
ordonnait qu'à l'avenir les consuls de Lectoure seraient choisis 
moitié parmi les catholiques, moitié parmi ceux de la religion 
prétendue réformée. 

Notes sur le ohftteau et régllse de Pelleflgue, et sur la déoou- 
verte d'une vieille statue dans un des murs de Téglise, 

Pab m. l'abbé Dambiellb. 

Avant la Révolution, et jusqu'en 1823, Pellefigue formait trois 
communes : Pellefigue proprement dit, Auriébat et Viella. 

Jusqu'à la Révolution, et peut-être longtemps avant, il n'y 
avait qu'une paroisse et qu'une annexe: Pellefigue paroisse, 
Viella annexe. 

On ne se rappelle pas du tout de l'église d'Auriébat, mais on 
en trouve encore, croit-on, les fondements. 

L'église de Viella, abandonnée depuis la Révolution, a été 

^ Jehan Roques porte le titre de ^ médecin des pauvres ]> dans les comptes consu- 
laires de 1522-1523 à 1555-1556, année de sa mort. En 1522-1523, on lui donnait 
quatorze écus d*honoraires pour soigner les indigents; en 1551-1552, on le pa3'e 
20 livres. (Comptes consulaires, 1551-1552, f^ 174.) 

' Premières manifestations du protestantisme dans la Gascogne, par M. Tierny, Revue 
de Gascogne, 1893, t. XXX IV, p. 45. 

' Livre de records de la ville de Lectoure, 1542-1578. (Arch. mun., BB 3, £° 235 v^) 



186 sociér^ archéologique du oers. 

complètement détruite en 1826. Les matériaux de démolition 
ont servi au presbytère actuel. 

Une autre église, dont on trouve encore les fondements, était 
située dans la paroisse, au lieu dit : Poylan. Dom Brugèles la 
mentionne sous le vocable de : chapelle champêtre de V Annoncia- 
tion de Notre-Dame; elle existait en 1140. A cette date, la moitié 
de cette église fut donnée par Centulle de Labarthère au monas- 
tère de Simorre. Elle fut détruite par les huguenots vers Tan 
1570, et rebâtie en 1730 par M. Lozes, de Pellefigue, sur les 
mêmes fondements que la primitive église. 

Reste enfin l'église paroissiale actuelle. Elle a été bâtie très 
probablement en même temps que le château dont elle était 
primitivement la chapelle; elle est d'ailleurs presque adossée 
aux murs du château, un petit chemin étroit l'en sépare et on 
voit encore la place qu'occupait une ouverture pratiquée dans le 
mur de l'église, à la hauteur de la tribune, qui permettait, dans 
le temps, de venir directement du château à l'église. 

Le château est très ancien : les habitants de Pellefigue reçurent 
des lois et privilèges, le 12 mai 1381, d'Azémar de Bérîque, 
seigneur du lieu. 

En 1613, le château de Pellefigue appartenait à noble Antoine 
de Saint-Laurent, seigneur de Pellefigue. 

En 1643, Jeanne de Coarraze, comtesse d'Astarac, donne la 
seigneurie de Pardies (Viella) à noble Bertrand de Gemet, 
seigneur de Pellefigue, qui avait épousé une demoiselle de la 
famille comtale. 

En 1673, le château appartenait au seigneur de Saint-Orens. 
On trouve dans les registres, à la date du 17 juillet 1673, la 
sépulture de W^^ Marie de Saint-Orens, fille du seigneur du lieu, 
enterrée dans le tombeau de la maison. 

Quel était le tombeau de la maison ? La chapelle, très proba- 
blement, car, si on fouillait, on trouverait beaucoup d'ossements. 

En 1736, le château appartenait à messire Jean-Baptiste de 
Seignan, comte de Sère, seigneur de Pellefigue et autres lieux. 

Vers 1845, Charles de Génibrousse Castelpers, alors officier 
dans la marine, fils de Jean-Louis-Marie de Génibrouôse, comte 



81ÎAN0E DU 4 JUILLET 1904. 187 

de Castelpers, épousa une demoiselle de Seignan et vint habiter 
Pellefigue, où il est mort en 1885. Une de ses filles a épousé, en 
1897, M. Francis de Micas, propriétaire actuel du château. 

On croit que la chapelle du château devint église paroissiale 
après le passage des protestants, après la démolition de la 
chapelle de Poylan, qui devait être paroissiale avant sa destruc- 
tion. 

Elle était toujours paroissiale en 1736. D'après un vieux 
cadastre: a: Messire Jean-Baptiste de Seignan, etc.. tient noble- 
d ment château, basse-cour, etc.. Téglise paroissiale avec la 
« servitude de huit pans à Tentour. » 

On croit que Téglise a été bâtie en quatre fois : elle se compose 
de trois nefs, le tout en style gothique, sauf les ouvertures qui 
sont romanes. Un bas-côté a été construit il y a à peine quarante 
ans. La nef principale remonte beaucoup plus haut. On lit sur 
une pierre bâtie dans le mur et placée extérieurement au chevet 
de l'édifice, ces mots : 

. P£R . M. LACAZE . M . 
. HEIT . EN . 1703 . 

Le clocher a été fait plus tard. Des réparations récentes 
(cinquante ans) en ont agrandi la flèche; mais il fut construit 
quelques temps après l'église. Il est adossé à l'église, et le bas 
sert de porche d'entrée. — Au dessus de la porte on lit cette 
date: 

A 

— 1741 — 

La partie de l'église la plus ancienne et la plus curieuse est 
l'autre bas-côté. On serait tenté de croire que seul il devait 
primitivement constituer la chapelle du château, car il est certai- 
nement plus ancien que Ta nef principale. Ce bas-côté était 
voûté (on aperçoit encore la naissance des voûtes), tandis qu'on 
n'eu voit pas dans la nef principale. Aujourd'hui un vulgaire 
plafond a remplacé la voûte. 

Le côté extérieur de ce bas-côté est très intéressant ; il a dû 



188 SOCr^T^ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

certainement, dans le temps, constituer une cachette très habile 
et très sûre. 

Il y a d'abord un mur bien vertical, d'une largeur normale; 
puii8 on a construit à coté de ce mur, extérieurement, un mur 
étroit à vingt ou vingt-cinq centimètres du premier; à la base, 
il prend un plan un peu incliné, et au sommet va se confondre 
avec le premier, qui est le mur véritable de l'église. Il y a par 
conséquent une cachette entre les deux murs, sur une grande 
partie de leur longueur, cachette qui vient en diminuant au fur 
et à mesure que l'on monte. On a toujours ignoré cette cachette 
que ne trahit pas suffisamment, pour la deviner, le mur penché 
du côté extérieur. 

L'année dernière, par le plus grand des hasards, au mois 
d'octobre, elle fut découverte. Un ouvrier creusait le mur pour 
pratiquer à cet endroit une ouverture afin de donner à l'église 
plus de jour et plus de symétrie. Le mur résonnait sous les 
coups de marteau, on venait de mettre à découvert la cachette 
formée par les deux murs. 

Un peu à droite, l'ouvrier ayant aperçu un bloc, fit tomber un 
peu plus de mur de ce côté et se trouva en présence d'une 
statue. Elle avait été placée sur un madrier, pour ne pas être 
mise en contact probablement avec la maçonnerie. Elle a pu de 
la sorte être préservée un peu plus contre les injures du temps et 
les influences de la chaux; néanmoins elle est en partie décom- 
posée : la tête et le haut du corps sont mieux conservés, mais ne 
résisteraient pas à un coup violent et tomberaient en poussière. 
Elle a O'^SOde haut; elle est en bois, peut-être en cœur de 
chêne. Elle a été peinte probablement, car on distingue très 
vaguement quelque peu de couleur rouge sous le capuchon. Il 
n'y a pas d'autre trace de peinture sur tout le corps. Elle tient 
quelque chose de la main droite, on dirait un livre ou une 
tablette, la main gauche est pendante. Elle a reçu deux coups 
d'un instrument tranchant : un sur le bord du front, qui est arrivé 
jusqu'à l'œil; l'autre, en pleine figure, qui lui a coupé le nez et 
l'extrémité des lèvres. 

Quelle est cette statue ? 



SIÉANCB DU 4 JUILLET 1904. 189 

D'après dom Brugèles, Pellefigue possédait, à l'époque où il 
vivait, un reliquaire d'argent et une relique de saint Antoine 
l'Ermite (17 janvier), patron de la paroisse. Il ne parle pas de 
statues, mais il insiste sur la vénération qu'on avait dans le pays 
pour ce saint. Le reliquaire a disparu et la relique aussi. Saint 
Antoine est encore le patron de la paroisse et le titulaire de 
l'église. L'église possède actuellement une statue de saint 
Antoine toute récente (trente ans); le saint est représenté un 
livre à la main. 

Cette statue a été précédée d'une autre qui tombe en ruines 
et que l'on conserve encore dans l'église; c'est le buste du saint, 
en bois doré, dans le genre de celles que l'on trouve communé- 
ment encore dans les églises; elle a l'air très ancienne, mais sans 
cachet. 

Celle qui nous occupe est-elle bien une statue de saint Antoine? 
C'est probable. Saint Antoine est le patron de la paroisse. Il a 
été toujours en grande vénération dans le pays. On le représente 
souvent un livre ou une tablette à la main. Si c'est la statue de 
saint Antoine, à quelle époque peut-elle remonter? Le costume 
pourrait peut-être approximativement le révéler. 

A quelle époque a-t-elle dû être cachée ? On pourrait d'abord 
croire à la Révolution : cependant personne ne se rappelle, parmi 
les anciens, avoir entendu parler de cette statue, pas plus que 
du lieu où elle était cachée. Personne n'avait soupçonné cette 
cachette qui, à la- façon dont elle est dissimulée et par la vétusté 
du mur, a l'air de remonter plus haut. 

De plus, les révolutionnaires possesseurs de la statue ne 
l'auraient-ils pas plutôt brûlée ? On croit généralement que rien 
n'a été pillé à la période révolutionnaire, ni au château ni à 
l'église. 

La cachette remonterait-elle aux guerres de religion ? Il serait 
téméraire de l'affirmer, mais on a quelques raisons de le croire; 
d'abord son cachet d'ancienneté, puis le passage des huguenots 
à Pellefigue : ils détruisirent l'église de l'Annonciation vers l'an 
1570. 

L'absence complète de documents laissera probablement tou- 



190 SOOI^T^ ARCHEOLOGIQUE DU OSRS. 

jours planer un doute et ne permettra pas d'assigner à la facture 
de la statue et à son enfouissement une date précise. 



Le oouvent des Dominioaines de Pont-Vert ou ProuiUan, 

à Oondom, 

PAE MM. J. Gardèrb et Ph. Lauzun. 

Dans son magnifique ouvrage sur les Couvents de Saint- 
Dominique au moyen-âge^ Gallia Dominicana^ M. G. Rohault 
de Fleury n'a pas seulement cherché à restaurer l'ancien 
couvent des Jacobins d'Auch en une page qui a été déjà 
publiée dans ce Bulletin\ il a consacré également une planche 
au couvent des Dominicaines de Condom, fondé à la fin du 
XIII* siècle et l'un des plus anciens de la région du Sud-Ouest. 
S'inspirant d'un ancien plan déposé aux Archives départemen- 
tales du Gers, d'un vieux dessin composé en 1820 au moment 
de la démolition du couvent, enfin de photographies de quelques 
vestiges encore existants, telle que la porte monumentale, il a 
tenté une restauration de l'église et du cloître et fait revivre 
ainsi ces précieux débris. Pour l'autorisation qu'il nous a 
accordée de reproduire ses dessins dans notre Bulletin^ qu'il 
veuille bien agréer ici l'expression de notre gratitude. 

Le couvent de Pont- Vert, ainsi dénommé sans doute à cause 
du pont voisin, jeté, au milieu de prairies toujours verdoyantes, 
sur les deux rives de la petite rivière de Gèle, en amont de 
Condom, fut établi en 1280, dix- neuf ans après celui des Frères- 
Precheurs du même ordre, situé un peu plus bas, au nord de la 
ville, sur la rive droite de la même petite rivière, et dont il ne 
reste plus aucune trace. Son but était d'abriter, comme celui de 
Prouille en Languedoc, les jeunes filles nobles qu'un mariage 
avec des albigeois pouvait entraîner dans l'hérésie, et de leur 
permettre de se consacrer ainsi, en restant pures et sans tache, à 
Dieu et à la Vierge Marie. 

> Bulletin de la Soc, Arch. du Gerg, t IV, p. 47 (1903). 



81ÎAK0E DU 4 JUILLET 1904. 191 

La généreuse bienfaitrice qui l'institua était une des ^ plus 
grandes dames de la contrée, noble Vianne de Gontaut-Biron, 
épouse en premières noces d'Amanieu VI, sire d'Albret, puis, 
séparée de lui par bulle du 22 septembre 1268, mariée en 
secondes noces au comte Hélic de Castillon, finalement ren- 
voyée à son premier mari par sentence du mois d'avril 1272, 
lorsqu'elle put prouver la fausseté du fait qui avait occa- 
sionné sa séparation. Devenue veuve, elle ne s'occupa plus 
que de fondations pieuses. D'abord elle abandonna à son neveu 
Jourdain de l'Isle sa seigneurie et son château de Montgaillard, 
ce qui fut cause qu'en souvenir des libéralités de sa tante la 
nouvelle bastide que ce seigneur venait de fonder sur les bords 
de la Baïse dut changer son ancien nom de Villelongue contre 
celui de Vianne \ Puis, elle fit venir, en 1261, à Condom les 
Frères Prêcheurs et elle leur éleva une magnifique demeure, se 
réservant pour elle, dans une aile séparée, une habitation parti- 
culière où elle mourut. Enfin, elle désira, peu de temps avant 
sa mort, qu'un couvent de Dominicaines fût établi tout à côté, 
leur concédant le terrain et prescrivant que les premières sœurs 
eussent à venir du célèbre couvent de Prouille dans l'Aude, 
fondé en 1206, non loin de Fanjeaux, par Saint-Dominique lui- 
même, ce qui lui valut dans la suite le surnom de couvent de 
Prouillan. 



Anne Domini M.CC.LXXX, — écrit Bernard Gni dans son histoire des 
conyents Dominicains de la province de Tonlonse, — panle ante, cepit locns sen 
monasterinm sorornm Pontis-Viridis juxta Condominm constrai et fondari a 
nobili domina Yiana, magna Arnica ordinis Fratrnm Prasdicatoram, mnl- 
tnmqne benefica et deyota; qnae inter cetera magna bona qase fecit pro sainte 
animœ snœ locnm constrnxit pro sororibus ordinis mensoratam, nbi semper 
Denm celèrent et landarent; fnndavitque ac doctavit ipsnm redditibus, et 
optnlit et conlnlit ipsum ordini pro monasterio sorornm sub cnra et regimine 
ordinis, secnndnm morem et consuetnedinem monasterii Prnliani; et hoc 
fecit, dnm adhnc viveret; set anteqnam sorores fuissent ibi positae, ipsa 
substracta fuit morte média ab hoc Ince; obiit vero in conventn fratrnm 

' Dom Vaissettb, Histoire du Languedoc et Courcelles, Histoire des Pairs de 
FrancCj art. Gontaut. 



192 SOOI^T^ ABOHjâOLOOIQUE DU GERS. 



Condomiensiam, ubi in domo qnam œdificaverat morabatar, ix klis 
marciÇ anno Domini M.CC.LXXX \ 

Dame Vianne mourut donc en 1280, avant que le couvent de 
Pont-Vert ne fût achevé. Trois ans après cependant ses volontés 
recevaient pleine et entière exécution. Treize sœurs étaient 
envoyées de Prouille et installées par le frère Pierre de Bau- 
lenx, sur Tordre du prieur provincial Berenger Notarii d'Arles, 
maître en théologie. Bernard Gui nous en a conservé les noms. 
C'étaient : sœur Blanche de Bordeaux, qui fat la première 
prieure; sœurs Peyrone Teulyère, Agnès Aymerigue, Etien- 
netta de TOrme de Vienne, Valense Beguieyre, Alembort de 
Labrande, Serene Descayraô de Cahors, Jeanne Trossete, Rose 
Trossete, Amalde Dorssaut, Guiraude de Saint-Sever, Flos sa 
fille, et Azemare Fromenta de Martell. *. 

Dans sa précieuse chronique condomoise, Tabbé Lagutère 
confirme le dire de Bernard Gui et il ajoute : <£ Dans le paréage 
« contracté à l'effet de cette fondation par l'abbé Auger d'Andi- 
c( ran et le roi d'Angleterre, ledit abbé demande audit roi 
« Edouard, duc d'Aquitaine, la confirmation des léguats faits par 
« noble dame Vianne de Gontaud et Géraud d'Agen. d 

Voici, toujours d'après Bernard Gui, quels furent les premiers 
prieurs du couvent de Pont- Vert : 

Frère Raymond Dorgo^ de Tarascon, fut institué prieur de 
Pont- Vert, aussitôt après l'arrivée des sœurs en 1283 ; mais il ne 
parut jamais à Gondom et fut remplacé cette année même par 
Pierre de Ligardes^ qui doit être considéré comme le premier 
prieur effectif du monastère condomois. Il resta huit ans en 
exercice; après lui vinrent successivement : Nicolas Feodù ou 
de Fieux^ dit Mataporc, vir bonus^ quatre ans; — Arnaud de 
Bosco^ un an; — Arnaud Vital^ d'Agen, sept ans; — Odon 
d'Ossun, de Morlas, quatre ans; — de nouveau Arnaud Vital, 
six ans; — Pierre Arnaud, de Toulouse, un peu plus d'un an; 
— B. cfe Biensan, quelques mois; — Sixte de Layrac^ de 

» Arch. hist. de la Gascogne^ Les Frères prêcheurs en Gascogne^ par M. l'abbé 
Douais, d'après le ma. de Bernard Gui (fascicule viii, p. 337, 1885). 
* Archives historiques de la Gascogne, op. cit 




10NASTERE Je PR.OVILLAN VuE p-"-' -■" i»" r f" 




ARCHIVES DEP-'J- "^EH 
PORTAIL A^ 'ti' 



194 SOCIl^é ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 



Cahors; — enfin Omllaume de Seheillan^ qui était prieur en 
1321, année où écrivait Bernard Gui. 

Suit également la longue liste des visiteurs du monastère de 
1292 à 1331, dont on trouvera les noms dans l'ouvrage, déjà 
cité, de M. Tabbé Douais \ 

En 1383, Louis d'Anjou, roi de Sicile, fonde, au couvent de 
Prouillan de Condom, tant en son nom qu'en celui de sa femme, 
douze messes anniversaires, ainsi qu'une messe perpétuelle de 
Requiem à dire tous les jours. 

Durant tout le moyen-âge, le couvent de Pont- Vert resta très 
florissant. Malheureusement ses archives ne nous ont point été 
conservées. La charte de fondation, les premières donations, les 
privilèges qui lui furent accordés, les registres de son adminis- 
tration et de ses possessions, son journal, sa chronique, son 
nécrologe, en un mot tous ses titres les plus précieux, furent 
brûlés en 1569 par les hordes sauvages de Mongonmery, qui, on 
le sait, vinrent, au mois de novembre de cette année, mettre la 
ville de Condom à feu et à sang. Pas plus que les autres maisons 
religieuses, le couvent de Prouillan ne trouva grâce devant le 
vandalisme des Réformés. 

Quand l'oragie fut passé et que les religieuses, dispersées un 
peu partout^ purent rentrer en leur demeure, elles la trouvèrent 
presque entièrement démolie. Peu à peu cependant elles la 
relevèrent de ses ruines, et cela grâce à leur fortune personnelle 
et aux biens fort nombreux qu'elles possédaient aux environs. 

Leur liste nous en a été conservée. C'étaient, indépendamment 
des fiefs et rentes et des nombreuses pièces de terre séparées : 

1"* Dans la juridiction de Condom, les métairies de Camenègre, 

— de la Crompe, acquise au prieur de Teste, en 1343, par voie 
d'échange, — d'Hugaut, acquise en 1531,' — de Mahourat, 
acquise le 29 septembre 1500, — de la Barthe, acquise en 1502, 

— les bois d'Hugaut, acquis le 1" avril 1532, — de Pont- Vert; 
2"* Dans la juridiction de Moncrabeau, les métairies de 

Prouillan et du petit Bourdieu ; 

^ Archivée hîêtor, de la Gascogne, p. 341. 



siASCE DU 4 JUILLET 1904. 195 

3"" Dans là juridiction de Marsolan, la métairie de Cuillot; 

4° Dans la juridiction du Sempuy, les métairies de La Salle 
de Cauboue et du Carascau ; 

5° Dans la juridiction de Gazaupouy, la métairie de La 
Plaigne ; 

6* Dans la juridiction de Serapesserre, la métairie de PaouîUac. 

Jusqu'en 1649, les religieuses de Pont- Vert, suivant la règle 
de leur ordre, élisaient leur prieure tous les trois ans. A cette 
date, Gabrielle de Galard de l'Isle, religieuse dominicaine du 
couvent du Chapelet d'Agen, obtint du Roi un brevet, accompa- 
gné de bulles du pape Innocent X, qui la nommait prieure du 
couvent de Condom. Les religieuses, non consultées, refusèrent 
de la recevoir. Il fallut que la nouvelle prieure eût recours à la 
force pour pouvoir pénétrer dans le monastère. Le procès- verbal 
rédigé à cet effet nous donne sur cet incident de fort curieux 
détails. Depuis, ce nouveau mode de nomination prévalut et 
subsista jusqu'à la Révolution. 

De tout temps les religieuses de Pont- Vert, toutes issues de 
familles nobles, cherchèrent à affranchir leurs biens de la taille, 
se basant sur une prétendue nobilité des biens de leur couvent, 
qu'elles ne purent jamais prouver. 

Cependant Marguerite de Monluc, fille du maréchal et prieure 
du monastère en 1565, obtint, le 31 juillet de cette année, des 
lettres patentes portant décharge des tailles en sa faveur. Les 
consuls ne les reconnurent pas et les imposèrent chaque année. 
Une transaction intervint le 2 mars de l'année suivante, grâce à 
l'intervention du maréchal et de Robert de Gontaut-Biron, 
évêque de Condom, moyennant quoi les religieuses s'engagèrent 
à payer par abonnement la somme de vingt livres pour les 
charges ordinaires et extraordinaires de leurs biens, avec offre de 
payer les impositions des biens ruraux qu'elles pourraient 
acquérir dans la suite. Après la mort du maréchal, les consuls 
recommencèrent à les poursuivre. Vainement obtinrent-elles en 
1597 de nouvelles lettres patentes confîrmatives des premières, 
et au mois d'août 1598 un arrêt favorable de la cour des Aides 
de Paris, la municipalité condomoise n'en continua pas moins à 



196 SOCIlÎTé ABCHlfOLOGIQUE DU GBBS. 

les imposer; ce qui donna naissance à un procès interminable 
qui dura tout le xvii® et le xviii® siècle. Une sentence de 
rintendant Pellet, du 20 mars 1668, ne put aplanir ces diffi- 
cultés, qui ne prirent fin qu'en 1783, époque où, le 9 décembre 
de cette année, un arrêt du conseil d'Etat rejeta leurs prétentions 
et déclara que tous les biens des religieuses de Prouillan seraient, 
hors le terrain leur servant de clôture, imposés aux tailles, sans 
préjudice toutefois aux religieuses de justifier de la nobilité de 
certains de leurs biens. 

La Révolution vint mettre un terme à cet état de choses. Le 
monastère de Prouillan, dont l'enclos fut afiermé au moins 
jusqu'en l'an III, fut déclaré bien national. Après le départ des 
religieuses, il servit de caserne au bataillon des volontaires de 
Lectoure, fut occupé par des prisonniers espagnols en l'an III et, 
dès la fin de cette année, utilisé comme dépôt d'artillerie \ 

Le 6 nivôse an XIII, il fut adjugé au profit de la commune de 
Condom, moyennant la somme de 5.000 livres, à la charge de 
convertir les bâtiments en casernes propres à recevoir quatre 
cents hommes et quatre cents chevaux. La commune en tira parti 
en l'affermant plusieurs fois. Finalement elle le vendit en 1819 ^. 

C'est vers cette époque que fut relevé le plan conservé aux 
Archives départementales du Gers et que nous reproduisons 
dans notre planche. Il donne une idée suffisante, non pas de ce 
qu'était le monastère de Prouillan au moyen-âge, qui, nous 
l'avons dit, fut presque entièrement détruit par les troupes 
protestantes de Mongonmery, mais de ce qu'il était aux xvii* et 
xviii® siècles, c'est-à-dire après sa restauration. 

L'église n'était qu'à une seule nef, terminée par un large 
transept au milieu duquel se prolongeait une abside pentagonale 
contre laquelle venaient butter extérieurement quatre énormes 
contreforts. Un clocher carré, de dimensions fort mesquines, 
s'élevait à l'extérieur, dans l'angle de la nef et du bras droit du 

^ Archives communales de Condom et registres de la sous-préfecture. 

* Archives municipales de Condom et registres de la sous-préfecture. — Cf : Archi- 
ves départementales. Biens nationaux. — Voir aussi Histoire religieuse de Condom pen- 
dant la Révolution^ par J. Gardèrb (Auch, 1902). 



SÉANCB DU 4 JUILLET 1904. 197 

transept. Un magnifique cloître s'étendait au nord, adossé à 
l'église et entouré de trois grands bâtiments qui renfermaient : 
celui de Test, la sacristie, le trésor, la salie capitulaire au rez- 
de-chausSéC) le dortoir et les cellules des religieuses au premier 
étage; celui du nord, les réfectoires, donnant sur une belle 
terrasse qui dominait la vallée; celui de l'ouest, d'autres salles 
destinées également au logement des religieuses. Trois pavillons 
carrés se dressaient aux angles de ce quadrilatère, spécialement 
réservé aux religieuses du couvent. 

• A droite, de l'autre côté de l'église, s'élevaient, au midi, deux 
autres corps de logis, comprenant de nombreuses petites salles 
destinées probablement aux classes, et que séparaient deux 
vastes cours.. On n'ignore point, en effet, que les Dominicaines 
de Prouillan tenaient un pensionnat de choix, oh n'étaient 
admises que les demoiselles des familles nobles de la contrée. 

Devenu propriété privée en 1819, le couvent de Prouillan fut 
aussitôt démoli. Un bourgeois de Condom, M. Dunsau, eut 
alors l'heureuse idée de le dessiner. C'est ce dessin, aujourd'hui 
unique et fort précieux, qu'il nous a été donné de pouvoir 
reproduire ici. Sans être d'une régularité parfaite ni d'une 
exactitude irréprochable, il permet cependant de se rendre 
compte de l'importance qu'avait encore le couvent de Prouillan 
à la veille de la Révolution. 

Par acte du 10 mars 1876, M""* veuve Verdier, née Barrère, 
dernière propriétaire, le donna, à charge d'établir un nouveau 
couvent, à la supérieure des Trappistines de Blagnac. Les, 
héritiers de cette dernière le vendirent aux Carmélites de 
Narbonne, qui s'y installèrent le 21 novembre 1892. Après dix 
ans de résidence, ces saintes filles viennent, à leur tour, d'en 
être expulsées. 

Il ne reste plus des anciennes constructions que le portail 
monumental, ouvert sur la façade nord-ouest, et dont l'arcade 
cintrée, accostée de chaque côté d'un couple de pilastres 
cannelés, séparés par des niches à coquille, supporte un cartou- 
che à moulures prismatiques, sur lequel se lit la date de 16 . . , 
les deux derniers chiffres ayant été récemment effacés. 

14 



198 SOCIlfoé ARCHlfOLOGIQUE DU GERS. 

Nul, à Condom, ne se rappelait plus ni le grandiose aspect du 
monastère de Prouillan, ni les services signalés rendus pendant 
si longtemps par les religieuses qui Thabitaient. La page de 
M. G. Rohault de Fleury, avec la belle planche qui l'accompa- 
gne, en perpétuera désormais le souvenir. 



Le dernier seigneur de Fouroôs, 

(Augustin-Jban-Chablbb-Louis d*Abpb), 

Par m. Mazérbt. 

(Suite et fin \) 

Pétronille d'Hucglas avait un frère qui était prieur de Lisse, 
en Médoc, et une sœur, Marie, mariée à noble Pierre de Mau- 
rens, seigneur de Saint- Yors, Barbonvielle et autres places. Le 
15 mai 1725, Pierre d'Aspe, comme leur procureur, donne à titre 
de ferme à Michel Lanave, laboureur, les métairies de La Tapie 
et de La Coste, en Montréal, pour neuf années, à moitié fruits, 
plus trois paires d'oisons, trois paires de poules, trois paires de 
chapons. Comme fief, les seigneurs se réservent la « semure dun 
(( cartau de linet^ ». 

Le baron de Belmont, à la mort de son beau-père, le remplaça 
dans sa charge de juge-mage. 

Nous ne suivrons pas les autres enfants de Bernard d'Aspe et 
nous nous contenterons d'étudier la descendance de son fils aîné, 
Jean, la seule qui doive nous occuper dans ce petit travail. 

Bernard, son fils, baron de Meilhan, seigneur de Castin et 
Leboulin, se montra digne de la haute situation de son père et la 
dépassa par le beau mariage qu'il fit avec d"*^ Thérèse Blondel, 
fille de François Blondel, intendant des bâtiments et premier 
commis du marquis de Torcy, ministre, qui lui apporta en dot la 
somme énorme de 50.000 1. et, chose plus flatteuse, ajoute notre 
érudit et sympathique confrère, la présence du roi et de la 

» Voir BulîeHn, 1904, p. 172. 

' Darquizan, notaire royal à Montréal. 



SIÉANCB DU 4 JUILLET 1904. 199 

"' * " ' '™ i» W I ■ ■■■■ ■■■■—■■■ Il m » ■ ■ m^m^mm^ ■ . I II ■ ■ ■ ^^^^^^^m^^^^m^^^^^-m^^^m^^^m^^^^^^^, ■ ■ ■ l^i^»— ^— i^ 

famille royale à son mariage. II succéda à son père dans sa 
charge de président à mortier, qu41 céda ensuite à son fils Jean- 
Fratiçois d'Aspe. Celui-ci épousa, le 3 décembre 1751, à Bonas, 
Jeanne-Marie d' Auxion de Vivent, comtesse d' Arblade *, fille de 
noble Jean-Sylvestre d'Auxion de Vivent, comte d'Arblade, et de 
Louise de Pardailhan-Gondrin, fille de Jacques-Antoine de 
Pardailhan-Gondrin, marquis de Bonas, et sœur d*Antoine de 
Pardailhan-Gondrin, maréchal de camp. Sa sœur aînée, Fran- 
çoise, était mariée avec noble Laurent de Mélet, seigneur de 
Sarran et habitant de Condom *. 

Au mariage de Jean-François d'Aspe, assistent : Joseph 
d'Aspe, chanoine de Sainte-Marie d'Auch, et autre Joseph 
d' Aspe, prieur de Flaran *. 

La nouvelle épouse avait eu pour dot le riche comté 
d'Arblade. Du chef de sa mère, et surtout de son frère, elle 
ajouta à sa grosse fortune. Celui-ci, resté célibataire, testa le 
17 avril 1723 : il institue pour son héritière universelle dame 
Françoise de Cous, sa mère, fille d'Antoine de Cous, seigneur, 
baron de Fourcès (elle-même, baronne du même lieu, par 
transaction avec sa sœur), à la condition qu'elle rende son 
héritage à la fille aînée du comte d'Arblade, sa nièce, « à la 
a condition pourtant qu'elle épousera un homme de condition 
« noble ». Si celle-ci meurt sans enfant, ses biens doivent revenir 
à la deuxième sous la même condition qu'elle a épousera ou ait 
« épousé une personne noble », et ainsi pour la troisième \ 
Antrâftedô Pardailhan mourut en 1751, et son testament, qui ne 
fut retrouvé que le 13 septembre 1769, donna lieu à un procès 



* Ce comté était considérable et comprenait : ArbUde-Comtal, La Leugue, Sarraga- 
chies, Crémeu, Lacaussade, Camortèrefi, Tarsaguet, Bwoaidefi» Bion, Sorbets, Cau- 
penne, etc. — (Cazauran : MonguiUiem et Toujause^ Paris, Maisoaaettve frères, 1890, 
p. 221, en note.) 

' FoDtan, notaire roya} à Montréal. 

' Dom Joseph-François d'Aspe, prieur de Tabbaye de Flaran, dom François Siereys 
et dom Antoine Totabel, composant la communauté de Flaran, afferment le moulin de 
Flaran k Jean Dupuy, meunier, à raison de 680 1. par année. Le meunier s'engage, en 
outre, à moudre gratuitement et € sans prandre ny réserve de pugnere i>, le blé néces- 
saire au monastère. 18 avril 1755. — Boysse, notaire royal k Larroque-sur-Losse. 

* Revue de Gascogne, t. XXV, p. 46. 



200 SOClériî ARCSnÉOLOGIQUK DU GBB8. 



retentissant. Les deux cadettes, Jeanne-Marie, épouse d'Aspe, et 
Marie- Anne, héritière de sa mère, et investies, toutes deux, des 
meilleures parts, prétendirent à la troisième, prétextant que les 
Mélet étaient de basse extraction. Enfin le procès se termina 
en faveur de Françoise, et les Mélet devinrent définitivement 
propriétaires du marquisat de Bonas. En 1765, la baronnie de 
Foûrcès étant encore indivise entre les trois sœurs, nous voyons 
celles-ci intenter une action devant l'ordinaire de Fourcès, contre 
Pierre Lafargue, meunier au moulin du Peyré, juridiction de 
Saint-Pé de Boulogne, et Jean Lafargue, meunier au « moulin 
a Nau », juridiction de Castelnau-d'Auzan, touchant des lots et 
ventes qui n'avaient pas été payés. Enfin, le 6 novembre, par 
acte passé au Peyré, Pierre et Jean Lafargue « parlant et adrois- 
(( sant ses parolles à messire Jean-François Daspe, président au 
« parlement de Toulouse, seigneur comte d'Arblade, seigneur de 
(K Meilhan, Castin, Leboulin et autres places, habitant aud. Tou- 
« loiize, et à noble dame Françoize Dauxion de Vivens, espouze 
« de messire Laurens de Mellet, seigneur de Sarran, habitant de 
a la ville de (^ondom, seigneurs de la ville et juridiction de 
ce Fourcés, et en leurs personnes aux s" Lamelles et Rousselet, 
(n leurs fermiers, leur ont dit et déclaré que entendent se départir 
« de l'appel qu'ils ont interjette de l'appointement rendu par les 
« ordinaires de Fourcès, le 23 avril dernier, pour raison desquels 
d ils se réservent d'en poursuivre la cassation. Néanmoins pour 
« couper court aux demandes formées par l'exploit du vingt-un 
« septembre l'année dernière, ils offrent à bourse déliée et deniers 
« découverts aux dits seigneurs dud. Fourcès la somme de cent 
a trente-quatre livres pour reste de celle de cent soixante-dix 
a livres pour le montant des lots et ventes... somment lesd. 
ce seigneurs de recevoir icelle et de fournir quittance \.. » Si les 
seigneurs refusent, les comparants sont résolus à poursuivre 
l'instance. 

A la suite du procès dont nous avons parlé plus haut, il y eut 
transaction entre les trois sœurs, et la baronnie de Fourcès resta 
en entier à Jeanne-Marie, épouse d'Aspe. 

^ Fontan, notaire royal à Montréal. 



siàNCE DU 4 JUILLET 1904. 201 

D'après le dénombrement fait par la communauté, par-devant 
M. de Baritaux, commissaire délégué, les seigneurs de Fourcès 
possèdent noblement sept cent quatre-vingt-six journaux un 
quart et quatre picotins \ 

Dans la jurade du 5 septembre 1773, les consuls, conformé- 
ment au règlement et à la déclaration du roi, relative au renou- 
vellement des consuls, se réunissent et forment une liste des 
jurats d pouvant remplir les fonctions de consuls, laquelle liste 
« sera envoyée [à] Monsieur Daspe, habitant de la ville de Tou- 
a louze et seigneur de la présante ville de Fourcès. Il est supplié 
a par lad. assemblée d'élire un des ci-dessus tels qu'il lui plaira 
a pour exercer la charge de premier consul le reste de la pré- 
(n santé année et l'année ensuyvant ^ j> Les candidats proposés 
étaient: Salaha, Soulès, Gimberset et Martin. Il est encore ques- 
tion de (L messire Daspe r> dans la jurade du 11 septembre 1774. 
Il dut mourir bientôt après, car dans la jurade du 7 août 1775 il 
est question de son fils a messire Augustin-Jean-Charles-Louis 
(L Daspe, chevalier, baron de Meilhan et baron seigneur de la 
« présante ville de Fourcès d. 

Augustin- Jean-Charles-Louis d'Aspe, naquit au Garros, près 
Auch, le 13 septembre 1752. Il se destina à la carrière des 
armes, et tout jeune il était officier au Dauphin-Dragons. Mais 
la charge de son père l'appelait à la magistrature : il donna sa 
démission et fut reçu conseiller aux requêtes au parlement de 
Toulouse, le 7 septembre 1775. Ensuite il obtint la survivance 
de la charge de son père, à la condition de ne siéger qu'à l'âge de 
trente ans ^. Le baron d'Aspe employait les loisirs que lui laissait 
sa charge au gouvernement de ses beaux domaines et à celui de 
ses nombreux vassaux. Ceux de Fourcès, en particulier, n'eurent 
pas trop à se louer de sa justice, qui ne fut pas toujours basée 
sur l'équité. Mais si nous nous reportons à cette époque, où 
la féodalité, quoique bien affaiblie, était encore omnipotente, 

' Jurade du 30 octobre 1746 (Archives communales de Fourcès). Le journal valait, 
à Fourcès, 32 ares 93, et le picotin 1 are 02,9. 
* Loc. cit, 
' Soirées Archéologiques, hc, cit. 



202 sociéré arch^looique du gebs. 

si nous agissons surtout par comparaison, nous trouverons 
que le baron n'était ni meilleur ni plus mauvais que ses 
pareils. 

La communauté de Fourcès possédait une lande, dite du 
Vertun, située au sud-ouest de la juridiction, bornée au nord 
par le chemin qui a conduit à La Boubée et Corneilhan \ » 
s'étendant même dans la paroisse de Corneillan, en Montréal, 
et se terminant à la pointe extrême ouest à la salle du Vertun 
ou Cap-du-Vertun, dépendant de cette dernière juridiction. 
Aujourd'hui cette salle a disparu et a été remplacée par une 
maison massive et sans élégance, appelée Longuevillet, du nom 
de ses premiers occupants. Cette lande avait une contenance de 
deux cent cinquante journaux perche, mesure de Fourcès, selon 
Tarpentage fait par Lavigne, arpenteur juré, sur la réquisi- 
tion de M. d'Aspe. Elle servait aux habitants de Fourcès 
<r d'appaissage pour le bestail et pour la fourniture du bois pour 
(T le chauffage de tous et chescun desd. habitans dud. Fourcès 
a: et autres forains. ^ » Le baron prétendit, sans ^'appuyer sur 
aucun texte, mais oc seullement que comme seigneur baron dud. 
« Fourcès, a la tierce partie de lad. lande. » Les consuls de 
Fourcès, arguant de leurs droits juridictionnels, prétendaient 
que la lande du Vertun « appartenait de temps imémorial à la 
<r communauté dud. Fourcès y> et s'opposait formellement à ce 
qu'il en fût distrait la moindre parcelle au bénéfice de quiconque, 
fusse même au a benéfisse de leur seigneur et baron * d. 

Le jeune baron répondit à cet acte de protestation par une 
requête adressée, le 20 novembre 1774, à la cour de maîtrise 
particulière des Eaux et Forêts de Guyenne, qui, le 24 juil- 
let 1775, rendit un appointement, signifié à la communauté, le 
3 août, par lequel elle ordonnait que (( dans huitaine à compter 
a au jour de la ditte signification, la présente communauté 
(L s'asemble pour procéder aux formes ordinaires à la nommina- 

* Actuellement chemin vicinal de Fourcès à Sainte-Maure, débouchant sur le 
chemin de grande communication de Montréal à Sos, près Téglise de Luzanet. 
' Dublanc, notaire royal à Fourcès. 
' Dublanc, notaire royal à Fourcès. 



SÉANCE DU 4 JUILLET 1004. 203 

» ■ I ■■ ■ I ^ m ■■■■■■ ■■^■■■11 II -Il ■ ■■■ M , ■■■■■II,» 

« tion d'un scindic pour défehdre à l'apointement d 'assigna- 
il tion \ 3) 

Les consuls réunirent la jurade et, par délibération du 
27 août 1775, Jean Tarrit est nommé syndic de la communauté 
avec des pouvoirs très étendus. 

Le 28 août, d'Aspe ayant obtenu un exploit d'assignation à 
comparoir par-devant la cour de maîtrise à Bordeaux, contre les 
consuls : <r ceux-ci réunirent la jurade le 1^"^ octobre et prièrent 
« la présente assemblée de délibérer s'ils veulent et entendent 
€ qu'ils défendent le procès au nom de la communauté ou s'ils 
« préfèrent de laisser aud. messire Daspe la tierse partie de la 
« ditte lande du Vertun ^. » La cause mise en délibération, 
« lesd. susd. s" consuls et assistants ont délibéré qu'étant 
a convaincus que led. messire Daspe n'a fait cette demande 
« que sur un droit bien certain non obstant les termes de sa 
« requette qu'ils ne sauroint d'ailleurs se déterminer à soutenir 
a un procès contre leur seigneur duquel ils espèrent toute sa 
« protection. A cet effet, lesd. s" consuls, au nom de la commu- 
(L nauté, donnent pouvoir, souscrivent et consentent et les assis- 
<ic tants adhèrent quand à ce qui peut les conserner à ce que la 
« tierce partie de la lande du Vertun lui soit délaissée ainsi qu'il 
a l'exige qu'on transige tant avec led. messire Daspe qu'avec tel 
« do ses procureurs constitués qui se présentera *. » La transac- 
tion devait mentionner que messire d'Aspe prendrait sa part 
d'un seul côté et en une seule pièce. Par le même acte, les con- 
suls devaient également demander que les frais déjà faits pour 
cette affaire ne retombassent pas sur la communauté. 

La transaction eut lieu le 8 octobre, par-devant M* Joseph 
Dublanc, notaire royal à Fourcès, entre sieurs Jean Salaha, 
Pierre Seules, Jean Gimberset, consuls, assistés des sieurs F. 
Jean Fraysse, bourgeois, Pierre Rousselet, Joseph Cazaubon, 
marchands, Jean Tadieu, syndic, et M* Bauthian, notaire royal 
de Valence, comme procureur fondé de messire d'Aspe. Suivant 

^ Archives communales de Fourcès. 
' Archives communales de Fourcès. 
' Archives communales de Fourcès. 



204 SOClér^ AROHéOLOOIQUE DU GERS. 

ce qui est dit ci-dessus, les consuls s'engagèrent à abandonner 
le tiers de la lande, et, de son côté, M* Bauthian s'engagea au 
nom du seigneur à parer aux frais d'arpentage ainsi qu'aux frais 
déjà d déboursés ou à faire J>. 

Le 14 octobre, M* Lavigne procéda au partage de la lande et 
indiqua par des piquets la place des bornes. La part du seigneur, 
s'élevant à quatre-vingt-trois journaux, était désignée « à pran- 
d. dre du coté du couchant du plein de terres labourables du 
« s' Rousselet, entre le chemin qui conduit à La Boubée et 
« Corneilhan au desandant du cotté de Fourcès jusques aux 
« près des possessions du s' du Bosc de Monplaisir, de manière 
a que le tiers compétant le seigneur requérant formera une 
« spèce de querre long enclavé du coté du levant midy et 
ce ceptentrion dans le restant de la contenance, aux quatre 
<£ quoins duquel tiers led. s' arpenteur auroit faite de marques 
« suffisantes pour y être placés de bornes en forme de chalats \.. d 

Les habitants de Fourcès n'abandonnaient pas de gaîté de 
cœur leur propriété; déjà depuis quelques jours des signes de 
désapprobation et de mécontentement s'accusaient contre le 
seigneur et les consuls. Aussi, lorsque la nouvelle se répandit 
que ceux-ci avaient reçu une assignation à se transporter, le 
30, sur la lande du Vertun pour « voir procéder au posément 
ce des bornes », avec le sieur Bauthian, le peuple et principale- 
ment les femmes, en armes, se portèrent sur la place, traitant 
les consuls indignement et menaçant même le seigneur dans la 
personne de son procureur, qui dut même être frappé. 

Pris entre l'arbre et l'écorce, les consuls convoquèrent immé- 
diatement la jurade ; et, prétextant l'exaspération des habitants, 
exposèrent que « grande partie des bien tenants dans la présente 
« juridiction y demeurant ou non sont déterminés par toutes 
« voyes à revenir sur la ditte lande commune du Vertun, avec 
a projet de faire rentrer le tiers exigé par led. messire Daspe 
« dans le droit de la communauté, et enfin faire remettre le tout 
a dans l'ancien droit d'icelle, ayant été même divulgué qu'ils s'en 

* Procès-verbal de Tarpenteur. 



SEANCE DU 4 JUILLET 1904. 205 

^"~^~ » » m ■ I I II ^j— .1 I . Il 

a prendroieht, s'ils ne pou voient faire autrement^ contre ceux qui 
« auroient trempé au relâchement dud. tiers. Dans le cas que 
€ cela arrive, soit de la part des dits bien tenants, pour avoir 
^ leurs recours contre nous, ou de celle du dit messire Daspe 
€ pour nous rendre garants de sa portion prétandue... ^ :!>, protes^ 
tent qu'ils n'ont jamais cru agir ni contre les intérêts de la 
communauté, ni contre leur seigneur dont ils respectent les droits 
et dont ils espèrent bonne justice. 

Pendant ce temps, le peuple, toujours en armes, criant, voci- 
férant, proférant des menaces, se tenait aux deux bout-s du 
pont ', attendant l'issue de la délibération. Craignant des suites 
fêcheuses, M® Bauthian, au nom de messire d'Aspe, renonça à 
ses prétentions et la lande resta intacte à la communauté. 

En apprenant ce qui s'était passé, le baron fit faire une 
information sur l'effervescence qui s'était produite et assigna les 
plus compromis devant le lieutenant criminel au sénéchal de 
Condom. 

L'affaire fut jugée, comme cas ordinaire, au présîdial de 
Condom, en avril 1776. Nous extrayons, de la plainte, les lignes 
suivantes, à titre de document. Cette plainte se trouve tout au 
long dans la signification faite aux intéressés, par Joseph 
Mothes, premier huissier audiencier près la cour de Condom : 

...il (le s' d*Aspe) anroit renden sa plainte an la conr sénéchale et criminelle 
le 9 décembre dernier contre les nommés Alexis Peirrocave, foncier, Magde- 
leinè Lion, Tenve du nommé Jean, brassier, Anne Barri, veuve de Jean 
Lalane, Oaterine Barri, &mme de Bernard Arquizan, Marie Daignes, venve 
de Bernard Labarthe, Marie Despujols, famme du nommé Jean Tichané, 

' Archives communales de Fourcès. 

' Les délibérations avaient lieu sur le pont qui était couvert. ( Jurade du 14 septem- 
bre 1788). — c Dans cette assemblée a été représanté par messieurs les consuls que 
c dans cette communauté n*ayant pas en un endroit pour tenir les assemblées de 
c communauté, étant obligé de les tenir sur le pont de la ville, qui est un passage 
c public et exposé à toutes les rigueurs du tems, et ne pouvant y délibérer à cause du 
c tumulte continue] que les passants font. Au surplus a été aussi représenté à lad. 
c assemblée par les dits sieurs consuls que ce pont est couvert, et que cette couverture 
c menace une ruine prochaine, et que ses matteriaux serviront pour la construction du 
c nouveau hôtel qui sera fait à remplacement que la communauté jouît noblement, 
c appelle à Técole, où les trois murs scmt faits. > 



206 sociénâ âboh^ologique du oers. 

cardenr de laine, Antoinette Dnpeirron, famme dn nommé Pierre Charron, 
Pétronille Masartic, famme du nommé Caubone, Jeanne Labarthe, famme de 
Jean Masartic, brassier, Jeanne Sonmabaire, famme du nommé Jean, Ber- 
trande Bousquet, famme de Guilhem Boue, foncier, Marie Mivielle, famme de 
Théodore Bousquet, charon, Jaune Fourtet, famme de Jean Dastes, brassier, 
Bertrande Dauge, famme du nommé Jean net, charpantier, Douminges Lauric, 
femme d' Aurien Lassus, brassier, Cécile Masartic, fille de Bertrand Masartic, 
Marie Moulaire, fille à Marie de Joseph Moulaire, coupables d'un atroupe- 
ment et asemblée illicite survenue dans sa t«rre de Fourcès, le 30 octobre 
dernier, lesquels coupables auroint usé de violence pour s'opposer à la planta- 
tion des bornes qui devoint être fait sur la lande dite du Yertun. 

Le suppliant se retire devers vous pour faire prononcer contre les coupables 
les condamnations légitimes. Pour cela il suffit d'observer que la violance 
qu'ils ont pratiquée est d'autant plus amandable qu'elle renferme une injure 
élite par des vasseaux ou enflit et autres (sic) contre leurs seigneurs puis- 
qu'elle est dirigée contre son juge qui quoique il n'agisse pas dans le moment 
an cette quallitté an concervoit néanmoins le caractaire et représantoit le 
seigneur au nom de qui il agissoit comme procureur fondé. Cette injure 
renfermoit même un antre degré d'atrobité puisque la violance pratiquée 
a l'égard des consuls qui agissoit an ce moment an cette quallité puisque ils 
s'étoiut transportés sur les lieux an conséquance de la sommation qui leur 

avoit été faite par le supliant  ces causes, il vous plaira condamner 

les coupables à une réparation d'honeur autantique anvers le supliant, pour- 
quoi faire ils seront tenus se transporter à l'isue de la messe sur la principale 
[porte] de l'églisse de Fourcès pour y déclarer au supliant ou en la personne 
de son procureur fondé que témérairement, mechament et mal apropos ils ont 
pratiquée la voix du &it et violance dont ils ont usé; ils s'en repantent et 
luy an demandent pardon et qu'ils seront à jamais pénétré de respect et de 
soumission envers luy et ne s'an écarteront an aucun temps.... faire inhibition 
et défenses aux coupables de ne plus récidiver, leur anjoindre d'avoir à 

l'avenir plus de respect pour leur seigneur et ceux qui le représanteront 

condamner les coupables an tels domages et interest que la cour arbitrera, 
pour le produit en provenant être employé en réparation ou décoration de 
réglisse de Fourcès et avec dépens ^ 

Lorsque l'huissier vint apporter les significations aux pré- 
venus, il se fit accompagner par Jean Duplan et Jean Garas, 
hommes d'armes, a attendu le trouble y devant fait }), et les prit 
pour témoins. Malgré cette vengeance éclatante, le baron d'Aspe 
avait toujours sur le cœur l'échec du Vertun, aussi saisissait-il 



\ ^ Archives communales de Fourcès. 



SEANCE DU 4 JUILLET 1904. 207 

toutes les occasions de faire sentir son autorité à ses sujets de 
Fourcès, notamment en 1783, en contestant à la communauté le 
droit de boucherie. Le 12 janvier^ les consuls réunirent la jùrade 
et il fut délibéré : « qu'elle (l'assemblée) n'entent pas que le 
« seigneur dud. Fourcès en est une (boucherie) dans sa terre, 
€ attendu que la présante communauté a droit de boucherie 
« suivant le titre et jouissance qu'elle a depuis un temps immé- 
« morial. En conséquance lad. assemblée délibère de nommer un 
« boucher et de faire tuer de la viande à groces et meneus cornes 
a dans la ditte ville dud. Fourcès. Et ils ont nommé Jean Boyer, 
a habitant de la présante ville, pour notre boucher et de tuer de 
« la viande et de la débiter dans l'étandue de lad. juridiction. Et 
« en cas de trouble ou éviction, les dits si-dessus promettent le 
a: relever indemne de tous dépans, domages et intérêts est par le 
<L dit Boyer payant un tan par tette qu'il tuera jusques au carna- 
(L val prochain ^ j>. 

Le baron d'Aspe avait succédé à son père comme président à 
mortier au parlement de Toulouse*; et lorsque ces cours furent 
supprimées, en 1788, il se retira dans son château du Garros. Il 
était là quand parut le décret qui les rétablissait. Aussitôt, le 
conseil de la communauté d'Auch décida qu'une dépulation se 
rendrait au Garros pour le féliciter sur le rétablissement de sa 
compagnie ^ En 1790, il signa les protestations des parlemen- 
taires, et bientôt après il organisa cette légion de volontaires 
royalistes que l'on appelait la (( légion d'Aspe », et, par sarcasme^ 
«de la Saint-Barthélémy* J), qui se fit exécrer par son insolence 
et ses débordements. 

Lé 3 juin 1792, le « conseil général y> de Fourcès se réunit. 
Le procureur de la commune expose à l'assemblée, que là loi 
relative aux biens des émigrés, du 8 avril 1792, oblige les muni- 

• • • * 

^ Archives communales de Fourcès. 

' Il prit possession de sa charge le 19 juin 1776, et, bien qu*il n'eût pas trente ans, 
obtint de présider à vingt-neuf ans. (Cf. du MèoE, Institutiona de la ville de Toulouse^ 
III, p. 393.) 

' Lafforgue, Histoire de la ville d'Auch^ 1. 1, p. 319. 

* Par allusion à sa femme, fille du seigneur de Saint-Barthélémy. 



208 Bociéni abch^olooique du osbs. 

cîpalités à envoyer au directoire de leur district l'état dé leurs 
biens situés dans leurs communes. En conséquence : a: Nous, 
a maire et officiers municipaux, avons été dans le château de 
a M' Daspe, ci-devant seigneur de Fourcès, qui s'est présanté 
<£ sieur Jean-Baptiste Dumartin-Boulan, régisseur du domaine 
€ de la si-devant terre, qui nous a produit en bien et due forme 
e un certificat de résidance que fait M*" Daspe dans la ville de 
4 Toulouze, signé de la municipalité, vériffié par le directoire du 
« district et visé par le directoire du département du Gers, en 
ce date du 15 avril. Sur cette représentation nous nous sommes 
« retirés \ j> 

Enfin, le 12 floréal an II, en vertu d'un mandat d'arrêt de 
Capelle, accusateur public près le tribunal de la Haute-Garonne, 
le président d'Aspe fut mis en état d'arrestation en avril 1793, 
et incarcéré à l'archevêché d'Auch, transformé en prison. De là, 
transféré à Toulouse, dans la maison d'arrêt, il en fut extrait et 
envoyé à Paris devant le tribunal révolutionnaire. Après un 
jugement sommaire, il monta sur l'échafaud le 18 messidor 
(6 juillet 1794), avec dix-neuf de ses collègues du parlement de 
Toulouse. 

Le président d'Aspe s'était marié avec demoiselle Marie de 
Gramont, fille du seigneur de Gramont et de Saint-Barthélémy. 
Il en eut une fille, qui fut mariée à M. de Montbel, ministre 
sous la Restauration et l'un des signataires des ordonnances de 
1830. 

Le château de Fourcès, qui ne fut pas vendu pendant la 
Révolution, appartint longtemps à M. de Montbel. Aujourd'hui, 
il est occupé par l'école communale des filles et par plusieurs 
particuliers. 

' Archives communales de Fourcès. 



8ÉAN0£ DU 4 JUILLET 1904. 209 

La oommanderle de Bonnefont près Barran, 

PAB M. Mastron. 

Le voyageur qui suit rancienne voie romaine d'Auch' à 
L'Isle-de-Noé rencontre à chaque pas les anciens asiles réservés 
aux nombreux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. C'est 
d'abord l'hôpital Saint-Jacques d'Auch, puis Xaintes et Lagors. 

Après le pont de Lagors, s'ouvre le vallon de Lauloue ou 
Auloue, cours d'eau qui prend sa source à Arbéchan, coule vers 
le nord-ouest et se réunit au ruisseau de Monsourbé près 
Bonnefont. 

Bonnefont ou bonne fontaine, nom huit fois séculaire de ce 
délicieux séjour, invite le voyageur qui parcourt ces parages à se 
désaltérer à une onde pure, à se reposer sous de frais ombrages. 

Bonnefont, dont le nom se rattache aux génies bienfaisants de 
cette oasis, asile de la paix, du recueillement, synonyme d'hospi- 
talité, de dévouement, d'abnégation même, attiré le rêveur, lui 
fait gravir le monticule où s'élève une construction moderne sur 
l'emplacement de l'ancienne commanderie. 

Après avoir traversé la cour d'honneur sise au sud, il pénètre 
dans le vestibule d'une vaste maison bourgeoise. A droite, des 
bâtiments modernes et sans caractère architectonique; à gauche, 
l'ancienne commanderie où l'on aperçoit quelques vestiges épars 
çà et là, suite inévitable des transformations opérées, permet- 
tant néanmoins de retracer l'aspect primitif. 

Elle formait un carré de douze mètres de côté, avec divers 
étages difficiles à déterminer, la partie supérieure ayant été 
ramenée au niveau des parties adjacentes ; dans les combles, une 
porte et des pans de mur indiquent suffisamment un donjon ou 
tour carrée dominant le reste de l'édifice. Les indications, les 
renseignements particuliers, les souvenirs d'enfance d'une 
prévenante châtelaine ne peuvent que contribuer à mettre en 
relief ce qui existait jadis. 

* Vieux chemin de Barran. 



^ ^ ■ m^ ^M I » ■ g I ^ I ^ ^i^-fcJMi "i - ' \m- \ 1 



210 SOCI^é ABCHéOLOOIQUE DU OBRS. 

I ~ -- " - - — I — - - I 1 ■ ir ii-T 1 I 11 II I I ■■ ■ I rni - - — 

A gauche du vestibule, s'ouvre une porte assez étroite, 
donnant dans la salle à manger; c'est là, d'après la tradition, 
que se trouvait l'ancienne chapelle de la comraanderie de 
Bonnefont, placée sous le vocable de la Vierge. Cinq ouvertures 
sont apparentes : deux à l'est, vers le vestibule; deux à l'ouest, 
vers la cuisine; une au nord communiquant avec la cave, et 
par suite avec la terrasse, aise au nord. Deux seulement, une 
à Test l'autre à l'ouest, sont ouvertes; elles sont dépourvues de 
sculptures et la partie supérieure forme anse de panier; les trois 
autres sont murées : celle de l'ouest est du même style; celle de 
l'est possède encore une crédence gothique; celle du nord une 
voussure romane. La tradition fait connaître que les cérémonies 
funèbres avaient lieu dans cette chapelle, et que l'ouverture du 
nord établissait une communication directe avec le sous-sol et 
la terrasse, dernière demeure des habitants, des pèlerins ou des 
voyageurs que la mort surprenait en ces lieux. 

A noter trois baies sur la partie nord s'ouvrant sur la terrasse 
et destinées à éclairer le sous-sol. 

Le premier étage ou demeure du commandeur a été trans- 
formé, subdivisé en deux parties par un couloir de l'est à l'ouest; 
celle du sud possède une ouverture à l'ouest, à meneau trans- 
versal, dernier vestige de la chambre du commandeur. Au nord 
de cette chambre, dans le couloir, un escalier en bois, à pente 
très raide, établit une communication avec kft forohlftw; mue le 
pallier supérieur, ue porte donne issue dans le donjon au nord- 
est du bâtiment. 

L'ancien édifice est construit en grand appareil ; les portes, les 
baies, l'unique fenêtre à meneau transversal, en pierre très 
dure, forment contraste avec les murs. 

Après cet aperçu succinct sur les derniers vestiges de la 
commanderie de Bonnefont, il convient de retracer sa vie, ses 
actes, son rôle à travers les âges depuis sa fondation par les 
comtes d'Armagnac jusqu'à son aliénation en 1768, faire 
connaître les points saillants d'un long procès relatif à la nobilité 
du fonds. 

L'historique de Bonnefont se rattachant au prieuré de Sainte- 



siANCS DU 4 JUILLET 1904. 2>1I 

Christine, au chapitre de Lescar, son existence sera intimem^nl 
liée à ces maisons monacales. 

« * 

Prieuré de Sainte- Christine \ — Le prieuré ou monastère était 
situé au haut des monts pyrénéens, dans le port d'Aspe, et les 
religieux qui l'habitaient donnaient retraite aux pèlerins et 
aux voyageurs. Le pape Innocent III, dans une bulle de 1216 
adressée à Armand Garcia, prieur du monastère de Sainte- 
Christine, l'appelle un des trois grands hôpitaux du monde, ce 
qui prouve sa prépondérance dans le midi. 

Les biens dépendant de ce prieuré étant éloignés du chef-lieu, 
on en commit le soin à des religieux profès dudit ordre désignés 
sous le nom de commandeurs, et les biens qu'ils administraient 
prirent le nom de commanderies. 

De Sainte-Christine dépendirent les commanderies d'Aubertin 
(diocèse d'Oloron), Bonnefont (diocèse d'Auch), Castor (diocèse 
de Toulouse), Espiau (diocèse de Lescar), Vidouze (diocèse de 
Tarbes), Vivamanum (diocèse d'Agen), etc. 

Lorsque l'hérésie se glissa dans le Béarn, les commandeurs 
qui se trouvaient dans cette province, voyant que leurs biens 
avaient été saisis et réunis au domaine du roi, se retirèrent au 
monastère de Sainte-Christine pour vivre sous la conduite de 
leur prieur. 

Dans le même temps, le comte de Montgonmery ayant porté 
ses armes en Espagne, don Juan de Garsia, gouverneur d'Ara- 
gon, logea dans le monastère de Sainte-Christine où il fit séjour; 
lorsqu'il se retira, il ordonna au prieur et aux religieux de le 
suivre à Jacca. Ils n'y restèrent pas longtemps, car, le roi 
d'Espagne ayant fait construire une citadelle dans cette ville, la 
maison et l'église de Sainte-Christine, qui se trouvaient trop près 
des fortifications, furent démolies. 

Peu après, cet ordre religieux fut supprimé sur les deux 

^ Archives manîcipales de Barran. — Archives particulières. 






212 SOCI^T^ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

versants et les roîs d'Espagne et de France attribuèrent leurs 
biens à deux communautés religieuses. 

En 1601, à la prière du roi d'Espagne, le pape Paul V 
supprima le titre du prieuré de Sainte-Christine et l'érigea en 
une dignité séculière incorporée au chapitre de Saragosse. La 
même année, le nonce du Pape rendit une sentence définitive 
par laquelle il supprimait le monastère unissant la mense des 
religieux aux PP. Dominicains pour l'entretien de douze reli- 
gieux à Jacca. 

A l'imitation du roi d'Espagne, le roi de France Henri IV fit 
réunir en 1610 tous les biens, rentes et revenus des commanderies 
de Sainte-Christine, situées en deçà des Pyrénées, sur la tête des 
PP. Barnabites appelés en vue de la conversion des hérétiques. 
Le pape Paul V, par une bulle du 18 mai 1610, adhéra au pieux 
désir du souverain : l'union fut dès lors assurée. Louis XIII, par 
lettres patentes des 23 mars 1619 et 20 avril 1621, et par brevet 
du 20 septembre 1642, confirma la transmission. 

Un point digne de remarque : les divers actes sont muets sur 
l'origine des fonds transmis, ou conçus en termes très vagues et 
indéterminés. 

La bulle de 1216 fait mention de différents hôpitaux et elle 
énonce qu'ils proviennent de la libéralité des pontifes, des rois ou 
princes et des fidèles, ou d'autre juste manière, oblatione 
fideltum seu altis jushs modù. 

Henri IV et Louis XIII ne firent que transporter, en vertu de 
leur puissance royale, et non par l'effet de la dominité féodale, 
les biens qui étaient ci-devant possédés par l'ordre de Saint- 
Benoît. Leurs lettres patentes ne contiennent aucune inféodation 
ni dotation particulière ; elles autorisent uniquement les religieux 
de Saint-Paul-DécoUé ou Barnabites, à posséder les terres 
dont il s'agit, pour par eux en jouir et user « ainsi et en la 
« même manière que les précédents religieux qui en avaient 
« la propriété », c'est-à-dire, sous les anciennes charges, réelles 
et de droit. 

Le brevet de Louis XIII énumère les biens dont le revenu 
est uni à la mense; il déclare que les Barnabites doivent jouir 



SEANCE DU 4 JUILLET 1904. 213 

pleinement et paisiblement de toutes les commanderies du 
prieuré de Sainte-Christine \ 

La commanderie de, Bonnefont, dépendance du prieuré de 
Sainte-Christine, est désignée, suivant Tépoque, sous deux titres 
différents : hôpital, puis commanderie. 

Ses premiers possesseurs durent être de modestes religieux 
desservant Thôpital; plus tard, le titre de commandeur fut 
attribué à celui qui jouissait de ce bénéfice. 

La bulle de 1216 reconnaît Thôpital de Sainte-Christine et 
donne ce même titre à Bonnefont : « Hospitale de Bonnafonte ». 

Vers la fin du xiii* siècle, Sainte-Christine est prieuré et les 
biens en dépendant deviennent des commanderies; nous voyons 
Bonnefont désigné sous ce nom dans divers documents : 

Acte capitulaire du prieur et commandeur de Sainte-Christine 
et biens en dépendant, de Tan 1297. — Autre acte capitulaire du 
4 octobre 1465 énumérant les commanderies de Sainte-Christine. 
— Autre acte capitulaire du 20 mai 1568 portant plusieurs 
règlements relatifs aux commanderies de Sainte-Christine. 

Dans ces actes capitulaires, la commanderie de Bonnefont, est 
mentionnée comme une dépendance de Sainte-Christine. 

Parmi ceux qui en bénéficièrent, nous citerons : 

En 1542, collation de la commanderie de Bonnefont en faveur 
de Jean Claverie, par le procureur fondé de Jean de Bouscau, 
commandeur d'Aubertin. 

Le 28 août 1580, collation de la commanderie de Bonnefont, 
en faveur de Jean de Lurtra, par le commandeur d'Aubertin et 
de Sainte-Christine. 

Le 8 juillet 1588, collation de la commanderie de Bonnefont, 
en faveur du sieur Raimond de Barriez par le prieur de Sainte- 
Christine, sur la présentation du commandeur d' Aubertin. 

Ce dernier titre déclare expressément que Bonnefont est un 
membre d' Aubertin : Tanquam m&inhrum^ de pertmentiis quœ est 
dtctœ commendœ de Aubertm. 

Les ordres religieux durent contribuer à des charges royales 

^ Archives municipales de Barran. — Archives particulières. 

15 



214 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

et aliéner momentanément des biens qu'ils rachetèrent peu après. 
En 1576, Charles IX, en vertu d'une bulle de Rome, ordonna 
qu'il serait vendu sur le temporel de l'Eglise de France jusqu'à 
concurrence de 50.000 écus de rente. Le diocèse d'Auch fut taxé 
à 811 écus de rente ou 63.258 livres en capital. Le commandeur 
de Bonnefont aliéna la grange de Bonnefont pour 2.800 livres \ 

Les commanderies étaient assujetties à un fief remontant à la 
fondation, payable au comte d'Armagnac, plus tard au roi de 
France par suite de la réunion à la couronne. Ce fief était 
payable soit à la Noël, à la Toussaint, à la fête de Saint- 
Thomas, etc. 

La redevance d' Aubertin était perçue à la Noël ^ : « Del feyt de 
« Albertin, proprii de Monseignor lo Gmnte^ en la feria de 
Nadal. » 

Les livres terriers font connaître la charge ou redevance qui 
frappait la commanderie de Bonnefont; conçus en termes 
différents, ils &' accordent néanmoins pour le chiffre. L'un, relatif 
au territoire de Barran, est intitulé' : « Libre de la conformacion 
<3c dels fins del loc de Barran. » L'autre est le livre de la réfor- 
mation des domaines ^ Le premier, conservé dans les archives 
de l'Archevêché d'Auch, mentionne la redevance que noble 
d'Arat reconnut au comte d'Armagnac pour la reconnaissance et 
emphytéose de l'hôpital de Bonnefont s'élevant à cinq sous 
morlas ou vingt sous tournois. Il indique, en outre, qu'elle est 
propre au comte et payable à la Toussaint ; mentionnons à ce 
sujet : 

(( Totzanet proprii au comte. Lo noble moussu Johan d'Arac, 
« protonotaire et canonge d'Aux et commandaire de la comman- 
« daria de Bonnefont, reconegs tenir et fer per la reconneissenca 
a et emfitose de l'espitau de Bonnafont, chascun an en la festa 
a de Totzans, la soma de cinq sols morlas (une livre tournois). » 

Le second, déposé dans les archives du Bureau des finances, 

^ Archives municipales de Barran. 

• Idem. — Archives particulières. 

• Idem. 
^ Idem. 



Sl^ANOS DU 4 JUILLET 1904. 215 

justifie Texactitude du premier; il est conçu ainsi : a: Del feyt de 
<i la coinmandayria de Bonnafont que son propres de Mon. lo 
<L comte à la /esta de Totzanetz. Lo comanay de Bonnafont per 
oc la reconeissensa é enparansa de Tespitau de Bonnafont, cinq 
dc sols morlas... y sols morlas y>. 

Le chiffre romain v est fait presque comme le chiffre arabe 6, 
dans ce dernier document. Cette particularité est digne de 
remarque, peut môme prêter à confusion, puisque, dans un extrait 
d'une lûve de 1743, déposée au greffe du Bureau des finances 
d'Auch, on trouve : a Les Pères Bénédictins de Bonnefont..'. 
« 6* 1°" 2* J). Cette liève a été faite sur des actes très anciens. On 
a formé comme un chiffre arabe le cinq qui était en chiffre 
romain. La lettre a signifie asses, la lettre m signifie morlanenses. 
Elle fait revivre des religieux primitivement possesseurs de ce 
lieu. ^ 

Collège de Lescar. — Henri IV, devenu roi de France, chercha 
à ramener le Béarn à la religion catholique. Dans cette intention, 
il dota les religieux Barnabites de Lescar des biens et revenus 
de Tancien prieuré de Sainte-Christine. Ces religieux eurent la 
direction du collège de cette ville et prirent dès lors le nom de 
RR. PP. Barnabites du collège royal de Lescar, titre qu'ils ont 
conservé jusqu'à la Révolution qui les dépouilla de leurs 
privilèges. 

Leur existence fut mouvementée, ils se virent maintes fois 
inquiétés dans leurs possessions, soutinrent des procès multiples 
et obtinrent gain de cause devant les tribunaux qui reconnurent 
le bien-fondé de leurs justes revendications. 

Mentionnons les différends qui surgirent entre les Barnabites 
de Lescar, soit avec un seigneur particulier, soit avec l'évêque 
même d'Oloron. 

Elie de Lisserasse éleva des prétentions sur la commanderie 
d'Aubertin (diocèse d'Oloron), dépendant de l'ancien prieuré de 
Sainte-Christine et ayant donné naissance à celle de Bonnefont. 

Parmi les pièces produites, l'acte capitulaire du 20 mai 1568, 
écrit en espagnol, fut traduit en langue française le 26 novembre 



216 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

1627, par Descoiibès, recteur d'OIoron, en vertu de l'ordonnance 
du sieur Sorberio, conseiller en la cour de Pau et commissaire 
délégué. Ce document avait une certaine importance, aussi sera- 
t-il produit par les Barnabites dans toutes les circonstances où 
leurs droits étaient méconnus sur Aubertin ou sur Bonnefont \ 

L'affaire en litige, plaidée en parlement de Pau, fut évoquée 
en conseil privé du roi où les Barnabites de Lescar obtinrent 
gain de cause. Ce titre authentique offre une certaine importance 
ayant reçu la sanction d'une cour souveraine; il sera même 
produit un siècle et demi plus tard pour Bonnefont. Le brevet de 
Louis XIII, du 7 septembre 1642, porte ^ : a Que les religieux de 
ce Saint-Paul ont été souvent troublés en la jouissance d'iceux 
<c hôpitaux et commanderies par aucuns particuliers, lesquels 
« sous de faux donnés à entendre ont obtenu et obtiennent de 
(ï Sa Majesté des brevets d'icelles commanderies au préjudice de 
« la susdite concession et union, ainsi qu'a fait entr'autres le 
(( nommé Elie de Lisserasse de celle d'Aubertin, en laquelle 
(( néanmoins, par arrêt du conseil privé de sadite Majesté, du 
(n sixième juin dernier, iceux religieux ont été maintenus comme 
(( en toutes les autres commanderies, etc. » 

Une lettre du syndic des Barnabites aux communautés de 
Barran et de la Castagnère, en date du 21 août 1777 mentionne ^ : 
(( J'ay été absorbé par une affaire des plus intéressantes contre 
a M. l'évesque d'Oloron et dont je prens le jugement depuis les 
« fêtes de Pâques, le prélat a toujours fui, mais j'ay lieu de 
(c croire qu'il y aura arrest avant la fin de septembre. » Cette 
missive démontre que l'existence des Barnabites sera orageuse : 
Bonnefont leur créa encore de nouvelles difiScultés jusqu'à leur 
dispersion. 

Les premières difficultés qu'ils éprouvèrent furent pour la jouis- 
sance immédiate de la commanderie de Bonnefont*; situation 
équivoque qui se prolongea et donna lieu à une transaction. 

' Archives municipaleB de Barran. 

* Idem. 
' Idem. 

* Idem. 



SÉANCE DU 4 JUILLET 1904. 217 

Au moment où, en vertu de leur subrogation aux ancîens 
religieux de Sainte-Christine et de Tenregistreraent de leur bulle 
au Parlement de Toulouse, par brevet du 20 septembre 1639, ils 
voulurent en prendre possession, ils la trouvèrent entre les 
mains du sieur Hugues de Vaulx, chanoine d'Auch. En instance 
devant le parlement de Pau, pour revendiquer certains droits en 
Béarn, ils ne purent momentanément donner suite à celle intro- 
duite en parlement de Toulouse pour la possession de Bonnefont. 

En 1660, le sieur de Vaulx, ayant résigné son droit en faveur 
du sieur Deschamps de Nevers, le syndic des Barnabites fît 
saisir les fruits entre les mains des fermiers et présenta requête 
au conseil. Un arrêt intervint ordonnant l'assignation des 
parties et faisant défense aux fermiers de se dessaisir des fruits 
et revenus dudit bénéfice. 

Cette affaire se poursuivant, Deschamps résigna à son tour la 
commanderie de Bonnefont en faveur du sieur de Molnorry, sur 
la tête duquel l'instance fut continuée. 

Le 17 mai 1668, les parties consentirent à une transaction par 
laquelle le sieur de Molnorry jouirait de la commanderie sa vie 
durant, et qu'après son décès elle demeurerait unie et incorporée 
au collège de Lescar, ne pouvant ni la résigner ni en disposer 
pour quelque cause que ce fût. 

Le 6 septembre 1680, le sieur de Molnorry consentit, par acte 
public, à ce que la commanderie soit réunie au collège de Lescar 
en vertu des bulles de Sa Sainteté, à charge qu'il lui serait payé, 
sa vie durant, une pension de 250 livres sur le revenu de ladite 
commanderie. Il donna procuration ad resignandum^ pour cause 
d'union; les provisions de Rome arrivèrent, et Molnorry jouit de 
sa pension jusqu'à son décès en 1681. 

La commanderie de Bonnefont appartint désormais au collège 
de Lescar, qui en jouit jusqu'à l'aliénation de 1768. Les Pères 
Barnabites consentirent plusieurs baux à ferme durant cette 
longue période; il convient d'en citer six qui sont dignes de 
remarque au point de vue de la redevance et de les classer en 
deux catégories distinctes par suite de renonciation ^ : 

* Archives mnnicipales de Barran. 



218 soci:éTé archi^ologique du gers. 

Le 9 novembre 1688, ils chargent le fermier de la maison et 
commanderie de Bonnefont de payer tous les ans vingt sous de 
fief au roi pour ladite commanderie. 

Dans le bail du 8 octobre 1696, le fermier de ladite comman- 
derie, du labourage de trois paires de bœufs, devra payer à la 
décharge desdits commandeurs une livre qu'ils font de fief. 

Et dans le bail du 28 mai 1703, le fermier devra payer vingt 
sous de fief au roi, à la décharge desdits commandeurs annuelle- 
ment pendant ladite ferme. 

Ces trois baux à ferme furent faits pour le temps et le terme 
de quatre ans chacun. 

Dans ces divers actes, le fief est le même et payable au roi. 

Les PP. Barnabites chargèrent, le 6 juillet 1720, le fermier de 
la commanderie de Bonnefont de payer annuellement vingt sols 
à celui qui serait indiqué par leur syndic. 

Dans le bail du 22 octobre 1729, le fermier devra payer vingt 
sols à celui qui sera indiqué par les Barnabites; et dans celui du 
22 novembre 1736, il devra payer vingt sols dans les mêmes 
conditions. 

Dans ces divers actes, la redevance est la même, mais le 
preneur n'est pas désigné. Que conclure à ce sujet ? 

Peut-être qu'à cette époque l'archevêque d'Auch ou le 
seigneur de la Gastagnère prétendaient avoir une portion de 
cette redevance, la commanderie de Bonnefont étant sise dans 
deux seigneuries distinctes; à raison de cette prétention, le 
preneur n'est point désigné. 

En outre, le mot fief, qui figure dans les trois premiers, n'est 
pas mentionné dans les trois autres, ce qui peut donner un sens 
différent à la redevance. 

Les Barnabites avaient manqué de prudence dans les trois 
premiers baux en insérant le mot jief\ plus clairvoyants par 
suite de difficultés récentes, ils l'omirent dans les trois autres. 

Les divers possesseurs de Bonnefont ont-ils fait acte de 
féodalité? Existe-t-il des hommages antérieurs à 1761? Les 
religieux se sont-ils dispensés, par suite de leurs prérogatives, de 
remplir cet acte qui est néanmoins la base de la féodalité? 



SÉANCE DU 4 JUILLET 1904. 219 

Nous ne saurions le déterminer. Les guerres civiles, les troubles 
qui agitèrent le Midi, Tincurie des détenteurs de ces divers titres 
avaient dû faire disparaître la preuve de ces faits. 

Afin de dissiper tout malentendu à ce sujet et éviter des 
difficultés pour Tavenir, les Barnabites rendirent hommage, le 
30 avril 1761, devant le Parlement, Chambre des comptes, aides et 
finances de Navarre, à raison de la maison et collège de Lescar. 

Dans cet hommage, Bonnefont est hommage spécifiquement^ : 
«Plus, pour le prieuré de Sainte-Christine.., la commanderie 
<c de... la commanderie de Bonnefont consistant... etc. » 

Cet hommage porte qu' « il a été ordonné au syndic de 
a bailler son aveu et dénombrement dans quarante jours, et de 
d le faire vérifier quarante jours après, passé lesquels, et faute 
« de ce faire, le présent hommage demeurera pour non fait. J) 

Nous retrouvons les biens de Bonnefont mentionnés dans les 
livres terriers de Barran (1687) et de la Castagnère (1689), 
communautés oii s'étendaient les dépendances de la commande- 
rie. Examinons dans ses particularités ce dernier, qui mérite un 
examen plus approfondi par suite de ses indications précises sur 
la nature du fonds et autres détails complémentaires. 

Communauté de Laoastagnèbe \ 

Le convent de Lescar tient et possède noblement en la jnrisdiction de 
Lacastagnère nne sale on il j a nne chapelle, granges et écaries, jardin, bois 
et preds, terres, tout bien appelé Bonnefont et à Las Bartes, confronte : dn 
levant, avec juridiction d'Auch et avec Lanlone séparant icelles; midj, chemin 
public allant d'Âuch à Barran; couchant, avec le ruisseau de Monsourbé 
séparant Barran ; septentrion, pred de M. d'Astarac, pred du s' Danglade 
bourgeois, et avec Lauloue, contient vingt deux arpents. . . 22 arpents. 

Plus tient antres pièces de terre, bois et herm aussi possédé noblement 
lieu dit à Biran, confronte : du levant et midj, terre, bois et herm des héritiers 
dn s' Lafargne, bachelier ; couchant, terre de Jean Petit Lafargue ; septen- 
trion, chemin public allant d' Auch à Barran, contient sept arpents trois quarts 
7 arpents 8/4 

Monte le tout à vingt neuf arpents trois quarts. ... 29 arpents 3/4 

^ Archives municipales de Barran. 
* Idem. 



220 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

L'extrait ci-dessus prouve que les biens de la commanderie de 
Bonnefont jouissaient de la présomption de nobilité et n'étaient 
point compris sur le rôle des tailles. 

Il paraît qu'en 1689, la communauté de la Castagnère fit 
opérer l'arpentement général de son territoire, et Bonnefont 
étant un bien noble dut contribuer exclusivement aux frais lui 
incombant. A ce sujet, Barthélémy Dupuy, bordier de la salle, 
paya à Monferran, arpenteur, pour l'arpentement des susdits 
biens nobles, suivant quittance du 24 juin 1690: 10 livres 15 sols. 

Il résulte d'une déclaration faite par le sieur Daurensan, 
détenteur des livres terriers et cadastres de la Castagnère, faite 
par-devant Davet, notaire royal, contrôlée au bureau d'Auch, 
les renseignements suivants : 

Le Busdit ayant été requis d'examiner si dans icenx Tarticle des biens de 
la salle noble de la commanderie de Bonnefont n'y seroient pas compris, et 
ayant exhibé lesdits cadastres qni remontent à 1602 et 1634, et après les avoir 
fouillés et suivi les articles y compris, les uns après les antres, ledit article de 
la salle noble de la commanderie de Bonnefont n'y étoit point compris. 

Déclare ultérieurement ledit sieur Daurensan que lesdits biens ne 
pouvoient être compris sur les cadastres de la communauté de Lacastagnère 
étant originairement nobles, et que les biens nobles ne sont eucadastrés sur 
les cadastres des communautés que depuis Tannée 1689, en conséquence du 
règlement de 1660, et que ceux qui dépendent de Bonnefont n'ont été euca- 
dastrés sur le cadastre de la communauté de Lacastagnère que depuis ladite 
année, en conséquence du susdit règlement. 

Les Barnabites de Lescar ne tardèrent pas à se dessaisir 
d'une commanderie sise en dehors de leur région, possession 
leur suscitant des difficultés fréquentes. Afin de subvenir à la 
réédification du collège de Lescar, ils obtinrent des lettres 
patentes de Louis XV les autorisant à aliéner Bonnefont. Par 
acte du 21 janvier 1768, M* Dominique de Carde, prêtre, docteur 
en théologie, chanoine de l'église métropolitaine Sainte-Marie 
d'Auch, acquit les biens de la commanderie de Bonnefont pour 
21.500 livres. Il fut stipulé que l'acquéreur retenait sur le prix ^ : 
((... cinq mille livres pour, avec les intérêts d'icelle, payer les 

^ Archives municipales de Barran. 



SEANCE DU 4 JUILLET 1904. 221 

<c tailles, censîves et autres droits seigneuriaux, si en étoient 
« dûs, au roi ou à des seigneurs particuliers. » 

Cette clause avait sa raison d'être par suite des prétentions 
des communautés de Barran et de la Castagnère, qui avaient 
cotisé ces biens. 

La commanderie de Bonnefont sera Tobjet d'un long procès, 
relatif à la nobilité du fonds : la Révolution mit seule un terme 
aux dissensions. 



Coutumes ou for de Pardelhan, 
Pae m. Emile Castex. 

(SvUe etfinK) 

LXXXL 

E quant lo fiu deus prédits casaus aura perchiatz lo senhor de 
cui seran tengutz a fiu una betz que puys james no se perchen 
ne ac fassa fer, si non que ac fes per causa rasonabla que los 
prohomes deu conselh ac conegossan que fossa fazedor per causa 
manifestament necessaria o utila. 



Le mot casaua est pris ici dans un sens général. Il signifie ordinairement la 
petite étendue de terre qui se trouve attenante à la maison d'habitation; le 
casalè était celui qui travaillait cette petite parcelle de terre et habitait la 
maison j attenante. Ici, le seigneur entend par ce terme retendue de terre 
qui pouvait former le fief que le vassal tenait de lui, soit par directe inféoda- 
tion, soit par arrière fief. 

Ces casausy une fois limités, formaient des métairies dont l'étendue restait 
toujours la même. Il en ordonne l'arpentage au moyen de la perche, et, une 
fois cet arpentage bien défini, il ne veut pas qu'il soit procédé, à chaque chan- 
gement de propriétaire on de possesseur, à un arpentage; à moins qu'il se 
présente des cas exceptionnels, cas spéciaux que les prud'hommes du conseil 
doivent connaître; ils sont les souverains appréciateurs de l'utilité et de la 
nécessité d'une pareille mesure. 

» Voir BulleHn, 1902, p. 231 ; 1903, pp. 71 et 297 ; 1904, pp. 43 et 115. 



222 SOCI^Tlé ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 



LXXXII. 

E qui no podera pagar lo deute que deura e es deu sagrament 
de Pardelhan, jure debant lo bayle e debant sa cort o devant io 
conselh sobres los sans Euangelis que arres no a de que pagar 
aquet deute. 

E tôt quant lo podera pagar de son gazan o en autra bona 
maneyra que lo pagara a quada mes feyta sa despensa de son 
cors, de sa molher, o de sa maynada entre que aquet deute lo aya 
pagar deu tout. 

E si dis que no pot pagar aquet de son, nomenta aquela here- 
detat que bolera bene. E que puys que luy sien donatz dias per 
bene aquera heretat per quaranta dias. E que jure sobres los 
sans Euangelis que adonc l'aura benuda e que la autreyara au 
crompador ayssi cum obs sera. 

Empero si ed autreyar no lo bole que lo bayle e lo conselh 
benossan aquera heretat per aquet deute pagar e que aquet, de 
cui sera, autreyas ayssi cum plus ferm obs sere, e si autreyar no 
ac bole, que om Ion constrengos. E si fer no se pode per aquet 
constrenhement, que lo bayle e lo conselh benan aquet hereditat 
per pagar aquet deute. 

E la benda que ne faren que sie ayssi ben ferma cum si aquet 
de qui era ac abe autreyat. 

E lo bayle e lo conselh ne porte bona garentia au crompador. 

Dans un article précédent, nous ayons tu de quelle manière devait s'acqnit- 
ter le débiteur envers son créancier étranger an serment de Pardelhan. Ici le 
débiteur et le créancier sont tous deux sous le serment de Pardelhan, et le 
débiteur ne peut pas payer sa dette au jour de son échéance. Il est tenu, dans 
ce cas, de jurer devant le bayle et devant la cour du bajle ou devant le 
conseil, sur les saints Évangiles, qu'il n'a rien et qu'il est sans ressources et 
par suite qu'il ne peut pas payer; mais il promet, sous la foi du serment qu'il 
vient de feire, qu'il prélèvera sur son salaire journalier, après en avoir retiré 
ce qu'il est nécessaire pour son entretien particulier, celui de sa femme et de 
sa &mille, ce qu'il faudra pour arriver au paiement définitif de sa dette; ce 
paiement partiel devant être versé par lui tous les mois. 

S'il dit au contraire que son salaire et son travail ne lui permettent pas 



SjlàNCS DU 4 JUILLET 1904. 223 

de s'acquitter, il devra désigner nominatÎTement l'hérédité qu'il yondra ven- 
dre ponr se libérer; un délai de quarante jours lui sera accordé pour cette 
vente, après avoir juré sur les Évangiles qu'à cette date il l'aura vendue et 
qu'il aura fourni à son acquéreur toutes les garanties nécessaires en pareille 
matière. 

Et si ce débiteur ne veut pas fournir ces garanties à son acquéreur, le bailli 
et le conseil devront vendre, de leur autorité, cette hérédité pour acquitter la 
dette, et le débiteur à qui appartiendra l'objet vendu devra fournir toutes les 
garanties nécessaires pour que cette vente ait plus de fermeté. S'il s'y refu«e, 
qu'on le force à le faire. 

Si cette mise en demeure reste sans effet et la contrainte sans eflScacité, le 
bailli et le conseil devront vendre cette hérédité pour acquitter cette dette, et 
la vente qu'ils feront sera aussi ferme et valable qne si elle avait été &ite par 
le propriétaire lui-même; la garantie qu'ils en fourniront sera inattaquable. 

LXXXIII. 

E a acostumat mes que per tôt lo que la femna donara à son 
marit en dot, sie adela obligad ypothecatz totz los bens déquet 
marit deuant totz autres deubtors, Si era no ac abe despensat, 
gastad, ni benut. E si era more deuant que son marit, que lo 
lieyt que ela... fos dequet marit sens tôt contrast. 

La femme, pour les biens qu'elle apportera en dot à son mari, aura une 
hypothèque sur tous les biens de son mari et cette hypothèque primera toutes 
celles des antres créanciers; mais à une condition, qu'elle ne dépensera pas sa 
dot, qu'elle ne la diminuera pas ou qu'elle ne vendra pas les biens qui 
faisaient sa constitution. Son mari ne pourra pas lui dépenser c son avoir », 
ses biens personnels en répondent; mais elle pourra parfaitement en disposer 
librement, et dans ce cas son mari n'en sera plus responsable. 

A sa mort, le lit commun deviendra la propriété du mari, et cela de droit. 

LXXXIV. 

Si aucun home o femna habitant de Pardelhan atrobaua home 
femna à Pardelhan o en la honor, que non sie deu sagraraent 
de Pardelhan, que lo aya ferit, o batut, ne plagat, ne lezit, ne 
dampnatge donat, que s'en posca vengar si bo e que ed Ion... 
rendre gazadon atau cum se bolera. 

E que ja lo bayle no s'y entremeta d'arres si clamor no y aue. 



224 SOCI^T^ ARCHIÉOLOGIQUE DV GERS. 

Le droit de légitime défense est formellement établi ici pour les habitants 
contre les étrangers. Un étranger frappe-t-il nn habitant de Pardelhan; lai 
cause-t-il da dommage ? Ce dernier anra le droit de se venger et de se faire 
jasticc comme bon lui semblera. Le bailli ne devra en ancnne façon interve- 
nir s'il n'y a pas plainte. 

LXXXV. 

E acostumat et stablit mes que... se bolera sobres quasquas 
causas que se bulha, dont no sie feyta mention, en las preditas 
costumas, loquau stabliment aya balor e fermetat autant ben é 
melhor cum si era costuma, tôt aquet an, que aquet que los fen 
sien de conselh. £ si auscas se endeneue, que no poscos estre 
judgiat per las costumas d'equet quauque se volossan ac bayles 
au conselh de Pardelhan. 

Le seigneur de Pardelhan. comprenant qu'il était impossible de prévoir 
tons les cas que les juges seraient appelés à connaître, donne pouvoir aux 
conseillers d'édicter, pour des cas spéciaux, des décrets qui auront force de loi 
tout le temps que ces conseillers seront au pouvoir. Il laisse à ses baillis et à 
son conseil le soin de réunir autour d'eux les hommes qui leur seront néces- 
saires pour juger des cas qu'ils ne sauraient juger, soit parce que ces cas 
n'auraient pas été prévus par les coutumes, soit parce qu'ils pourraient échap- 
per, par leur difficulté, à leur science juridique. 

« 

LXXXVI. 

E totz los prohoraes e lo conselh de Pardelhan recebon las 
preditas costumas e lo poble de la dessusd. bastida acordadamens 
per lor e per lors successors. 

Telles sont les coutumes que le seigneur de Pardelhan vient d'édicter et 
auxquelles doivent se soumettre et obéir les prud'hommes et le conseil de 
Pardelhan, ainsi que le peuple de la bastide. 

Elles auront force de loi dans le présent et dans l'avenir. 



SÉANCfi DU 4 JUILLET 1904. 225 

Un révolutionnaire grersols : Lantrac, 

Pab m. Bbégail. 

(Suite K) 

La plupart des républicains de radministration départementale 
ne surent aucun gré à Lantrac de ses efforts pour réconcilier 
Gauran et Desraoulins. Certains d'entre eux affectaient de le 
mépriser et de le considérer comme tout à fait en dehors du parti 
républicain. Après* l'avoir frappé d'ostracisme, ils l'avaient 
condamné à une sorte de dégradation civique et ils s'efforçaient 
de faire le vide autour de lui. Aucune occasion de l'humilier 
n'était échappée; ainsi, dans les premiers mois de l'année 1798, 
Lantrac étant allé à Paris, dans l'intention d'y séjourner, il en 
fut bientôt expulsé par la police. Ses adversaires avaient eu le 
soin de le signaler comme un dangereux ennemi du gouverne- 
ment et comme un audacieux conjuré. Dans d'autres circons- 
tances, ils le représentèrent comme un fervent royaliste. Une 
autrefois, enfin, ils cherchèrent à éloigner de lui son fidèle ami, 
le représentant du peuple Carrère-Lagarrière *, en lui attribuant 
des propos injurieux contre ce dernier. Lantrac en fut très 
affecté : 

...Je ne sais pourquoi ils me poursuivent avec tant d'acharnement, éeri- 
vait-il à Carrère. Ils savent que tu me considères, que tu me veux du bien; 
ils veulent me priver de cette planche de salut dans mon naufrage révolution- 
naire; voilà quatre ans que je suis continuellement en butte à leurs traits; 
ces gens-là ne savent donc que haïr et se venger ? 

» Voir BulleHn, 1902, p. 257; 1903, pp. 19, 119, 226, 291, 308; 1904, p. 165. 

* Garrère-Lagarriére (Jean-Joseph-Caprais), né à Montestruc (Gers), le 26 septem- 
bre 1755. D*abord membre du conseil du district de Lectoure et maire de cette ville, 
il fut nommé en 1790 administrateur du département du Gers. Le 20 novembre 1793, 
avec son collègue Laclaverie, il fut chargé de dresser un inventaire des papiers, lettres, 
effets et pièces d*argenterie trouvés par Laclaverie au château de Medrano (Gers). Le 
24 germinal an V (13 avril 1797) il fut élu député du Gers au conseil des Cinq-Cents. 
Il avait été précédemment président de Tadministration centrale du Gers. Républicain 
sage et convaincu, il était très estimé par ses concitoyens. Au 18 brumaire il refusa 
d'adhérer au coup d'État; à la séance du lendemain 19 brumaire, il fut exclu de la 
représentation nationale et rentra probablement dans la vie privée. Il dut s'établir à 
Fleurance (Gers), où il avait acquis pour 40.000 livres de biens nationaux. 



226 sooiÉté ABumÉûummfiM no onts. 

..,11s ne seront contents que lorsqu'ils auront mis TOcéan entre eux et moi 
ou lorsqu'ils m'auront donné la terre pour yétement, ce qu'ils aimeraient 
mieux encore. 

...Ils Tiennent de me comprendre dans une liste de suspects ayec quelques 
autres patriotes, de nous confondre avec les royalistes et de nous tracer le 
chemin de la Gniane. 

...Il se peut que mes ennemis sont républicains, mais^ à mon égard, ils ne 
le sont pas puisqu'ils me persécutent, m'oppriment et veulent me perdre. Je 
fbieràis avec la rapidité de l'aigle toute république où je ne trouverais que de 
pareils hommes, et la liberté présentée par eux ne m'inspirerait qu'horreur et 
aversion; ne crois cependant pas que leur destitution me rapproche des 
des royalistes : il existe entre les royalistes et moi un mur d'airain que je ne 
franchirai jamais. (20 brumaire an YII.) 

L'an VII devait être pour le Gers une période des plus trou- 
blées et des plus fertiles en événements tragiques. 

Il y existait toujours trois partis politiques qui étaient, d'après 
les dénominations de l'époque, les patriotes purs, les patriotes 
a: exagérés d et les royalistes. Les patriotes purs détenaient 
toutes les fonctions de l'administration départementale, ils 
avaient à leur tête : Saint-Pierre Lespéret, Dauriol, David, 
Abadie, Junqua, Dârîes, Rémignon, Larrey, etc. 

Les ce exagérée » étaient moins nombreux; leurs adversaires 
les nommaient encore « terroristes », « anarchistes » ou bien 
ce antropophatges de 93 ». Leurs chefs étaient Lantrac, Toulouset, 
Delisle, Cftfantreau et Boubée. 

QuaHf aux royalistes ou aristocrates, ils avaient une organisa- 
tion excellente, mais occulte. A leur tête se trouvaient des nobles, 
des prêtres et d'anciens émigrés. Leur principal chef paraissait 
être M. de Bastard. 

Des élections devaient avoir lieu en germinal pour le renou- 
vellement de deux membres du conseil des Cinq-Cents, et l'un 
d'eux. Desmoulins, se préoccupait très vivement d'assurer sa 
réélection. C'était un homme aussi ambitieux que peu scrupuleux 
et qui était détesté par tous ses collègues du Gers. Sans convic- 
tions sincères, on l'avait vu tour à tour nettement royaliste au 
début de la Révolution, jacobin des plus violents en 93 et répu- 
blicain des plus pâles après le 9 thermidor. Néanmoins, cet 



SÉANCE DU 4 JUILLET 1904. 227 



homme méprisable avait su capter la confiance du Directoire, et 
il s'en était servi pour discréditer complètement ses collègues du 
Gers auprès du gouvernement. Il les avait représentés comme 
des anarchistes avérés ayant dilapidé les propriétés et fait dresser 
des échafauds. De cette façon, Duffau, membre du conseil des 
Anciens, ainsi que Ducos, Gauran et Carrère-Lagarrière, mem- 
bres du conseil des Cinq-Cents, n'avaient pas d'accès auprès des 
membres du gouvernement. Desmoulins, tout au contraire, avait 
toute la confiance du Directoire, et le directeur Merlin le tenait 
même en particulière estime. Grâce à une influence aussi 
malhonnêtement acquise, Desmoulins était tout-puissant dans le 
Gers. Il était le grand dispensateur de toutes les faveurs admi- 
nistratives, et, avec une facilité surprenante, il faisait nommer 
des fonctionnaires et en faisait révoquer d'autres. Les adminis- 
trateurs eux-mêmes, intimidés par ce méprisable tyranneau, 
agissaient et parlaient au gré de ses désirs. Voici quelle était 
l'opinion de Larrey sur le caractère de Desmoulins et sur son 
œuvre politique. On sait que Larrey était un républicain modéré, 
mais profondément sincère, en même temps qu'un homme éner- 
gique, désintéressé, sage et d'une grande probité. Membre de 
l'administration départementale, il avait été révoqué à l'instigation 
de Desmoulins, qui, dans ses louches manœuvres, craignait de se 
heurter à la scrupuleuse honnêteté de ce vieux républicain. 
Laissons le parler : 

Les événements du 18 frnctidor, joints à réloqnence des faits et de la 
vérité, et an bon esprit qni animait la masse de ce département, avaient 
appelé anx fonctions pnbliqnes, constamment depuis ces époques, cenx qni 
parmi ces mêmes hommes étaient les plus recommandables par leur dévoue- 
ment à la Constitution et au gouvernement, par leur amour pour le bon ordre, 
par la haine que le royalisme et Tanarchie leur apportaient. 

La loi du 22 floréal ne fut pour le Oers, vu dans le grand cadre de la 
majorité des républicains qu'il renferme, qu'une confirmation solennelle des 
opérations qui 7 eurent lien et qui n'ont cessé d'y avoir lieu, et non une 
innovation anx principes reçus. Ce département était donc, généralement 
parlant, dans le sens intime de la Constitution et du gouvernement créé par 
elle. 

Qu'est-il arrivé cependant et qu'arrive-t-il encore ? miaerabile visu..^ et 



228 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

qtwrum pars magna fui/,., un homme connn par son royalisme eflFronté durant 
les premières années de la RéTolution, un homme que tout le département 
a Yu, en 93, arborer dans un tribunal augn$te et dans les sociétés maratistes 
le bonnet rouge et les moustaches, un homme blasé sur les sentiments 
d'honneur, qui, sans respect pour lui et pour les mœurs publiques, menait, pour 
ainsi dire, lui même, son épouse messalinisée dans le boudoir d'un lubrique et 
cynique satrape et la prostituait ainsi, sans honte et sans pudeur, à la brutalité 
et à rintempérance d'un satyre divinisé par ses adulations et par une ambition 
dont il éprouvait déjà les vives sollicitations ; un homme enfin, qui, esclave, 
proxénète, magistrat tout à la fois, n'est devenu législateur que pour caresser 
de plus près la fortune et le pouvoir, s'est glissé auprès du Directoire et a 
usurpé sa conlîance, mais sa confiance aveugle. 

Passionné pour sa réélection, le premier usage qu'il en a fait a été de iaire 
révoquer et destituer des fonctionnaires qui, tous, boiraient plutôt la ciguë 
que de consentir à vivre sous la Constitution de 88 ou de 93. Il les a remplacés 
ou par des royalistes cachés ou par des hermaphrodites sans physionomie 
quelconque, ou par des intrigants qu'on a vus se prosterner tour à tour devant 
Dartigoeyte et devant Bouillerot. 

L'anarchie et le royalisme, ostensiblement ligués entre eux pour occuper 

le champ qui leur est ouvert, pervertissent l'esprit public, allument les 
resentiments et montrent une joie féroce de l'initiative à laquelle on les 
appelle sous la protection du gouvernement. 

Les anarchistes répandent que le gouvernement rappelle la Montagne, 
les royalistes disent qu'il ne veut plus des républicains en place, mais des 
honnêtes gens. Bien des citoyens, peu instruits et glacés d'efProi, voyant la 
coïncidence de ces propos avec les destitutions et remplacements qui ont lien, 
croient réellement à la résurrection de la Terreur ou à l'infidélité du Direc- 
toire. (Lettre de Larrey à Carrère-Lagarrière. — 30 ventôse an VII.) 

t 

Ce qui était surtout extraordiDaire dans la conduite politique 
de Desmoulins, c'est qu'il s'appuyait à la fois sur les royalistes et 
sur les terroristes pour combattre les patriotes purs; de telle 
sorte que dans le Gers on vit ce spectacle incompréhensible, d'un 
gouvernement républicain favorisant de tout son pouvoir ses 
adversaires et frappant à coups redoublés sur ses propres amis. 
Vit-on jamais pareille confusion, pareil désordre et pareille 
anarchie ? 

Pour s'attacher les royalistes et pour influencer favorablement 
les campagnes. Desmoulins faisait protéger les prêtres réfrac- 
taires. Plus tard, le 24 ventôse an VII, il faisait prendre, par 



SEANCE DU 4 JUILLET 1904. 229 

une administration départementale soumise à ses volontés, un 
arrêté par lequel elle tournait habilement la loi du 3 brumaire 
interdisant le droit de vote aux parents des émigrés et des prêtres 
réfractaires. 

Pour s'attacher les « terroristes 7>, il les flattait et frappait au 
contraire leurs ennemis; ainsi c'étaient deux républicains modérés, 
les médecins Druilhet et Pardiac, qui étaient chargés de visiter 

< les militaires réquisitionnés et les conscrits malades; ils furent 

révoqués et remplacés par deux terroristes, Lantrac et Prieur. 

Enfin, pour satisfaire à la fois les rancunes des a, terroristes d 
et des « aristocrates », il fit destituer certains administrateurs du 
département qui étaient des « patriotes purs ». Ces destitutions 
eurent un retentissement considérable dans le Gers, c'étaient 
celles de David, commissaire du Directoire administratif, de 
Laborde, d'Abadie, de Larroche, de Baylac, de Larrey, de 
Junqua, etc. Il fit également destituer certains commissaires 
nationaux des cantons de Monfort, Saint-Clar et l'Isle-Jourdain. 
Ces hommes étaient tous d'excellents mandataires ou de dévoués 
fonctionnaires, aussi recommandables par leur patriotisme que 
par leur énergie. Ils étaient surtout des amis sincères du gou- 
vernement directorial. 

Emus à juste titre par la gravité de ces destitutions, les quatre 
autres représentants du Gers au conseil des Anciens ou à celui 
des Cinq-Cents obtinrent une audience du directeur Merlin, et ils 
essayèrent de le faire revenir sur sa décision. « Nous n'avons 
(L cessé d'assurer le directeur qu'il s'était trompé », écrivait 
Ducos à l'un de ses électeurs \ a mais le mal est fait; un scélérat, 

j a qui n'a été patriote que par peur, est cru et quatre représen- 

« tants qui, dès l'aurore de la Révolution, ont marché constam- 
« ment en première ligne, représentés comme des anarchistes et 

* Dacos (Jean-Marie), avocat au Parlement, était né à Masseube (Gers), le 
23 novembre 1758. Il fut procureur-syndic du district de Mirande, puis membre de 
Tadministçation départementale du Géra. Le 24 germinal an VI il fut élu par ce dépar- 
tement député au conseil des Cinq-Cents, en même temps que Gauran. 11 adhéra à 
Bonaparte, aprètf le 18 brumaire, et le 11 floréal an VIII il fut nommé sous-préfet de 
I Mirande. Il avait été secrétaire du représentant du peuple Dartigoeyte, lorsque celui-ci 

était en mission dans le Gers. Ducos mourut à Mirande, le 16 mars 1846. 

16 



^i^^^^^mmm 



230 SOGIlÎTé ABCHÉOLOOIQUE DU GERS. 

« des royalistes et leur voix étouffée lorsqu'ils disent la vérité. 
a Nous ne cesserons pas de la dire au gouvernement qui la 
a: connaîtra, mais en sera-t-il temps lorsque tous les fonction- 
« naires patriotes seront destitués, que l'esprit public sera 
a annéanti et que l'aristocratie abattue se sera relevée plus 
a insolente que jamais. C'est à vous patriotes àjuger les hommes. 
d Vous connaissez les uns et les autres ; c'est à vous de faire la 
« différence de quatre hommes qui n'ont jamais dévié de leurs 
ce principes d'avec un scélérat qui ne rougit pas, pour satisfaire 
<L son ambition, de bouleverser tout un département et de chercher 
« à perdre ses collègues \ » 

Par ces destitutions. Desmoulins trahissait donc une fois de 
plus son parti, ses collègues et le gouvernement qui l'honorait de 
sa confiance et le comblait de ses faveurs. 

Évidemment Lantrac approuva ces destitutions et s'en réjouit 
même beaucoup, la clémence à l'égard de ses adversaires ayant 
toujours été la moindre de ses qualités. Mais l'acharnement avec 
lequel on le poursuivait depuis qu'il était tombé du pouvoir nous 
fait oublier un peu son manque de générosité à l'égard d'adver- 
saires qui s'étaient montrés eux-mêmes fort peu généreux vis-à- 
vis de lui. « Je ne te dissimule pas », écrivait-il à Carrère- 
Lagarrière, « que j'approuve leur chute; dans ma position tu 
« penserais comme moi, mon cher républicain, si ces hommes 
CL t'avaient voué une haine inextinguible. Il est de la faiblesse 
a humaine de ne pas aimer ce qui nous hait à la mort. y> 

On peut bien croire que les aristocrates apprirent également 
avec beaucoup de joie les destitutions des principaux chefs répu- 
blicains. Bientôt Desmoulins leur fournit l'occasion de se réjouir 
de nouveau; en face d'une administration départementale vendue 
presque tout entière à Desmoulins, il y avait au moins la muni- 
cipalité d'Auch qui était composée de patriotes sincères et 
indépendants; or, Desmoulins les fît destituer de crainte qu'ils 
n'influencent la prochaine assemblée électorale. Il les fit rem- 
placer par quatre d aristocrates » et un « exagéré J) ! 

' Archives départementales, série L, Mélanges. 



SEANCE DU 4 JUILLET 1904. 231 

Ses audaces et ses mensonges augmentaient à mesure que l'on 
approchait du jour des élections; ainsi, pour se ménager les 
suffrages des royalistes, il faisait annoncer dans les campagnes 
que la constitution de Tan III allait être bientôt renversée. Un 
autre jour, pour intimider les républicains, il faisait savoir qu'il 
était le candidat choisi par le gouvernement, que le Directoire 
aurait coûte que coûte les représentants qu'il désirait et que, 
dans ce but, le commissaire du directoire administratif avait à sa 
disposition de nombreux mandats d'arrêt en blanc. Enfin, les 
rédacteurs du a: Journal du Gers », les citoyens Armagnac et 
Pourquié, soutenaient la candidature de Desmoulins qui les avait 
probablement intéressés à son élection. 

Ces élections eurent lieu à Auch, en germinal ; les opérations 
de l'assemblée électorale commencèrent le 20 dans le « temple » 
(cathédrale Sainte-Marie). Elles furent marquées par des troubles 
et des désordres graves qui nécessitèrent l'intervention un peu 
brutale de la force armée. L'esprit de division semé par Desmou- 
lins et ceux des administrateurs qui lui obéissaient servilement 
sembla d'abord triompher; l'assemblée se divisa en effet en trois 
fractions qui se séparèrent immédiatement; les « exagérés d se 
réunirent à l'évêché, les royalistes à l'ancien couvent des Carmé- 
lites et les a patriotes purs », qui étaient les plus nombreux, 
restèrent seuls dans le « temple », siège officiel de l'assemblée 
électorale. Or, les royalistes, réunis au couvent des Carmélites, 
s'arrogèrent le droit de procéder à l'élection à l'exclusion des 
autres électeurs, et ils nommèrent Desmoulins et Saint-Pierre. 

D'autre part, les républicains modérés, qui étaient restés au 
a temple », nommèrent Lassalle-Cezeaux et Laclaverie. 

Quant à Lantrac et aux a: terroristes », ils n'agirent pas avec 
la même désinvolture que les deux autres groupes, et ils n'allè- 
rent point jusqu'à procéder à une troisième élection. 

Il s'agissait donc de savoir qui aurait raison des « Carméliers » 
et des républicains modérés. Il ne fallait nommer que deux 
députés et l'on en avait nommé quatre. Desmoulins et Saint- 
Pierre seraient-ils membres du conseil des Cinq-Cents ou 
bien serait-ce Lassalle-Cezaux et Laclaverie? Évidemment, 



232 SOCIlÎTé ARCHEOLOGIQUE DU OBRS. 

les royalistes et la majorité des administrateurs du département 
prétendaient que les premiers seuls étaient réellement élus. C'est 
à Paris que se trancha la question, et il fut déclaré que les 
opérations de l'assemblée dii « temple » étaient seules valables. 
Autant les vrais républicains se réjouirent vivement de ce 
résultat, autant furent mécontents les royalistes et les faux répu- 
blicains partisans de Desmoulins. 

Lantrac se réjouissait du résultat, car, dans son esprit, il 
escomptait les heureuses conséquences de cette élection : la 
députation du Gers allait enfin être unie, les désordres allaient 
cesser et les républicains du département n'allaient plus former 
qu'un seul faisceau. Il se promettait, quant à lui, de contribuer 
de toutes ses tbrces à réaliser cette union ; mais, à son avis, il 
était nécessaire de renouveler entièrement l'administration 
départementale; la plupart des administrateurs étaient suspects 
de royalisme et ceux qui ne l'étaient point étaient des hommes 
faibles de caractère ; or, écrivait-il à Carrière-Lagarrière : a: La 
(L faiblesse est aussi près du crime que de la vertu^ et il ajoutait : 
(( Que tes collègues et toi balayent impitoyablement ces écuries 
« d'Aùgîas; qu'aucun ménagement, qu'aucune considération ne 
« vous arrêtent : il n'y a que des républicains forts de caractère 
c( et de patriotisme qui puissent arracher le Gers au royalisme 
(( qui menace de le dévorer et lui donner cette attitude imposante 
c( qui seule peut convenir à la crise où se trouve la République 
<L entière. » 

Evidemment Lantrac aspirait à jouer de nouveau un rôle 
important dans la politique départementale. Dans les lignes qui 
précèdent, il laisse percer son ardent désir d'être mis à la tête du 
département, après avoir vu jeter bas de leurs fauteuils d'admi- 
nistrateurs la plupart de ces républicains modérés qui avaient 
toujours été ses plus violents adversaires. 

Il faut convenir que ce n'était point là le meilleur moyen de 
faire l'union des républicains; cette union ne pouvait se réaliser 
qu'en dehors de Lantrac et de ses adversaires les plus marquants. 
La situation politique du département, déjà très mauvaise pour 
les républicains, le devint encore davantage. 



I 



BIÊAKCE DU 4 JUILLET 19Û4. 233 

' Les royalistes ne cachaient plus leurs projets; on ne parlait 
plus de la République que par dérision : la a Marianne » (c'est 
ainsi qu'on la nommait) était perdue, et le mois de messidor ne 
devait pas toucher à sa fin sans que l'on eût un roi. 

Les prêtres excitaient le peuple contre les républicains et, 
l'exhortaient à prendre les armes. « Le général russe Souvarow 
d approche d, disaient-ils, a et la situation va changer complète- 
a ment; nous allons avoir un roi, le pape délivré va revenir dans 
a Rome et la religion catholique va être rétablie dans toute sa 
« puissance et dans tout son éclat d. Le terrible Souvarow 
approchait en effet de nos frontières. Intraitable et orgueilleux, 
il s'apprêtait à cette heure à l'écrasement de la Révolution 
française. 

Les fonctionnaires n'osaient point s'opposer à la propagation 
de ces nouvelles si alarmantes pour la République. Ils laissaient 
dire et laissaient faire, sinon ils étaient bafoués, insultés, 
frappés. 

De la propagande par la parole les royalistes passèrent 
bientôt à l'action, et ils occasionnèrent des troubles sur divers 
points du département : dans le canton de Saramon, un agent 
national fut assailli dans sa propre maison par des hommes 
armés qui tirèrent plusieurs coups de fusil sur les fenêtres; dans 
le canton de Puycasquier, des arbres de la liberté furent enlevés 
et remplacés par des croix; deux agents nationaux y furent 
assaillis dans leurs maisons et d'autres reçurent des lettres 
anonymes contenant de furieuses et graves menaces; à Barce- 
lonne, les portes de la maison du commissaire du directoire 
furent enfoncées, le frère de ce fonctionnaire fut tué et lui-même 
fut blessé ainsi que deux de ses domestiques. Il en était ainsi 
dans tout le départemecît. Les patriotes, découragés, abattus, en 
étaient réduits A se cacher pour échapper à la rancune et à la 
fureur des prêtres et des royalistes dont le triomphe définitif 
paraissait imminent. 

Mais le coup d'État du 30 prairial an VII (18 juin 1799), 
comme d'un coup dé baguette magique, changea complètement 
la situation. On sait que les trois directeurs Treilhard, Merlin et 



234 SOCIi£t]£ ARCHlîOLOGIQnE BU aSKS. 

La Réveillère avaient été destitués par les conseils et remplacés 
par des hommes nouveaux. Or la destitution de Merlin, le 
puissant protecteur de Desmoulins, enlevait à celui-ci toute 
l'influence dont-il avait joui jusqu'à ce jour auprès du pouvoir 
central. Les contre-révolutionnaires cessèrent leurs attaques, les 
patriotes reprirent confiance et la joie rentra dans leurs cœurs. 
Avant le 28 prairial il n'y avait pas dans Auch vingt citoyens 
qui osassent se dirent patriotes; après il y en avait plus de 
quatre cents. 

Quant aux auteurs des troubles dont nous venons de parler, ils 
furent différemment traités : ceux d'entre eux qui avaient été les 
inspirateurs et les organisateurs furent graciés, tandis qu'on 
guillotina ceux qui n'avaient été que leurs aveugles et misérables 
instruments. 

L'administrateur Saiut-Pierre, qui trahissait la République et 
ses collègues en favorisant la contre-révolution, fut révoqué; 
cependant on laissa à la tête du Directoire départemental un 
citoyen nommé Rémignon qui était un sincère républicain, 
mais qui manquait totalement de caractère. 

Ces maladresses et ces imprévoyances dps patriotes encoura- 
gèrent les contre-révolutionnaires à s'organiser de nouveau, sous 
le couvert d'une prétendue société philanthropique, en vue d'une 
prochaine insurrection. Prêtres et nobles relevaient tous une 
tête altière; ils s'appuyaient fort habilement sur les fonctionnaires 
félons que Desmoulins avait fait nommer dans les diverses 
administrations du département à l'époque où la confiance du 
Directoire l'avait rendu tout-puissant dans le Gers. C'était 
précisément le moment où les conscrits et les hommes réquisi- 
tionnés étaient sur le point de partir sous les drapeaux. La 
plupart d'entre eux, jeunes paysans ignorants, subitement 
arrachés à leurs campagnes, partaient à regret. Les nobles et les 
prêtres tirèrent parti de leur état d'esprit; ils parcoururent les 
campagnes de borde en borde et dirent aux jeunes conscrits : 
<r Montrez-vous seulement un instant avec nous, on proclamera 
d un roi, la religion vous sera rendue, la paix sera faite et vous 
(ï resterez tranquillement dans vos foyers )). Ces derniers mots 



S]£âncb du 4 JUILLBT 1904. 235 

produisaient un effet magique dans l'esprit des jeunes paysans, en 
les disposant à répondre favorablement aux sollicitations pres- 
santes dont ils étaient l'objet. L'insurrection éclata comme un 
coup de foudre vers le l*' thermidor an VIL En quelques heures, 
les insurgés s'emparèrent de Samatan, Lombez, Isle-Jourdain, 
Moufort, Mauvezin et Saint-Clar; en outre, Riscle et Barcelonne 
étaient sur le point de tomber en leur pouvoir. 

Les administrateurs du Gers se montrèrent cette fois à la 
hauteur des difficultés de la situation. Ils surent prendre des 
mesures promptes, énergiques et rigoureuses. Ils prirent de 
l'argent dans les caisses publiques, achetèrent à Toulouse cinq 
quintaux de poudre, se procurèrent des balles, firent des réquisi- 
tions de tous côtés et arrêtèrent comme otages les promoteurs de 
l'insurrection qui la plupart étaient des m molinistes^ y>. 

Des volontaires se levèrent en masse, prêts à sacrifier leur vie 
pour leur foi républicaine; on n'utilisa que quatre mille d'entre 
eux environ; mais, si l'on avait eu des armes en quantité suffi- 
sante, il eût été possible de former un corps de vingt mille 
hommes. L'ardeur des patriotes était extraordinaire; le danger 
de l'insurrection avait revivifié l'esprit républicain à tel point 
que pendant toute la période révolutionnaire on n'avait jamais 
remarqué chez les patriotes du Gers pareille colère et pareille 
énergie. Un seul exemple suffira pour le démontrer : le canton de 
Saint-Mézard (district de Lectoure), qui était un des cantons les 
plus favorables aux royalistes, fut requis de fournir cent 
cinquante hommes dans un délai de douze heures; or, le lende- 
main, à midi, quatre cent cinquante hommes armés par leurs pro- 
près soins se réunissaient à Saint-Mézard; ils s'organisaient en 
compagnies, élisaient leurs officiers et marchaient ensuite vers 
Lectoure, tambour battant et drapeau déployé, pour se mettre à 
la disposition des autorités charge de réprimer l'insurrection. 

L'adjudant général Petit-Pressigny s'étant mis à la tête des 
force républicaines, il reprit successivement aux insurgés tous 
les cantons dont ils s'étaient emparés. Tandis que les républi- 



' On désignait ainri les partisans de Desmonlins. 



236 SOCIJÊTé ARCHÉOLOOIQUB DU GERS. 

cains se montraient impatients de combattre et qu'ils allaient 
vaillamment au feu, dans le camp royaliste la plupart des jeunes 
paysans qui en formaient l'élément le plus nombreux prenaient 
là fuite au premier contact de l'ennemi; leurs chefs, tout au 
contraire, soutenus par leur zèle royaliste et par leur foi reli- 
gieuse, se conduisaient vaillamment en face de leurs adversaires ; 
ils bravaient tous les dangers et n'hésitaient pas à sacrifier leur 
vie. Quand ils tombaient mortellement blessés, certains disaient : 
<ï Je meurs content, puisque je meurs pour ma religion et pour 
« mon roi ! » 

Les troupes républicaines n'éprouvèrent pour ainsi dire aucune 
perte, tandis que les insurgés eurent plus de quatre cents hommes 
tués et un nombre considérable de blessés et de prisonniers. Les 
principaux chefs royalistes qui tombèrent au pouvoir des répu- 
blicains furent M. Belloc de Laurac et M. Sambussy, ci-devant 
seigneurs de Giscaro. 

On a pu se demander ce qu'était devenu Lantrac pendant la 
durée de ces graves événements. Au début de l'insurrection, sans 
avoir été requis et de sa propre volonté, il se mit à la disposition 
de l'administration départementale pour servir dans les rangs 
des républicains en qualité de médecin. Les administrateurs 
n'osèrent pas refuser catégoriquement ses services, mais certains 
d'entre eux, obéissant à leurs vieilles rancunes, refusèrent à 
Lantrac le cheval qui lui était nécessaire. Dans ces conjonctures, 
sa détermination fut bientôt prise : il partit comme simple soldat, 
bien qu'il eût un grade assez élevé dans la garde nationale. Il 
dut probablement faire partie du bataillon commandé par son 
ami Laguilhermie, qui était un ardent et vieux jacobin. 

Lorsque l'insurrection fut étouffée, Lantrac s'empressa d'écrire 
à son ami Carrère-Lagarrière, membre du conseil des Cinq- 
Cents, pour lui faire connaître ses impressions et ses réflexions 
au sujet des malheureux événements qui venaient dh se dérouler. 
A son avis, l'insurrection n'eût pas éclaté dans le Gers si les 
administrateurs restés vraiment fidèles à la République avaient 
été plus prévoyants et plus énergiques. Voici ce qu'il écrivait à 
ce sujet : 



SIÉANCE DU 4 JUILLET 1904. 237 

Si lors da rassemblement des commissaires cantonaux, qui eut lieu à Auch, 
une décade avant Finsurrection royale, et où des notions exactes et positives 
furent données sur le plan qui allait s'exécuter et les chefs qui la dirigeaient, 
on avait fait de suite arrêter et traduire devant le tribunal criminel ces chefs 
qu'on avait désignés, Tinsurrection était arrêtée et cela légalement et très 
constitutionnellement. On aurait évité par ce moyen Teffusion du sang, des 
dépenses énormes iqu^on parviendra difficilement à solder et, plus que tout 
cela, des haines et des déchirements... 

Cela dit, Lantrac encourageait Carrère à voter des mesures de 
rigueur contre les royalistes et il ajoutait : 

Nous venons d'essayer nos forces contre la Vendée qui a éclaté dans la 
Haute-Garonne et le Gers. Nous avons vu les royalistes ne pas tenir un 
moment devant nous et fuir comme des lièvres. Nous savons ce qu'ils sont ; 
nous savons ce que nous sommes en bataille rangée. Qnelque accommode- 
ment, quelque transaction qu'on ait en vue, nous sommes déterminés à périr 
jusqu'au dernier avant de laisser relever un trône d'un roi quelconque. Nous 
savons que la mort attend tous les républicains énergiques, que l'oligarchie 
et la royauté les dévoreront également; aussi sommes-nous déterminés à 
combattre l'une et l'autre également et à vendre bien chèrement nos vies. Ce 
que je te dis là, mon cher Carrère, est le vœu bien exprimé des patriotes du 
Gers et de ceux de Toulouse, où je viens de passer quelques jours. Je te salue 
fraternellement. (16 vendémiaire au YIII.) 

Les royalistes furent enfin réduits au silence, mais les républi- 
cains du Gers restèrent néanmoins profondément divisés. Lantrac 
n'était pas le moindre obstacle qui s'opposait à leur union, et 
pourtant il était loin de songer à renoncer à la vie politique ; au 
contraire, il désirait ardemment reconquérir Testime de tous ses 
concitoyens et il ambitionnait une fonction élective. Malheureu- 
sement pour lui son prestige était amoindri, sa popularité moins 
étendue. Son rôle de prescripteur, ses sévérités administratives 
et ses infortunes politiques avaient considérablement diminué le 
nombre de ses partisans. Enfin, des adversaires irréconciliables se 
dressaient en face des amis fidèles et dévoués qui le soutenaient 
encore de toutes leurs forces. Comme il avait besoin de donner 
un aliment à sa dévorante activité, il eut un jour l'idée de solli- 
citer un emploi dans l'administration forestière qu'il était ques- 

17 



238 SOCléT^ ABCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

tion de réorganiser à cette époque. Soit qu'il eût renoncé, dans 
la suite, à demander cet emploi, soit qu'il n'eût point obtenu 
satisfaction, jamais l'ancien procureur-général-syndic n'exerça 
les fonctions d'inspecteur des forêts; mais, vers le mois de bru- 
maire an VIII, il fut nommé officier de santé près le jury mili- 
taire. Cette nomination, quoique relativement peu importante, 
lui causa autant de joie qu'elle fut désagréable à ses adversaires. 
Il la dut à l'influence de son vieil ami le commandant Laguilher- 
mie, un admirateur enthousiaste de la (n sainte montagne :f>. 

Lantrac s'acquitta consciencieusement de ses nouvelles fonc- 
tions, et dans la suite il aimait à se flatter ce d'avoir empêché 
d quelques friponneries en faisant partir des réquisitionnaires ou 
« des conscrits que l'intrigue ou la faveur avaient retenus dans 
« leurs foyers, d 

Même sous l'Empire, il demeura membre du jury médical, car 
il était un des rares médecins du département qui par leur science 
médicale étaient susceptibles d'exercer convenablement ces 
délicates fonctions. 

D'ailleurs Lantrac ne fut pas de ceux qui vendirent très cher à 
Bonaparte leur influence politique. Tandis que les Desmoulins, 
les Gauran, les Béguinot et tant d'autres républicains du Gers 
acceptèrent avec empressement des décorations et de hauts grades 
dans la magistrature ou dans l'armée, Lantrac resta simple 
médecin, mais, silencieux, il conserva jalousement dans le fond 
de son cœur son vieil idéal révolutionnaire. 

(A suivre.) 



FÊTES FÉLIBRÉENNES D'ÉAUZE. 



Ces fêtes, auxquelles assistait un grand nombre de membres de 
la Société Archéologique, ont commencé, le samedi 20 août, par 
l'inauguration d'une plaque de marbre placée sur la façade de la 
maison de M- Thore En voici l'inscription : 

ICI 

A PASSÉ SA VIE 

ET CHANTÉ LA VILLE d'EaUZE 

Madame Thore 

Léontine de Mibielle 

MAÎTRE ES Jeux Floraux 

née a Esplavis 

1816-1861. 

EscoLE Gastou-Fébus, 20 d'août 1904. 

Je ne parlerai point des discours, des vers gascons et français 
qui ont été dits en cette circonstance, j'aime mieux engager le 
lecteur à les lire dans les Reclams de l'Escole Gastou-Fébus, où 
ils ont été imprimés. Mais il me paraît bon de caractériser cette 
belle âme. Léontine de Mibielle a été, avant tout, une femme 
pieuse, aimant son mari et ses enfants, s' occupant beaucoup de 
son intérieur et surtout de l'éducation de ses filles. Elle fut 
serviable pour ses voisins et pour les malheureux, et employa 
une part de son temps à faire le catéchisme aux enfants de sa 
paroisse. Favorisée d'une éducation littéraire peu commune, elle 
lut, avec l'enthousiasme de ses contemporains. Chateaubriand et 



240 SOClÉTlé ARCHIÉOLOGIQUE DU GERS. 

Lamartine; ce qui ne Tempêcha point de conserver beaucoup de 
goût pour les ouvrages de piété. La société qu'elle fréquentait 
était peu littéraire; d'ailleurs, absorbée par le devoir, elle sortait 
peu de sa maison. Douée du don exquis de rythmer l'expression 
de ses idées, elle faisait naturellement des vers. Le travail poéti- 
que était pour elle le moyen de formuler d'une façon délicate et 
harmonieuse les méditations et les pensées intimes de sa belle 
âme. 

Quand elle a voulu glorifier sa chère ville d'Éauze, en écrivant 
une ode en son honneur, elle fit assurément une composition fort 
remarquable, mais on sent que l'envergure lui manque pour 
monter sans effort à une certaine hauteur. Ses poésies intimes 
sont assurément meilleures. 

L'Académie de Clémence Isaure distingua son beau génie, et 
récompensa plusieurs fois le poète; elle lui accorda même le titre 
de Maître h jeux floraux. 

Une part de son œuvre a paru dans le recueil de l'académie 
toulousaine; des journaux et des périodiques divers ont publié 
quelques rares pièces, et c'est tout. Dépourvue d'amour-propre 
littéraire, M""® Thore ne publia jamais ses œuvres; grande leçon 
de modestie dont ne profiteront guère des poètes qui n'ont ni son 
talent ni ses qualités exquises. 

De la maison de M°^® Thore, la pervenche félibréenne à la 
boutonnière, nous sommes allés prendre place sur les gradins de 
l'arène pour assister à des courses landaises. Les spécialistes 
assurent qu'elles ont été très bien réussies. 

Un petit événement a causé un certain émoi. Une malheu- 
reuse vache, tracassée, harcelée et ne pouvant atteindre les 
écarteurs plus fins qu'elle, jugea à propos de s'en aller par les 
chemins qu'elle avait suivis pour venir aux courses. Elle démolit 
les planches qui obstruaient le premier passage et entra dans le 
couloir où se tenaient les amateurs, qui se pavanaient dans 
l'arène avec des airs de matadors pendant que les bêtes étaient 
enfermées. Elle y produisit une effroyable panique. Mais elle ne 
voulait de mal à personne, ne demandant que la liberté. Elle 
s'acharna si bien sur la porte extérieure qu'elle y cassa une de 



FÊTES FÉLIBRIÉBNNES d'Éâ^UZE. 241 

ses cornes. Plein de fureur, Passicos, son maître, voua les courses 
d'Éauze à tous les diables, et sa vache à la boucherie. 

Le dimanche 21 août, à dix heures du matin, dans la vaste 
halle aux grains, s'ouvrit la Cour d'amour, sous la présidence de 
MM. le professeur Lannelongue et Planté, président de TEscole, 
devant une foule immense et trop bruyante. 

Notre confrère M. Tabbé Sarran se lève et entonne le Salut 
aux félibres^ sur l'air de La Respelido^ de Mistral. Ce chant 
donne à la réunion un caractère de gaîté et d'entrain qui diffé- 
rencie une cour d'amour d'une séance académique. L'abbé Sarran 
chantait les couplets, et tous en chœur nous répondions par le 
refrain : 

Tout Enzo saludo felibres de Lano, 
Lons de la Bigorro dambe loas de Pan, 

Bengnts de la piano, 

Bengntd de là-hant. 

Il ne pouvait y avoir un couplet pour chacun, mais les princi- 
paux, MM. Lannelongue, Planté et Camelat, ont chacun eu leur 
compliment. Le poète chanteur ne s'est point oublié : 

Dab sonn librot, 
Qne s' ben oonmo pebrot, 
Qne s' ben conmo sirop, 
là^Armarme de Gasctmgno.,. 

Dab sonn librot, 
Qne s' ben conmo pebrot, 
Qne s' ben conmo sirop, 
Qne i ei Lou Cascarot. 

M. le maire d'Éauze a pris le premier la parole pour souhaiter 
la bienvenue aux felibres, en excellent gascon. Après les remer- 
ciements de M. Planté, M. le professeur Lannelongue s'est levé 
et a prononcé un grand discours plein de hautes considérations 
scientifiques et philosophiques. 

M. Planté a pris de nouveau la parole. De son discours je 



242 SOCIÉTÉ ARCHIÉOLOGIQUË DU GERS. 

veux seulement indiquer la pensée principale : a L'Escole Gaston- 
oc Fébus n'est pas venue à Eauze pour donner une représentation 
« littéraire, mais affirmer et propager les principes félibréens : 
ce amour de la petite patrie, culte de nos traditions séculaires et 
« de notre glorieuse histoire, foi en l'avenir. Et pour donner une 
« forme concrète, sensible à cet amour, à ce culte, à cette foi, 
oc n'abandonnons jamais, aimons et défendons notre langue 
« maternelle y>. 

MM. Lalanne et Darclane ont donné lecture des rapports sur 
les divers concours. Les lauréats du Gers sont : 

M. de Brescon, de Condom, deux médailles d'argent, l'une 
pour le sujet imposé, l'autre pour l'ensemble de ses poésies; 

M. Marins Fontan, d'Aignan, une deuxième médaille d'argent 
pour sa poésie A la bouno hilo d'Euso^ une grande médaille de 
bronze pour sa nouvelle Gezenno ou la darrero hado dou 
Haymoun^ et une médaille de vermeil pour la linguistique; 

M. François Degeilh, de Condom, une mention honorable pour 
sa poésie Las arrousetos; 

M. Emmanuel de Lamezan, de Heux-sur-l'Osse, par Condom, 
une médaille d'argent pour une composition musicale; 

MM. le docteur Mouzin-Lysis et l'abbé Dupuy reçoivent 
chacun une médaille d'argent, témoignage de reconnaissance que 
l'Escole leur accorde pour les soins pris dans la bonne organisa- 
tion des fêtes. 

L'Escole Gastou-Fébus attribue tous les ans un prix d'hon- 
neur à un des érudits du département dans lequel il tient sa 
réunion. Ce prix, consistant en une médaille de vermeil, est 
attribué à M. Adrien Lavergne. 

(L L'attention du jury », dit le rapport, (( a été tout naturelle- 
« ment attirée sur un grand travailleur, dont les importantes 
<ï études d'histoire, d'archéologie, de bibliographie gersoises se 
<£ poursuivent depuis plus de vingt ans. 

a La modestie si vaillante et si honorée de M. Adrien 
a Lavergne, de Castillon-de-Batz, vice-président de la Société 
oc Archéologique du Gers, de la Société historique de Gascogne, 
oc inspecteur de la Société française d'archéologie, me permettra. 



FÂTBS FéLIBR]£ENNES D'^UZE. 243 

« en lui ofifrant au nom de VEscole Gastou-Fébus^ cette modeste 
« médaille, de rendre un hommage bien dû à toute une vie de 
a: travail infatigable et de patriotique dévouement. » 

La Société archéologique ne peut qu^applaudir à Thommage 
mérité rendu à son si dévoué et modeste vice-président, le compa- 
gnon d'études, l'ami et le pair des savants regrettés J.-F. Bladé, 
L. Couture et Tamizey de Larroque, hommage dont l'honneur 
rejaillit sur elle. 

M. l'abbé Labeyrie vient lire l'ode qui lui a obtenu la plus 
haute récompense de l'Escole; puis M. de Brescon lit un sonnet 
en l'honneur du docteur Lannelongue, qui l'a rapiécé, recousu 
et rétabli après un grave accident. 

M. Lavergne prend ensuite la parole au nom de la Société 
Archéologique du Gers, dont il est le délégué. Il offre à M. le 
docteur Lannelongue et à M. Planté les deux premiers exem- 
plaires de la nouvelle édition du Gatounet^ publiée à l'occasion 
des fêtes félibréennes. 



MoQsiear le Professeur et honoré Président, 

Au nom de la Société Archéologique du Gers, j'ai rhonneur de vous faire 
hommage du premier fascicule de la publication que nous avons entreprise 
des vieux poètes gascons du Gers. En vous dédiant ce premier ouvrage, notre 
compagnie a voulu, selon ses moyens, honorer en vous le savant professeur, 
rhabile chirurgien, le Gascon dévoué à ses compatriotes et à la gloire de son 
pays. 

Nous vous offrons l'œuvre d'un Gimontois qui fut professeur à l'école de 
médecine de Toulouse, il y aura bientôt trois siècles. Comme son voisin le 
conseiller Pibrac, Guillaume Ader a mis la sagesse en quatrains. Plus terre 
à terre que le magistrat, le poète-médecin a toutes les qualités du paysan 
gascon ; il est pratique, économe, sobre et avisé comme pas un. Aussi cet 
ouvrage, si conforme au génie de nos ancêtres ruraux, eut chez nous, jadis, 
un grand succès. Ce succès, il l'aura de nouveau à cause de notre amour 
pour la littérature gasconne. 

Nous offrons le second exemplaire à M. Adrien Planté, le très distingué 
président de YEscoîe OasUm-Fébus, afin de lui témoigner notre reconnais- 
sance pour avoir bien voulu, avec ses brillants et gracieux félibres, tenir les 
assises annuelles de la société dans le Gers. 



244 . SOCIl^T^ ABCHIÎOLOGIQUE DU GEBS. 

Mesdames, Messieurs, 

Je me propose de montrer que, sur notre terre du Gers, on étudie la vieille 
langue de nos ancêtres, qu'on aime à recueillir, à relire et à faire connaître 
les œuvres de nos devanciers, et qu'aujourd'hui encore, il y a,des écrivains et 
des poètes qui savent gaillardement se servir de la langue gasconne. 

En tout cela, nous avons eu un maître : Léonce Couture. Né près d'ici, 
petit écolier au collège de cette ville, quand il eut grandi, il fut des premiers 
qui se soient épris de la renaissance méridionale ; il devint l'ami d'Aubanel, 
de Eoumanille et de Mistral. Gaston Paris, Paul Meyer et tous les savants 
qui se sont occupés de la littérature du Midi l'ont considéré comme leur pair. 
Il a été félibre majorai, doyen de la Faculté des lettres à l'Institut catholique 
de Toulouse et, pendant quarante ans, directeur de la Eevus de Gascogne. 
Et ce doux maître, auprès duquel les savants venaient s'instruire, resta toute 
sa vie le Gascon qui aima le plus la Gascogne, ses coutumes, sa langue, ses 
écrivains, autant les anciens que les modernes. 

I. 

Dans l'étude de notre langue, c'est au dictionnaire qu'on a pensé d'abord. 
MM. Cénac-Moucaut, Alcée Durrieux, Philibert Abadie et Noulens n'ont fait 
que des essais préparatoires. La Société Archéologique du Gers a l'ambition 
de faire un dictionnaire des dialectes de notre département. Afin d'assembler 
des mots, elle a ouvert un concours et, chaque année, notre trésor s'accroît. 
Parmi les concurrents, M. Michelet mérite d'être remarqué entre tous, car, 
grâce à lui, nous avons beaucoup de vocables tirés des vieux auteurs gascons 
qu'il a si bien étudiés. 

Si les Sociétés savantes de la Gascogne suivaient l'exemple de notre 
Société Archéologique, YEscoU Gaslou-Fébus n'aurait qu'à fondre ensemble 
tous les dictionnaires particuliers, et le grand dictionnaire qu'elle projette 
serait fait. 

Cependant, l'expérience montre que si de nombreux chercheurs sont utiles 
pour procurer des matériaux, la mise en œuvre est rarement bien faite si elle 
n'est pas exécutée par un seul. Notre confrère, M. l'abbé Lamarque, curé- 
doyen de Vic-Fezensac, a évité les embarras de la collaboration en s'informant 
lui-même de tous les côtés, en se procurant des correspondants bénévoles dans 
toute la Gascogne, en dépouillant les ouvrages gascons de ses contemporains, 
et il a ainsi relevé plus de 40.000 mots qu'il a inscrits chacun sur sa fiche. 
Cette belle collection pourrait être imprimée immédiatement. Mais le 
vaillant travailleur a voulu donner l'étymologie des mots; malheureusement, 
la maladie est venue arrêter cette belle entreprise. 

L'étude d'une langue comprend nécessairement la grammaire et surtout la 
grammaire historique. M. Léonce Couture a semé dans sa Revue de Gascogne 



FÊTES fiSlibb^ennes d'éauze. 245 

de fort intéressants articles là-dessns. Dans ce même recueil, M. le chanoine 
Daste a pnblié une série d'articles dn pins grand intérêt snr les caractères de 
la largue gasconne. Un armagnacais, M. Jean Ducamin, de Lanne-Sonbiran, 
professeur an lycée de Mont-de-Marsan, a traité avec nne hante compétence 
force questions de grammaire historique, et enfin notre confrère M. l'abbé 
Glergeac, chapelain de Saint-Louis-des-Français, prépare sa thèse pour le 
doctorat sur U Gascon du Fezmsagtcet au XP siècle. Cette énumération 
incomplète sufiira pour faire voir que le Gers suit le progrès de la science 
philologique et grammaticale. 

II. 

Nos ancêtres nous ont transmis par tradition des cantiques, des Noëls, des 
chansons de danse, de travail. On chantait celles-ci autrefois pour s'entraîner 
aux dures fatigues de la moisson coupée à la faucille, ou pour charmer le 
labourage monotone et lent. Nos ancêtres nous ont légué encore de nombreux 
proverbes qui donnent tant de relief au parler, et aussi des contes qui 
charment parfois encore les veillées de l'hiver. Génac-Moncaut, Bladé, qui fut 
dès la fondation du consistoire, en 1876, l'un des majoraux du félibrige, 
l'abbé Duffart, en ont recueilli beaucoup dans leurs livres. Ce sont les 
fragments les plus vieux de notre littérature, car ils remontent aux origines 
les plus reculées. 

A la fin du xvi® et au commencement du xvii® siècle, il y eut chez nous 
des poètes qui rimèrent en gascon. Philibert Abadie et le docteur Noulet nous 
ont d'abord parlé d'eux ; M. Léonce Couture nous les a mieux fait connaître. 
Mais M. Michelet vient de nous donner Les poètes Oascons du Oers, un grand 
et beau livre qui contient, avec des renseignements bibliographiques, 
l'analyse des poèmes avec des extraits nombreux, étendus et parfaitement 
choisis. Ainsi notre compatriote a réalisé un rêve de Léonce Couture, qui a 
toujours désiré cette charmante et exquise anthologie qu'il n'a pu voir. 

Pour mieux faire connaître nos poètes et la langue qu'ils parlent, on a 
réimprimé leurs œuvres. Philibert Abadie nous a donné Bedout (1850); Frix 
Taillade, cPAstros (1867); Alcée Durrieux, Pey et Jean de Garros (1895-96). 
Aujourd'hui la Société Archéologique du Gers commence une nouvelle 
édition de nos vieux rimeurs en publiant Lou Catounet, de Guillaume Ader. 

III. 

Notre langue n'est pas une langue morte : on la parle dans les familles ; 
dans les foires et dans les marchés, elle sert à traiter les a£Paires ; force bons 
curés s'en servent avec le plus grand succès au prône de la messe paroissiale ; 
on écrit notre langue, on la chante. 



246 BOCI^Té AROHlSOLOGIQUE DU GEBS. 

Nos compatriotes, obligés par leur profession oa leurs affaires de rester à 
Paris, ont éprouvé le besoin de se voir et de se réunir. Par amour de leur 
petite patrie ils ont formé, sous la présidence de M. le D*" Lannelongue, une 
association qu'ils ont nommée La Garbure. Là sont nés non seulement les 
beaux travaux de M. Michelet sur nos vieux poètes, mais aussi Las Belhados 
de LeytourOy de M. Alcée Durrieux, qui forment deux forts volumes. C'est là 
aussi, sans doute, que M. Noulens a fait entendre pour la première fois 
quelques-uns des plus harmonieux morceaux de sa Flauio Qascouno. 

A Auch, M. Tabbé Sarrau publie YArmanac dé la OaecorignOy dont le succès 
est si grand que son tirage ne suffit jamais aux demandes. 

IjEscoU OastoU'Fébus a fait éclore chez nous de fort beaux talents. 

L'année dernière, MM. les abbés Tallez, Laclavère, Cézérac et Sarraa 
portèrent à Argelès un superbe bouquet de fougères et de fleurs, dans lequel 
il est difficile de choisir le meilleur et le plus beau. La cantilène à'Isabeu, de 
M. l'abbé Sarrau, et les chansons de M. l'abbé Tallez, par leur inspiration et 
leur rythme, expriment je ne sais quoi de l'âme même de l'Armagnac 

làÈscole OastourFébua a mis en relief notre confrère M. Marins Fontan; 
l'imagination féconde de ce poète et sa facilité à s'exprimer en prose et en 
vers nous ont donné Lou bos cFAignan, Gezerino et d'autres ouvrages 
justement couronnés dans les concours. 

M. de Brescon emploie dans ses vers un gascon par&itement pur; il a un 
sentiment exquis du rythme, des convenances et des proportions. Les sujets 
qu'il traite : la famille, la vie des champs, la nature, s'harmonisent admirable- 
ment avec notre langue. Le peu que j'ai lu de lui dans les Réclama m'inspire 
la plus haute opinion du poète, de son génie et de son œuvre. 

Maintenant permettez-moi de vous exprimer mon profond regret de ne pas 
connaitre tous mes compatriotes qui écrivent en gascon. Beaucoup, j'en suis 
sûr, mériteraient d'être mis en lumière; les plus modestes sont souvent les 
meilleurs. 

4- 
•k * 

Messieurs, à la fin du xvi® siècle, sur le territoire du département du Gers, 
s'épanouit la première manifestation de la renaissance gasconne. Nous devan- 
çâmes alors non seulement nos voisins du Sud-Ouest, mais le Languedoc et la 
Provence. Maintenant c'est vous, poètes du Béarn et de la Bigorre, qui tenez 
le premier rang; recevez nos félicitations les plus chaudes, les plus larges et 
les plus sincères. 

Ici, l'aube de la poésie commence à peine à éclairer notre horizon de ses 
teintes roses. Mais elle nous présage de beaux jours. 

M. Planté proclame les lauréats du concours ouvert tous les 
ans par la Société Archéologique du Gers pour son dictionnaire. 



FÊTES F^LIBRÉENNES d'iIâ^UZE. 247 

Deuxième rappel de médaille ior : M. J. Michelet, secrétaire de la OarJmre^ 

à Paris. 
Médaille de vermeil : M. l'abbé Dambielle^ curé de Pellefigne (Gers). 
Première médaille dlargmi : M. l'abbé de Castblbajac, curé de Labéjan 

(Gers). 
Deuxième médaille cPargent : M. Marins Fontan, propriétaire à Aignan 

(Gers). 

Il fait enfin connaître la composition des deux importantes 
commissions de TEscole : de la commission chargée de fixer les 
règles de l'orthographe gasconne, et de la commission du diction- 
naire de cette langue, et la séance est levée. 

* 

A une heure, nous étions environ cent trente assis au banquet, 
un peu serrés, mais Tentrain et la gaîté arrangent bien des 
choses; et il faut rendre cette justice à M. Maupeu, c'est qu'il a 
fait de son mieux pour nous bien recevoir et que lui aussi a 
mérité au moins une mention honorable. 

Le régal littéraire a commencé quand les détonations du 
Champagne ont donné le signal des toasts. M. le professeur 
Lannelongue s'est levé le premier et nous a fait entendre encore 
une fois sa parole magistrale. Puis M. Planté a parlé avec le 
charme, la délicatesse, la distinction, la bonté, l'à-propos et 
l'entrain qui caractérisent tout ce que dit et tout ce que fait ce 
président modèle. Son discours s'est terminé par le cri de rallie- 
ment de V Escale : « Fébus ahan ! Bibe la Gascougne ! » 

M. Lasies, député de l'arrondissement de Condom, a bien 
voulu prendre la parole en gascon. Ce n'est pas dans une cour 
d'amour qu'il a l'habitude de parler, mais dans une cour de 
guerre, oun y a mei cfe trucs e de patacs que de flocs et de ribans. 
Cependant, il aime notre vieille langue : Dempus que souy basut 
que Tri' souy amaserat dab nouste Isnguo tan bere ende canta 
VAunaa e hu Déué. Et il a fini par ce mot vraiment magique 
quand il sort de sa poitrine : La Itbertat ! 

De nombreux orateurs lui ont succédé: MM. Derrey et 



248 BOCI]£t]£ ABCHlfOLOGIQnE DU GERS. 

Carrère de VEscolo de Margarido^ Charles Du Pouey, Darclane, 
d'Âlmeida; M. Praviel a chanté la complainte gasconne de 
Tabbé Sarran, Isabeu. M. Sarran a redit son salut aux félibres. 
Puis Miqueu Camélat, le poète si sympathique de Beline^ s'est 
levé et de sa douce voix, il nous a chanté Aussau^ mas amouretes^ 
une chanson des Pyrénées. 

Je n'ai compris que peu de paroles; mais quelle douce et 
étrange harmonie dans sa simplicité. Fermant les yeux dans le 
silence admiratif, j'imaginais entendre ces accents si purs dans la 
solitude des montagnes. 

Puis M""* Paul Guillot, reine du félibrige d'Éauze, s'est levée 
et a chanté les couplets de la Coupo santo. Et tous en chœur 
nous répétions le refrain. Nos applaudissements réitérés ont 
essayé de lui dire notre admiration, car en la voyant nous pen- 
sions tous, comme l'a si bien dit un vieux classique, <i qu'un beau 
a visage est le plus beau de tous les spectacles » ; en l'entendant, 
que a l'harmonie la plus douce est celle de la voix ». 

Après le banquet, on s'est réuni dans la cour du collège pour 
honorer la mémoire de Léonce Couture. 

Le portrait du maître, en robe de professeur de Faculté, était 
exposé sur une estrade. Ceux qui aiment l'éclat des belles 
couleurs trouveront satisfaction à voir ce tableau; mais les 
personnes qui s'attachent surtout au caractère de la physionomie 
préféreront l'eau-forte qu'on voit en tête des Mélanges Couture. 

M. le vicaire général Laclavère a fait en gascon l'éloge de 
Léonce Couture dont il a été l'ami; il a loué surtout son amour 
pour la Gascogne, pour sa langue et pour ses écrivains. (Ce 
discours a été publié en supplément dans la Revue de Gascogne 
du mois d'octobre.) 

Puis M. Sarran a lu un petit poème de M. Tallez, dont il faut 
retenir surtout le dernier vers : 

Lon meste, besets bons, ère aaan toat Tamic. 



FÊTKS FJÉLIBRéBNNBS d'^UZE. 249 

C'est que Couture fut surtout un maître éminemment sympa- 
thique. Il aimait ses disciples, et ceux-ci ont toujours eu pour lui 
la plus respectueuse affection. La Société Archéologique gardera 
toujours le souvenir reconnaissant de la bienveillance avec 
laquelle il accueillit ses débuts. 

Le soir, dans les vastes arènes des courses, a eu lieu un concert 
dans lequel l'élément gascon avait une très large part. 
Voici, en effet, quelques extraits du programme : 

Ode à Éauzê (O. Coartés) O. d*Almeida. 

PresqtU sénatur (d'Almeida)^ scène comique . . . Balsn. 

Chanson gasconne. Pbaviel. 

Fabïos putsados à la hount^ dites par Tantenr. . . Tozt. 

Ffissous éPkUmer^ mélodie gasconne (Naples). . . M^^^ Dugoujon. 

Poésies gasconnes^ dites par l'antenr . O. d'Almeida. 

Fablos putsados à la hounty dites par l'auteur. . . Tozy. 

La cansoun dou lin (P. Tallez) Laoaze. 

n Armaignaqueso (L. Dnpuy) Les Enfaiïts d'Élusa. 

La Oaronne, chant gascon (P. Lacôme). ..... Les Enfants d'Élusa. 

L^amo de la isrro, scène terrienne de mœurs contemporaines, en un acte^ en 
français et en gascon, par M. Marcel Dubbby. 

Tout cela devait être entremêlé de chœurs par les Enfants 
cCÉlusa^ de grands airs de son répertoire par M"® Duran, une 
Elusate artiste de l'Opéra, de chansonnettes et de récits comi- 
ques, enfin de morceaux à grand effet joués par Texcellente 
musique de l'École d'artillerie de Tarbes. En plein mois d'août, 
dans une enceinte fermée, on aurait étouffé de chaleur ; les orga- 
nisateurs des fêtes pouvaient donc compter, dans notre beau 
Midi, sur une nuit sereine et un ciel parfaitement pur. Le temps 
a déjoué toutes les prévisions. Il a plu à torrents, et tandis que 
M"* Duran, en toilette splendide, sous une bâche percée de 
gouttières, éclairée de lanternes agitées par la raffale, chantait 
ses plus beaux morceaux, comme si elle eût été sur la scène de 
l'Opéra de Paris, les braves auditeurs écoutaient consciencieuse- 
ment et applaudissaient sous leurs parapluies. 



250 BOClArÉ ABCHiOLOOIQUE DU GERS. 



J'avoue que j'ai été des premiers à perdre courage. Je me suis 
souvenu que le cercle d'Eauze avait adressé aux félibres une 
gracieuse et poétique invitation et^ avec quelques amis, je suis 
allé lui demander asile. Dans le grand salon nous avons eu la 
joie d'admirer une des œuvres les plus remarquables du sculpteur 
Seules : c'est une Diane d'une beauté exquise. Dans ses mouve- 
ments harmonieux elle court en effleurant la terre. Éauze élèvera 
bientôt un monument à ce grand artiste; en perpétuant le souve- 
nir d'un de ses fils, la ville s'honorera elle-même \ 

Vers minuit les sons de la musique, qui arrivaient faiblement 
jusqu'à nous, cessèrent complètement. Il fallut reprendre les 
parapluies et regagner notre gîte. 

Le lendemain, le soleil se leva radieux, faisant étînceler les 
gouttes d'eau comme des diamants sur le feuillage. On retrou- 
vait des confrères, on se serrait la main et on se donnait rendez- 
vous l'année prochaine à Oloron. 



Notes sur la Révolution. 

Nous croyons intéressant de donner le texte de deux placards 
fort curieux affichés sur les murs d'Auch et des villes du 
département pendant la Révolution. 

AvanUgardê des camps cFUrrugnê, le 23 août, Tan deimème de la BépuhU- 
que française. Le Général de brigade Willot, commandant en chef V Avant- 
garde de V Armée des Pyrénées occidentales : Aux citoyens Président et 
Administrateurs du département du Oers. 

Citoyens, chargé par les Représentants du Peuple et le Général en chef, 
d'organiser la cinquième demi-brigade dMnfanterie légère, j'ai compris dans 
la formation du cinqnième bataillon les deux premières compagnies des 
Chasseurs de votre Département. Les anciens Chasseurs Cantabres se sont 
félicités de les avoir pour frères d'armes : une noble émulation les &it 

^ Nous avons visité, avec plusieurs membres de la société, la très intéressante collec- 
tion d*objets antiques provenant de Tan tique Élusa, rassemblée par notre confrère 
M. René Laudet, qui nous a très aimablement reçus. Une note à ce sujet sera publiée 
dans le BuUetin, 



NOTES SUR LA REVOLUTION. 251 

dispater avec enx de courage et de zèle. C'est nn devoir bien doux à remplir 
pour celui qui a Thonneur de les commander, de leur rendre la justice qui 
leur est due. Il n'est point de jour où l'ayant-garde n'ait à faire à l'ennemi ; 
et partout où il 7 a des coups de fusils, on trouve des Chasseurs du Gers. 

La loi n'accordant qu'un drapeau par bataillon, je vous renvoie ceux de vos 
compagnies : le patriotisme les avoit confiés à la valeur ; Citoyens, vos 
intentions ont été remplies ; ils ont paru avec éclat au champ de l'honneur : 
qu'ils soient déposés entre vos mains ; ils peuvent servir de modèles à ceux 
que vous élèverez encore pour la défense de la République. Willot ^ 



Copie de la lettre â!un Sane-Culoite de PariSy à sonjils, volontaire dans les 

Armées de la République Française. 

Citotbn mon fils, une heure après avoir mis à la poste une lettre pour 
toi, j'en ai reçu une autre de ta part^ par laquelle tu me fais savoir que tu es 
bon citoyen, soldat défenseur de la Patrie. Venge... Venge la mort de ton 
frère aîné, qu'un fer assassin a osé lui porter ; qu'à la vue de ces vils esclaves 
des despotes, la nature se ranime, que ton sang s'échauffe, que ton bras s'arme 
de ce fer vengeur et défenseur de la liberté : c'est un devoir sacré que je 
t'invite à suivre. Tous nos jeunes gens doivent partir ces jours-ci : ton frère 
cadet est dans la Vendée : les affaires sont en très-bon état de ce côté. Ta 
mère et tes sœurs, ainsi que moi, t'invitons tous à suivre et défendre généreu- 
sement la terre de la liberté, et te souhaitons un heureux retour, couvert des 
lauriers de la victoire. 

Tel est le vœu le plus sincère de celui qui t'embrasse avec tendresse. 

Ton père, Vassoxt, signé ^ 

Pari«| le 7 octobre 1793, Van deuanème de la République Françaiêe, une et vndivieible. 



Prière du matin et du soir^ à Vusage des Bons-Bougres qui composent T Armée 

républicaine des Pyrénées occidentales. 

Imprimée par ordre des Eeprésentans du Peuple, J. B. B. Monestier (du 

Puy-de-Dôme), J. Pinet aîné et P. A. Garrau. 

Oommandemens nationaux. 

1. Ton pays tu défendras 
Afin de vivre librement. 

* A Auch, chez J. P. Duprat, imprimeur du département. 1793. 
' A Auch, de rimprimerie de J. Lacaze, imprimeur-libraire. 



252 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

2. Tons les tyrans tu poursuivras 
Jusques au bout de l'Indostan. 

3. Les lois, les vertus tu soutiendras, 
SMl le faut même de ton sang. 

4. Les traîtres tu dénonceras. 
Sans le moindre ménagement. 

5. Jamais foi tu n'ajouteras 

A la conversion d'un grand. 

6. En frère tu soulageras 
Ton compatriote souffrant. 

7. Lorsque vainqueur tu te verras. 
Sois fier, mais sois compatissant. 

• 

8. Sur les emplois tu veilleras, 
Pour en chasser les intrigants. 

9. Le 10 août tu fêteras, 
En exécration des tyrans. 

10. Les biens des Aiyards tu verseras 
Sur les Sans-Culottes indigents. 

Ainsi soit-il \ 
^ Archives du Gers, L 364. 



* m > 



Le Gérant : Léonce COCHA&AUX. 



SÉANCE DU 3 OCTOBKE 1904. 



PRÉSIDENCE DE M. PH. LAUZUN, PRÉSIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M. le professeur Lannelongue, membre de Tlnstitut, pré- 
senté par MM. Michelet et Lavergne; 

M. Tabbé Jean Candelon, curé de Roquelaure, présenté par 
MM. Tabbé Marmont et Cocharaux; 

M. René Bonnat, archiviste du Lot-et-Garonne, présenté par 
MM. Lauzun et Pagel; 

M. le comte de Noé, à TIsle-de-Noé, présenté par MM. Cas- 
taignon et Pagel ; 

M. Ossian Pic, directeur de UÉchx) Rochelais^ à La Rochelle, 
présenté par MM. Pujos et Despaux ; 

M. Tabbé L. CiÏimens, vicaire à Valence, présenté par 
MM. Lauzun et Branet. 

M. Lauzun communique à la Société le programme du 
Congrès des sociétés savantes qui se tiendra, en 1905, à Alger. 
Le bureau prendra les renseignements nécessaires pour faciliter 
ce voyage à nos confrères désireux d'y participer. Une circulaire 
leur sera envoyée à ce sujet. 

M. René Laudet a très aimablement reçu nos confrères, lor 
de la réunion d'Eauze, dans son château de Cieutat, situé sur le 
plateau où était construite la ville gallo-romaine d'Ëlusa, et où 
s'élève de nos jours la gare du chemin de fer. Des tertres perpen- 

18 



254 SOCIÉTÉ ARCH^OLOOIQUE DU GERS. 

diculaires, autrefois retenus par des murs romains dont il reste 
des traces, limitent le plateau du côté du levant et de la vallée 
de la Gélise. 

Dans les travaux de déblai faits pour l'établissement de la 
gare, on a découvert des inscriptions antiques. L'une d'elles 
donne à Elusa le titre de colonie romaine; une autre rappelle le 
culte oriental de Mithra; une troisième, remontant aux premiers 
temps du christianisme, conserve le souvenir d'un vœu fait à 
saint Luper. 

De son côté, M. Laudet, en défonçant des terres autour de 
son château, pour y planter le magnifique vignoble qu'on y 
admire, a découvert de nombreuses et fort belles mosaïques, une 
auge de tombeau en marbre blanc, d'innombrables fragments de 
marbre inscrits dont deux, en s'ajustant, donnent une inscription 
relative au culte officiel de l'empereur romain : nvmini | avgvsti. 

M. R. Laudet, communique aujourd'hui à la Société deux 
photographies d'une petite statuette en bronze. 

Cette statuette, dit-il dans la lettre qui accompagne cet envoi, a été trouvée 
non pas à Eanze même, mais à qnelqnes kilomètres, tout près de la Ténarèze, 
la voie romaine bien connue. Elle représente un homme nn, assis -snr un 
escabeau, les jambes croisées, tenant dans la main gauche une sorte de 
colombe et esquissant avec la main droite le geste d'une personne faisant une 
démonstration ou donnant des explications au sujet du volatile. L'expression 
de la figure est souriante, les cheveux sont disposés d'une façon assez bizarre. 
Ils sortent d'un petit chignon disposé sur le haut de la tête et forment comme 
des rayons qui retombent en boucles à la circonférence. 

La statuette qui, dans son ensemble, mesure sept centimètres et demi de 
hauteur, repose sur un petit socle percé en dessous et fendu en arrière. Si 
cette dernière ouverture ou cassure paraît être le résultat d'un accident, par 
contre la première semble avoir été pratiquée à dessein. La statuette faisait 
peut-être partie d'une œuvre plus importante à laquelle elle servait de 
couronnement. 

Que symbolise-t-elle ? M. l'abbé Daugé, qui l'a examinée lors des fêtes 
félibréennes, suppose qu'elle représente un affranchi recevant la liberté, par 
similitude avec la colombe à laquelle il paraît donner l'essor. 

L'exécution ne dénote pas une main très habile; le travail serait plutôt 
grossier. Un antiquaire distingué, auquel j'ai montré la statuette, à Paris, ne 
lui attribuait pas une très grande valeur vénale, c Mais, ajouta-t-il (sans que 



SÉANCE DU 3 OCTOBRE 1904. 255 

je l'eusse d'ailleurs consulté à ce sujet), elle est bien ancienne. ]» Je cite ce 
détail pour montrer combien nombreux doivent être les objets truqués, puis- 
que la préoccupation de l'authenticité arrête tout d'abord les connaisseurs. 

M. LE Président adresse les remerciements de la Société à 
M. R. Laudet pour son intéressante communication. L'interpré- 
tation de M. Daugé paraît exacte, à moins toutefois que l'oiseau 
soit un coq au lieu d'un pigeon et que la statuette représente un 
amateur des combats de coqs, si en honneur parmi les Gallo- 
Romains. Les photographies, pas plus sans doute que l'objet 
oxydé par un long séjour sous terre, ne permettent pas de se 
prononcer à ce sujet. 

M. DE Sardac profite de l'occasion qui s'offre pour exprimer 
ses regrets que les très intéressants et très nombreux objets 
gallo-romains provenant des fouilles d'Eauze : inscriptions, 
statuettes, vases, monnaies, etc., autrefois conservés à la mairie 
de cette ville, aient disparu et aient été dispersés, soit entre les 
mains de particuliers, soit vendus par ceux qui les avaient 
détournés, notamment au musée de Saint-Germain, et aient 
ainsi quitté notre pays. 



COMMUNICATIONS. 



Des fortlfloations de Mouohan et de Vaupillon 

au XV** slèole, 

Par m. Ph. Lauzun. 

Personne n'ignore que les deux petits villages de Mouchan et 
de Vaupillon, situés l'un presque en face de l'autre sur les deux 
rives de l'Osse, sont remarquables, le premier par sa belle église 
romane, si curieuse à tant de titres, le second par les souvenirs 
qu'évoquent son église délabrée et les ruines de son ancien 
monastère de religieuses nobles de l'ordre de Fontevrault. Mais, 
ce dont nul ne se doute, à voir leurs maisons actuelles, entourées 



256 SOCI]£t]£ ARCH]£oLOGIQU£ du GERS. 

de jardins, dont les terrasses s'étagent pacifiquement jusque sur 
les bords de la rivière, c'est qu'au xv* siècle ces deux hameaux 
étaient fortifiés, présentaient une importance plus grande que de 
nos jours et offraient toutes les apparences d'un véritable camp 
retranché. 

Il résulte, en effet, d'un acte du 2 mars 1483 \ qu'à cette 
époque noble Jean de Bilhères, seigneur de Mouchan et de 
Lagraulas, conclut un acte d'échange avec noble et religieux 
homme Pierre Quareux, prieur du prieuré de Sainte-Catherine 
de Vaupillon, de l'ordre de Fontevrault, au diocèse de Condom, 
et noble Gérarde de Castelculier (de CastroculwJ ^ prieure dudit 
prieuré, en vertu duquel ces derniers lui cèdent : Quamdam 
domum^ sive auleam laptdeam^ que olim solehat esse domus 
claustralis seu prioralis dicti prioratu^ scitam prope dictum 
prioratum de Vulpilhone^ in diocesi Auxitana et in territorio de 
Moyssano^ prout se tenet et conjrontatur cum terris dicti prioratus 
ac omnibus partibus. 

Pour bien comprendre cette première partie du texte, il 
importe de rappeler que les couvent et village de Vaupillon 
étaient compris dans le diocèse de Condom, autrefois le diocèse 
d'Agen avant sa séparation de l'an 1317, mais sur l'extrême 
limite de ce diocèse, les paroisse et village de Mouchan (de 
Moyssano) ayant toujours fait partie du diocèse d'Auch, archi- 
diaconé de Pardaillan ^ Devons-nous maintenant déduire de 
ces quelques lignes du texte que, dans l'origine, les fondateurs 
du prieuré de Vaupillon élevèrent le monastère sur le territoire 
de Mouchan et que leur première maison fut cette maison de 
pierre, auleam lapideam^ qui à l'origine aurait fait partie du 
diocèse d'Auch? — Ou bien, ce qui est peut-être plus vraisem- 
blable, qu'à la suite des perturbations provoquées par la guerre 

' Etude de M" Couraet, notaire à Gondrin ; anciennes rainutes de Pierre Nathey, 
notaire royal de Gondrin, au xv" siècle, f? 47. 

' Voir, à cet égard, les différents pouillés du diocèse d'Auch des xiv* et xv* siècles 
publiés par M. Tabbé Breuils (^Bulletin de la Société Archéologique du Gers, 1900); 
pouillé de Jean de Valier (archives de Tévêché d'Âgen) ; les anciennes chartes de la 
Gascogne ; etc. 



Si^LNCB DU 3 OCTOBRE 1904. 257 

de Cent ans les religieuses de. Vaupillon auraient été chassées 
de leur monastère à une époque que nous ne pouvons préciser, 
que ce monastère aurait été une première fois saccagé et détruit, 
et qu'elles auraient été réduites à venir habiter de l'autre côté 
de la frontière, en un endroit plus sûr, soit une de leurs métairies 
qu'elles auraient fait approprier à leur usage, soit une maison 
quelconque, fortifiée, auleam lapideam^ que leur auraient offerte 
le seigneur ou les moines de Mouchan? Toujours est-il que de 
ces quelques lignes du texte, il demeure acquis que les religieu- 
ses de Vaupillon ont eu, pendant un certain temps, au xiii® ou 
XIV® siècle, leur cloître et leur prieuré sur le territoire de 
Mouchan, diocèse d'Auch, sur la rive droite de l'Osse; ce que 
nul, croyons-nous, ne savait jusqu'à présent. 

En échange de l'ancienne maison claustrale, Jean de Billères, 
seigneur de Mouchan, abandonne par le même acte auxdites 
religieuses : Quoddam suum hospitium^ scttatum tnjra locum de 
Vulpilhone^ prout se tenet et confrontatur cum muro dicti loct^ et 
cum carreriâ puhlicâ^ et cum portait ejusdem loci^ et cum plathea 
heredam Sancii de Pandelherio et cum aliis suis confinihus. 
Vaupillon nous apparaît pour la première fois ici, non plus 
comme le petit hameau de nos jours, composé uniquement de 
trois ou quatre maisons, mais comme un village fortifié, un 
castrum^ entouré de murailles percées de portes. Le terrier de 
Vaupillon, du reste, dressé en 1641, confirme ce fait, en stipulant 
que, à cette époque, les remparts et les fossés du village 
existent encore \ Aujourd'hui, il n'en subsiste d'autres vestiges 
qu'un mur de soutènement, à l'est, au-dessus de la rivière. 
On sait d'ailleurs que le village de Vaupillon fut pris d'assaut, à 
la fin d'octobre 1569, par les hordes sauvages de Mongomery, 
que le monastère fut pillé, incendié et détruit, les religieuses 
violées et assassinées, et que depuis ce moment l'antique 
demeure ne s'est plus relevée de ses ruines ^. 

Plus importante était la petite place de Mouchan, que sa 

* Archives de M. Castay, ancien maire de Beaumont (Gers). 

' Voir notre monographie de Flaran : Attestatmre de Vineendie du monastère de 
Vaupillon^ appendice VI. 



258 soci]£t^ archéologique du gers. 

position dans la vallée rendait facilement attaquable et qui dut, 
comme ses voisines, s'entourer d'un cordon de hautes murailles. 
Il était de toute nécessité, en effet, que les religieux bénédictins, 
qui depuis le xi"" siècle s'étaient installés en ces parages et y 
avaient construit cette belle église, objet d'admiration de tous les 
archéologues, défendissent la population de plus en plus dense 
qui était yenue se grouper autour d'eux et leur demander aide 
et protection, et, autant pour eux-mêmes que pour leurs clients, 
imitassent l'exemple de tous les villages d'alentour. Le même 
acte du 2 mars 1483 en fait foi. 

Il y est mentionné, en effet, que Pierre de Lacomme, habitant 
de Mouchan, vendidit^ alienavit^ cesstt^ transtuUt et transportavit 
ac juxta U8U8 et consuetudines loci de Vulpilhone^ concessit et 
tradtdù nohili Johanni de Billera^ domino locorum de LagraulaS" 
sio et de Moyssano^ ibidem stipulante et recipienti^ videltcet 
quoddam suum hospitium scttuatum infra castriim dicti hci de 
Mcyssano^ prout se tenet et confrontatur cum muro seu vallo dicti 
loci ex dfiabus partibus^ et cum turri portalis ejusdem loci, et cum 
carriera publica, et cum platea domini Vulpilhone, et cum 
omnibus aliis confinibuSj et hoc pro pretio seu summa decem octo 
scutorum, computando pro quolibet scuto XVIII solides et pro 
solide sex arditos. Suit un acte en langue vulgaire où ledit 
seigneur s'oblige à payer ladite somme dans certains délais 
spécifiés, en présence de « Moss. Stephan du Lac, caperan, e 
<c de meste Bernât Gardella, notari, de Moyssan e de Balensa 
d habitans i>. 

Le village de Mouchan, en 1483, est donc entouré de murs, 
avec citadelle appuyée aux remparts, tours élevées au-dessus des 
portes, courtines, fossés, retranchements. . 

Faut-il en conclure que Mouchan était une bastide royale, 
ainsi que le soutenait notre toujours si regretté collègue feu 
M. l'abbé Breuils, auquel nous devons communication du texte 
en question ? Nous ne le pensons pas. Si les apparences militent 
en faveur de cette opinion, c'est-à-dire si le village de Mouchan 
a quelques-unes de ses rues alignées au cordeau, se coupant à 
angle droit et aboutissant à une place centrale, sur un des côtés 



s]£ance du 3 OCTOBRE 1904. 259 

de laquelle se voit une seule rangée d'arcades, nous ne connais- 
sons en revanche aucun texte formel qui permette de lui donner 
cette dénomination. Nul contrat de paréage, nulle charte confir- 
mant ses privilèges, nulle coutume ne sont parvenus jusqu'à 
nous. Si donc, jusqu'à preuve contraire, nous nous refusons de 
voir en ce village de Mouchan, et à plus forte raison en celui de 
Vaupillon, une de ces villes-neuves^ comme il en surgissait tant 
sur notre sol gascon, dans la seconde moitié du xiii'' siècle, 
en revanche, nous nous plaisons à reconnaître en chacune de ces 
deux localités un véritable castrum^ c'est-à-dire, non pas un 
château isolé, mais une agglomération de maisons fortifiées, avec 
forteresse ou plutôt maison-forte du côté le plus accessible, 
pouvant au besoin, sinon soutenir un siège en règle, du moins se 
défendre convenablement contre toute attaque de malandrins, 
croquants ou routiers. 

Il ne faut pas oublier, du reste, que Mouchan comme Vaupil- 
lon se trouvaient de chaque côté de l'extrême limite des diocèses 
d'Auch et d'Agen, c'est-à-dire de l'Armagnac et du Condomois; 
— et que, par suite, bon gré, mal gré, ces deux villages durent 
subir à la fin du xiii* siècle, alors que chacun des deux partis 
rivaux cherchait par tous les moyens possibles de défense à 
conserver ses possessions, l'impérieuse nécessité, dictée autant 
par leurs puissants seigneurs que par leur propre intérêt, de se 
retrancher derrière de solides murailles, pour pouvoir faire face à 
l'ennemi à chaque heure de cette époque terrible de luttes inces- 
santes, de continuelles inquiétudes. 



Un révolutionnaire gersois : Lantrao, 

Pab m. BsiGAIL. 
(IHn K) 

De 1804 à 1848. 

Sous l'Empire il n'y eut plus de place pour Lantrac sur la 
scène politique du département. L'ardent révolutionnaire, 

> Voir BulUHn, 1902, p, 267 ; 1903, pp. 19, 119, 226, 291, 308; 1904, pp. 166, 226. 



260 SOCI^TJÎ AROHéOLOGIQUE DU GERS. 

contraint de renoncer à la vie publique, consacra toute son intel- 
ligence et toute son activité à Texercice de sa profession. En fait 
de fonctions publiques, nous avons dit qu'il n'exerça plus que 
celle de membre du jury médical du département. Il employa 
les loisirs que lui laissa la visite des malades à des études scien- 
tifiques, et il en publia les résultats dans le bulletin d'une petite 
société savante fondée à Auch et nommée a l'Athénée du Gers ». 
Les pages signées de Lantrac n'étaient pas les moins intéressan- 
tes, car elles dénotaient à cette époque une science médicale très 
haute. Dans un des numéros du bulletin de a: l'Athénée » il publia 
notamment un mémoire remarquable sur l'emploi du quinquina, 
mémoire qu'il serait oiseux et encombrant de reproduire à cette 
place, mais que les hommes de l'art liront avec un vif intérêt 
dans l'un des rares bulletins de « l'Athénée » conservés à la 
bibliothèque de la ville d'Auch \ 

En mars 1815, le renversement du trône royal, bien plus que 
le rétablissement de Napoléon, ouvrit un nouveau champ à ses 
espérances révolutionnaires. Il se remit i\ la tête de ses amis les 
jacobins de 1793, et il engagea dans tout le département une 
action politique favorable à Bonaparte de retour de l'île d'Elbe. 
Par l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire, celui-ci 
venait de faire quelques concessions à l'esprit libéral ; en outre, il 
avait rappelé aux affaires des hommes tenus jusqu'à ce jour à 
l'écart parce qu'ils étaient chers aux républicains, et dont quel- 
ques-uns s'appelaient Carnot et Benjamin Constant. Aussi, pour 
un républicain comme Lantrac, la souveraineté de Napoléon 
impliquait après tout le maintien des grandes conquêtes de la 
Révolution, tandis que la souveraineté de Louis XVIII impliquait 
le rétablissement de l'ancien régime, aggravé des rancunes et de 
la colère des émigrés; c'était le rétablissement des droits féodaux, 
c'était la dîme, c'était l'asservissement des consciences, c'était 
l'annulation des ventes des biens nationaux, c'était la persécu- 
tion des révolutionnaires. 

Aussi, lorsque parvint à Auch la nouvelle du retour de Napo- 

1 Bulletin du 2™ semestre de Tan XII. 



SIÎANCE DU 3 OCTOBRE 1904. 261 

léon et de sa marche triomphale vers Paris, Lantrac et ses amis, 
sortant de leur longue inaction, préparèrent discrètement une 
petite insurrection. Elle éclata le 4 avril, dans les circonstances 
qu'on va lire; le terrain était si bien préparé qu'il lui suffit de 
s'affirmer pour vaincre : 

Donc^ le 4 avril, à sept heures du soir, nn officier d*état-major porteur de 
dépèches anÎTa de Toulonse au quartier général de M. le lieutenant-général 
baron de Maransin ^ à Auch. Peu d'instants après arriva une voiture attelée 
de six chevaux de poste. Les postillons annonçaient qu'elle contenait de 
grands personnages. La foule, dont la curiosité redoublait à chaque instant, 
Tenvironna bientôt. Tout à coup le drapeau tricolore est arboré sur le balcon 
du quartier-général, aux cris de : c Vive TEmpereur ! vive la France ! » On 
apprend que le commissaire du roi, baron de Yitrolles, est arrêté à Toulouse 
et que les personnages mystérieux assis dans la voiture sont le comte de 
Damas-Cruz, aide de camp du duc d'Angouléme, et ses deux officiers d'ordon- 
nance. On les reconduisait sur les frontières d'Espagne, d'où ils étaient venus 
un an auparavant environ, escortés de cent trente mille auxiliaires. Bientôt 
après ils continuèrent leur route laissant dans la joie la plupart des Ausci- 
tains. Tous les officiers et les soldats qui se trouvaient sur la place de 
l'Hôtel-de-YiUe prirent la cocarde tricolore d'un mouvement spontané. Le 
drapeau tricolore arboré sur l'hôtel de ville et sur les tours de la cathédrale 
fut salué de vingt et un coups de canon. Le soir il 7 eut une illumination 
générale, et les gardes nationaux ayant préparé un immense feu de joie, 
M. de Maransin, le maire d'Auch et le commandant de la garde nationale 
vinrent solennellement y mettre le feu ^ 

Décidément, l'aigle impérial prenait un nouvel essor, et, dans 
le Gers comme ailleurs, les événements se précipitaient en sa 
faveur. La plupart des corps constitués du département envoyè- 
rent à l'empereur des adresses de félicitations, et, le 9 mai, le 
nouveau préfet impérial faisait son entrée dans la ville d'Auch. 
Enfin, en exécution du décret impérial du 30 avril 1815, le 

^ Maransin (Jean-Pierre, baron de), général français, né à Lourdes, en 1770, mort à 
Paris, en 1828. S'engagea en 1792. Servit à Tarmée des Pyrénées-Orientales, en 
Vendée et sur le Rhin. Se distingua en Portugal et en Espagne. Général de division, 
en 1813, il s'illustra à la bataille de Toulouse. Pour avoir accepté pendant les Cent- 
jours un commandement dans les Alpes, il fut emprisonné pendant quatre mois au 
retour de Louis XVIIL II prit sa retraite en 1825. 

' Journal du Gers, du 6 avril 1815. 



262 sociér^ abohjîolooique du gers. 

collège électoral du département se réunît à Auch^ le 14 mai, 
pour élîre deux députés à la Chambre des représentants. Les 
deux noms qui sortirent des urnes furent ceux de Lantrac et de 
Biaise Sentetz, ancien constituant. Celui-ci ayant refusé le 
mandat qui lui était confié, il fut remplacé par Barbeau-Dubar- 
ran, ex-membre de la Convention et même ancien président de 
cette assemblée \ Les deux nouveaux députés avaient dû obtenir 
non seulement les suffrages des républicains, mais aussi ceux des 
impérialistes qui espéraient peut-être beaucoup de la haine de 
Lantrac et de Dubarran à Tégard des Bourbons. Aussi bien le 
Gers allait être représenté dans cette chambre impériale par 
deux révolutionnaires des plus militants et des plus convaincus. 
Lantrac partît d'Auch, le 17 mai 1815, pour aller à Paris 
prendre possession de son siège de représentant. Sa collaboration 
dans les travaux de la nouvelle assemblée fut évidemment de 
peu d'importance, parce que la durée de la Chambre des repré- 
sentants ne fut que de deux mois et demi environ. Il fut le 
promoteur d'une adresse au peuple français afin de Téclairer sur 
la situation politique du pays et de lui faire entendre des paroles 
de conciliation et d'espérance. 

Messieurs, — dit-il, dans la séance du 21 juin 1816, — vous avez voté une 
adresse à l'armée, ne croirez-yons pas devoir voter aussi une adresse au 
peuple de qui émanent tous les pouvoirs institués pour veiller à ses intérêts. 
Le midi de la France est agité et déjà le sang a coulé dans le Gers. Je pense 
qu'il serait urgent de faire entendre à tous les Français, principalement à ceux 
qui habitent les départements les plus éloignés de nous, des paroles d'encou- 
ragement, d'espérance et de conciliation. Leur confiance repose sur les repré- 
sentants qu'ils ont choisis; ils attendent de vous leur sécurité; ils voyent en 
vous leurs sentiments politiques et les protecteurs de leurs droits ^ 

La proposition de Lantrac fut adoptée et une commission dont 
il fit partie fut nommée pour rédiger cette adresse. A la séance 
du lendemain, V juillet, le député Manuel vint la lire à la 
tribune. Mais le texte en fut modifié sur l'intervention de Lan- 

^ Journal du Gers^ du 20 mai 1816. 
' Moniteur^ du 30 juin 1815. 



S^ANOE DU 3 OCTOBRE 1904. 263 

trac, qui désirait entendre affirmer nettement dans cette adresse 
la souveraineté de Napoléon II à l'exclusion des Bourbons. 

Moins d'un mois après, l'Assemblée était dissoute et ses mem- 
bres dispersés; Lantrac parti de Paris le V août, arriva dans 
Auch le 6 du même mois. Cependant Louis XVIIl remontait sur 
le trône et le gouvernement de la France passait brusquement 
aux mains des anciens émigrés. Les représailles allaient 
commencer violentes et implacables; Lantrac n'y devait pas 
échapper. 

A la date du 25 octobre 1815, le duc Decazes, ministre de la 
police générale du royaume, écrivait à M. Brochet de Vérigny, 
préfet du Gers : 

Des renseignements confidentiels qni me sont transmis par nn fonction- 
naire pnblic de votre département ' me signalent sons les rapports les pins 
défavorables le sienr Lantrac, médecin à Âneh. On assnre qne cet homme qni 
s'est fait remarquer par son exaltation dans les orages révolntionnaires, et, 
dans ces derniers temps, par nn dévouement sans bornes à la cause de Bona- 
parte, agit encore ouvertement dans les intérêts de ce parti, qu'il colporte 
sans cesse des nouvelles alarmantes et se permet journellement les plus 
violentes déclamations contre l'ordre établi et CQutre la personne de Sa 
Majesté. On regarde enfin Téloignement de Lantrac comme l'unique moyen 
d'améliorer l'opinion dans l'arrondissement d'Âuch et dans tout le départe- 
ment du Gers. — Je vous invite, M. le préfet, à me transmettre des rensei- 
gnements précis sur la condnite antérieure et présente du sienr Lantrac, sur 
son caractère, ses moyens, l'influence qu'il peut avoir sur les habitants, etc., 
— Il importe au surplus qu'il soit l'objet d'une surveillance active et que 
vous provoquiez des poursuites judiciaires, si l'on parvient à réunir des 
preuves sufiisantes pour motiver sa traduction devant les tribunaux. 

Le préfet du Gers fut vexé de ce que M. de Vie, surpassant 
son propre zèle, ait adressé au roi la dénonciation de Lantrac, et 
il lui témoigna pendant longtemps une vive rancune. Toutefois, 
il s'empressa de répondre au duc Decazes qu'il n'y avait que des 
présomptions sur le compte de Lantrac. Il le considérait comme 
le plus ancien et le plus incorrigible jacobin du département, 
mais il n'avait, quant à lui, nulle preuve raisonnable des concilia- 

* C'était M. de Vie, maire d*Auch. 



264 SOCIlÎTé ARCHEOLOGIQUE DU 0ER8. 

bules et des manœuvres qu'on le soupçonnait de diriger. « C'est 
« le plus réservé des hommes, disait-il, et peut-être même sa 
<L réserve va-t-elle jusqu'à la peur. » Et il ajoutait : 

Je Tondrais qne ces déclamations fussent violentes, parce que du moins 
elles me donneraient sur lui une prise saisissable. Le sieur Lantrac, révolu- 
tionnaire excessif parait avoir été médecin concussionnaire dans les opéra- 
tions conscriptionnelles. Transporté de joie au retour de Buonaparte, digne 
élu du conventicule électoral de mai, ardent, mauvais et très mince député de 
la Chambre, il est revenu cacher ici sa nullité et ses sottises. Mais cet homme, 
si médiocre sur les bancs publics, est cauteleux et fin dans sa retraite. Je puis 
afiBrmer à Votre Excellence qne j'ai mille fois ouï dire sans entendre prouver 
un seul de ses propos. Je suis moralement sûr que c'est un suprême mécontent 
qui le dit à Toreille de tous ceux qui veulent l'entendre et qui fait obscuré- 
ment tout le mal qu'il peut, mais je ne puis l'atteindre matériellement. Les 
projets de loi en instance seront peut-être susceptibles de lui être appliqués. 

Ainsi donc Lantrac agissait d'une façon aussi prudente que 
discrète en faveur de son idéal politique, et il était si habile que 
la police la plus vigilante et la plus zélée ne pouvait trouver 
contre lui le plus léger motif d'inculpation. Néanmoins, le 
8 novembre 1815, le duc Decazes adressa au préfet l'ordre de faire 
arrêter immédiatement Lantrac, soua prétexte qu'au retour de 
Bonaparte il avait été le principal auteur de l'insurrection 
d'Auch, et qu'il usait de tous les moyens possibles pour égarer 
l'opinion publique et faire des ennemis au gouvernement. L'ordre 
d'arrestation ne parvint à la préfecture que le 16 novembre 1815. 
Le lendemain, au point du jour, un lieutenant de gendarmerie se 
rendit au château de Roquetaillade, près Auch, et procéda 
séance tenante à l'arrestation de l'ardent révolutionnaire gersois. 
Avant de le conduire à la maison d'arrêt on le fit comparaître 
devant le préfet, M. Brochet de Vérigny. Ce magistrat lui fît 
subir immédiatefiient un long interrogatoire à la suite duquel il 
rédigea le procès-verbal suivant : 

Aujourd'hui dix-sept novembre 1815, par devant nous, préfet du Gers, est 
comparu M' Lantrac, médecin à Âuch, arrêté par ordre de Son Excellence le 
ministre de la police, en date du 8 novembre courant, lequel ayant été 
interrogé par nous a répondu ce qui suit : 



S^ÂlïCE DU 3 OCTOBRE 1904. 265 

Ayant demandé son âge et profession, a répondu que son nom est François- 
Michel Lantrac, son âge, cinqnante-qnatre ans, né à Saramon, arrondissement 
d'Âncfay sa profession, médecin. Interrogé snr sa yie politique, a répondu 
qu'au moment de la Béyolution il se trouvait à Paris; que le besoin de 
respirer l'air natal le rappela à Saramon, lieu de sa naissance, qu'il fut créé 
membre du conseil du département en décembre 1791, et deux mois après, 
membre du Directoire du département, ensuite procureur-général-sjrndic, en 
1793, par le choix de Monestier, du Puy-de-Dôme, alors représentant du 
peuple en mission, et, en frimaire an II, agent national du district, fut 
destitué dans le mois de thermidor et mis en arrestation pendant environ six 
mois, que depuis il n'a exercé ni voulu exercer aucune fonction publique, 
excepté celle résultant de son état de membre du jury médical du dépar- 
tement. 

Interrogé sur le lieu où il était au moment du retour de Buonaparte, a 
répondu qu'il était à Âuch. 

A lui demandé s'il n'a pas eu alors des communications avec le sieur 
Soubdés, a répondu négativement. 

A lui demandé si le général Maransin n'a pas eu avec lui des conférences 
relatives à l'abolition de l'autorité du roi dans la ville d'Auch et à la recon- 
naissance de l'usurpation de Buonaparte, a répondu qu'il n'avait jamais vu ni 
connu le général Maransin jusqu'au 16 mai, veille de son départ pour Paris; 
a observé incidemment qu'il était absent de la ville d'Auch depuis le 2 avril 
jusqu'au 6, surlendemain du jour où le drapeau tricolore fut arboré à Auch 
par ordre dudit général. 

A lui demandé comment il se &it que malgré le bruit public il ait été 
totalement étranger au mouvement tumultueux qui accompagna l'arboration 
de ce drapeau le soir du 4 avril, a protesté de la manière la plus énergique de 
son ignorance absolue de ce mouvement qu'il qualifie lui-même de séditieux 
et d'attentoire (sic) à la sûreté de personnes qu'il feit profession de respecter. 

A lui demandé à quelle époque il est revenu de Paris après sa mission de 
représentant à l'ex-Chambre de l'interrègne, a répondu être parti le l^** août 
et arrivé le 6 à Auch. 

A lui demandé si avant son départ il n'a pas eu une audience particulière 
du duc d'Otrante \ a répondu ne l'avoir pas vu et ne l'avoir pas même connu, 
et avoir seulement vu, le 9 juillet, M. Decazes, préfet de police, au sujet d'un 
passe-port de retour dont il avait demandé l'expédition. 

> Joseph Fouché, duc d'Otrante, homme d'État, né dans la Loire-Inférieure, en 1759, 
mort À Trieste en 1820. D*abord oratorien, il devint député à la Convention et siégea 
sur la Montagne. Fut président de la société des Jacobins. Dénonça Babœuf au Direc- 
toire et devint, en 1799, ministre de la police générale. Après 1814, il refusa de 
prendre du service auprès des Bourbons. Pendant les Cent-jours, il reprit le ministère 
de la police ; mais il se retourna contre Napoléon après Waterloo. 



266 soGiéré archéologique du qers. 

A lui demandé si en arrivant dans ce département il n'a pas répandu parmi 
les partisans de la canse tombée des nouvelles désastreuses dont la propaga- 
tion fat alors si nuisible à Tesprit publie, a répondu qu'il ne vit personne le 
soir de son arrivée et que loin de répandre les insinuations dont on l'accuse, 
il les a au contraire écartées en invitant ceux qui lui en parlaient à ne les 
croire ni les propager. 

A lui demandé quelles étaient les gens qui l'avaient ainsi consulté sur la 
vérité ou la &usseté des nouvelles contraires à la stabilité du gouvernement, 
a répopdu se souvenir entre autres que sur la place et sur le perron du sieur 
Gèze, marchand, il a plusieurs fois entendu ces sortes de questions auxquelles 
il a constamment répondu de la manière susdite. 

A lui représenté : 

1° Qu'il a répandu le bruit qu'il était chargé par le ministre de la Police 
de surveiller les autorités du département ; 

2° Que dans son voyage aux eaux de Castéra- Vivent il a promis sa protec- 
tion spéciale à des individus qui s'en sont expliqués par écrit, 

A répondu, sur la première question, par une dénégation absolue, et, sur la 
seconde, qu'il a été une fois dans la saison des eaux de Castéra pour y voir, 
en qualité de malades et pendant quelques heures seulement, le président 
Oachies, de Condom, et M. Oèze père, juge de paix de la même ville; qu'il 
n'a au surplus promis sa protection à personne. 

A lui demandé s'il n'a jamais, comme on l'en accuse généralement, cherché ' 
à faire regarder le retour 'de Buonaparte comme la libération des droits 
féodaux et dîmes, et l'assurance de la stabilité des ventes nationales et à &ire 
confondre au contraire le rétablissement du roi avec le retour plus ou moins 
éloigné de ces droits et de l'annulation de ces ventes, a répondu : non, je 
crois au contraire à la stabilité de la vente des biens nationaux, et si je me 
suis servi du mot discrédit^ c'est de ma part pure impropreté d'expression. 

A lui demandé s'il n'a pas été constamment appelé comme médecin à tons 
les comités d'examen conscriptionnel, a répondu qu'il y a été appelé souvent 
mais non constamment. 

A lui observé que l'on attribue la rapidité de sa fortune à l'influence que 
lui donnaient ces examens sur la libération des concrits, a répondu qu'il en 
coûtait à sa délicatesse de répondre à de pareilles questions et qu'il assure 
qu'il n'a jamais participé, ni directement ni indirectement, à aucune fripon- 
nerie de cette espèce; que sa fortune, qui n'est pas aussi considérable qu'on 
le suppose, puisqu'elle ne va pas au delà de cent vingt mille francs, a été 
acquise par vingt ans de travail comme médecin, en gagnant d'une année dans 
l'autre environ six mille francs, et par beaucoup d'ordre et d'économie. 

A lui demandé s'il ne s'est pas fréquemment absenté de la ville dans ces 
derniers temps, a répondu qu'il s'absenta rarement, et s'il s'est un peu moins 
montré dans ces derniers temps, c'était dans l'intention de se soustraire aux 
soupçons qu'on faisait mal à propos peser sur lui. 



SIÎANCE DU 3 OCTOBRE 1904. 267 

De tont ce qae dessus nous avons &it lecture en sa présence, et a dit y 
persister qnant anx réponses mentionnées et a signé avec nons, ledit jour 
17 norembre 1815/ dans notre cabinet de la préfecture. 

Signé : Brochet de Vérigny. — IjAntrac. 

En adressant ce procès-verbal au ministre, le préfet, mécontent 
de ne pouvoir relever aucune charge -sérieuse contre Lantrac, ne 
put s'empêcher de blâmer la légèreté de son dénonciateur. Voici 
ce qu'il écrivait à cet égard : 

J'ai instamment prié le chevalier de Yic, maire d*Aucb, de me fournir 
quelques preuves des manœuvres sourdes et des propos insidieux attribués au 
sieur Lantrac, et je n'ai pu en tirer que des généralités. Il assure pourtant 
que dimanche trois témoins, dont deux anciens serviteurs ou fermiers du 
sieur Lantrac, déposeront de ces faits. Je Tai expressément chargé de les 
recueillir et de me les transmettre. 

M. Sentetz, adjoint, homme de beaucoup de sens et d'un zèle bien pur, 
pense que le sieur Lantrac a complètement caché ses regrets et ses vœux 
depuis son retour en ce pays, et qu'il est beaucoup trop craintif et fin pour 
avoir propagé ses principes. 

Telle était bien mon opinion dans le compte que j'ai rendu de lui à Votre 
Excellence, dans mes lettres des 27 octobre et 1®' novembre. Elle s'est confir- 
mée dans l'interrogatoire que j'ai fait subir au prévenu, dans lequel j'ai 
épuisé toutes les imputations qu'on lui fait. 

Lantrac a été, comme vous le verrez, chef des administrateurs terroristes 
du Gers : il ne peut le nier; j'ai d'ailleurs sa signature au bas des registres 
de ces temps d'iniquité. Au moment où le renversement du trône, bien plus 
que le rétablissement de Buonaparte, ouvrit un nouveau champ aux espéran- 
ces révolutionnaires de tous les degrés, Lantrac reprit avec ardeur des erre- 
ments qu'il n'avait jamais quittés qu'en apparence. C'est donc un républicain 
incorrigible, un jacobin relaps, mais qu'en faire ? — Je ne le crois point 
actuellement et suffisamment prévenu des chefs compris à l'art. 1 de la loi 
du 29 octobre, mais je pense que ses opinions et ses actes révolutionnaires 
pendant les usurpations de Robespierre et Buonaparte ne permettent pas de 
lui laisser habiter en ce moment les lieux qui en ont été le théâtre. Il doit, 
aux termes de l'article 3 de la loi de sûreté, être mis sous la surveillance de 
la haute police, dans une ville populeuse et soumise à une police bien faite. 

Lantrac a cinquante-quatre ans; sa santé est altérée, il prévoit son sort et 
demande Agen ou Bordeaux pour résidence. Âgen est trop près du départe- 
ment du Gers. Bordeaux me paraîtrait qonvenable sous tous les rapports. 
Quoi qu'il en puisse être, le prévenu, déposé dans la maison d'arrêt de cette 



268 sociiirâ ABCHÀ)LOGiQnB du gebs. 

yille, y attend la décUion que je Bupplie Votre Excellence de vouloir bien 
bâter. 

Dans cette même lettre, M. de Vérigny rendait également 
compte au duc Decazes de la perquisition qu'il avait fait opérer 
au domicile de Lantrac. Aux termes de la loi, cette opération 
devait être faite par le procureur du roi, (n mais, disait le préfet, 
a comme j'ai lieu de me méfier du sieur Amade, procureur du roi, 
a presque autant que du sieur Lantrac lui-même, j'ai eu soin de 
a prescrire au commissaire de police d'assister à cette perquisi- 
<i tion. Au surplus, en l'absence du sieur Amade, heureusement 
<t très négligent, c'est le substitut qui a perquisitionné à sa 
<t place D. 

Ce magistrat ne fut d'ailleurs pas très heureux dans ses 
recherches; on en jugera par la lecture du bordereau des pièces 
saisies : 

N^ 1. — Adresse de la Société populaire de Saramon (lien de naissance du 
sieur Lantrac). aux citoyens Lantrac et autres vrais républicains d'Anch, du 
20 juillet 1798. — Félicitations et transports sur ce que les montagnards 
d' Auch ont détruit les germes du fédéralisme. . . On les reconnaît seuls pour 
vrais montagnards et républicains. 

N*^ 2, 3 et 4. — Certificats délivrés au sieur Lantrac par le maire d'alors 
et les juges de paix pour éviter au sieur Lantrac les rigueurs de lord 
Wellington contre l'armée duquel on le soupçonnait d'avoir voulu armer des 
partisans. 

N^ 5. — Liste insignifiante de malades visités. 

N® 6. — Vers satiriques contre un prêtre d'Auch accusé d'avoir loué tour à 
tour Bonaparte et le roi. Sa composition doit appartenir à 1814. 

N® 7. — Lettre, en date du 21 juillet 1815, d'un sieur Lantrac, habitant de 
La Boche-Cervîère, dans la Vendée, frère du prévenu; parait fort exaspéré 
contre les royalistes qu'il traite de gens à tout faire, hors le bien. 

Pendant que Ton perquisitionnait au château de Roquetaillade, 
un commissaire de police très zélé rapportait au préfet toutes les 
conversations qu'il surprenait en ville au sujet de l'arrestation si 
sensationnelle de Lantrac. Il lui donna connaissance, par 
exemple, des propos suivants dont l'auteur était un citoyen 
d'Auch, employé de la régie et nommé Alaric ou Alary : 



SÉANCE DU 3 OCTOBRE 1904. 269 

Je ne peux pas me faire à Tidée qu'on torture d'honnêtes citoyens comme 
Lantrac, qui jouit de la vénération de tout le peuple; s'il voulait seulement 
dire un mot, il y aurait sur-le-champ huit cents coups de fusils qui seraient 
tirés en ville. 

Ces paroles témoignent de la popularité dont jouissait 
Lantrac, même à l'époque de sa persécution. Quant au mot de 
a torture » employé par le citoyen Alary, il s'applique moins à 
l'emprisonnement de Lantrac qu'aux conditions dans lesquelles 
il fut emprisonné; Lantrac était malade et l'on n'avait point eu 
égard à l'état précaire de sa santé. Il fut lui-même le premier à 
se plaindre d'avoir été incarcéré dans l'état où il se trouvait et 
il réclama son transfert à Roquetaillade. A la suite de ses récla- 
mations, le 18 novembre 1815, sur la réquisition du préfet, le 
docteur Boutan, médecin de la prison, se rendit auprès du 
malade. Ce médecin déclara dans son rapport que la détention 
du malade ne présentait aucun inconvénient pour le traitement 
de sa maladie. Lantrac insista, et quelques jours après un second 
médecin, le docteur Sarran, fut commis pour examiner de nou- 
veau le prisonnier; or, l'homme de l'art déclara, dans un obscur 
et filandreux rapport, ce que la maladie de tête dont se plaignait 
« Lantrac ne pouvait être appréciée que difficilement ». Il ne 
trouva chez le malade qu'une a teinte assez prononcée de mélan- 
(( colie et d'ennui », et il concluait en disant que le changement 
du lieu de détention n'était point exigé par l'état de santé du 
prisonnier. 

Cependant des amis influents s'interposaient en faveur de 
Lantrac pour obtenir sa mise en liberté, témoin ce simple petit 
billet trouvé dans ses papiers : 

Je présente mon respect à Madame Bordes. L'ordre de mettre en liberté 
M. de Lantrac est expédié. 

Il restera à Auch en surveillance, mais libre. Je suis heureux d'avoir pu lui 
donner cette preuve de mon empressement à la servir. 

Bbrtin de Veaux \ 

Paris, 11 décembre 1816. 

* Bertin de Veaux (Louis-François), homme politique et publiciste, né à Paris en 
1771, et mort en cette ville en 1842. Il était, avec son frère, propriétaire et rédacteur 

19 



270 socnâré archiîologique du gebs. 

D'autre part, soit que le préfet et le maire d'Auch redoutassent 
personnellement le fougueux montagnard qu'un brusque change- 
ment de politique pouvait de nouveau porter au pouvoir, ces 
deux administrateurs désiraient et sollicitaient vivement son 
éloignement. Toutefois, Tun et l'autre s'étaient rejeté récipro- 
quement le devoir d'établir la culpabilité du prisonnier. M. de 
Vérigny prétendait que c'était au maire d'Auch à prouver que sa 
dénonciation était fondée sur des preuves sérieuses et palpables; 
mais M. de Vie répondait à ces exigences de la façon suivante : 

Auch, le 19 novembre 1816. 

Monsiear le Préfet, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'écrire hier soir. Il m'est impossible de vaincre ma répugnance; ma délica- 
tesse me fait une loi de ne plus me mêler de cette affaire. Lorsque j'ai pris 
l'initiative, je l'ai cru nécessaire au service du Roi, c*est la seule passion que 
j'ai voulu servir et la seule qui soit dans mon cœur; j*ai mis de mon côté 
toutes les formes qu'une parfaite estime et politesse commandent; j'ai été mal 
jugé; il en est résulté pour moi une série de désagréments d'un genre tout 
nouveau et qui m'était bien inconnu jusqu'alors. J'étais dans Fintention de 
vous en dire franchement ma pensée, mais mon extrême délicatesse, dans un 
moment où je vous savais si atrocement calomnié, m'a toujours imposé 
silence; il est donc bien naturel, Monsieur le Préfet, que je veuille me mettre 
de côté et ne plus m'exposer à l'avenir aux mêmes inconvénients. Le service 
du Roi n'en souffrira point. Je vais déléguer M. le commissaire de police 
pour entendre les hommes qui doivent se présenter aujourd'hui chez moi. 

J'ai l'honneur d'être, etc. Le chevalier db Vie. 

Après avoir reçu cette lettre, M. de Vérigny écrivit au ministre 
de la police générale, M. le duc Decazes, pour lui faire savoir 
que le maire d'Auch s'était refusé à continuer Tinstruction de 
cette affaire et qu'il s'en était déchargé sur le commissaire de 
police dont le zèle ne pouvait compenser l'influence de M. de Vie 
sur les personnes susceptibles de déposer contre Lantrac. Dans 
ces conditions, il ne croyait pas possible de sortir du cercle des 
généralités que renfermait la dénonciation du maire d'Auch. Il 

da Journal des Débats. Il soutint la politique de Louis XVIII et devint très influent. 
Il fut successivement député en 1815, conseiller d'État en 1827 et membre de la 
Chambre des pairs après 1830. 



SÉANCE DU 3 OCTOBRE 1904. 271 

avait bien dit au duc Decazes, au début de cette affaire, qu'on ne 
trouvait que de simples présomptions contre Lantrac, et les 
événements justifiaient sa manière de voir. Aujourd'hui, il lui 
semblait impossible de poursuivre judiciairement cet ancien 
préfet de Robespierre. Pourtant le fidèle préfet de Louis XVIIL 
dans le Gers reconnaissait que Lantrac était le point de mire de 
tous les Jacobins du département et qu'il serait dangereux de le 
laisser résider dans le Gers, d'autant plus qu'il y jouissait d'une 
grande popularité tant comme médecin que comme homme 
politique. « C'est un bon médecin, écrivait-il au ministre, surtout 
« dans une ville oîi pas un autre ne s'élève au-dessus du 
a médiocre. Il a une pratique assez étendue, et comme il n'est ni 
<r cher ni exigeant cette pratique est devenue jusqu'à un certain 
« point clientèle dans une partie du peuple. 11 inspire donc à 
a ceux qui n'ont pas vu ou qui ont oublié ses gestes révolu- 
<L tionnaires un certain intérêt accru par son état maladif. )> 
(20 novembre 1815.) 

Par une dépêche du 7 janvier 1816, le duc Decazes, se confor- 
mant à l'avis de M. de Vérigny, ordonna que les portes de la 
prison fussent ouvertes à Lantrac et qu'il lui fût délivré un 
passeport pour se rendre à La Rochelle, où il serait sous la 
surveillance de la haute police. Il en fut ainsi fait; le 17 janvier 
Lantrac se mit en route pour La Rochelle. Quelle fut la vie de 
l'exilé dans la résidence qu'on lui avait imposée, nous ne sau- 
rions le dire. Il dut s'abandonner à ses études médicales, et par 
la régularité de sa vie, par les relations qu'il se créa là-bas il dut 
s'efforcer d'écarter tous les soupçons et de gagner la confiance 
de ceux qui étaient chargés de le surveiller. Il y réussit sans 
doute, car le 7 août de la même année, M. de Vérigny écrivait à 
son ministre que l'épreuve subie par Lantrac avait assez duré 
pour corriger son républicanisme et surtout son zèle à en 
propager les principes. La vie tranquille et retirée de Lantrac à 
La Rochelle en était, disait-il, un sûr garant. Le duc Decazes 
approuva la proposition du préfet, et le 14 août il informait 
celui-ci qu'il autorisait le retour de Lantrac dans ses foyers. Il 
l'invitait en outre à prendre les dispositions nécessaires pour que 



SÉANCE DU 4 OCTOBRE 1904. 273 



une liberté entière et rantorisation de me rendre snr mes foyers, ainsi que Ta 
déterminé Son Excellence Monsieur le Ministre de la Police, par sa décision 
du 20 an 22 du mois dernier, et ainsi que l'annonce le Journal du Oers^ qui se 
rédige sbns tos yeux, à la date du 30 du même mois. 

Mes affaires sont dans le plus grand désordre, mes propriétés sont comme 
abandonnées, mes récoltes ne sont pas surveillées, et, plus que tout cela, j*ai 
besoin de la liberté dont je suis privé depuis tant de temps. 

J'espère, Monsieur le Préfet, que vous prendrez en considération ces motifs 
qui sont si puissants, que vous me ferez jouir de la décision de Son Excel- 
lence à ipon égard et que vous m'autoriserez à quitter Ceyrac et à me rendre 
dans mes foyers. 

Je vous certifie que j'ai oublié ma persécution et mes persécuteurs et que 
vous n'aurez pas un administré plus paisible, plus soumis aux lois et plus 
sincèrement dévoué au gouvernement paternel du meilleur des rois. 

Je suis avec respect, etc. 

Lantrao. 



a Paris vaut bien une messe », avait dit Henri IV j ma tran- 
quillité, ma liberté et la joie de revenir au milieu des miens, se 
dit Lantrac, valent bien une déclaration de dévouement au roi 
Louis XVIII. 

Toutefois cette déclaration était sincère en ce sens que Lan- 
trac promettait d'être un administré paisible, un citoyen soumis 
aux lois et au Roi. Fatigué par trente années de luttes politiques 
des plus ardentes, rongé par Tennui d'une longue détention, 
vaincu par l'exil, déprimé par la maladie, il aspirait enfin au 
calme et au repos. Il avait hâte de rentrer dans son paisible 
castel de Roquetaillade, d'y vivre dans le calme et d'y retrouver 
sa famille et ses fidèles amis. Mais, si cet enfant terrible de la 
Révolution promettait à M. de Vérigny de se soumettre au 
nouvel ordre des choses et de ne plus créer d'agitation, il n'en 
restait pas moins attaché à l'esprit des hommes de 93 et peut- 
être même conservait-il secrètement l'espoir de voir se réaliser 
un jour son idéal républicain. Soldat vaillant, mais fatigué, 
vaincu et vieilli, il rentrait dans la retraite; mais il gardait au 
fond de son cœur l'amour profond de la cause pour laquelle il 
avait combattu et souffert, pour laquelle il avait fait souffrir les 
autres, pour laquelle il avait quelquefois versé leur sang, mais 



274 SOCléT]£ ARCHEOLOGIQUE DU OERS. 

aussî pour laquelle il aurait volontiers versé le sien si les cir- 
constances l'avaient exigé. 

M. de Vérigny savait fort bien à quoi s*en tenir au sujet des 
déclarations de Lantrac, aussi ne songea-t-il point à se réjouir 
de la prétendue conversion de Tex-procureur général syndic, et, 
pour bien prouver à celui-ci le peu de crédit qu'il faisait à ses 
déclarations, il fit à la lettre que l'on vient de lire la réponse 
hautaine, mordante et froidement railleuse que voici : 

Aach, le 21 septembre 1816. 

Monsienr, la letfcre qne voqb m*ayez écrite en passant par Bordeaux devait 
me faire supposer que Yons me feriez part de votre arrivée à Anch ou dans 
les environs, c'est ce qui n'a point eu lieu. La publicité que j'ai donnée exprès 
dans le Journal du Oers à l'article que vous citez suffisait pour vous appren- 
dre que vous pouviez rentrer dans vos foyers. 

J'ai lu avec attention la protestation de votre c sincère dévouement an 
« gouvernement paternel du meilleur des rois, Louis XVIII ». Je désire que 
vous me mettiez à même de rendre au ministre un compte satisfaisant de 
votre conduite en ce sens, car Son Excellence m'a recommandé à cet égard 
une surveillance particulière. Il ne verrait pas avec plaisir les expressions 
dont vous vous servez dans la phrase qui précède; si vous parlez d'oublier ce 
que vous appelez vos persécutions, vous devrez vous souvenir, monsieur, que 
vous avez à demander la réciproque aux personnes les plus distinguées de 
l'ordre ecclésiastique et civil dans le département et la ville où vous allez 
rentrer. 

J'ai l'honneur d'être très parfaitement, monsieur, votre dévoué serviteur. 

Beoohbt de Vérigny. 

Respectueux de la parole donnée, Lantrac cessa complètement 
de faire opposition au gouvernement. Suivant la promesse qu'il 
avait faite au préfet du Gers, il devint en effet le plus paisible de 
ses administrés ! Son temps était partagé entre Tétude, l'exercice 
de la médecine et la direction de l'exploitation agricole du 
domaine de Roquetaillade. C'est ainsi qu'il vécut jusqu'en 1848. 
Les graves événements qui survinrent à cette époque étaient bien 
susceptibles de réveiller les espérances du vieux révolutionnaire 
et de lui rendre son énergie et son activité. Mais écrasé par le 
poids des ans, affaibli par la maladie, fatigué par l'énergique 
et persévérant effort de sa longue carrière politique, complète- 



SIÉANCB DU 3 OCTOBRE 1904. 275 

ment infirme, sans intelligence et sans volonté, Lantrac n'était 
plus qu'une ruine branlante à la merci du premier souffle hivernal. 
Le 7 décembre 1848, à sept heures du soir, il s'éteignit douce- 
ment. Il était âgé de quatre-vingt-huit ans. Deux jours après, sa 
compagne, Marie Lavaquerie, le suivait dans la tombe, et tous 
les deux furent inhumés dans le petit cimetière de Roquetaillade 
où l'on voit encore aujourd'hui les modestes pierres qui 
recouvrent leurs cendres. Ils ne reçurent l'un et l'autre que le 
sacrement de l'extrême-onction, qui leur fut administré par le 
desservant de Montégut. 

Lantrac mourut oublié, ignoré. Nul journal n'annonça sa mort, 
et il ne se trouva personne pour honorer sa mémoire ou pour la 
flétrir. Pourtant l'homme qui disparaissait était celui qui sur la 
vieille terre gasconne avait joué le rôle le plus important dans le 
drame sublime de la Révolution. Il est vrai que ce rôle avait été 
surtout celui d'un prescripteur implacable, mais il semble qu'il 
ne le fut que par le sentiment devenu furieux du danger de la 
France et du danger de la cause populaire. Cette passion 
l'aveugla au point de lui faire accepter tous les soupçons, mais 
elle fut seule à le diriger, et, si tragique qu'ait été son œuvre, on 
ne peut s'empêcher d'admirer sa ténacité, son abnégation et son 
courage. On voit en lui ce que peuvent produire sur les plus 
calmes l'angoisse éperdue du patriotisme et le fanatisme de la 
liberté. 

Il n'existe aucun marbre pour perpétuer sa mémoire; s'il en 
existait un, nous y voudrions voir gravés ces simples mots qui 
sont d'un préfet royaliste et qui résument admirablement sa vie 
politique et peignent son caractère : il fut un incorrigible répu- 
blicain. 



La oommanderie de Bonnefont, près Barran, 

PÂB M. Mastbon. 

M. Dominique de Carde, acquéreur des biens dépendant de la 
commanderie de Bonnefont, se conformant aux lois du régime 



J 



276 SOCIIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

féodal, s'empressa de rerapUr les devoirs incombant au bénéfi- 
ciaire d'un fief \ Le 9 février 1768, il fit acte de foi et hommage 
au Roi, en la chambre des comptes de Pau, pour raison des biens 
à lui vendus par les Barnabites. Le 15 mars 1768, il fournit aveu 
et dénombrement au Roi, en la susdite cour de Pau, en raison de 
rhommage ci-dessus, déclarant posséder noblement la comman- 
derie de Bonnefont et biens en dépendant, le tout sis dans les 
communautés de la Castagnère et de Barran, en Fezensac. Le 
26 mars 1768, arrêt de la chambre des comptes de Pau, rendu 
sur le vu de foi et hommage, aveu et dénombrement qui ordonne 
la publication du dénombrement dans les communautés oh les 
biens étaient situés, enjoignant aux consuls et habitants d'y 
assister et de signer les actes. 

La publication eut lieu, M. Dominique de Carde y déclara^ : 
<ï posséder noblement cette métairie à titre de commanderie, 
« comme les R. P. Barnabites l'avaient possédée; et que si cette 
(( déclaration était contestée, c'était à la chambre des comptes à 
a prononcer sur toutes les contestations qui pouvaient y avoir 
(( rapport. » 

Les communautés intéressées, loin de se conformer au susdit 
arrêt, ne formèrent point d'opposition, firent naître une question 
de jurisprudence, source d'un conflit entre l'élection d'Auch, la 
cour des aides et finances de Montauban, et la chambre des 
comptes de Pau. Elles avaient déjà imposé les biens acquis et 
l'élection avait ratifié le 29 novembre 1767; leur but était de 
saisir indirectement cette cour, sous un prétexte de taille, de la 
question de nobilité, de l'attribuer à la cour des aides et finances 
de Montauban au détriment de la chambre des comptes de Pau : 
leurs prétentions sont dignes de remarque ^ 

La communauté de Barran, en s'abstenant de prendre part au 
dénombrement, de former opposition, de signer les actes, semblait 
méconnaître les attributions et la compétence d'une cour sou- 
veraine. Sur quel fondement, prétextait-elle, se serait-elle opposée 

* Archives municipales de Barran. 
' Idem. 
' Idem. 



SA/^NCE DU 3 OCTOBRE 1904. 277 

à l'aveu et dénombrement, si le sieur de Carde n'y a compris que 
les biens qui lui appartiennent, suivant l'acquisition qu'il en a 
faite? On les lui a vendus comme biens nobles : c'est le devoir 
du vassal que les Barnabites lui faisaient rendre à la chambre 
des comptes de Pau. Mais on ne voit point du tout que la 
vérification qui y a été faite de son dénombrement n'ait été 
contredite; sans doute qu'il s'est renfermé dans les justes bornes 
de ses possessions et qu'il ne s'est arrogé aucuns droits préju- 
diciables à la communauté. Sur quel fondement se serait-elle 
donc opposée à son dénombrement? Serait-ce parce que cette 
communauté, en les imposant sur le rôle de la taille, les a 
considérés comme biens roturiers, conséquemment sujets à cette 
imposition? Mais la chambre des comptes n'aurait jamais pu 
décider du mérite de sa réclamation, si elle n'est pas compé- 
tente pour en ordonner l'imposition. Comment pourrait-elle juger 
l'exemption? Or, certainement, ce n'est pas de sa juridiction. Les 
juges d'élection, et par appel les cours des aides, ont seuls ce 
droit : telle est la jurisprudence établie à ce sujets 

La communauté de la Castagnère, moins explicite, ne contestait 
point la nobilité du fonds, alléguant que ce privilège n'était pas 
suffisant pour les exempter de la taille, qu'il y a des fonds en tenue 
noble, et qui cependant doivent la taille, suivant les articles 14, 16 
et 17 de la déclaration de 1684. Par conséquent la chambre des 
comptes ne pouvait être juge nécessaire, et qu'il appartenait à 
l'élection de statuer sauf appel. Plus tard, elle fera causé 
commune avec celle de Barran et se solidarisera avec cette 
dernière pour voir déclarer les biens de Bonnefont non privi- 
légiés '. 

Les deux communautés alléguaient' : « que ce n'est point 
« comme ayant la juridiction contentieuse du domaine, que la 
ce chambre des comptes de Pau connoît des oppositions aux 
d vérifications des dénombrements, et prononce sur les droits 
(H contestés, que c'est en sa seule qualité de chambre des comptes, d 

' Archives municipales de Barran. Dossier relatif au procès. 
' Idem. 
' Idem. 



278 SOCI^T^ ARCHlfOLOGIQUE DU GERS. 

Interprétation subtile, partageant la constitution de cette cham- 
bre, pour avoir un prétexte de lui enlever la connaissance 
d'une affaire compromettant Tautorité de la cour de Pau, cause 
d'un procès que nous examinerons succinctement \ 

La communauté de Barran avait inscrit sur le rôle : maison et 
métairie de Bonnefont 13 livres 8 onces 1/4 uchau ; tailles : 82 livres 
7 sols 3 deniers. 

M. Dominique de Carde, acquéreur, poursuivi en paiement des 
tailles, protesta et fit remise de la somme à titre de consignation : 

Le 3 mai 1768, Joseph Saint-Martin, hnissier, à la reqnête du sieur de 
Carde, dénonce à MM. les maire, échevins et communauté, et an sienr Molière, 
collectenr, qu'ils ne peuvent contester que de tout temps la commanderie de 
Bonnefont a été reconnue franche et immune de tailles; ayant plu aux susdits 
de l'imposer et un logement à 15 sols par jour lui ayant été décerné, il 
proteste et offre à titre de consignation, sans entendre acquiescer à la 
susdite cotisation, 112 livres 10 sols 1 denier. 

La communauté de Barran se réunit en vue de poursuites pour 
le remboursement de vingt-neuf années d'arrérages de taille : 

Le 3 août 1768, se sont assemblés MM. de Lambert, maire, d'Âure échevin, 
Laubadère-Modenx, d'Auxion de Bordeneuve et Labat, conseillers, etc. Il a 
été représenté par M. de Lambert, maire, qu'en conséquence de la cotisation 
&ite de la commanderie de Bonnefont pour 1768, le sieur Garde, acquéreur, a 
payé l'année courante; il importe de le poursuivre en paiement de vingt-neuf 
années d'arrérages; il prie les susnommés d'arriver à ce sujet. 

Sur quoi, les voix recueillies, il a été unanimement délibéré qu'on donne 
pouvoir à Faulin, conseiller, de faire assigner le susdit en paiement des 
vingt-neuf années, &ire et opérer ce qui sera nécessaire jusqu'à la sentence 
définitive. 

Elle transmit, le 5 août, à l'élection d'Armagnac, une requête 
où elle exposait les faits suivants : 

Supplient humblement les maire, échevins, syndic et communauté de 
Barran, disant que les Barnabites de Lescar en Béarn possédaient ci^devant 
en la juridiction de Barran... 

* Archives municipales de Barran. Dossier relatif au procès. 



S^ÂNOE DIT 3 OCTOBRE 1904. 279 

M. Garde a pajé^ mais à titre de consignation senlement, lequel acte laisse 
à supposer que l'acqnérenr yent former qnelqne contestation. 

Mais comme il importe à la communauté que les paiements soient purs et 
simples et percevoir les arrérages de vingt-neuf années, il plaira à tos Grâces 
Messieurs, permettre d'assigner le susdit, pour voir casser ledit acte et 
en paiement de vingt-neuf années... 

Le 6 août, signification de la requête fut faite à Tintéressé, 
qui, se voyant poursuivi, assigne en garantie ses vendeurs, les 
Bamabites de Lescar : 

Le 18 août 1768, François Gloupet, huissier, à la requête de M. Dominique 
de Carde, signifie aux RR. PP. Barnabites de Lescar Pacte portant vente de la 
commanderie de Bonnefont, copie de requête et d'assignation donnée au 
requérant, en date du 6 août dernier, le tout j attaché afin qu'ils ne l'ignorent; 
ce faisant et attendu que par ledit acte de vente ladite commanderie de 
Bonnefont et biens en dépendant ont été vendus au requérant, nobles et 
exempts de toutes tailles, et que néanmoins depuis ce temps la communauté 
de Barran les a compris au rôle de la taille, et qu'elle lui a déclaré vouloir 
continuer de les j comprendre, et qu'enfin le requérant demeure assigné en 
paiement des arrérages depuis vingt-nenf années, c'est pourquoi ai donné 
ajournement et assignation auxdits PP. Barnabites de Lescar, de compa- 
roitre au délai de l'ordonnance par devant MM. les ofiiciers du bureau de 
l'élection d'Armagnac, séant dans la ville d'Auch, pour intervenir en l'instance 
qui est pendante entre le requérant et lesdits maire, échevins, syndic et 
communauté de Barran, faire cesser la demande qui lui est faite desdits 
arrérages de tailles, faire restituer la somme perçue, et en défaut se voir 
condamner à relever et garantir le requérant en tons dépens, dommages et 
intérêts et condamnations qui ponrroient avoir lieu contre lui, et enfin pour 
voir prendre contre eux telles autres conclusions que le requérant avisera. 

Un long procès commença alors, tel que les connaissaient et 
les entretenaient les juridictions enchevêtrées de Tancienne 
France. Un conflit entre la cour des aides de Montauban et la 
chambre des comptes de Pau donna lieu à un règlement de juges 
devant le conseil du Roi. Le bureau de Télection d'Armagnac fut 
désigné pour juger Taffaire, qui fut ensuite portée en appel devant 
la cour des aides de Montauban. Voici les mémoires des parties : 

Les PP. Barnabites ont beau faire l'éloge de l'hôpital de Sainte-Christine, 
il ne peut être comparé à l'ordre de Malte qui est véritablement noble et a 



280 soGiéré archéologique du oers. 

une infinité de privilèges qne les Barnabites on lenrs prédécesseurs n'ont 
jamais ens. 

Il n'était pas nécessaire qne la déclaration de 1684 portât : € Les commaa- 
c deries de Saint-Jean de Jérnsalem 3, pnisqne le mot commanderies indique 
manifestement les commanderies par excellence, c'est-à-dire, les commanderies 
de l'ordre de Malte. C'est ainsi qne Urbs signifiait la ville de Rome, Asiu la 
ville d'Athènes. 

Les divers antenrs n'ont jamais parlé des commandes de Sainte-Christine, 
ni des antres maisons religienses qui n'ont jamais eu la prétention de jouir de 
la présomption de nobilité de fonds. 

Preuves de roture. 

Tout le monde sait que dans le langage ordinaire on appelle fief la rente 
censuelle assujettissant un fonds et remontant à la tradition elle-même. Le 
mot emphytéose désigne également le cens. Le mot reconnaissance ne peut 
indiquer que le cens. Le mot albergue annonce aussi le cens, surtout 
lorsqu'il est personnel an Boi^ et il en est de même du mot emparense. 

Despeisse ne parle point de Vemparense; mais fut-il permis de la comparer 
à l'albergue, ou cens annuel, il serait toujours évident que la redevance dont 
il s'agit doit priver le domaine de Bonnefont de la nobilité d'immunité des 
tailles. 

Ce bail à cens est très ancien, puisque l'hôpital existait en 1216; il avait été 
donné à ce titre par le comte d'Armagnac, sous la réserve de la redevance 
précitée, et le cens en reste dû au Roi par transmission. 

C'est en qualité de souverain que Louis XIII donna son consentement : ce 
n'est pas en qualité de fondateur. Les lettres patentes mentionnent à ce 
sujet que les fondations avaient été faites par ses prédécesseurs, seigneurs 
souverains dudit pays et aimés bienfaiteurs, ses sujets. Voilà donc des sujets 
du Boi, de simples particuliers, des fidèles, comme parle la bulle de 1216, qui 
ont fait des dons. 

La directe du Boi représentant le comte d'Armagnac s'étendait sans 
contredit sur la Castagnère aussi bien qne sur Barran, avant que le comte eût 
inféodé le lieu de la Castagnère. 

Si le domaine de Bonnefont a été baillé à rente avant que le comte n'eût 
concédé la Castagnère et formé pour Barran le paréage avec l'archevêque 
d'Auch; la redevance y relative fut propre au donateur et différa de celles 
établies postérieurement sur les autres fonds. 

Sur les actes de féodalité. 

L'hommage du 21 août 1761 n'est pas un acte de féodalité, surtout pour 
l'hôpital de Bonnefont; cet acte de date récente ne prouve rien et ne confère 

^ Traité des taUles, titre 2, article 14. 



s£iNCE DU 3 OCTOBRE 1904. 281 

aucnn droit paisqa'il doit remonter à cent ans au moins. Tont le monde sait 
que les hommages rendns au Roi ne forment aucune espèce de titre pour le 
prétendu yassal qu'après que le dénombrement a été publié, blâmé, reçu et 
autorisé par les juges dn domaine de Sa Majesté. 

L'hommage n'est reçu qu'après la charge du dénombrement; ce dénom- 
brement est le complément de l'acte féodal. Il n'est définitif que par l'autori- 
sation et la réception du dénombrement, se conformant aux délais prescrits à 
ce sujet. Les archives du domaine ont été conservées; mais on n'y trouve 
aucun hommage ni dénombrement pour l'hôpital de Bonnefont. 

Le terrier de 1437 est un véritable terrier censuel. Il ne contient pas les 
droits féodaux des vassanx du Roi; on y observe seulement des reconnais- 
sances et des rentes censuelles. Dans ce titre, déposé aux archives du domaine, 
l'hôpital de Bonnefont est dénommé comme chargé d'une redevance de vingt 
sols, rente qui avilit le fonds, qui détruit l'essence du bien noble ou fief. Il 
est avéré qu'un fonds est noble, si la reute consiste en quelque reconnaissance 
d'honneur, comme une paire de gants, une paire d'éperons, une paire de 
perdrix. 

Peu importe qu'on appelle la rente foncière emparensê, reconnaissance^ 
emphytéose, alhergue^ dénominations de rentes et redevances frappant un fonds 
roturier. En Dauphiné, Valbergement est un bail emphytéotique, et les rentes 
albergues mêmes .ne sont autre chose qu'une redevance en deniers, réservée 
lors de la tradition du fonds. Le bail à fief, diffère du bail emphytéotique, car 
il n'y a pas plus raison de dire que l'homme et le cheval sont une même chose 
que l'emphytéose et l'inféodation. 

Lorsqu'on ne voit pas l'acte d'inféodation et qu'on ne rapporte point 
d'anciens hommages et dénombrements dans lesquels la redevance est 
énoncée comme ayant été convenue dans le bail à fief, la redevance qu'on 
trouve dans d'autres actes ne peut être qu'une véritable rente foncière. Ce 
fonds est donc emphytéotique, car le bail à fief ne se présume point : tout 
fonds est censé roturier et censuel. Nous suivrons la maxime : nulle terre sans 
seigneur, de même que tout animal qui n'est pas raisonnable n'est pas un 
homme, de même tout bail d'un fonds qui n'a pas été fait avec retenue de 
foi et hommage n'est point une inféodation, et la redevance est censuelle et 
emphytéotique. 

Concluent donc à ce que les biens de la métairie de Bonnefont soient 
déclarés roturiers et sujets au paiement des tailles depuis vingt-neuf ans, 
avec dépens. 

Les Barnabites de Lescar, discutant les prétentions des 
communautés, font observer : 

Ils sont possesseurs, suivant lettres patentes des rois Henri lY et Louis XIII 



282 SOClÉTé ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

des biens dépendant de l'ancien hôpital ou prienré de Sainte-Christine dont la 
fondation émane de libéralités souveraines plusieurs fois séculaires. La 
commanderie de Bonnefont, sise à Barran et à la Castagnère, qui est une 
dépendance des biens transmis, a été considérée à juste titre comme noble 
et devant jouir de l'immunité des tailles. Les communautés avaient toujours 
respecté les droits acquis jusqu'en 1768, privilèges constatés par les livres 
terriers et les rôles de tailles remontant à une époque reculée, titres véridiques 
et concluants. Les baux à ferme consentis mentionnent une redevance 
annuelle de vingt sols, preuve manifeste d'un bail d'inféodation sous la réserve 
d'une albergue à pajer au Roi en raison de sa suprématie féodale et de sa 
mouvance. 

€ La bulle de 1216 rappelle les fondateurs de divers hôpitaux... » 

Erreur et supposition. Que les communautés, parties adverses, nomment un 
de ces fondateurs particuliers qu'elles prétendent que la bulle indique ? 
Pourquoi tromper ! pourquoi vouloir surprendre ! Le pape ne compte parmi 
les fondateurs que les rois, les princes et les grands. Les oblations, les 
bienfaits, les dons, qui supposent l'Église existante et fondée, pouvaient 
émaner de simples fidèles. 

€ Henri le Grand et Louis XIII n'ont fait que transporter... » 

Et depuis quand la puissance royale dispose- t-elle des propriétés ? Nos rois 
protègent le patrimoine de leurs sujets, mais ne les en dépouillent pas. 

Peut-on concevoir que Henri lY et Louis XIII eussent attribué au 
collège de Lescar des biens qui ne leur auraient pas appartenu ? De là qu'ils 
les ont donnés, ils étaient dans leur domaine, ils étaient dans leur propriété. 

Au surplus, la loi ne distingue pas. La fondation royale couvre tout, et 
rejette sur les communautés la preuve de la roture. 

c Gela n'a rien de commun avec ce qui caractérise les églises... » 

C'est surtout démentir le sens et la lettre de la loi : c Les biens dépendans 
€ des principales églises, comme cathédrales, abbatiales, commanderies 
€ ou antres de fondation royale... » La présomption est-elle bornée à la 
fondation royale ? Ne voit-on pas au contraire que la fondation royale sert 
à désigner une des classes jouissant de la présomption ? 

Mais s'il faut se fixer sur la fondation royale, peut-on la mettre en 
problème ? Si toutes les distinctions que fait la loi n'aboutissent qu'à une 
source, c'est-à-dire à la fondation royale, n'en résulte-t-il pas que les comman- 
deries supposent et caractérisent la fondation royale, puisqu'elles sont 
littéralement énoncées. 

Où sont puisées les différences que veulent établir les adversaires entre les 
commanderies de Malte et les autres commanderies ? Ces restrictions chimé- 
riques ôteront-elles à la loi sa force et son étendue ? Elle embrasse toutes les 
antres commanderies, dès qu'elle n'en excepte aucune. 



SEANCE DU 3 OCTOBRB 1904. 283 



Sur les prétendus litres de roture. 

« 

€ Toat le monde sait que dans le langage ordinaire on appelle fîef... > 
Dans le langage féodal, fief est ce qu'il y a de plus noble. Fief a une relation 
nécessaire et immédiate à la foi et hommage. 

Mais si le langage ordinaire le détourne de la véritable signification, on l'y 
a ramené par l'expression à'emparense, qui ne laisse aucun doute sur la 
qualité féodale. 

Le livre de la réformation des domaines porte : € pour la reconnaissance et 
emparense », qui signifient la sauvegarde, la mouvance du seigneur dominant, 
signes caractéristiques pour marquer et déterminer le caractère noble et 
féodal. 

c Ce bail à cens est très ancien puisque l'hôpital existait avant 1216... » 
Les communautés raisonnent comme s'il existait un bail à cens. Telles le 
supposent fort ancien, sans se mettre en peine de le prouver. 

A la place des reconnaissances qui devaient naître du prétendu bail à cens, 
que trouvons-nous ? Des hommages, des dénombrements, une possession noble 
et féodale, une emparense qui est le signe vivant de la mouvance, preuves 
évidentes de la nobilité. 

c La directe du Roi, représentant le comte d'Armagnac, s'étendait... » 
Les communautés se font-elles illusion, ou veulent-elles en faire ? Elles 
font éclore la directe avant l'inféodation. Qu'est-ce que cela signifie ? N'impli- 
que-t-il pas que la directe fut établie pour le Roi ou pour le comte, sans avoir 
mis hors de leur main. La directe ne descend que de la tradition du fonds; 
elle suppose ordinairement l'inféodation au profit d'un vassal et l'accensement 
de celui-ci en faveur de l'emphytéote. Mais il est impossible que la directe se 
forme et prenne naissance tant que le fonds ne s'éloigne pas du propriétaire 
indépendant. 

£ktr les actes de féodalité. 

<c L'hommage du 21 août 1761 n'est pas un acte de féodalité... > 

Et depuis quand l'hommage n'est-il plus l'acte fondamental et substantiel 
de féodalité ? Toutes les règles connues cesseront-elles pour les adversaires ? 
Oui, c'est l'hommage qui constitue le fiei^ qui est le signe vivant d'une tenue 
noble. 

Les hommages réitérés de 1761 et 1768 font titre pour Bonnefont, puisque 
cette commanderie et biens en dépendants j sont hommages. 

Le dé&ut de dénombrement n'a aucune importance pour une église qui a 
toujours joui de l'exemption de rendre cette sorte de devoirs féodaux ; le 
collège n'a pas d'ailleurs besoin d'établir la nobilité par titres, il lui suffit de 
prouver que ces fonds sont féodaux, c'est-à-dire tenus à foi et hommage. 

c Le terrier de 1487 est un véritable terrier censuel. Il ne contient pas... » 



284 SOCIÉTÉ AKCHIÉOLOGIQUB DU GERS. 

Pas un mot de vrai dans ce langage. Le livre domanial n'est rien moins 
qu'un terrier. Son titre est de l'information des domaines, qu'on appellerait 
aujourd'hui consistance des domaines. 

Il renferme des redevances nobles, puisque l'emparense établie sur la 
commanderie de Bonnefont y est énoncée. Ce nom même d'emparense, opposé 
à celui de rentes, indiquées sur d'autres fonds, justifie la différence de tenure 
de possession. Elle marque un caractère propre et distinctif pour les biens de 
la commanderie. 

« Peu importe qu'on appelle la rente foncière emparense... v 

Que les adversaires se rappellent ce qu'ils ont dit d'après un auteur* : € Il 
€ n'y a pas plus de raison de dire que l'homme et le cheval sont une même 
c chose que l'emphytéose et Tinféodation. » 

Il importe donc autant de ne pas confondre une prestation féodale et noble 
avec une rente foncière emphytéotique, qu'il importe de ne pas confondre 
un homme et un cheval. 

« Lorsqu'on ne voit pas l'acte d'inféodation... » 

La concession... Les adversaires font remonter la tradition des biens de 
Bonnefont au delà de 1216, et ils réclament la concession ! La commanderie 
existait avec son titre de commandene à cette époque reculée de 1216, puisque 
la bulle d'Innocent III la mentionne. Eh! qui peut assigner son origine? 
Peut-il donc être sérieusement question de l'inféodation primitive ? 

c Des hommages et dénombremens... > 

Les anciens ont été engloutis on ensevelis dans la nuit des temps. 

Mais ici la présomption veille. Le titre de l'établissement confirme son 
privilège. Les biens d'un collège érigé par nos rois sont nobles. Sainte- 
Christine, Âubertin, Bonnefont, dotations féodales ayant pour fondateurs des 
souverains et des princes n'ont pu que transmettre des possessions privilé- 
giées; c'est ici le cas de s'écrier : 

enfants de Thébédée, vous ne savez ce que vous demandez ! 

Concluent donc à ce que les biens de Bonnefont soient déclarés nobles et 
par cet ordre rayés du rôle des impositions faites pour la taille, soit à Barran, 
soit à la Castagnère, avec dépens. 

Voici l'arrêt de la cour des aides et Finances de Montauban : 
(21 août 1787). 

Ouï les conclusions de notre procureur général, notre dite cour condamne 
les consuls, syndics et communautés de Barran et de la Castagnère aux dépens 
à taxer. 

A ces causes, à la requête de Dom Léonce Tessier, syndic des Barnabites, 
mandons et commandons intimer et signifier aux susdits et au sieur de 

^ GâRAUD, Traité des droits seigneuriaux^ livre 2, chapitre 1, n° 14. 



SÉANCE DU 3 OCTOBRE 1904. 285 

Carde le présent et contraindre les communautés à payer au susdit syndic 
pour actes divers : 967 1. 16 s. 8 d. 
Donné à Montaubau, en notre cour, le 21 août 1787. 

Le 16 septembre 1787, signification par Aïgolant, huissier, 
aux intéressés. 

La municipalité de Barrali, réunie le 20 janvier 1788, dans 
l'hôtel de ville, nomma le sieur Campardon, son précédent syndic, 
pour la poursuite dudit procès, pour le continuer, s'adresser à 
deux ou trois avocats, suivre leur avis et voir si elle peut se' 
pourvoir par requête civile ou par appel au conseil. 

Les parties intéressées transmirent plus tard leurs requêtes 
aux membres composant la commission intermédiaire de la 
province de Gascogne, suppliques dignes d'examen à des titres 
différents. 

Les communautés demandent, suivant délibération et requête 
du 20 janvier 1788, que la légitimité de leurs droits soit reconnue 
par une décision de jurisconsultes. 

Messire de Carde, par supplique du V septembre 1788, 
demande que les communautés le désintéressent savoir : Barran, 
2.668 livres 10 sols; la Castagnère, 1.114 livres 4 deniers. 

Le syndic des RR. PP. Barnabites, suivant requête du 19 sep- 
tembre 1788, demande que les communautés s'imposent pour 
le désintéresser : 1.396 livres 15 sols 8 deniers. 

Suivant ordonnances de la susdite commission \ elles furent 
signifiées : la première, le 11 novembre 1788; la seconde et la 
troisième, le 25 septembre précédent. 

La Révolution, en abolissant des privilèges séculaires, mit un 
terme à ce long procès; elle respecta des droits acquis, et 
M. Dominique de Carde put transmettre le domaine à son frère, 
dont la famille le possède encore. 

' Les membres signataires étaient David et lo comte de Comraîuges, seigneur de 
Saint-Arailles et de Bianc. 



20 



286 SOGIl^Té ARCHléOLOOIQUE DU GERS. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Histoire de la seigneurie de Oondom et de l'organisation de 

la Justice dans cette ville, par J. Gâbdèbe, bibliothécaire-archiviste 
de la ville de Condom. — Condom, imp. V. Gastera, 1902, in-8®, 896 pp. 

Bous Tancien régime, le privilège essentiel de la seigneurie était le droit de 
justice. Dans le remarquable ouvrage dont on vient de lire le titre, M. Joseph 
Gardère étudie l'histoire de Torganisation judiciaire à Condom, en s'occupant 
d'abord de IsLJuridielion ordinaire puis de \^ juridiction d'appel. 

Les documents ne nous renseignent guère avant le xiii® siècle. A cette 
époque, Tabbé du monastère bénédictin de Condom, par son bailli assisté des 
consuls, rendait la justice dans la ville; au dehors, c'était le roi d'Angleterre, 
duc d'Aquitaine, qui exerçait ce droit dans son château de Goulard. 

De nombreuses discussions s'étant élevées entre les consuls et l'abbé, 
celui-ci, pour mieux se défendre, conclut un partage avec le duc d'Aquitaine 
(juin 1285). Par ce traité, les deux seigneurs mirent en commun les droits de 
justice qu'ils avaient exercés séparément jusqu'alors, et les revenus qu'ils en 
tiraient, tant dans la ville que dans la banlieue, furent partagés entre eux. Le 
partage changeait les coutumes établies, il avait été conclu surtout contre les 
consuls. Ceux-ci ne manquèrent pas de protester ; et, après de longs procès, ils 
obtinrent satisfaction sur plusieurs points. 

En 1314, la ville, l'abbé et le roi d'Angleterre s'entendirent pour établir et 
signer les coutumes. « Elles forment, » dit M. Gardère, « l'un des recueils les 
c plus importants des dispositions législatives de notre Sud-Ouest,.... et, à ce 
c titre, comme au point de vue de l'idiome, le gascon, elles ont trouvé place 
€ dans le Musée des archives départementales, publié par le ministère de 
€ l'Intérieur en 1878 ». 

Mais la rédaction des coutumes ne mit point fin aux difficultés, et les 
querelles continuèrent de plus belle. 

Primitivement, il pouvait être fait appel des sentences rendues par les 
baillis du pays condomois, ou devant le sénéchal d'Agenais, qui siégeait à 
Ageu, ou devant le lieutenant de ce sénéchal, ou devant le juge ordinaire; ces 
deux derniers magistrats siégeaient à Condom. Cette liberté d'option conve- 
nait fort aux plaideurs, mais contrariait énormément les consuls condomois. 
Jaloux du prestige de leur ville, ils s'efforcèrent, par des démarches de toute 
sorte, même par des procès ruineux, de faire abolir le droit d'opter, afin que 
les appels du pays situé au midi de la Garonne fussent portés devant les 
magistrats qui siégeaient à Condom, mais ils perdirent leur argent et leurs 
peines. 



SÉANCE DU 3 OCTOBRE 1904. 287 

Hearensemcnt Henri II, par deux édits de 1551, créa les juges 
présidiaux aux sièges des sénéchaussées et établit à Condom un de ces 
tribunaux d'appel. Mais les consuls d*Agen soulevèrent toutes les dii&cultés 
possibles pour faire supprimer le siège présidial de Condom. De leur côté, les 
consuls de cette dernière ville ne négligèrent rien pour conserver leurs droits. 
Ils multiplièrent les dépenses verbales et écrites, les démarches, les voyages, 
les présents aux personnages qui pouvaient les servir, les ofires d'argent au 
roi, les dépenses et les intrigues de toute sorte. Enfin, le 24 mai 1555, un 
arrêt du Conseil privé débouta les consuls d'Agen de leur demande. La 
nouvelle de cette décision fut accueillie à Condom avec des transports de joie, 
on fit une procession, on chanta une grand'messe et un Te Deum, comme si la 
ville venait d'échapper à un grand péril, comme si on eût remporté une 
grande victoire. 

Cependant les habitants des pays de Marsan, Tursan et Gabardan ne 
voulaient pas être de la sénéchaussée de Condom. Ils firent de longues mais 
inutiles résistances. 

Le plus grand malheur arrivé à la sénéchaussée de Gascogne fut l'érection 
en duché des terres d'Albret, qui dépendirent directement du parlement de 
Bordeaux (1556), et la création du présidial d'Albret, à Nérac (1629). Le 
ressort du siège de Condom fnt considérablement diminué. On comprend que 
lésés dans leurs intérêts, les Condomois n'acceptèrent point de bon cœur cet 
état de choses ; selon leur habitude, ils ne manquèrent pas de se plaindre ; les 
querelles et les procès relatifs à l'étendue de la sénéchaussée de Gascogne 
dureraient encore si la Révolution française n'avait changé l'ancien ordre de 
choses. 

Le beau livre de M. Gardère, qui vient de recevoir une récompense de 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, nous montre comment nos 
pères savaient revendiquer l'exercice de leurs droits, comment les bons 
citoyens de Condom se dépensaient pour augmenter l'importance de leur ville, 
avec quelle activité, quelle persévérance, quel acharnement ils discutaient et 
défendaient leurs intérêts. J'admire cette passion, cette ardeur inlassable 
pour augmenter l'importance de la ville. On ne saurait trouver un meilleur 
exemple de patriotisme local. 



SÉANCE DU 6 NOVEMBRE 1904. 



PRESIDENCE DE M. PH. LAUZUN, PRESIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M. le docteur Lestrade, présenté par MM. les docteurs 
Aristide Samalens et Sentoux; 

M. Sanson, inspecteur des Eaux et Forêts, présenté par 
MM. Pagel et de Lapasse ; 

M. PuEL, procureur de la République, à Lectoure, présenté 
par MM. Descainps et de Sardac; 

M. Martial Latour, ancien notaire, à Fleurance, présenté par 
MM. de Sardac et Cier. 

M. le docteur Couyba offre à la Société : 

Études sur la Fronde en Agenais, 3 gros volâmes in-8**; 
La misère en Agenais, de 1600 à 1629, et la grande famine de 1630-163 i^ 
1 vol. in-8°; 
Répertoire d'un sergent royal de Télection d^ Agenais, en 1650 et 1654, 

Des remerciements sont votés au généreux donateur. 

M. LE Président communique une lettre de M. le maire 
d*Auch demandant A la Société des renseignements archéologi- 
ques et historiques sur le château de Saint-Gricq, propriété de 
l'Hôpital d'Auch, dont la restauration est à Tétiide. La Société 
se félicite de ce projet qui sauvera d'une ruine imminente un des 



SIÊANCE DU 5 NOVEMBRE 1904. 289 

plus pittoresques monuments et aussi un des plus délabrés de la 
banlieue auscitaine. Le bureau est chargé de rédiger la notice 
demandée. 

M. Tabbé Dambielle communique à la Société l'estampage 
d'une inscription gallo-romaine. Celle-ci e§t gravée sur une pla- 
que de marbre blanc, longue de 0"" 55, large de 0"" 42 et d'une 
épaisseur de 0™04. Elle est brisée par le milieu. Ce monument a 
été découvert, le 23 septembre 1904, dans les propriétés de 
M. de Micas, situées dans la commune de Pellefigue. 11 se trou- 
vait à une profondeur de dix à quinze centimètrea et a été sou- 
levé par la charrue. Des fouilles opérées aux alentours du lieu de 
la découverte n'ont donné aucun résultat. 

Voici cette inscription : 

e C • ANTISTIO 

PROTOGENI 

ET • VIV • ANTISTIAE 

EROTIEN ^ • VXORI ' ET e 

ANTISTIiE • BIBLIDI * FILIiE. 

Elle est d'autant plus intéressante qu'elle porte le nom de la 
gens Antùtïa^ si fréquent dans l'épigraphie de notre province. 
Nous possédons en effet cinq inscriptions gallo-romaines où ce 
nom figure. Trois d'entre elles, qui figurent dans le recueil de 
Bladé, sous les numéros 57, 76 et 63, proviennent d'Auch : les 
deux premières, de l'enclos du prieuré de Saint-Orens, où elles 
furent mises au jour en 1867 ; les deux autres ont été découver- 
tes à Saint-Clamens ^, en 1886, et à Bédéchan ^ 

^ La dernière lettre du mot erotien.. a disparu dans la brisure du marbre. 

' Allmer, Revue épigraphique, 1887, p. 308. 

' Bladé, Épigraphie antique de la Gascogne^ n° 66. 



290 SOGliré ARCHjâOLOGIQUE DU 6BB6. 



COMMUNICATIONS. 



Les verreries dans le Qers : la verrerie de Montpellier, 

Par m. J. Mastbon. 

Aîgnan, ville principale de l'ancien comté d'Armagnac, paraît 
avoir été le centre principal de Tindustrie du verre durant 
plusieurs siècles. Les environs, très boisés, fournissaient le bois 
nécessaire pour approvisionner les verreries. 

A Test, le bois de Mazous; au nord, celui d'Aignan; au nord- 
ouest, les bois de Mauhic et du Bédat, près Béragelle ou 
Bergelle (Avéron) et Lestrade ; au sud-ouest, Lartigue ; au sud, 
Sous, avec leurs bois. Dépassant cette zone, au nord-ouest de 
Nogaro, le bois de Rigade; au sud-ouest, ceux de la Barthe et 
de Vallien. Dans le Fezensac, en dehors dé cette région, la forêt 
de Montpellier s'étendait sur le territoire de diverses commu- 
nautés. 

Parmi ces usines, on peut citer : Avéron, Lestrade, Lartigue, 
la Mazurque; Sous, dans l'Armagnac; celle de Montpellier, dans 
le Fezensac. 

A quelle date remontent ces verreries ? On ne peut préciser ; 
il est certain néanmoins qu'elles existaient dans l'Armagnac dès 
le xv** siècle. 

A quelle cause attribuer leur disparition? La pénurie du 
combustible ou plutôt les nouveaux procédés fournissant de 
meilleurs produits qu'un outillage routinier et incomplet. De nos 
jours même, les tuileries avoisinant la forêt de Montpellier 
tendent à disparaître par suite d'une fabrication défectueuse, du 
défaut de ressources des propriétaires pour une nouvelle instal- 
lation, ne pouvant résister à la concurrence d'Auch, Mirande, etc, 
fruit de l'association possédant des capitaux indispensables. Ce 
qui a lieu en ce moment pour les tuileries a pu se produire pour 
les verreries. 

Elles étaient exploitées par des familles qui paraissaient s'en 
attribuer le monopole, contractaient des alliances avec leur 



SIÎANCE DU 5 NOVEMBRE 1904. 291 

caste : leurs membres étaient gentilshommes verriers. Ils étaient 
jaloux de leurs prérogatives, énuméraient dans les divers actes 
leurs titres nobiliaires, fraternisaient avec la .noblesse des 
châteaux voisins, la conviaient dans les cérémonies. L'un d'eux 
même dans l'Armagnac signait ^ : « Dominus de Vitrina ». 

La noblesse de verre fut parfois en butte aux plaisanteries de 
la noblesse d'épée, notamment d'un châtelain du Fezensac, 
M. de Saint-Gresse, fier des privilèges de ses aïeux. La satire 
patoiso de Beautian, irrévérentieuse pour la plupart des nobles 
d'Armagnac, lui avait prêté son concours par des vers élogieux* : 

A Moussu de Sen-Oresso. 

Deu beziatge loa meilloa es Beruat de Sen-Gresso 
L'abesqu' y a chés cens ans loa disèuo la messo \ 

Heureux et fier de sa noblesse de vieille roche, d'après un 
dicton populaire * : 

Quand G... prestiuo loa pan bis^ 

T..., loa counseillè, n'èro qu'apprentis. 

Parlats-me de Monssa de Sen-Gresso, 

L'abesqu' y a chés cens ans loa disèuo la messo '. 

Le châtelain se montrait dédaigneux envers son voisin le 
gentilhomme verrier de la verrerie de Montpellier, le plaisantait 
en ces termes * : 

Votre noblesse est rainée, Gentilhomme de verre, 

Et ce n'est pas d'an prince. Si yons tombez par terre, 

Monsieur, que vous sortez. Adieu vos qualités. 

* Archives da château de La Plagne. 

' Familles historiques: Saint- GressCy par Noulbns. 

' A Monsieur de Saint-Gresse. 

Du voisinage le meillour est Bernard de Saint-Gresse 
L'évêque, il y a six cents ans, lui disait la messe. 

* Quand G... pétrissait le pain bis, 

T... le conseiller n'était qu*apprenti. 
Parlez-moi de Monsieur de Saint-Gresse, 
L'évêque, il y a six cents ans, lui disait la messe. 

^ Souvenirs d*en£ance de M^* E. de C, petite-fille maternelle de M. do Saint-Gresse. 

* Ibid. 



292 SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

L'organisation des verreries sous l'ancien régime, la nature de 
leurs produits, leur durée, leur disparition doivent éveiller 
l'attention des érudits vivant dans Tarnour du passé. Cette étude 
est nécessaire en ce moment où Ton cherche à faire revivre un 
passé digne d'égards, les chartes, les coutumes, tout ce qui eut 
les sympathies de nos aïeux. Il serait à désirer que des hommes 
compétents fissent des recherches à ce sujet dans la Gascogne, 
investigations ayant pour but une étude comparative. 

Examinons ce qui se rattache à une verrerie du Fezensac, à 
celle de la foret de Montpellier, étude qui offre un certain intérêt 
par son importance et par le rôle prépondérant de ses anciens 
verriers au xix® siècle. 

Verrerie de Montpelllert 

A l'est du village de Calh'an et au nord de Castelnau-d'Angles, 
sur la crête des coteaux séparant les vallons de l'Osse et de la 
Guirone, s'étend la forêt de Montpellier qui couvre une partie 
du territoire des communes de Castelnau-d'Angles, Riguepeu et 
Saint-Arailles. 

Son étendue, jadis considérable, a été restreinte par suite de 
défrichements récents; des champs cultivés, des maisons isolées 
sur les confins ont transformé la région : ce lieu jadis solitaire a 
fait place a la vie, au mouvement des tuileries construites au 
nord et k l'ouest. 

Les bois sis en Riguepeu se subdivisent en deux parties 
surnommées bois de la Ville et bois de Montpellier\ 

La première, ainsi désignée par allusion à l'ancienne bastide 
de Rigapello ou Riguepeu, fondée en 1270 et détruite trois 
siècles plus tard par une inondation occasionnée par le déborde- 
ment du ruisseau de Barbarie, petit cours d'eau ayant sa source 
dans la forêt. La communauté, privée de ressources, aliéna cette 
première division, par acte du 31 mars 1656, en faveur de Pierre 
de Busca, seigneur de Saint- Jean-d' Angles, fief à peu de distance, 
vers le nord-est ^ 

* Livres terriers de Riguepeu. 
' Archives de Barry. 



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1904. 293 

La seconde, désignée primitivement sous le nom de Monte- 
Guldano ou Mont de la Garde, le fut plus tard sous celui de 
Montpellier ou Mont élevé, point culminant des collines 
avoisinantes. 

Au centre, près du sommet, Thistorique chêne du juge : que de 
malfaiteurs y ont expié leurs méfaits, que de drames se sont 
déroulés sous son ombre ! 

Au sud-est, dans un vallon fertile, les derniers vestiges de la 
Grange d'En-Martin, premier établissement de la milice du 
Temple dans le comté du Fezensac, dans la baronnie d'Angles. 
Au sud-ouest, à l'origine du val de Cassaignard ou Cassagnard, 
la Verrerie, usine sans vestiges anciens, caractérisée par le 
séjour de plusieurs générations de gentilshommes verriers et 
notamment des Grenier ou Granier de Cassagnac. 

La forêt, lot de Belesgart, ou Bellegarde de Montesquieu, 
dame de Bazian, comme baronne d'Angles, par suite de la tran- 
saction de 1479, appartint aux familles de Lavedan, du Lyon, 
de Bourbon, de Godailles, Dalies, de Bellissens, de Mesnard, 
familles seigneuriales qui ont possédé successivement le fief de 
Bazian, lieu principal. 

L'usine était sise dans l'intérieur de la forêt, dans les dépen- 
dances du fief; les verriers doivent être considérés comme 
fermiers; à l'appui mentionnons : «9 janvier 1717. — Castelnau- 
d'Angles. — Inhumation de M. François Grenier, fermier \ y> 
Elle nécessitait le concours de plusieurs familles de verriers 
résidant en ce lieu ou dans les environs, les bâtiments adjacents 
étant très restreints. On se méprend sur le caractère et les 
habitudes des gentilshommes verriers; on les considère généra- 
lement comm^ des ouvriers occupant une position subalterne, 
préparant la matière, surveillant la transformation, exécutant les 
divers objets de verroterie : méprise, c'étaient des artistes dignes 
d'égards, de vrais gentilshommes, ils appartenaient à une caste 
privilégiée. Leurs alliances pures, leurs rapports avec la noblesse 

^ Parlement de Toulouse. 

' Registres de catholicité de Castelnau-d'Angles. 



294 socr&TÉ archjêologique du gebs. 

des environs le prouvent : nous les comparerons aux directeurs 
des manufactures ou des grandes usines. 

Le personnel placé sous leurs ordres se subdivisait en trois 
catégories : les ouvriers de l'usine, les bûcherons, les vendeurs. 
Les premiers prenaient part aux travaux intérieurs, tâche pénible 
et nécessitant une vigilance continuelle. Réduits à une existence 
sédentaire, ils avaient peu de rapports extérieurs : on les sur- 
nommait ce huguenots y>. La tradition populaire, fidèle écho de la 
demeure familiale, relate que ce surnom avait pour cause leur vie 
antireligieuse; elle ajoute néanmoins qu'on les voyait parfois 
en extase au pied des grands chênes, absorbés dans la médita- 
tion, insensibles à toute distraction. Les seconds ou bûcherons, 
opérant des coupes de bois, le préparant, le transportant à la 
verrerie : ils appartenaient généralement à la région. Les 
troisièmes ou vendeurs, marchands ambulants, écoulaient dans 
les environs, en dehors même des communautés limitrophes, les 
divers produits de la verrerie. Une hotte placée derrière le dos, 
avec deux grands bâtons devant servir de point d'appui pour 
alléger, renfermait les objets en verre que ces vendeurs colpor- 
taient de porte en porte \ 

A cette colonie isolée au milieu des bois, éloignée des villages 
ou agglomérations voisines, un centre principal pourvu du confort 
indispensable était urgent; un verrier. Fris Lassalle, songea à 
une installation. Etranger an pays, venu des Pyrénées, il fit 
construire à l'ouest de la forêt, sur un point culminant, une 
maison de modeste apparence qu'il décora pompeusement du 
nom de o: Marquis ». Il avait songé, au début, à lui imposer son 
nom, il dut y renoncer par suite de la Salle de Rambos, ancienne 
construction des Templiers, sise non loin vers le nord-ouest, 
coïncidence pouvant prêter à confusion. Cette maison, moitié 
auberge, moitié cabaret, devint un lieu d'attraction, le rendez- 
vous d'une société cosmopolite après un labeur quotidien ^ 

Cette usine n'eut qu'une existence éphémère, le bois n'étant 

* Faits relatés par M. Bertrand CassassuE, vieillard octogénaire, fils d'un ancien 
bûcheron. 

* Idem. 



SEANCE DU 5 NOVEMBRE 1004. 295 

point suffisant pour Talîmenter : elle fut abandonnée dès les 
premières années du Consulat ou de l'Empire. Peu après, une 
tuilerie s'éleva à peu de distance vers l'ouest : elle prit le nom 
de Verrière. 

On retrouve çà et là, dans les champs avoisinants, des frag- 
ments de verre, seuls indices de l'ancienne verrerie de Montpellier. 

Familles de verrière. 

Vers la fin du xvii® siècle, mentionnons les familles de 
verriers^ : à Callian, de Robert; à Castelnau-d' Angles, de 
Laspeïres, de Lassalle; à Riguepeu, de Nouguès; dans les 
dernières années, les de Grenier, venus par alliances avec les 
verriers primitifs, famille étrangère à la région, subdivisée en un 
grand nombre de branches. Elle avait son blason comme les 
représentants des anciens preux ^ : De gueules à lafasce cPor^ en 
chef deux molettes d'éperon de même et en pointe dun agneau 
passant dargent^ armes modifiées par les branches, car l'une 
d'elles, les Grenier, sieur de Luquet, plus tard Castaignet, enfin 
Castanet, prend ' : Écartelé 1 et 4 de gueules au lévrier d'argent 
accolé de gueules^ bouclé et cloué d'or^ horde de 8 crénaux d'or; 
au 2 et 3 d! argent^ à une cotice de pourpre bordée de gueules à 
6 crénaux d'argent 

Le berceau primitif de cette famille, implantée à la Verrerie, 
était Saint- André, canton d'Aurignac (Haute-Garonne). Aux 
environs de Saint-André s'étendait une vaste forêt désignée sous 
le nom de Salers; là existait une verrerie exploitée par des 
gentilshommes verriers, qui, trop nombreux dans cet endroit, 
contractèrent des unions à Sous, à la verrerie de Montpellier, et 
s'y fixèrent. 

Examinons les principales branches des Grenier se rattachant 



^ Archives munipales de ces communes. 

• MoNLEZUN, Supplément 647-641. 
' Idem, Ibid. 

* Registres de catholicité de Saint- André (Haute-Garonne). 



296 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

à la verrerie en vue, leurs unions, leur filiation, les actes divers 
jusqu'au moment où elles quittent Tusine. 

Sieurs de Luquet^ Castaignet^ Castanet^. — Noble François 
de Grenier, auteur de cette branche, s'unit à demoiselle Jeanne 
de Nouguès ou Noyé, de la paroisse de Riguepeu. En 1706, 
union de son fils, Jacques de Grenier, sieur de Luquet, avec 
demoiselle Marguerite de Rosis de Lasscrre; il n'exerce plus 
son métier, réside sur la propriété de sa femme à la Moutouère 
(Callian). 

En 1737, union de Simon de Grenier, sieur de Luquet, avec 
demoiselle H^nric Danvignes, de Cazaux-d'Angles. 

En 1776, union de Jacques de Granier de Castaignet ou 
Castagnet avec demoiselle Elisabeth de Rességuier, des seigneurs 
de Juillac; il transforme Grenier en Granier, remplace Luquet 
par Castaignet. 

Après la Révolution, son fils Ambroise s'unit à demoiselle Julie 
de Torné (Bagnères) ; il transforma le nom de famille et fut dès 
lors Ambroise de Castanet : l'appellation primive avait disparu. 
Sa fille s'allia aux Maignon, ceux-ci aux de Tauzia; cette 
branche des Grenier prit fin. 

Sieurs de Barros ou Baros^. — Noble Jean de Grenier, 
originaire de Sous, épousa, en 1704, demoiselle Jeanne de 
Laspeïres, de Castelnau-d' Angles; il se fixa dans cette localité et 
coopéra à la fiibrication du verre jusqu'en 1720. Dans les divers 
actes figurent en qualité de parrains et de marraines : noble 
Jean de Grenier, sieur de Lasplaignes, et demoiselle Marie de 
Robert; noble François de Barros et demoiselle Marguerite 
Desparron. 

Sieurs de Bedoues ou Bedours ^ — Noble Pierre de Grenier, 
sieur de Bedoues ou Bedours, s'unit à demoiselle Marie de 
Robert, ftmiille de verriers connue à Callian et à Avéron. Son 
fils, Benoît de Grenier, sieur de Bedours, épousa Marie de 

* Registres de catholicité de Callian (Gers). — L'étude ci-jointe complète celle 
donnée par les Documents historiques sur le Rouergue^ supplément, 1902. 
' Registres de catholicité de Castelnau-d'Angles. 
^ Idem. 



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1904. 297 

Lassalle vers 1738 et disparaît en 1741. Cette dernière était la 
petite-fille de Fris Lassalle, nommé autre part, qui, retiré dans 
sa maison du Touzan (Riguepeu), y mourut le 15 mars 1738, à 
Tâge de 103 ans; il fut enseveli dans le cimetière Saint-Martin, 
sous les nom et surnom de Fris Lassalle dit Marquis. 

Les trois branches énumérées ci-dessns figurent en même 
temps sur les lieux, font baptiser leurs enfants à Castelnau- 
d' Angles. Nous observons néanmoins qu'il existe peu de décès, 
ce qui prouve un séjour momentané, suivant les exigences de la 
verrerie, population nomade, se rendant alternativement dans 
d'autres usines, soit à Avéron, Sous, etc. A Callian, à Riguepeu, 
pas d'inhumations; à Castelnau-d' Angles, figurent : 24 mai 1709, 
Marie de Laspeïres; 16 janvier 1716, Marie de Robert; 17 janvier 
1716, Louis de Grenier; 6 février 1716, François de Grenier; 
9 janvier 1717, François de Grenier; 1718, Sucrai, verrier. 
Ce dernier est étranger à la verrerie en vue; il appartenait aux 
Sucrai ou Sucré exploitant la verrerie de Lartigue. 

Une quatrième branche arrive vers 1740 et supplante les 
autres; examinons-la dans sa filiation avant et après son arrivée 
à la Verrerie. 

Sieurs de Cassatgnac ou Cassagnac. — Le 19 juillet 1702, 
noble Joseph de Grenier, sieur de Cassaignac, gentilhomme 
verrier, s'unit à demoiselle Marguerite de Grenier; le susdit 
natif de Saint-André (Haute-Garonne) et la future originaire 
d'une paroisse voisine, en présence de nobles Jacques de Grenier, 
sieur de Terretrum, et de Jean-François de Grenier, sieur de 
Lacroux, gentilshommes verriers \ 

Leur fils, Jean de Grenier, sieur de Cassaignac, né à Saint- 
André, le 30 septembre 1706, épouse à Avéron, près Aignan, 
demoiselle Marie de Robert ^ Ils se fixent peu après h, la verrerie 
de Montpellier; cette nouvelle branche des Grenier figurera 
seule désormais dans la direction de l'usine. Jean de Grenier 
teste à la Verrerie, le 13 juin 1759 ^, y décède le 7 mai 1762 et est 

* Registres de catholicité de Saint-André et d' Avéron. 

' Idem. 

' Etude Campnzan, à Cazaux. 



298 SOCIIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 



enseveli dans la chapelle Notre-Dame de Pitié de Castelnau- 
d' Angles \ 

Joseph de Granier de Cassagnac, né au susdit lieu, le 1®* mars 
1741, s'unit, le 28 novembre 1769, à demoiselle Elisabeth de 
Delort, de la paroisse de Castelnavet ^ Imitant l'exemple des sieurs 
de Luquet, il avait transformé complètement les deux parties de 
son nom et signe ^ : <( Granier de Cassagnac ». Ce fait fut dès 
lors acquis dans les actes successifs notamment* : 8 février 1771, 
mariage de Joseph de Robert avec Madeleine Lamothe-Trempat; 
8 octobre 1778, union de Pierre-Paul de Delort et Catherine 
Caussade. 

Pierre-Paul Granier de Cassagnac, né à Callian, le 23 avril 
1771, qualifié de directeur de la verrerie de Montpellier, contracta 
deux alliances* : V le 26 brumaire an II, il épouse, à Beau- 
marchés, demoiselle Elisabeth-Gabrielle Lestrade, qui fut mère 
de : Madeleine, René-Joseph, Pierre- Joseph; 2"" le 21 vendémiaire 
an XIV, il s'unit, à Aignan, à demoiselle Ursule Lissagaray, 
qui donna naissance à plusieurs enfants : Bernard-Adolphe, Jean- 
Marie, Marie-Joseph, Louis-Caprais, Marie-André, Caprais et 
Denis. Pierre-Paul Granier de Cassagnac quitta sa verrerie en 
ruines et s'établit à Béragelle ou Bergelle, près Avéron, usine 
qui subsista encore quelques années. Ce fut le dernier verrier de 
la verrerie de Montpellier. Cette dynastie d'anciens verriers, qui 
avait pris naissance à Saint-André (Haute-Garonne), venue par 
alliance dans le Fezensac, disparut désormais. 

Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac, fils du dernier verrier, 
quitta la France, s'établit à Fort-de-France, devint journaliste et 
s'unit à la fille d'un planteur, demoiselle Marie-Madeleine-Rosa 
de Beaupin de Beauvalon, mère de : Jeanne, Paul, Louis, 
Georges et Albert. 

^ Registres de catholicité de Castelnau-d'Angles, CastelDavet, Callian, Beanmarchés, 
AignaDf Avéron, Avéron-Bergelle. 

* Idem. 
' Idem. 

* Idem. 

* Idem. 



SÉÂliTCE DU 5 NOVEMBRE 1904. 299 



Les descendants des anciens verriers joueront désormais un 
rôle politique prépondérant; tour à tour journalistes, écrivains^ 
orateurs, ils excelleront dans ceë diverses situations. 



Cahier des doléanoes de la oommunauté d'Ansan, 

Par m. Sancb. 

M. Sance communique à la Société les cahiers des doléances 
de la communauté d'Ansan. Ce document est d'autant plus inté- 
ressant que les cahiers des paroisses ayant depuis formé le dépar- 
tement du Gers sont à peu près inconnus, alors qu'au contraire 
Is ont été conservés et abondent dans d'autres régions. Cette 
rareté est regrettable, car c'est là, bien mieux que dans les 
compilations plus générales, que Ton peut saisir les desiderata 
des Français de 1789. 

Il faut bien dire cependant que les cahiers (et il ne pouvait en 
être autrement) sont presque toujours et presque partout Tœuvre 
du petit nombre, de Télite qui s'est substituée à l'universalité 
des électeurs que leurs goûts, leurs habitudes et leur ignorance 
rendent étrangers à ce genre de préoccupation. Les gens 
instruits, et parmi eux il faut, dans chaque paroisse, mettre le 
curé, sont donc les auteurs de la forme comme du fond. C'est 
sans doute à cela qu'il faut attribuer l'importance que tient dans 
lés cahiers d'Ansan la question de la dîme et des revenus 
ecclésiastiques. Trois fois le rappel du dogme de la souveraineté 
de la nation en ce qui concerne le paiement de l'impôt semble 
être un écho du Contrat social. 

Ajoutons que parfois il ne s'est rencontré dans la paroisse 
aucun esprit assez actif pour élaborer le mémoire demandé. On 
se contente alors de copier tout simplement les cahiers d'une 
paroisse voisine moins apathique. 

Réanion des états généraux tous les cinq ans. 
Bénnion des états provincianx tons les ans. 

Nomination des ministres par le Roi, sar une liste de trois candidats four- 
nie par les états. 



300 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Responsabilité budgétaire des ministres. 

Les impôts seront votés par les états, mais seulement quand les autres 
questions seront épuisées. 

Réforme et généralisation de l'impôt par la suppression des privilèges 
personnels et réels. 

Suppression des intermédiaires et publication d'un règlement fixe pour le 
recouvrement de T impôt. 

Uniformisation de la dîme dans toutes les paroisses. 

Le produit de la dîme sera partagé en quatre parts entre Tévêque, le curé, 
l'église et les pauvres. 

Liberté individuelle : il n'y aura plus d'arrestations arbitraires. 

Diminution des droits de justice et de la durée des procès. 

Réduction du nombre des fonctionnaires fiscaux. 

Les paysans seront exempts de la milice. 

Tels sont les vœux de la communauté d'Ansan, vœux fort 
simples, fort raisonnables et fort peu révolutionnaires. II est 
curieux d'y rencontrer dès cette époque les plaintes pittoresques 
contre le nombre des « comis... cette armée de fainéants inutilles 
à TEtat... ces sensuës du royaume», qui coûtent (( 93.750 livres 
par jour... sans à ce comprendre ceux qui sont à haut grade, d 
Que nous sommes loin des 93.750 livres ! 

Cahier des doléances et réclamations^ que présentent à Messieurs composant 
rassemblée de la sénéchaussée d'Armagnac, les habitants et bientenans de la 
communauté d^Ansan, 

La communauté demande que les députés aux états généraux supplient 
Sa Majesté de vouloir bien leur faire remêtre sous les yeux l'état général du 
royaume, avec Vétat de la depence; 

Après avoir comparé les revenus de l'Etat avec la dépence, abolir tous les 
impots déjà créés, comme ayant été établis sans le consentement de la nation; 
rétablir néanmoins une capitation pour attaindre les capitalistes; 

Former ensuite un seul et même impôt temtorial relativement aux besoins 
de l'État; après les réformes et supressions superflues faites des abus qui ce 
sont introduits dans toutes les parties, autant qu'il paroitra à leur connois- 
sance, il seroit prudent de n'établir l'impôt qu'après qu'on aura statué sur 
tous les articles cy après : 

Lequel impôt sera réparti sur tous les bienfonds du royaume en général 
sans aucune exception ny distingtion, tant nobles qu'eclési astiques, même 
que la portion des dîmes perçues par les decimateurs seront cotisées relative- 
ment à leur produit; 



SIÎANCE DU 5 NOYEMBRB 1904. 301 

£fc an cas qne led. impôt territorial n'anroit pas lien, demander qne tons 
les biens nobles soient cotisés à la taille; et le revenn des decimatenrs anx 
vingtièmes; et que le payement des impositions ne pnisse avoir lien qu'après 
que la récolte sera perçue; ny les débiteurs éprouver aucuns fraix avant le 
premier octobre de chaque année. 

Les besoins de l'État intéressent en général tous les individus du royaume, 
il est de tonte justice que chacun y contribue selon ses forces; 

Assigner ensuite à chaque département les fonds nécessaires à leur depence, 
obliger les ministres à rendre compte tous les ans au directeur général des 
finances, et celui-cy à l'État; les rendre responsables de la comptabilité des 
fonds qui leur auront été assignés; et en cas de divertissement qu'on sévira 
contre eux selon la force des loix; 

Lorsqu'il y aura quelque changement à faire parmi les ministres, l'État 
proposera trois sujets, parmi lesquels le Roi choisira l'un d'entre eux; 

Lorsque les provinces sauront la contribution qu'elles devront fournir, 
chacune sera tenue de faire passer le montant de sa contribution directement 
au trésor royal, pour suprimer en entier les sensûës du royaume qui par 
leur multitude absorbent la plus grande partie du révenu de l'État; et qui 
sou vaut ont prêté an gouvernement notre propre argent sur des gros intérêts; 

Demander la liberté générale de tous les citoyens, et par cet ordre la 
supression totale des létres de cachet; qu'aucun individu ne pourra jamais 
être arrêté qu'après que le procès lui aura été fait; 

Demander que la dîme soit payée à l'égal dans toutes les paroisses du 
dioceze, pour éviter par la les contestations et les procès seofin entre les 
decimatenrs et les decimables, qui ruinent le plus souvant les communautés 
et qui sont d'un très mauvais efPait pour la religion; 

Il faut établir que la dîme sera payée à l'avenir de dix un sur les bleds et 
antres grains et sur la vendange; que les légumes et menns grains qui se 
sèment sur les guerets soient exempts de dîme, n'étant que le profit de l'in- 
dustrie du cultivateur; 

Qu'il y aura sur chaque production des fruits sujets à la dîme, la distrac- 
tion d'une cotte d'iceux pour former la semence, qui sera exempte de dîme, à 
raison de tant de gerbes par concade, arpent ou cazal; 

Et comme les fourrages sont si rares, demander que la dîme du foin soit 
suprimée; cette denrée si precieuze étant nécessaire au cultivateur pour 
l'entretien du bétail des labourages et engrais des terres; qui tournent 
autant an profit du decimatenr que du propriétaire. 

Lors de l'établissement de la dîme il fut statué, par des loix très sages, 
qu'une portion d'icèlle appartiendroit à l'évéque, une autre portion à celluy 
qui scroit chargé du service de la paroisse, une autre portion pour les pauvres 
d'icèlle, et une autre portion pour l'entretien de l'église et logement du 
decervant. 

Depuis cette époque, messieurs les decimatenrs se sont emparés de ces 

21 



302 sociérÉ archéologique du gbrs. 

denx dernières portions de dîme; et encore on voit dans certaines paroisses 
qa'à peine on donne à celluj qni est chargé de faire le service de qnoi s'entre- 
tenir selon son état. 

Ces deux dernières portions de dime sont dévénnës en surcharge aux deci- 
mables; étant chargés de fournir et entretenir un logement aux décérvans 
selon leur état; construire et entretenir les églises; à peine messieurs les 
decimateurs contribuent à Tentretien des sanctuaires; 

Il faut donc, pour mètre la paix entre les decimateurs et les decimables, 
faire rémonter la dîme à sa première institution, c'est à dire qu'une partie 
d'icelle appartienne à Tévéque, une autre à cellni qui sera chargé du service 
de la paroisse, une autre partie aux pauvres d'icelle, et une autre partie pour 
Tentretien de Téglise et logement du décérvant. 

Par cest ordre on verra la tranquillité dans les paroisses, Facroissement de 
la religion, les pauvres secourus dans leur misère, les églises et maisons pres- 
biterales en meilleur état qu'elles ne sont actuellement, prenant pour cella 
dans chaque paroisse les précautions nécessaires pour que ces fonds ne fus- 
sent divertis, pour cella nommer un sindic pour chaque partie, lesquels 
seroient tenus de rendre compte chaque année à l'État. 

Messieurs les decimateurs se récrieront injustement contre cette demande, 
jamais la nation n'a donné son consentement à cette intervention des loix. 

Les personnes proposées (sic) ^ pour le fisc étant juges et parties, interprè- 
tent toujours à leur avantage les règlements et ruinent par cest ordre tous 
ceux qui ont à faire à eux; 

Il faut donc suprimer leurs tarifs obscurs, qui les autorisent tous les jours 
à des extortions criantes; former un règlement dont ils ne puissent jamais 
s'écarter, et qui assure la perception des droits et la tranquilité des citoyens; 
abolir même les dix solz pour livre qu'on a augmenté sans le consentement 
de la nation. 

Il est un abus duquel il est essentiel de s'occuper, pour tacher à y remé- 
dier. La ferme générale employé soixante quinze mil comis, à qui elle donne 
vingt cinq sols à chacun par jour, de manière qu'on employé quatre vingt 
treize mil sept cent cinquante livres par jour pour cette armée de fainéants 
inutilles à l'État; sans à ce comprendre ceux qui sont à haut grade; ne 
seroit-il pas possible, en reculant les barrières de la gabelle aux seules fron- 
tières, d'épargner une grande partie de cette énorme depence. 

Nos campagnes sont désertes, nous manquons des bras pour la culture de 
nos terres, il faut, pour empêcher la désertion des cultivateurs, que tous les 
laboureurs quelconques soient exempts de la milice; et qu'on ne puisse jamais 
les y appeller qu'eii cas de grande nécessité. 

Pour prévenir les dérangements des finances de l'État et augmenter et 
diminuer les impots selon les besoins, arrêter que les états généraux seront 

* Sans doato pour préposées. 



SÉANCB DU 5 NOVEMBRE 1904. 303 

convoqués tons les cinq ans; former des états provinciaux dans tontes les 
provinces, à qui on sera tenu de rendre compte tons les ans de Tétat dn 
royaume, pendant Tintervale des états généraux; et que dans aucun cas le 
gouvernement ne puisse engager les revenus de l'État par des emprunts. 

Changer Tordre dans l'administration de la justice, en raprochant la justice 
des justiciables; fixer un terme pour la définition do tous les procès, afin 
qu'ils ne soient pas éternels et ruineux aux familles; diminuer les droits de 
cette énorme multitude de cours, de sabatine et de vérification, employées 
dans les plus petites aflPaires et qui ruinent les parties; diminuer les droits 
des procureurs, en ne tollérant jamais qu'ils puissent prendre plus de deux 
droits de présentation et droit de conseil dans chaque aflPaire; et quand au 
criminel, que les prisonniers seront jugés dans l'an, pour ne pas ruiner l'État 
par une détention éternelle de ces malheureux; 

Faire rendre compte aux receveurs généraux des finances an par an, pour 
voir s'ils n'ont pas des fonds en main et s'ils ont vercé lesdits fonds, à pro- 
portion qu'ils les ont reçus, dans le trésor royal, ou s'ils en ont mis de cotté 
pour en faire leur profit en les plassant à gros intérêt; dans ce cas leur faire 
rendre compte. 

Il e&t bien évidant que les états généraux ne peuvent s'occuper, comme 
nous l'avons dit si devant, de l'impôt territorial, qu'après avoir statué sur 
tous les autres articles, l'impôt ne devant être que relatif au besoin de l'État; 
et on ne peut connoitre au vray les besoins qu'après qu'on aura vu le produit 
que donneront les réformes et supressions des abus multipliés à l'infini dans 
toutes les parties. 

Fait et arrêté au fond ce treize mars mil sept sents quatre vingts neuf. 

^ EsQuiRO, Idrac, Costbnx, Laffittb, Dupuy, Petit, 
BuousTB, RouMOS, DuFAUR, Tauriac, ^tt^é, président 
et député, Ayraud, greffier. 



Fonte et baptême de oloohe à l'Isle-d'Arbeyssan, 

Par m. Castaignon. 

C'est grâce encore à la bienveillance de M. le comte de Noé 
que nous pouvons présenter à la Société Archéologique deux 
documents très précieux et très intéressants. Le premier est un 
traité de 1557, sur l'achat d'une horloge; le second est la relation 
de la cérémonie religieuse faite à l'occasion de la bénédiction de 
deux cloches, l'une destinée à ladite horloge, l'autre, pour le 
clocher de l'église. 



304 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Nous aurions. voulu accompagner cette communication d'une 
notice historique, nous n'avons malheureusement rien trouvé 
dans les archives municipales, ni ailleurs, qui nous ait permis de 
préciser la durée des campanes de Lisle d' Arheyssan. Cependant 
sur l'une de celles qui sont actuellement au clocher, on lit 
l'inscription suivante : 

M. s. R. MARC ROGER DE NOÉ, SEIGNEUR ET BARON DE l'iSLE, 
BRIGADIER DES ARMEES DU ROI, ET CHARLOTTE DE COLBERT SON 
ÉPOUSE, 1732. 

Ce qui semble indiquer que Tune des cloches de 1557 a été 
refondue en 1732. 

Les cloches existant actuellement, fondues eu 1878 et 1900, 
ont été données par la famille de Noé. 

L*an mil cinq cens cinquante sept et le onziesme jour da moys d'aonst, 
dans la yille de Lisle Darbeyssan, diocèse d'Anx, comté de Fezensaç et 
sénéchaussée d'Armaignac, régnant très crestien prince Henry, par la grâce 
de Dieu, roy de France, en présence de moy notaire royal et tesmoingz 
soubz nommés, establys et personnellement constitué, ledict maistre Jehan 
Ronssellet, maistre campanier, de la ville de Chasteaa-Nenf de Maignoac 
habitant, leqael de son bon gré, pure, franche et libérale volancté pour luy, 
ses hoirs et successeurs à Tadvenir, a recognu et confessé à debvoir et estre 
tenu au scindic des consulz, manans et habitans de ladicte Tille de Lisle, 
scilicet : Ramond Agut, dict Ramonct, et Bernard Arquier, Faure, syndicz 
desdicts consulz, manans, habitantz illec, présens, stipulans et recebvans, 
assavoir : une cage de fer de rellouge garnye de roues et autres chouses et 
harnoys nécessaires pour pourter le mailh, pour sonner et frapper sur une 
campane du pays de cinq quintalz ; et sera tenu la mectre et pousser au lieu 
où plaira aux messieurs les consulz et conseilliers de ladicte ville et faire 
demeurer le maistre qui aura faict ledict rellouge après l'avoir pousé dans 
ladicte ville par l'espace de huict à quinze jours pour monstrer et apprendre 
à quelque personnage de ladicte ville à tendre et faire sonner ledict rellouge; 
et lesdicts syndicts seront tenuz faire les despens de bouche audict maistre et 
autres serviteurs pendant le temps qu'ils demeureront à pouser ledict rellouge 
et à monstrer d'icelluy, faire sonner, et fournir, et faire toute manaouvre pour 
le montement de ladicte cage; laquelle cage dudict rellouge ledict Ronssellet a 
promis paier et rendre dans ladicte Tille à ses dépens entre icy à la feste de 
Toussainctz prochain venent et a promis demeurer \k où ladicte cage ne 
demeureroit bien; et si rien par son défault se desbauchoit par l'espace d'un 
an à compter du jour qu'il accommencera à sonner, saulfz que là où aulcune 



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE Î904. 305 

pièce Beroit gastée par le défanlt dn gonvernenr dudict rellonge, que alhors 
ne seroit tena 7 demenrer bien si ladicte cage n'estoit bien faicfce, ci 7 falloit 
rien, car sera tenn la réparer à ses dépens jnsques à ung an après comme dict 
est anssi^ là où la cloche grande qa'il a reffbndae et refPaicte andict clochier 
de Lisle ponr certaines ulcères ou petites faaites qa'est en icelle se perdroit 
on romproity ledict maistre Ronssellet a promis 7 demenrer par nng an 
prochain; toutefPb7B, si à fanlte du sonneur se perdroit ne sera tenu 7 
demeurer. Et ce soubz obligation et exprès h7ppothècque de tous et chacun 
ses biens meubles et immeubles présens et advenir, lesquelz pour ce faire 
ensemble sa propre personne il a soubmiz et soubmect aux rigueurs et 
compulscions des cours et scelz de Messieurs les séneschalz et juges ordinaires 
de Tholoze, Armaignac, Fezensac, Maignoac, baille et consulz de ladicte ville 
de Chasteauneuf et de Lisle et à toutes autres cours du présent ro7aulme de 
France, par lesquels et chescune d*icelles veult estre constrainct et compellé 
par prinse, vente, aliénnation et subastraction de ses dicts biens, par oppou- 
sitîon de bain (ban) et garnison d'ung d'eulx ou plusieurs sergens et de sa 
propre personne caption et arrestation, etc., et a renoncé, etc.. Et ainsin Ta 
promis et juré, etc.. De quoi, etc.. Présens adce : discret homme maistre 
Antboine Roquezan, prebstre, maistre Anthoine de La Cassagne et Jehan 
Roquezan, de ladicte ville de Lisles habitans, tesmoingz adce appelez, et 
moi Jehan de Cahuzac, notaire ro7al de la ville de Barran Fezensac, 
habitant soubzsigné : 

De Cahuzao, notaire royal (1557). 

L*an mil cinq cens cinquante sept et le septiesme jour dn mo7S de juillet, 
par sires Jehan Forcade, Jehan de la Marque, Pierre des Bergiers et Jehan 
de Bénac dit Pontic, consulz de la ville de Lisle Darbe7ssan, fust baillé à 
maistre Jehan Ronssellet) maistre campanier de la ville de Chasteauneufz de 
Maignoac habitant, à refaire Tune et la plus grande des deux grandz cloches 
du clochier de Téglise paroissielle Sainct-Pierre de ladicte ville de Lisle, 
laquelle estoit rompeue et estoit du pois de quatre quintalz et soixante- 
quatre livres. Aussi la charge de faire autre cloche pour le relouge dudit 
Lisle et la cage dudict relouge de fer garn7e de roues et autre garniture 
nécessaire pour la 8onnar7e, mouvement et faire sonner ledict rellouge. 
Lesdictz consulz auroient accourdé et convenu donner audit maistre campa- 
nier la somme de cinquante cinq livres tournoises; laquelle cloche grande 
dudict clochier ledict maistre Jehan Ronssellet auroit fundue et rcfaicte au 
devant la dicte église le jour et feste la transfiguration de Nostre Seigneur, 
sixiesme jour du mois de aoust, an susdict mil cinq cens cinquante-sept, 
qu'estoit le vendredi env7ron Theure de vespres. Aussi ledict jour mesmes au 
lieu susdict auroit faicte ladicte cloche pour ledict rellouge; et faist dict par 
ledict maistre que à cent Hues à tout renv7ron de ladicte ville de L7sle 
n'avoit treuvé n7 ne 7 a meillieur terre pour faire le molles des campanes 



306 SOCI^T^ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

qu'en andict lien assavoir aa dayant la grand porte de ladicte église sonbz 
Tenban an près le pilier de pierre que porte lediet enban. Lesquelles pujs 
après anroient esté pojsées et anroient esté trouvées du pojs assavoir : 
ladicte grand cloche de six quintalz moingz une livre et ladicte cloche dndict 
relouge du pojs de cens quatre vingtz doutze livres. Et pour icelles lediet 
maistre avoir fournj trojs cens douze livres et ung quart de métal, à raison 
de six solz tournois Tune; lesquelles deux campanes ou cloches feurent le 
dimanche après huitiesme jour dndict mois d'aoust et au susdict baptisées 
dans ladicte église par discret homme maistres Njcollas de Villa, prebstre 
et convicaire de ladicte église, assistans discretz hommes maistre Guillcm 
De Lort, Anthoine Roquezan, Ramond de Lort, aussi convicaires de ladicle 
église, Pierre Marque, Jehan De Lort et Bernard Cassaigne, prebstres 
audict Lisle; laquelle grande cloche par lesdictz consulz, suyvant la délibéra- 
tion de leur conseil, feust donnée en filheule à nobles Jehan Darbeyssan et de 
Lisle, escuyer, seigneur et baron dndict Lisle, et damoyselle Gabrielle de 
Chasteau-Vernun, maryés, et ladicte cloche dndict rellouge ausditz Jehan 
Forcade et Jehan de La Marque, consulz, mais d'aultant que lediet seigneur 
et baron susdict estoit au service du Roy à la guerre du pays de Picardie, par 
ladicte dame sa femme, feust emprunpté sire Jehan Danre, marchand de 
la ville de Barran, pour tenir le lieu au nom dndict seigneur au baptesme de 
ladicte grand cloche, laquelle dame marrine et ledit Jehan Daure, au nom 
dndict seigneur parrin de ladicte grand cloche, assistarent audict baptesme, 
assavoir : ladicte dame comme marrine et lediet DaurQ comme tenent la main 
dudict seigneur parrin propre; à laquelle cloche grande feust pousé le nom 
dudict seigneur et son nom appelle Jehan; et à ladicte cloche dudict rellouge 
assistarent lesdictz Jehan de Forcade et Jehan de La Marque, consulz, 
comme parrins d'icelle et lesdictz Pierre des Vergiers et Jehan de Bénac, 
aussi consulz, et luy feust pousé le nom desdicts Forcade et de La Marque et 
de son nom aussi appelé Jehan ; et ainsin feurent baptizées et appellées de 
leurs noms Jehan, bien honnourablement et avec grande magniffisence et 
sumptuosité comme le cas le requiert. Assistant les qui dessus et plusieurs 
autres manans et habitantz de ladicte ville de Lisle et moy Jehan de Cahuzac, 
notaire royal de ladicte ville de Barran, habitant soubzsigné. 

De Cahuzac, notaire royal (1557). 



Installation d'un juge -mage à Auch, 
Par m. a. Miégevillb. 

Le procès- verbal des obsèques de Bernard Daspe, juge-mage 
au présidial ll'Auch, a été publié dans les Soirées archéologiques \ 

* Soirées archéologiques y t. VI, p. 29. 



SIÉANOB DU 5 NOVEMBRE 1904. 307 

Il nous a paru intéressant de reproduire ici le récit de l'installa- 
tion d'un de ses successeurs. Le juge-mage était, comme chef de 
l'organisation judiciaire, un des premiers personnages de notre 
ville. Aussi, dans les deux circonstances, voyons-nous toutes les 
autorités et communautés s'intéresser aux cérémonies et y 
participer. Ce sont là des événements dans la paisible cité. Les 
artisans prennent les armes pour rendre honneur aux magistrats, 
et un important cortège se déroule à travers la foule accourue 
pour les voir passer. Les détails du voyage du conseiller délégué 
par le parlement de Toulouse pour procéder à l'installation sont 
eux-mêmes assez curieux. 

Il manquerait quelque chose au tableau, s'il ne surgissait pas 
en l'affaire une de ces contestations de préséance qui si souvent 
troublèrent les cérémonies de l'ancien régime et parfois finirent 
par des coups. Heureusement, les hommes sensibles de la fin du 
xviii® siècle n'en viennent plus aux mains, comme leurs prédé- 
cesseurs; leur superbe est tempérée par leur politesse. Tout en 
étant en désaccord, ils ont l'un pour l'autre de a: l'attachement y>. 

L'an mil sept cent soixante-huit et le quatrième jour du mois de juillet, 
par-devant nous Jean-Gui-Marie de Lalo \ conseiller du Roy en sa cour du 
parlement de Toulouse, première chambre des enquêtes d*icelle, commissaire 
à ce député par arrêt de la cour du trente juin dernier, et dans notre hôtel rue 
Philatier, quatre heures de relevée. 

Est compareu La jus Doazan, procureur en la cour et de M® Joseph- 
Oabriel de Seissan de Marignan ^, pouryeu par le Boy de la charge de juge- 
mage, lieutenant général en la sénéchaussée et siège présidial d'Auch, lequel 
nous a dit qu'ayant été commis par ledit arrêt pour procéder à Tinstallation 
dudit M^ Seissan de Marignan il nous prie et requiert de vouloir bien partir 
de la présente ville pour nous rendre en celle d'Auch pour procéder à ladite 
installation, auquel efTet il nous a remis le susdit arrêt de la cour portant 
notre commission, et a signé : La jus Doazan, signé. 

Nous, dit conseiller et commissaire demeurant notre présent procès-verbal 
chargé des comparution, dire et réquisitions dudit Lajus Doazan lui en 
avons donné acte, ce faisant avons ordonné que nous partirons ce jourd'hui 

^ La famille de Lalo était originaire d^Auch. Sa maison se trouvait dans la rue de la 
Treille. 

' Joseph-Qabriel de Seissan do Marignan fut le dernier juge-mage du présidial 
d'Âuch. Il eut un conflit avec le baron d'Angosse, sénéchal, à propos de la convocation 
des États-généraux en 1789. 



308 SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

de la présente ville pour nons rendre en celle d'Anch, aux fins de notre 
commission, et en conséquence nons serions partis en poste vers la minuit, 
accompagnés de Gravier le fils, grefiîer de la conr, et étant arrivés grand 
matin à Gimont nons y anrions été complimentés à notre passage par les 
maire, consuls et échevins dudit lieu, et arrivés en la ville d'Aucfa, vers les 
neuf heures du matin du cinq du présent mois, nous y aurions donné nos 
ordres pour Tinstallation dudit M*' de Marignan être faite le lendemain matin 
six et aurions été visités et complimentés Taprès midj du même jour de 
notre arrivée par le corps du sénéchal et présidial de la dite ville. M® Carrëre, 
lieutenant particulier, à la tète et portant la parolle en Tabsence de M®* de 
Monlaur, lieutenant criminel, et de Mariol, lieutenant principal audit siège, 
par les maire, consuls et échevins de la dite ville, les procureurs audit séné- 
chal, les principal et professeurs du collège royal, les chapitres, autres corps 
et communautés ou compagnies de la ville. 

Et aveneu le lendemain sixième juillet mois courant, par-devant nons 
susdit commissaire et dans notre hôtel, à neuf heures du matin, est compareu 
Théodolin, procureur au sénéchal et présidial de ladite ville, assisté dudit 
M® Seissan de Marignan qui s'y serait rendeu pour nous remetre son placét, 
nous requérir et prier de vouloir bien nous rendre au palais aux fins de son 
installation en la charge de lieutenant général juge-mage dudit siège; et peu 
de temps après seraint arrivés M^ Carrère, lieutenant particulier, Brie et 
Courtade, conseillers, et Lurde, avocat du Roy, commissaires députés de la 
part de la compagnie qui seraint venus pour nous prendre et nous conduire, 
de même que ledit M% aux palais aux fins de son installation. 

Auquel effet nous dit commissaire serions partis de notre hôtel accompagné 
desdits commissaires, dudit M^ de Marignan et du greffier de. la cour pour 
nous rendre au sénéchal précédé d'une compagnie des différents corps de 
métier de la ville qui s'étaint mis sous les armes, des vallets de ville, de la 
brigade de la maréchaussée, le commandant de ladite brigade, en l'absence du 
prévôt, marchant à notre cotté gauche, où étant arrivés et dans la cour dudit 
siège nous en aurions fait avertir les officiers par un des deux huissiers qui 
nous avoint précédé et qui s'étoint aussi r^ndeus dans notre hôtel pour y 
prendre nos ordres et alors tous lesdits officiers seroint venus nous recevoir 
en robe et bonnet, M* de Monlaur, lieutenant criminel, à leur tête, et nous 
auraint conduit à la salle du conseil où après avoir receu les cartes de 
l'audiance de la main de M® Mariol, lieutenant principal, nous aurions 
ordonné la lecture de l'arrêt de la cour portant notre commission, et après 
icelle nons serions descendu à la sale de l'audiance accompagné de touts les 
susdits officiers et du susdit grefiiier de la cour précédé des mêmes huissiers, 
où après avoir entendu la messe nons avons pris notre place dans l'angle \ 

^ Comme on le voit, au présidial d'Aiich, ainsi qu'au Parlement, la place d'honneur 
se trouvait, non au milieu, mais dans un angle de la salle. 



SEANCE DU 5 NOVEMBRE 1904. 309 

H' de Monlanr, lieutenant criminel, étant à notre gauche et après lai M^ de 
Mario], lieutenant principal, qui nous auroit dit, à notre arrivée à la chambre 
du conseil, que M^ de Monlaur auroit mal à propos présidé sa compagnie à 
notre entrée et réception au siège; qu'il prétandait avec aussi peu de fonde* 
ment et au préjudice des droits de sa place prendre séance à l'audiance 
an-dessQB de lui dans cette occasion; que n'ayant point pensé a prévenir la 
contestation. M* de Monlaur l'ayant assuré deux jours auparavant qu'il n'en 
éleveroit aucune à cet égard, il ne vouloit pas néanmoins, dans cette circons- 
tance, par respect pour M. le commissaire et par attachement pour ledit sieur 
de Monlaur, troubler l'ordre de la cérémonie ou la retarder, que par ces 
motife il constatoit que, pour cette fois seulement et sans tirer à conséquence 
pour les droits de sa place, ledit sieur de Monlaur, lieutenant criminel, prit 
séance à l'audiance au-dessus de lui, à condition toutefois qu'ils fairoient 
ensuite décider leur contestation à l'amiable ainsi qu'ils venoient d'en 
convenir avec ledit sieur de Monlaur, et que notre procès-verbal en demeure- 
roi t chargé; les antres ofSciers du siège ayant leurs places ordinaires, le 
grefSer de la cour celle du greffier en chef dudit siège et au-dessus de lui, 
ledit M* de Marignan ayant resté dans le barreau au bout du banc des 
parties où l'on avoit placé un fauteuil exprès, ayant ordonné d'ouvrir les 
huies et de &ire entrer à l'audiance, nous avons fait commander le silence et 
fait réciter un placét avant cellui que ledit M® de Marignan nous .avait rerais 
pour son installation, et la recitation en ayant été faite, M® Dufaut, avocat, a 
pris la parolle et alors ledit M® de Marignan s'est levé pour l'assister; nous 
avons ordonné audit Dufaut de se couvrir et de faire couvrir sa partie; et 
après que ledit M® Dufaut a eu plaidé et conclu à l'installation dudit M** de 
Marignan, M*' Daubas, l'ancien des avocats du Boy, ayant été ouï, nous avons 
enjoint au greffier de la cour de faire lecture des provisions et des arrêts de 
réception et prestation de serment dudit M^ Seissan de Marignan en la 
charge de lieutenant général juge-mage audit siège, après laquelle M** Pagne, 
procureur du Boy, ayant été ouï, nous avons ordonné que tant lesdits arrêts 
de la cour que les provisions dudit M** Seissan de Marignan seroient registrées 
ez registres dudit siège, aux officiers duquel nous avons enjoint de le 
reconnoitre pour lieutenant général juge-mage et à tons autres qu'il appar- 
tiendra de lai obéir en ladite qualité. 

Après quoy nous avons ordonné a un des huissiers de faire avancer ledit 
M** de Marignan; lequel étant arrivé près de notre place en passant par le 
cotté gauche des hauts sièges, nous nous sommes levés et l'ayant pris par la 
main nous l'avons installé et fait asseoir à notre cotté gauche, et ayant repris 
notre place nous avons remontré tout audit M® de Marignan qu'aux autres 
officiers du siège l'obligation ou ils étaient de concourir ensemble au bien du 
service du Boy dans les fonctions de leurs charges et dans l'administration de 
la justice. Ensuite n'y ayant pas d'autre placét, ayant fait congédier 
Taudiance et vider la sale, nous sommes montés à la chambre du conseil ou 



310 SOCIÉTÉ ARCHEOLOGIQUE DU GERS. 

nous avons anssi iostallé ledib M^ de Marignan à la première place et à notre 
cette ganche et au-dessus des antres officiers, et après avoir exhorté de 
nouveau ledit M*' de Marignan et les autres officiers du siège de concourir 
ensemble an bien du service du Roy dans l'administration de la justice^ nous 
nous serions retirés, et les officiers dudit siège nous auraint accompagné 
jusques dans la cour où ils étaint venus nous recevoir, après qnoy nous 
serions revenus en notre hôtel en la même forme et de la même manière que 
nous en étions partis^ accompagnés dudit M" de Marignan, juge-mage, et des 
mêmes commissaires qui étaint venus nous y prendre pour nous accompagner 
et conduire à leur siège, et à autres actes n'ayant été par nous procédé nous 
avons de tout le dessus fait et dressé notre présent procès-verbal que nous 
avons signé avec le greffier de la cour. 

Signé : Lalo. — Gravier, greffier. 



BIBLIOGRAPHIE. 



Étude historique sur la vicomte de Oarlat, par Gustave Saigb, 

correspondant de l'Institut, conservateur des archives de Monaco, et le 
comte de Diennb. — Imprimerie de Monaco, 1900, in-4^ 392 pp., trois 
cartes et un plan. (Extrait du second volume des Documents historiques 
relatifs à la vicomte de Oarlat.) 

Ce superbe volume, en beau papier dont le filigrane reproduit le chiffre et 
les armes du prince de Monaco, apporte une contribution importante à 
l'histoire des comtes d'Armagnac. C'est dans les chapitres écrits par 
M. le comte de Dienne que se trouvent les renseignements qui intéressent 
leur histoire. En voici le résumé : 

Le 10 mai 1298, deux frères, Bernard YI, comte d'Armagnac, et Gaston, 
vicomte de Fezensaguet, épousèrent deux sœurs, Cécile et Yalbourgue, filles 
d'Henri II, comte de Rodez. A la mort de celui-ci, Cécile, comtesse d'Arma- 
gnac, eut le comté de Rodez, tandis que la vicomte de Cariât était attribuée à 
une fille aînée, Isabelle, mariée à Geoffroy de Pons. Cependant les états de 
Cariât et de Murât eurent souvent recours à nos comtes et leur votèrent des 
subsides pour qu'ils les délivrassent des Anglais. Ce fut Jean III d'Armagnac 
qui les expulsa complètement du Rouergue. 

Bernard VII, le Connétable, par son mariage avec Bonne de Berry, devint 
vicomte de Cariât. Après sa mort, la vicomte passa à son fils cadet, Bernard 
de Pardiac. A celui-ci succéda son fils, le célèbre et malheureux Jacques, duc 
de Nemours, qui eut la tête tranchée. Avec son fils Louis, vice-roi de Naples, 



SEANCE DU 5 NOVEMBRE 1904. 311 

tné à la bataille de CérîgDole (1503), s'éteignit le dernier descendant mâle des 
comtes d'Armagnac. Par les femmes, lenr sang a coulé dans les veines 
d'Henri lY et de ses successeurs. 

Je regrette d'être obligé de m'en tenir à ce maigre exposé. Pour mes études 
particulières, je me suis donné le plaisir de lire attentivement et la plume à 
la main cet excellent livre ; j'en ai tiré force renseignements pour grossir mon 
petit trésor de fiches sur les Armagnacs. 

Quand on est un bon travailleur comme M. de Dienne, on ne s'arrête pas 
en si beau chemin ; on se repose d'une besogne en travaillant à une autre. Je 
suis heureux d'annoncer que M. de Dienne a réuni un dossier considérable 
sur les enfants de Jacques, duc de Nemours, et qu'il va écrire leur dramatique 
histoire. 

Je ne puis quitter ce livre sans parler du collaborateur de M. de Dienne, 
M. Gustave Saige, que M. Léonce Couture a appelé son savant demi-compa- 
triote et vieil ami (Revm de Oascogne, 1901, p. 239). Archiviste de Monaco, 
il a déjà publié une quinzaine de gros volumes de documents et d'inventaires 
du richissime dépôt qui lui est confié. En ce moment il prépare la Correspon- 
dance politique du maréchal de Matignon, Pour donner une idée de l'intérêt 
que la Gascogne trouvera à cette publication, je rappellerai que vers la fin de 
l'année 1580, quand le maréchal de Biron fut révoqué de sa charge de gouver- 
neur de la Guyenne, pour le remplacer et pour tenir tête au futur Henri lY, 
on choisit Jacques de Matignon, < un très fin et trinquât normand qui battait 
c froid d'autant que l'autre battait chaud », a dit Brantôme. Ce < vieux 
< renard i», comme l'appelait le roi de Navarre dans une lettre à Corjsandre, 
est mêlé à tonte l'histoire si mouvementée de la Gascogne à la fin du xvi® siècle. 

A. L. 



SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 1904. 



PRÉSIDENCE DE M. ADRIEN LAVERGNE, VICE-PRESIDENT. 



Sont admis à faire partie de la Société : 

M. le coraraandant Carrau, présenté par MM. Delon et 
Cocharaux ; 

M. Prosper Macary, propriétaire à Saint-Georges, présenté 
par MM. A. Branet et Despaux; 

M. Martial Lestrade, avocat, présenté par MM. Ch. Palanque 
et le docteur Sentoux; 

M. Laffitte, notaire à Lectoure, présenté par MM. Nux et 
de Sardac; 

M. Adrien Druilhet, propriétaire au château de Rouquette, 
par Valence, présenté par MM. Lauzun et Branet. 

Le bureau de la Société est réélu pour Tannée 1905. 

M. Lavergne communique à la Société une lettre de Frédéric 
Mistral, à qui il a été fait hommage d'un exemplaire de la 
nouvelle édition du Catounet gascoun. Voici cette lettre de 
rillustre auteur de Mireille, trop flatteuse pour les modestes 
efforts de notre compagnie : 

Maillane, 10 Dovembre 1904. 

Monsieur le Président, 

Lou Catounet gascoun^ que youb ayez bien youIq m'offrir an nom de la 
Société archéologiqoe du Gers, est une pnblication qui fait, à tous les titres, 
honneur à votre zèle pour le maintien du culte régional et de notre langue. 
Comme impression et correction, votre édition de Tœuvre d'Adcr est parfaite. 



SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 1904. 313 

Dans le grand mouTemenb excité par le Félibrige, elle aara son utilité en 
montrant qne les parlers d'Oc n'ont pas sabi, en somme, depuis le xyi* siècle, 
tant de désaétnde que ce qne d'aucans venlent dire; elle sera aussi pour nos 
poètes d'un excellent exemple pour la graphie traditionnelle du dialecte 
gascon, graphie qui se raccorde ayec la restauration orthographique pratiquée 
par les Trais félibres. 

Veuillez doue, cher monsieur, présenter à vos collègues mes ?ives félicita- 
tions et mes remerciements. 

De tout cœur, 

F. MiSTBÂL. 

M. Léon de Loth, membre de la Société archéologique du 
midi de la France, a bien voulu nous faire hommage d'une pho- 
tographie représentant une tête de femme de l'époque romaine. 
Elle est en marbre blanc et de grandeur naturelle. Sa partie pos- 
térieure est recouverte d'une coiffe qui laisse voir, sur le devant, 
des cheveux partagés au milieu et qui plaquent sur les tempes; 
derrière, ces cheveux vont se terminer en pointe sur la nuque. 
La photographie semble indiquer des pendants d'oreille. La 
partie inférieure du cou se termine en pointe, pour s'ajuster entre 
les -épaules d'un torse de statue. 

Cette tête a été trouvée, il y a plus de soixante ans, dans la 
commune de Saint-Lizier-Duplanté, à peu de distance du 
département de la Haute-Garonne, sur les terres d'une métairie 
qui dépend du château du Claoué, propriété et résidence de 
M™® la marquise de Bon. C'est elle qui conserve cet antique 
monument. 

M. L. BoNNASSiES fait don à la Société d'un volume relié 
contenant les collections des journaux : (( L'Égalité^ journal du 
a peuple. — Le droit. — La vérité î), et « V Ami du Peuple^ 
ce journal de l'égalité », publiés à Auch, du 17 avril au 
29 novembre 1849, et du 5 mai 1850 au 2 novembre 1851. 

La Société remercie M. Bonnassies de ce don d'autant plus 
précieux que ces collections n'existent pas aux Archives dépar- 
tementales. 



314 SOCIJÊT^ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 



COMMUNICATIONS. 



La Garde d'honneur de Napoléon I"^ à son passagre 

à Auch (1808), 

Par m. Jean Barada. 

Nous avons découvert aux Archives départementales un 
dossier non classé qui avait échappé aux recherches de notre 
confrère M. Branet, lors de la publication de sou « Passage de 
Napoléon P'^ à Auch d. Ce dossier donne de nouveaux détails 
sur les gardes d'honneur à pied et à cheval réunis à cette 
occasion, leur effectif, le contrôle nominatif. A Theure où Ton 
recherche avec une véritable avidité ce qui peut avoir quelque 
rapport avec la personne de TEmpereur, il nous a paru d'un 
certain intérêt de publier ces documents. 

Jadis, lorsqu'un personnage de marque arrivait dans une ville, 
une délégation de notables allait le chercher en cavalcade. Nous 
avons de nombreux exemples de cet usage universellement suivi 
dans notre pays; plus rarement, on formait une garde enrégi- 
mentée à laquelle on donnait des armes et un uniforme. Sous 
l'Empire, on réglementa cet usage. Les nombreux récits des 
voyages de l'Empereur prouvent qu'il faisait grand cas de cette 
coutume : un excellent titre à ses bonnes grâces — et souvent 
invoqué — était € d'avoir fait partie de la garde d'honneur de 
Sa Majesté ». Même il arriva qu'en 1813, se souvenant de toutes 
ces brillantes escortes qu'il avait pu voir à maintes reprises dans 
ses voyages dans l'Empire, Napoléon P' tenta de les enrégimen- 
ter; mais si le zèle — parfois excessif — des préfets sut attein- 
dre et même dépasser le chiffre de 10.000 gardes ordonné par le 
sénatus-consulte du 10 avril, on peut dire que sur ce nombre une 
infime partie avaient été gardes d'honneur des villes avant cette 
époque. 

Dans les villes de quelque importance que LL. MM. traver- 
saient ou honoraient d'un séjour, une garde d'honneur faisait 



B^ANCE DU 5 DECEMBRE 1904. 315 

près d'elles le service de la garde împériale. Ces gardes 
d'honneur, formés par les soins des préfets, qui, vu le service 
d'intime confiance qu'ils avaient à faire auprès des souverains, 
les choisissaient minutieusement et en répondaient presque corps 
pour corps, ne comptaient parmi eux que des « fils de famille, 
(( propriétaires ou fils de propriétaires dévoués au gouvernement. » 

Il était indispensable que les gardes s'habillent, s'équipent, 
s'arment, se montent à leurs frais. Les plus fortunés, ceux qui 
aimaient à caracoler, ou mieux, ceux qui, anciens militaires, 
avaient servi dans les troupes à cheval s'organisaient en une ou 
plusieurs compagnies de cavalerie, suivant les demandes, — que 
les préfets s'attachaient à rendre nombreuses, — d'autres en 
corps d'infanterie. Généralement, on prenait la cavalerie sur 
l'ensemble du département; les notables on fils de notables de la 
ville, où les souverains séjournaient, recrutaient l'infanterie. 

L'arrivée de l'Empereur dans une ville suivait un ordre 
invariable, déterminé et arrêté d'ailleurs par lui-même. Par les 
soins de l'oflScier de la maison militaire, qui est en avant pour les 
logements et auquel, une heure avant le départ de l'Empereur, 
l'écuyer de service a envoyé de la ville qu'il va quitter ce le 
c( premier courrier à marcher d, les autorités sont prévenues. 

Les gardes d'honneur à cheval sortent aussitôt de la ville et 
vont au-devant de Sa Majesté. Quelquefois même, les mieux 
montés, les plus hardis en équitation, poussent avec le préfet jus- 
qu'aux confins du département. Tous rentrent ensuite, escortant la 
berline impériale, pour renouveler la même fonction au départ. Il 
existe même dans le « Règlement pour les voyages d un article 
qui prévoit et désigne leur place dans le cortège impérial. Il y 
est dit : « Les gardes d'honneur seulement doivent précéder les 
(( voitures et prendre de suite ce poste. Les gardes se rangent en 
« bataille sur la droite de la route, quand elles sont relevées, 
(( afin que l'Empereur les voie \ y> 

Si, pendant la durée de son séjour, l'Empereur sort à cheval 
pour visiter la ville et ses monuments, — et c'est son habitude 

* Étiquette du palais impérial^ p. 264. 



316 SOCIÉTI^ ARGHÉOLOaiQUE DU GERS. 

invariable, — la garde à cheval Tescorte. Quant à Tinfanterie, 
elle a surtout à faire un service d'honneur. Elle attend sous lee^ 
armes l'arrivée du cortège devant la résidence, évêché, mairie 
ou le plus souvent hôtel de la Préfecture, où logera Sa Majesté, 
et qui dès ce moment devient le palais impérial. Elle présente les 
armes à son arrivée, fournit un poste au palais et des faction- 
naires dans l'intérieur des appartements, et fait en somme le 
service des corps de la garde. Au départ, ils rendent les mêmes 
honneurs. 

Les gardes s'habillent à leur guise, mais uniformément. Ils 
rivalisent de luxe dans leurs tenues, différentes pour chaque 
ville, toujours somptueuses, parfois bizarres. On en voit, en 
Vendée, habillés en mamelucks. 

Outre la différence d'armement, un sabre pour les gardes 
montés, le fourniment des troupes à pied pour les autres, les 
gardes à pied et à cheval ne sont pas ordinairement vêtus de 
même sorte; mais là, on ne peut rien dire de général, car si ceux 
des Basses-Pyrénées et des Landes ont un uniforme différent, 
ceux de la Haute-Garonne, comme en fait foi un tableau conservé 
au Musée de Toulouse, ont tous un uniforme blanc. Malgré nos 
recherches, nous n'avons pu encore trouver la tenue adoptée par 
la garde à pied de la ville d'Auch. 

Si toutes les fantaisies d'uniforme se donnent carrière, dans le 
Gers, les gardes — du moins ceux à cheval, dont nous connais- 
sons seulement l'uniforme — ont le bon goût de ne tomber dans 
aucun excès de ce genre. Ils adoptent tout uniquement l'habit 
dit c( à la chasseur », que plusieurs d'entre eux ont porté — non 
sans honneur — au 24^ Voici la description de leur uniforme et 
de leur harnachement, tels que le donne le Journal du Oers : 

Frac à la chasseur gros blen^ aigaillette eu fil blanc, collet montant, doublure 
et parements bleu de ciel (les parements en pointe), revers gros bleu, avec 
liseré t bleu de ciel, ledit revers agraffë avec six crochets, et coupé en rond 
d'en haut; boutons blancs à grelots, six sur chaque revers et un détaché. 

Plus trois au-dessous de chaque parement, une petite patte à chaque poche 
dans les plis; ladite patte sera assujetie par le bouton qui ferme la taille, avec 
deux antres boutons en dessous et un liseret bleu de ciel. On observe que les 



GARDE D'HONNEUR A CHEVAL 

du département du Gers 
(1 808) 



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SÉÀNGB DU 5 'DÉCEMBRE 1904. 317 

boutons de la patte seront à six ponces de distance. Cor de chasse gros bien 
snr les retronssis* 

Pantalon gros bleu, avec nn liseret de tissn blanc snr les contures 
extérienres; et les côtés dn pont-levis de la largeur de quatre lignes. 

Gilet piqué blanc; cravate noire en taffetas, attaché sans nœud transpa- 
rent, a?ec fichu blanc dessous. 

Bottes à la russe, ayec une houppe de soie noire et éperons bronzés. 

Chapeau à claque avec ganse, cocarde en argent et un bouton à grelot. 

Sabre à la hussarde, autant qu'il sera possible, avec une dragonne de cuir 
jaune. 

Equipement du cheval : 

Ghabraque gros bleu, à la hussarde, avec un bord de drap bleu de ciel 
festonné d'en bas en dents de loup ; la chabraque devra être assez ample de 
devant pour pouvoir couvrir le manteau qui sera placé sur le devant de la 
selle. Bride de cuir noir, avec deux morceaux de cuir eu croix sur le frontal, 
qui prendront à la muserolle, avec une rosette dans le milieu festonnée, le tout 
avec des boucles en fer. Le col de cuir noir avec la longe de même ^ 

Comme on le voit, l'uniforme et l'équipement, pour être simples, 
n'en étaient pas moins très heureusement choisis et de fort bon 
goût. 

Au reste, l'Empereur sait bien remarquer ceux qui se singula- 
risent par des tenues trop voyantes, de mauvais goût ou qui ne 
lui plaisent pas, et parfois il le fait sentir assez rudement. C'est 
ainsi qu'en arrivant à Bayonne, alors que la garde d'honneur 
massée au Réduit se range sur son passage, choqué par la 
couleur rouge de l'uniforme de la garde à pied qui lui rappelle 
trop les Anglais, il se tourne vers le maire : ce C'est vous qui 
« commandez ces rouges à pied? y> A quoi le maire, déconte- 
nancé, ne sait que répondre : (c Oui, oui. Sire, et ces puces à 
' « cheval aussi. i> Les gardes d'honneur à cheval des Basses- 
Pyrénées ont, en effet, dolman et chabraque de couleur puce^ 

A Bordeaux, il fait, dit-on, une remarque d'un autre genre 
mais tout aussi désobligeante, sinon plus. Comme une des dames 

^ Journal du Gers, n^ 258. La belle aquarelle où cet uniforme est reconstitué est 
due à l'habile pinceau de notre confrère M. Paul Solirène. 
* DocÉRÉ, Napoléon à Bayonne, 

22 



318 SOCIÉTÉ AROHÉOLOOIQUE DU GERS. 

de rimpératrice, M"® de la Rochefoucauld, frappée de la beauté 
de la garde d'honneur de cette ville, qui se montre brillante et 
bien équipée, se récrie et ne peut s'empêcher de remarquer a que 
« cette ville ne doit pas être aussi misérable qu'on le dit ». — 
« Les habitans de cette ville font dans cette occasion tout ce 
<t qu'il doivent, mais ils doivent tout ce qu'ils font^ », répond 
l'Empereur; et ce jeu de mot médiocre, répété et amplifié, lui 
fait le plus grand tort dans l'esprit des Bordelais. 

A Auch, nulle boutade de ce genre n'est citée. Il dut, comme 
tout le monde, — du moins nous aimons à le penser, — s'extasier 
sur la garde d'honneur, qui présentait un effectif assez respectable 
et dont la composition, œuvre du préfet, ne laissait rien à désirer. 

Quelque irrégulière que soit son origine, tout gouvernement 
digne de ce nom s'efforce, après la victoire, de cesser d'être la 
propriété exclusive d'un parti pour devenir la France, qu'il 
représente effectivement. Dans ce but, il cherche à attirer à lui 
les familles anciennes et considérées qui ont souvent conservé 
des attaches avec les gouvernements précédents. 

Faire oublier à la noblesse la fidélité aux Bourbons, et surtout 
les vexations sans nombre, la guillotine et l'exil suivis de confis- 
cation, entre lesquels la Révolution lui avait donné à choisir, telle 
avait été, dès la première heure, la préoccupation constante du 
premier consul. Plus tard, lors de la formation de la cour 
impériale, il n'y eut pas de coquetteries, d'appas auxquels il 
n'eût recours pour y faire entrer des personnages portant quelques- 
uns des anciens noms de France. 

Ce que le maître faisait en grand, chacun des préfets avait 
l'ordre de le faire dans son rayon d'action. La formation de la 
garde d'honneur était une occasion qu'il ne pouvait laisser passer 
sans en profiter pour attirer à l'Empereur cette jeune noblesse 
et lui faire faire un acte non équivoque de ralliement. C'est ainsi 
qu'on peut lire dans cette liste des gardes d'honneur des noms 
peu habitués jusqu'alors à être cités dans des cérémonies ou des 

* Labouisse-Rochefort, Trente ans de ma vie^ xvi« fascicale, p. 351. 



SÉAKCE DU 5 DÉCEMBRE 1904. 319 

fêtes impériales : ceux de nombreux émigrés, par exemple. En 
revanche, on semble avoir écarté avec soin tous les noms marquants 
de la période révolutionnaire. Une autre source de recrutement, 
et que Ton n'avait eu garde de négliger, était constituée par les 
anciens officiers et cavaliers du 24"® régiment de chasseurs à 
cheval, à la formation duquel avait concouru la compagnie 
franche du Gers. Ils ne manquaient pas dans le pays. 

L'élément étranger était représenté dans cette réunion, et la 
présence d'un Danois, Auguste Jacoby, natif de Broane en 
Danemarck, serait là pour nous étonner, si nous n'étions parvenus 
i\ savoir que Jacoby était un ci-devant musicien au régiment de 
Bourgogne-Cavalerie. 

Dès lors, tout s'explique : les musiciens de ce temps là, 
n'étant pas enrégimentés et ne se piquant guère d'une trop 
grande fidélité à leur drapeau, allaient oii bon leur semblaient et 
changeaient de parti avec une facilité stupéfiante. Les mémoires 
de soldats du premier empire fournissent là dessus des détails 
piquants. 

Quoi qu'il en soit, Jacoby, arrivé à Auch avec le régiment de 
Bourgogne, avait trouvé probablement la ville à son goût, s'était 
marié et exerçait, rue Desselle, les fonctions de professeur de 
musique et d'horloger. 

L'eflfectif des gardes était le suivant : pour l'état-major, un 
commandant en chef, un commandant en second, un chef d'esca- 
dron, un adjudant-major et un aide de camp. La garde à cheval, 
formée à deux compagnies, avait dans chacune d'elles un capitaine, 
un premier et un second lieutenant, un premier et un second 
sous-lieutenant, un maréchal des logis chef, un fourrier, quatre 
maréchaux des logis, huit brigadiers, neuf musiciens, un trompette, 
quarante-huit gardes dans la première compagnie et quarante- 
sept dans la seconde. 

La garde à pied avait un capitaine, deux lieutenants, deux 
sous-lieutenants, un porte drapeau, deux tambours et trente et 
un gardes. 

Nous nous proposons de publier ultérieurement leurs noms. 



320 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU QBRS. 

d'essayer de les identifier et de donner les renseignements que 
nous aurons pu recueillir sur chacun d'eux. 

(A suivre.) 



Oapltulatlon de la ville de La Sauvetat, en lôSô, 

Par m. R. Paqbl. 

Le 20 octobre 1585, le roi de Navarre se présenta devant La 
Sauvetat. La ville se rendit sans combat, avec promesse de vie 
sauve et qu'il n'y aurait pas de pillage. Dix soldats seulement 
devaient rester à La Sauvetat pour collaborer, avec les troupes 
de la ville, à la police. Ces dernières étaient commandées par le 
jeune seigneur de Saint-Cricq. Il n'y eut qu'un soldat, du nom de 
Vital d'Aroys, tué d'une arquebusade sur la muraille. 

Les promesses ne furent pas tenues. Les habitants eurent à 
loger les soldats du seigneur de Panjas, à payer des contribu- 
tions de guerre à Condom, Fleurance, Lectoure, etc. 

La noblesse du pays se décida cependant à aller manifester 
devant Vic-Fezensac, sans grand résultat. 

Le notaire, qui nous rapporte le fait, eut aussi à souffrir de la 
guerre : on le rançonna lui et sa femme, on lui prit même son 
chien \ 

Bien que ce notaire raconte qu'il n'y eut qu'un homme tué, il 
semble pourtant que l'on dut se battre quelque peu sous les 
murs de La Sauvetat. Nous trouvons, en effet, qu'un certain 
Saubat de Belloc, oflScier de ce Madame Catherine, princesse de 
« Navarre 3), reçut une blessure devant la ville, assez grave sans 
doute, puisque, le 16 novembre 1585, il est encore alité à 
Lectoure et y fait son testament. 

Le dimenche vingtiesmc octonbre mil cinq cens quatre-vingt-cinq, après 
midj, La Sauvetat fent assiégée par le roy de Navarre et rendene le lendemain, 
qn'estoit landj xx!^""^, sans tirer coup de canon, par eapitnllacion contenant 
que le dict lieu ne seroit princt, pilhé, saccagé nj desmantellé, que le dict 

* Archives du Gers, E, supplément, minutes de Vignaux, notaire de La Sauvetat. 

* Archives du Gers, E 141. 



SEANCE DU 5 DÉCEMBRE 1904. 321 

seignenr roj de Navarre n'y logeroict qu'une nuict avec ses gardes et ses 
gentil-hommes de sa suitte, qu'il ne nous j laissoict garnison que seulement 
dix soldatz dans le chastau d'Âucas, qui seroint commandés par ung gentil- 
homme huguenaud et que M*" de Serilhac nommeroit, que nous servirons avec 
noz armes, balle en bouche, deux bouts de corde alumée et c'est bataille, 
nostre baguage..., nous estions quatre-vingts hommes moictié habitants 
moictié estrangers, commandés par le seigneur de Saint-Criq, jeune homme 
de vingt à vingt-quatre ans, avec tons nous peut bien tenir sauf qu'on nous 
desmantella noz murailles au lien de laisser la garnison... Nous ne perdimes 
qa'nng soldat filh dudict lieu nommé Vitald Arojs, fils de Papilhon, qui feut 
thué sur la muraille près la porte du molin d'une harquebuzade qu'on \uj 
donna par le costé du molin eu hors. 

Ledict seigneur roy avoict deux canons qu'on conduisoit de Béar; on les 
mit dans Lectoure sans contradiction de personne, car la noblesse du païs ne 
fit nul semblant de s'y opozer, ce que despuis a pourté un très grand préjudice 
tant à eux qu'au povre peuple. En fin, la guerre continuant, le mois de 
juing 1587, s'assembla la dicte noblesse à Condom et de là firent une cabal- 
gade jusque Yic-Fezensac où, sans canon, firent quelque semblant de forcer 
cent ou six vîngtz hommes qui estoint dans le corps de la ville, et après avoir 
demeuré trois ou quatre jours là devant s'en partirent sans rien faire que 
senllement se tirarent fraternité par forme obligiée pour leurs despences et 
celle du pays. 

Depuis nous avons tousjours fort paty à cause des contributions que nous 
a failleu paier à Lectonre, qui montent pour quartier 110 livres, et à Florance 
la moytié ou environ, outre les tailles ordinaires qu'avons paiées à Condom, 
outre aussi les grandes ruynes que endurâmes par les logis du sieur de Panjas 
qui y demeura quatre jours avec une compagnie de chevaulx légiers, rom- 
pirent une cloche des petites et en pourtarent ung beau et grand orloge qui 
estoit au clochier, lequel ledict sieur de Panjas a faict mètre à Pardeillan en 
une tour du chastau près Beaucayre. Ung nommé Chapes, du païs de France, 
avec deux compagnies de gens de pied, et celle d'ung nommé Tornebœuf y 
logearent au moys de janvier 1587 et y demeurarent quatorze jours, pouroinct 
estre cens vingt hommes à pied ou à cheval. Ils ravagèrent tout, rompirent 
les cloches, les pourtarent à Lectoure pour faire du canon, sauf une qu'en 
firent achepter aux habitans, pour 40 livres, me rançonarent, ma femme de 
70 livres avec de grandz fraitz qae je fiz pour l'en deslivrer, m'en amenarent 
ung beau et bon chien de couche qne j'avois nommé Mastrie de feu, ung 
nommé Latouche, mareschal desdites trouppes qui l'en amena. 



322 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Baroelonne, 
Par m. l'abbé Gaubin. 

(Suite 1.; 

3° Autres possessions de la communauté de Barcelonne. — 
Indépendamment, du moulin, a moulant à trois meules ï), sur le 
canal qui est situé au couchant de la ville de Barcelonne et 
alimenté par les eaux de TAdour, et de la forêt de Oasamont 
« de la contenance de cent cinquante journaux, ou environ, au 
<£ fief de 180 livres », la communauté de Barcelonne possédait : 
1** deux arpents un quart de terre ce padouen 3), appelée c( aou 
a camp d'en Joannot 5>, « aou pourtaou de dessus », au fief de 
trois sols ; 2** un arpent et un quart, et un douzième d'arpent de 
terre a aou Moulia », au fief d'un sol onze deniers; 3° un arpent 
et demi de terre saliga, entre deux eaux nommées « las fleuves Aq 
ce de VAdour », « et le bois dit à la Saliga de Pleitejat », au fief 
de deux sols tournois; 4** pièce à la Saliga, dite « à Mauroil », 
contenant deux arpents et demi, au fief de trois sols quatre 
deniers; 5° deux arpents de terre et padouen et lande, appelée 
ce à la lande »; 6° cinq arpents de terre, appelée a aou camp de 
« daouan »; T quatre arpents de terre, appelée « aou camp 
ce de darrè. . . . deou moulia » ; 8** trois arpents dits ce aou camp de 
ce débat»; 9** six arpents de terre ce à Maurailh », sous le fief 
de quarante-neuf sols neuf deniers. Toutes ces pièces ci-dessus, 
commençant à celle a deou camp de Jouan », reviennent à la 
somme de trois livres que les habitants étaient tenus de payer 
au fermier de S. A. le duc de Bouillon; lO"" Bousigue, appe- 
ce lée aous Echartis de Casamont ». — La communauté de 
Barcelonne possédait, en outre : 1° une métairie appelée ce aou 
ce gua de Guiraud, ou de Baquè », consistant ce en maison, parc, 
ce granges, pâtus, jardin, terres labourables, landes et pièce 
ce appelée ce à Pleytejat^ ». 

Le 6 novembre 1675, par-devant Paul de Mashillières, sei- 

» Voir Bulletin, 1903, pp. 34 et 245; 1904, p. 125. 

' Cf. Livre terrier de Barsalonne. — Archives municipales du lieu. 



8]£aNC£ du 5 D^CEHBBE 1904. 323 

gneur d'Espîeux, conseiller du Roy, lieutenant général, gou- 
verneur et intendant du duché d'Albret, commissaire député 
par très haut et très puissant prince M^ Godefroy-Maurice de 
la Tour d'Auvergne, par la grâce de Dieu, souverain duc de 
Bouillon, duc d'Albret et comte du Bas-Armagnac, en présence 
de M* Mathieu Capot, procureur de S. A. duc de Bouillon, dans 
le château de la ville de Nérac en Albret, Jean de la Barrière, 
sieur de la Cassaigne, au nom et comme procureur des consuls, 
jurats et habitants de la ville de Barcelonne, « teste nue, genoux 
« à terre, sans épée, manteau, bottes ny éperons, les mains 
«jointes entre les mains du susdit Mashillières, pour S. A. le 
a duc de Bouillon, fit, presta les foy et hommage pour les 
d susdites terres, et promit, ledit sieur de la Cassaigne, au susdit 
d nom, que lesdits consuls, jurats et habitants de Barsalonne 
ce seront bons et fidèles vassaux de S. A., garderont son bien et 
« honneur d, etc\ 

4° Vente des biens patrimoniaux de Barcelonne. — Sauf la 
forêt de Casamont^, le moulin et biens ruraux de Barcelonne ont 
été vendus, en exécution de la loi du 20 mars 1814, d'après le 
procès-verbal de la vente des biens communaux cédés à la caisse 
d'amortissement; ceux de la commune de Barcelonne, sous la 
date du 4 août 1814, furent adjugés, comme suit : V le moulin, 
adjugé à Bernard Tropania, pour la somme de 103.500 fr.; 2"^ la 
métairie de Guiraud et autres biens ruraux furent vendus pour le 
prix total de 22.295 fr., total général : 125.795 fr. Il fut décidé 
par le baron de Lascours, préfet du Gers, en juillet 1817, que, 
toutes déductions faites, le revenu net annuel, à convertir en 
inscriptions sur le grand livre, serait fixé à la somme de 
5.564 fr. 67 c, à percevoir annuellement par la commune de 
Barcelonne, avec jouissance à partir du V janvier 1814 '. 

* Fait aa château de Nérac, le 6 novembre 1675. De Mazelhières, commissaire; 
Capot, substitut; Corréges, greffier commis; signés. (Archives Gabarret.) 

' Le bois de Casamont est demeuré propriété communale. A chaque co^pe annuelle, 
l'administration municipale concède un char de bois à chaque foyer. 

' D'après le certificat du directeur de Tenregistrement et des domaines du départe- 
ment du Gers, du 3 juillet 1817, le revenu brut annuel des biens ruraux se portait, an 



324 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

5** Procès relatifs aux rentes de la commune de Barcehnne. — 
A la Révolution de 1789, les biens, droits et appartenances, soit 
des hospitaliers de Sainte-Christie, soit du duc de Bouillon, 
furent nationalisés^^ mais, d'après une lettre inscrite dans le 
registre du receveur de l'enregistrement de Nogaro, le conseil 
d'administration centrale du Gers, par un arrêté du 22 germinal 
an IV, statua que les immeubles, moulin et forêt de Barcelonne 
ne devaient pas revenir au domaine de l'État, mais que la 
commune de Barcelonne était maintenue provisoirement en la 
possession de ces objets, à la charge d'en servir les rentes entre 
les mains du receveur du domaine. Or, la rente affectée 
jusqu'alors au duc de Bouillon (177 fr. 75, au lieu de 180 fr., 
est-il dit) fut cédée, par acte du 10 juillet 1806, approuvé par le 
préfet du Gers, le 26 septembre de la même année, à l'hôpital 
d'Auch, à titre de rente constituée et annuelle, au capital de 
2.670 fr. 25 c, à payer par la commune de Barcelonne. L'acte 
de cession fait remonter la dette au titre primordial du 18 juillet 
1568, et au dernier acte récognitif conservatoire du 22 germinal 
an IV. Le 7 avril 1815, le tribunal de Mirande reconnut les 
droits de la fabrique de Cravencères-l'Hôpital à la rente, fixée 
en espèces à 150 fr., qui pesait sur le moulin de Barcelonne. La 
commune de Barcelonne avait très exactement payé les deux 
rentes chaque année; en 1852, elle se refusa à reconnaître sa 
dette. En vertu de l'autorisation du conseil de préfecture du 
Gers, du 23 septembre 1856, l'hôpital d'Auch et la fabrique de 
Cravencères actionnèrent la commune de Barcelonne. Par juge- 

1*^ janvier 1813, au total de 13.740 fr. 26 c. Celui de la métairie de Guiraud fut fixé, 
en 1817) à 930 fr. En 1716, 7 juillet, le bail annuel à ferme de cette métairie se porta 
à 150 livres; en 1761, à 309 livres; en 1770, 22 janvier, à 713 livres. En 1808, 
11 août, le moulin fut affermé pour la somme de 9.200 fr. Le camp de Jouan fut 
affermé, le 28 germinal an III, pour 1.035 fr. Le 1^' ventôse an VIII, les biens appelés 
à « THÔpital i>^ consistant en terres labourables à trois lunaisons (sic) et un jardin, 
furent affermés pour 159 livres. Le 9 novembre 1792, le moulin fut affermé pour la 
somme de 5.665 livres. (Cf. Notariat Tinarrage et BouiTOulhon. Archives Lagiscarde, 
notaire, Barcelonne. Registre D, pp. 1 à 4, archives communales de Barcelonne.) 

^ D'un extrait du sommier des domaines nationaux, il résulte que la rente de 
177 fr. est déclarée appartenir au Gouvernement, par suite de Témigration du duc de 
Rohan, héritier du duc de Bouillon. 



SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 1904. 325 

- - - — ' 

ment du 14 décembre 1859, le tribunal de Mirande se déclara 
incompétent jusqu'à ce que l'autorité administrative compétente 
eût décidé la question de savoir si, par l'effet de la loi du 
24 août 1793, la rente grevant le moulin de Barcelonne était 
devenue dette nationale. Le jugement signalait d'autres ques- 
tions à élucider au préalable. La commission administrative de 
l'hôpital d'Auch, agissant en son nom, et, par solidarité, au nom 
de la fabrique de Cravencères-l'Hôpital, se pourvut auprès du 
conseil de préfecture du Gers pour obtenir la solution des 
questions posées par le tribunal de Mirande. A son tour, le 
conseil de préfecture se déclara a incompétent quant à la 
a décision demandée sur la nationalisation d'une dette commu- 
« nale antérieure à 1793, et sur le recours à exercer par l'hôpital 
<ï contre l'État d. M. le préfet du Gers provoqua une solution 
de M. le ministre des Finances. Le 14 novembre 1861, M. le 
sous-préfet de Mirande informa M. le maire de Barcelonne de la 
décision prise, sous la date du 4 octobre 1861, par le ministre des 
Finances: « Son Excellence, statuant sûr le mémoire présenté 
(ï par la commission administrative de l'hôpital d'Auch, le 
« 23 avril 1861, a décidé : V que la rente de 177 fr. 25, objet de 
« la réclamation de l'hospice d'Auch, est devenue dette nationale 
d par l'effet de la loi du 24 août 1793; 2*" que cette rente, 
(L concédée à l'hospice d'Auch, le 10 juillet 1806, ne peut être 
« remplacée, attendu qu'il est de principe que les hospices ne 
« sont pas devenus créanciers de l'Etat à raison de leurs biens, 
« vendus en exécution de la loi du 23 messidor an II ; 3'' qu'en 
a admettant même que l'hospice d'Auch eût un recours à 
« exercer contre l'État, à raison du transfert de ladite rente, ce 
(C recours serait frappé de déchéance, d — L'affaire fut reprise 
devant le tribunal de Mirande, en 1877. Par sentence du 
20 juillet 1877, le tribunal de Mirande, jugeant en premier 
ressort : 1^ déclara la commune de Barcelonne débitrice envers 
l'hospice d'Auch de la rente constituée de 177 fr. 25, au capital 
de 2.670 fr. 25; 2"* la condamna à payer à l'hospice d'Auch les 
arrérages de ladite rente échus au 20 juillet 1877, depuis et y 
compris l'année 1853, et à servir ladite rente à l'avenir; 



326 SOCIÉTÉ ABCH^LOGIQUE DU GBB8. 

S'' condamna ladite commune à tous dépens. Mêmes conclusions 
furent prises, pour ce qui la concernait, en faveur de la fabrique de 
l'église de Cravencères-rHôpital. La commune de Barcelonne fit 
appel de ce jugement près la cour d' Agen. Son appel fut rejeta. 
Il n'y avait qu'un parti à prendre, imposé par la sagesse, 
<c s'exécuter » ; le conseil municipal de Barcelonne s'exécuta de 
bonne grâce, et de monnaie meilleure encore. Aujourd'hui, la 
situation est intégralement liquidée. L'hôpital d'Auch et la 
fabrique de Cravencères ont été, en tous points, évincés. 

Nous croyons opportun de relever deux considérants, sur 
lesquels s'appuie le jugement du tribunal de Mirande, en 1877. 
1** « Les objets inféodés par la reine de Navarre lui apparte- 
d naient patrimonialement, comme seule et unique héritière 
<£ d'Henri d'Albret; ils n'ont jamais fait partie de la couronne; 
d 2** les origines et toutes les particularités de ce titre desdites 
a rentes apparaissent même dans des procédures extrêmement 
« anciennes, dans des mémoires imprimés et des défenses signi- 
ez fiées à l'occasion d'un procès soutenu par le chapitre d'Aire 
a devant la maîtrise de Tarbes, en 1743 et 1745, contre la 
ce commune de Barcelonne, propriétaire du moulin grevé des- 
(( dites rentes. La défense de la commune de Barcelonne, comme 
(£ celle du chapitre d'Aire, se lie indivisiblement à l'existence et à 
(( la reconnaissance dudit titre de rente. Leur argumentation 
(î porte uniquement sur les conséquences de l'inféodation, à 
« laquelle se rattachait cette rente. Il résulte de ces documents 
(L que Jeanne, reine de Navarre, comtesse d'Armagnac, concéda 
CL à la communauté de Barcelonne le moulin de ce nom, avec la 
(( peucelle y jointe^ le bois de Casamont, de cent arpents, situé au 
(n terroir de Barcelonne, moyennant ces deux rentes \ » 

(A suivre.) 



^ Le chapitre d^Aire, propriétaire d'un moulin sur TÂdour, en aval de celui de 
Barcelonne, se plaignait de ce que la communauté de Barcelonne, au moyen de digues 
construites sur le terroir de Beruède, attirait à son moulin toute Teau de la rivière, 
droit qu'on ne pouvait prétendre du bail de l'inféodation de 1568, Jeanne de Navarre 
n'ayant pas la seigneurie de Bernède. La communauté de Barcelonne répondait que la 
comtesse d'Armagnac, comme tous les seigneurs hauts justiciers, était propriétaire des 



SEANCE DU 5 DECEMBRE 1904. 327 



BIBLIOGRAPHIE. 



Oartulalre du prieuré de Saint-Mont (ordre de Cluny), publié 

pour la Société historique de Gascogne par Jean de Jaurgâin, ayec intro- 
duction et sommaires de Justin Maukus, avocat. — Auch, Léonce 
Cocharaux, 1904, in-8^ xiv-149 pp. 

Entre Aire et Biscle, sur Tune des principales hauteurs des coteaux abrupts 
qui dominent la rive gauche de TAdour, est bâtie une agglomération à 
l'aspect antique et sombre : on remarque une vieille église à tour carrée et des 
bâtiments fort vastes qui en imposent par leur importance. C'est l'antique 
prieuré de Saint-Mont. 

Vers le milieu du XP siècle, cette colline appartenait à trois frères, tous 
trois chevaliers. Raymond, l'aîné, était l'héritier principal et seigneur du lieu. 
En ce temps-là, une peste terrible faisait mourir grand nombre de chevaliers. 
Préoccupé par cette mortalité extraordinaire, Raymond, une certaine nuit, vit 
en songe des lances qui tombaient du ciel et venaient percer sa tête. Il en fut 
terrifié ; craignant la mort qui frappait à ses côtés, il se mit à réfléchir sur ce 
qu'il avait à faire pour le salut de son âme. Il pensa qu'il serait agréable à 
Dieu d'élever un monastère. Mais, comprenant que lui seul ne pouvait 
accomplir une pareille entreprise, il alla trouver son suzerain, le comte 
d'Armagnac, Bernard II Tumapaler. Celui-ci refusa d'abord d'entrer dans 
ses vues; cependant, vaincu par ses instances, il prit à cœur cette œuvre. Il 
convoqua les chevaliers du comté d'Armagnac pour leur demander conseil; 
tous se rendirent, depuis le plus grand jusqu'au plus petit; tous approuvèrent 
la pieuse fondation et jurèrent de la protéger et de la défendre. 

Mais les deux frères de Raymond, le principal donateur, intervinrent; 
pleins de fureur, ils menaçaient de le mettre à mort parce que ses biens, qui 
allaient être donnés au couvent, devaient leur revenir. La dispute fut longue 
et âpre, dit le cartulaire; le comte Bernard et les seigneurs du pays la 
terminèrent en décidant qu'il y avait lieu de faire un partage. Les deux frères 
eurent les parts qui devaient leur revenir, et Raymond la colline de Saint- 
Mont, avec ses dépendances, ainsi que d'autres biens. Celui-ci se hâta d'en 
faire don à Dieu et à Saint-Jean, et promit de se faire moine. Le comte 

rivières, qu'elle avait, virtuellement, en 1568, concédé à la communauté de Barce- 
lonne toutes sortes de droits sur la chose dont elle disposait en puissance (les eaux de 
TÂdour) pour Tutilité du moulin inféodé. Sans cela, à quoi servirait le moulin? 

Pour tout ce qui précède, consulter les archives de la mairie de Barcelonnc, regis- 
tres B, n*» 23, D, actes divers, et les Archives notariales de M* Lagiscai'de, notaire à 
Barcelonne. 



328 SOCI^T^ ARGHIÊOLOGIQUE DU GERS. 

d'Armagnac, de son côté, donna la seigneurie qu'il avait sur cette terre, jura 
de sauvegarder et de défendre le monastère. 

Cependant, comme Baymond ne se pressait pas de s'enfermer dans le cloître, 
le comte Bernard lui rappela sa promesse. Mais, tenté par le goût du monde, 
il demanda du temps. Le comte comprit le changement qui s'était fait dans 
son âme; il n'en continua pas moins l'œuvre entreprise. Il réunit douze moines 
et leur donna pour prieur un saint homme nommé Frencard, qui tint 
régulièrement le monastère tant que la garde lui en fut confiée. Quant à 
Raymond, il vaguait de chez un parent chez un autre; il vécut ainsi cinq ans 
avec son épouse, dont il eut un fils et une fille. Ses parents l'accablaient de 
reproches; ils l'appelaient sot, insensé; ils lui remontraient que d'autres 
jouissaient de son avoir tandis qu'il manquait de tout. Raymond revint 
trouver Bernard Tumapaler, et il lui déclara qu'il allait définitivement se 
faire moine; mais il le supplia de rétrocéder à ses enfants une partie de ce 
qu'il avait donné à Saint-Mont. Le comte craignant que le fils du donateur, 
devenu grand, ne saccageât plus tard le couvent pour s'emparer de la seigneurie 
de son père, fit rendre au fils la jouissance de certains biens. 

Une difiiculté plus grande s'éleva avec l'archevêque d'Auch, saint Austinde, 
Ce prélat, qui n'avait pas perdu ses droits de juridiction spirituelle sur 
Saint-Mont, voulut y tenir des synodes et des réunions ecclésiastiques selon 
l'usage du diocèse. Mais le prieur s'y opposa, se disputa là-dessus en bon 
chevalier (bonus miles) et défendit même à son archevêque de chanter la 
messe dans son église. Ce n'est pas tout, saint Austinde ayant acquis d'un 
seigneur du pays l'alleu de Nogaro pour y construire une chapelle et une 
maison, le comte d'Armagnac s'y opposa encore, parce que cet établissement 
allait porter préjudice à Saint-Mont. De là de grandes querelles. 

Sur ces entrefaites vint en Gascogne Hugues, abbé de Cluny, qui s'occupait 
de propager la réforme monastique qu'il avait entreprise. Ce fut lui qui mit 
fin à tous ces désordres. Le 5 mars 1055, le monastère de Saint-Mont fut 
solennellement donné à l'abbaye de Cluny, en présence de saint Austinde, du 
comte d'Armagnac et de toute sa famille, des principaux seigneurs du comté 
et des pays limitrophes ^ Mais d'autres affaires plus importantes ne tardèrent 
pas à préoccuper Bernard Tumapaler. 

Il possédait le duché de Gascogne par droit d'héridité depuis 1040; vers 
1052 il le céda à Guy-Geoffroy, duc d'Aquitaine et comte de Poitiers, pour 
une somme de 15.000 sols {CarL de Saint-Mont, p. 19). Quelques années plus 
tard (après le 26 octobre 1061 et avant le 4 août 1062), le comte Bernard 
s'empara de la Gascogne, peut-être parce que Guy-Geoffroy n'avait pas payé 
le prix convenu. Mais celui-ci ne tarda pas à prendre une éclatante revanche : 

* Pour toute cette histoire de la fondation de Saint-Mont, des querelles avec 
Baint Austinde et de la donation du monastère à Cluny, voir au Cartulaire de Saint- 
Mont la charte insérée à la suite de Tintroduction et les pièces i et vu. 



SÉ/mC£ DU 5 DÉCEMBRE 1904. 329 

Poatea vmit Ouido PictavimsU et habuit Vaaconiamy dit le cartnlaire de 
Lescar, cité par Marca {La Vasconie, I, pp. 147 et 148). Vaincu et découragé, 
le comte Bernard Tumapaler se fit moine. Il partit pour Cluny avec 
l'abbé Hugues, à Tinsu de ses ennemis. Arrivé à Toulouse, où l'accompa- 
gnèrent Ermengarde sa femme, Géraud et Arnaud-Bernard ses deux fils, 
ainsi que plusieurs seigneurs, il régla ses affaires et céda le pouvoir à son fils 
aîné. Là aussi quelques seigneurs de sa suite se firent moines de Cluny à son 
exemple {CarL de Saint-Mont, p. 93) ^ 

Le comte Bernard d'Armagnac, après avoir prononcé ses vœux, revint se 
cloîtrer à Saint-Mont, où il vécut jusque vers 1090. Nous le voyons en effet 
intervenir dans divers actes avec la qualité de moine (Bernardo comité Arma- 
ntacensi effecto monaco), 

Bernard Tumapaler fut le véritable fondateur de Saint-Mont. Le cartnlaire 
témoigne des générosités qu'il fit ou qu'il provoqua en sa faveur. Après lui, 
son fils Géraud II et son petit fils Bernard III, comte d'Armagnac, firent de 
nombreux bienfaits au monastère dont ils furent les protecteurs dévoués. 

J'ai trouvé cette curieuse histoire dans le Gariulaire de Saint-Mont, En 
parcourant ce recueil de textes, j'ai remarqué encore force choses du plus 
grand intérêt, des noms de vieilles églises qui n'existent plus toutes, des 
mots gascons mêlés au latin, des mœurs et un état social bien curieux et 
surtout des renseignements du plus grand intérêt sur les grandes familles du 
pays. 

Le cartnlaire de Saint-Mont, qui appartient à un descendant d'une de ces 
vieilles familles, M. le comte Jean de Corneillan, vient d'être publié en un 
fascicule des Archives historiques de ta Gascogne. Notre savant confrère 
M. Justin Manmus, avocat à Mirande, et M. de Jaurgain, bien connu par ses 
deux beaux volumes intitulés La Vasconie, se sont chargés de cette publication. 
M. Maumus a écrit l'introduction si intéressante et les précieux sommaires; 
son collaborateur s'est chargé de l'annotation si bien faite et si utile pour se 
reconnaître au milieu de ces documents sans daté et sans ordre chronologique, 
au milieu de tant de noms de lieux et de personnes. Il faut avouer que 
M. de Jaurgain est doué d'un merveilleux génie pour débrouiller les problèmes 
généalogiques de ces temps reculés et pour mettre de l'ordre dans ce désordre. 

Aux curieux qui en voudraient apprendre davantage sur l'histoire de 

^ En se faisant moines, les chevaliers d'alors ne se dépouillaient pas toujours de 
leur humeur violente, ainsi un des chevaliers qui avaient suivi le comte Bernard 
Tumapaler à Cluny, Fort Brasc, apprit à son retour que son frère Arnaud essayait de 
s'emparer des biens qu'il avait donnés à Saint-Mont, avant de quitter Toulouse. Il entra 
dans une grande colère, et comme il était extrêmement fort (vir sirenuissimus), il 
menaça publiquement son frère de quitter Thabit religieux et de lui enlever tout son 
avoir s'il ne renonçait à ses prétentions. Bernard Tumapaler et un oncle des deux 
frères apaisèrent ces violents démêlés {Cartnlaire de Saint-Mont, pp. 93 et 94). 



330 SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DU GERS. 

Saint-Mont, je ne pais lenr indiquer que les maigres pages qne Dom Brngèles 
a consacrées à ce monastère dans ses Chroniques du diocèse cTAuch, et denx 
articles de M. Tabbé Meyranx, dans la Revue de Gascogne (Y, 1864, 
pp. 34 et 154). 

Mais anx arcbéolognes, je recommande de monter le coteau de Saint-Mont 
et d'aller yisiter l'église du vieux prieuré. Elle est, je crois, du xii** siècle, 
peut-être postérieure de cinquante ans à Bernard Tumapaler. Je vais essayer 
de donner une idée de ce monument \ 

L'église, placée au nord du prieuré, dont elle faisait partie, était autrefois 
constituée par une nef, un transept muni d'absidioles et d'un sanctuaire 
formé par une travée de chœur et une abside. Actuellement le mur septen- 
trional a été refait, le croisillon septentrional avec son absidiole et l'abside 
du sanctuaire n'existent plus; il reste le mur méridional pourvu d'une fort 
belle série d'arcatures séparées par des colonnes qui marquent les travées de 
la nef, le milieu du transept, le croisillon méridional avec son absidiole et 
le sanctuaire réduit à une travée de chœur clôturée au levant par un mur 
plat. Un clocher carré s'élève sur le milieu du transept. 

Les grandes arcatures triples du mur méridional semblent un essai d'arcs 
formerets et de chapelles latérales bordant la nef. A. L. 

M. Lavergne communique à la Société une photographie de 
rintérieur de cette église faite par notre président M. Lauzun. 

* M. Tabbé Meyranz a décrit cette église dans la Revue de Gascogne (V, 1864, 
p. 397). Le même recueil avait déjà publié un plan très peu exact de cet édifice (I, 
1860, p. 250). 



TABLE DES MATIÈRES. 



Pages. 

Nouveaux membres de la Société 5, 58, 93, 152, 187, 253, 289, 312 

Situation financière 5 

Découverte paléontologique à Saînt-Soulan, par M. Sance 6 

Cinquantenaire de la Société Académique des Hautes-Pyrénées, par M. A. 

Lavkrgne 6 

Visite de Mgr le duc de Rohan-Chabot, comte d^Astarac, dans sa bonne ville de 

Masseube, en Tan 1771, par M. P.-E. Chanchus 8 

Jean-François Bladé, par M. A. Lavbrgne (fin) 16 

Vestiges égyptiens dans le Sud-Ouest de la France, par M. Ch. Palanqub 28 

Reconnaissance féodale et serment de fidélité passé entre Roger et Bernard de 

Noé et les habitants de TIsle-de-Né (1564), par M. E. Castaiqnon 39 

Coutume ou for de Pardelhan, par M. Emile Castex (suite) 43, 115, 221 

Note. — Poésie contre la démolition du jubé de Sainte-Marie 51 

Banquet du 6 février 1904 53 

Allocution de M. Philippe Lauzun 54 

Poésie gasconne de M. Marius Fomtan 56 

Congrès des Américanistes de Stuttgard 58 

Fouilles gallo-romaines de Sarrasan, par M. Gardère 59 

La Roue do Fortune du château de Mazères, par M. J. Momméja 61 

Bibliographie. — La Vasconie^ de M. de Jaurgain, par M. A. Lavergne 83 

Requête adressée aux administrateurs du district de Condom, par les détenus au 

collège de ladite ville, par M. de Colmont 86 

Bibliographie. — Parfums épars^ par M"" M.-T. Burgalat 91 

Note. — Communion pascale d*un prisonnier 91 

Membres décédés 93, 154 

L'impôt sous Tancien régime, par M. Tabbé Lagleize 95 

Lettre d'un créancier à sa débitrice (xvii* siècle), par M. R. Paqel 111 

Barcelonne, par M. Tabbé Gaubin (suite) 125, 322 

Excursion en Lomagne (16 et 17 mai 1904). — Compte rendu de M. Adrien 

Lavergne 138 

Préparatifs pour l'entrée à Lectoure d'Antoine de Bourbon et de Jeanne 

d'Albret, roi et reine de Navarre (1555), par M. de Sardac 154 

Les peintures de l'église de Saint-Créac, par M. l'abbé Lagleize 161 

Un révolutionnaire gersois : Lantrac, par M. Brégail (suite et fin). . . 165, 225, 259